Mérite et justice
Cela fait parti, je crois, des grands principes qui fondent le capitalisme libéral: le mérite. A chacun, non selon ses besoins, mais selon ses mérites. Que celui qui se complaît dans l’assistanat en paye le prix et n’attende rien de la communauté. Que celui qui travaille plus que les autres gagne plus —tiens, ça me rappelle quelque chose…. Que celui qui innove en touche les bénéfices. Et puis, les français ne branlent rien, font tout le temps la grève et ne sont pas productifs, c’est bien connu.
Le « self-made man », l’Homme qui, de rien, devient riche et célèbre grâce à ses efforts, et qui mérite sa richesse : voilà le grand rêve américain.
Ne soyons pas injuste, cette antienne du mérite qui prévaut depuis toujours dans la conception libérale de l’économie fut un des moteurs de l’innovation lors de la révolution industrielle —quoi que, on avait aussi affaire à un capitalisme d’héritiers— et plus tard, lors du boom économique post-guerre qui nous apporta un niveau de confort jamais vu jusque-là. Elle a donc sa part de vérité, et surtout d’utilité.
Mais le mérite a un grand défaut : c’est une notion totalement subjective.
Qui mérite plus que qui? Difficile à dire. Celui qui a travaillé plus ou celui qui a eu la meilleure idée ? Celui qui a fourni le plus d’effort ou celui qui a triomphé des plus grandes difficultés ? Celui qui a fait le plus de sacrifices, ou celui qui a investit le plus d’argent ?
Un ingénieur mérite-t-il plus qu’un musicien talentueux? Un ouvrier qui fait les 3×8 dans son usine mérite-t-il plus qu’un médecin qui a fait 10 ans d’études ? Est-ce que c’est la difficulté et la longueur des études qui doit régir le mérite, ou la pénibilité du travail? Ou bien le fait d’avoir des responsabilités? La chance doit elle être prise en compte? Si l’on vient d’un milieu social défavorisé, a-t-on plus de mérite? Comment mesurer le mérite ?
Autant de questions insolubles qui font du mérite une notion largement subjective et de fait très difficile à définir.
On mesure aujourd’hui le mérite à posteriori: est méritant celui qui a réussi, la réussite se mesurant par le nombre de zéros figurant sur le relevé de banque: c’est la dictature du chiffre. Mais quelle est la vraie place du mérite aujourd’hui? Regardons la vérité en face : le temps n’est plus aux jeunes qui quittaient l’école à 16 ans sans diplômes parce qu’ils avaient une idée géniale et qu’on retrouvait, 20 ans plus tard, milliardaires. Le temps des Bill Gates et des Li Ka-shing est largement révolu.
Schumpeter le déplorait déjà en son temps : l’innovateur tend à laisser sa place au manager. Oh, bien sûr, il y a encore des petits génies. Sur Internet par exemple, où les coûts pour démarrer une activité sont faibles voire inexistants, il y a encore de ces freaks qui, tel Mark Zuckerberg, partent de pas grand-chose, une idée parfois simple, pour arriver à une entreprise pensant des milliards en Bourse.
Mais en règle générale, on n’est pas grand-chose aujourd’hui si l’on n’est pas « bien né ». Soutenir que les riches sont nécessairement les plus méritants reviendrait à prétendre que ceux qui gagnent le plus sont ceux qui ont eu les meilleures idées, le plus de courage et de détermination, le plus d’inventivité… bref, les riches seraient les plus intelligents, les plus astucieux. Or, on le sait, la richesse est largement déterminé par la naissance, et pour le reste, elle dépend de facteurs aussi subjectifs que flous et noyés dans la notion vague de “mérite”.
S’il n’est pas trop difficile d’évaluer la productivité horaire d’un ouvrier tout en bas de l’échelle, celle d’un grand patron pose beaucoup plus de problèmes. Parmi les éléments qui fondent sa réussite, combien sont dû à lui-même (à son “mérite”), et combien sont dû à ses collaborateurs, ses subalternes qui ont appliqués efficacement ses décisions, son environnement, la structure bien organisée de son entreprise, le bon conseil au bon moment, la simple chance, les “combines”, et surtout sa situation sociale de naissance?
Je n’apprends rien à personne: quand on a un père chômeur et une mère qui fait des ménages, 8 frères et sœurs, que l’on vit dans une banlieue insalubre de Paris et que l’on s’appelle Rachid (divise par deux ou trois vos chances d’être retenu en entretien d’embauche), comment peut-on imaginer être sur la même ligne de départ que le fils unique de grand patron qui vit dans un appartement bourgeois du 16ème?
La “discrimination positive” et tous les mécanismes “d’égalité des chances” ne font que corriger marginalement, imparfaitement et de manière pas toujours efficace un phénomène quasiment structurel.
Quel est le mérite de Paris Hilton ? Quel est le mérite de tous ces « fils de » qui, de Louis-Le-Grand à HEC en passant par un stage chez Bouygues-l’ami-de-papa, terminent à un poste bien placé et bien rémunéré ? Je crois pouvoir affirmer que même une chèvre, pour peu qu’elle ait un diplôme HEC, serait embauchée n’importe où.
Et que dire de tous ces gamins asiatiques qui sont dans les usines à 12 ans, de ces fouilleurs de décharges, de ces survivants des bidonvilles, qui auraient sûrement plein de bonnes idées de création d’entreprise s’ils avaient seulement de quoi se payer un billet de train jusqu’à la ville voisine?
L’explosion du micro-crédit l’a montré : les pauvres n’ont pas moins l’esprit d’entreprise ou le goût du risque que les riches. Ils n’ont juste pas les moyens. Ils n’ont juste pas fait HEC. Ils n’ont juste pas le numéro d’Arnaud Lagardère sur leur téléphone portable.
Qui ignore encore aujourd’hui la puissance des pistons et du carnet d’adresse?
Je ne suis pas égalitariste, bien au contraire. Je ne prétends pas que l’ingénieur et l’ouvrier, que celui qui a d’importantes responsabilités et celui qui n’en a pas, devraient être payé au même niveau. Un certain niveau d’inégalité est acceptable —d’abord parce qu’il est inéluctable— et me paraît même nécessaire pour maintenir une saine émulation.
L’égalité des chances, qui repose sur la notion de “justice sociale”, d’équité, c’est d’ailleurs tout le contraire de l’égalitarisme puisque cela suppose de traiter les individus en inégaux (des mécanismes de redistribution parfaitement égalitaires seraient en fait des mécanismes qui reproduiraient les injustices sociales). Donc, il faut bien s’accommoder d’une certaine dose d’inégalités, sauf à vanter les merveilles de la société communiste. Mais dans quelles proportions ?
L’INSEE le dit : les inégalités se creusent. Dans les années 50, l’écart des revenus généralement constatés étaient de l’ordre de 1 à 25, parfois 1 à 50. On est loin du 1 à plusieurs milliers qui a court actuellement.
L’instauration d’un “revenu maximal de décence” est plus que jamais nécessaire.
En 1942, Roosevelt déclare : « Aucun citoyen américain ne doit avoir un revenu (après impôt) supérieur à 25 000 dollars par an ». C’est l’équivalent de 315 000 dollars actuels, soit 8,5 fois le revenu disponible médian par personne (37 000 dollars), lequel vaut environ trois fois les plus bas salaires à temps plein. On aurait donc, si l’on appliquait aujourd’hui la norme de Roosevelt, un éventail de revenus de l’ordre de 1 à 25, hors personnes vivant sur la base de petits boulots ou d’aide sociale. C’est un écart encore énorme, mais c’est peu au regard de l’éventail de 1 à plusieurs milliers qui a cours actuellement.
Roosevelt n’a toutefois pas pris une décision du type « au-dessus de 25 000 dollars, je prends tout ». Il a mis en place une fiscalité sur le revenu avec un taux d’imposition de 88 % pour la tranche la plus élevée, puis 94 % en 1944-45. De 1951 à 1964, la tranche supérieure à 400 000 dollars actuels a été imposée à 91 %, puis autour de 70-75 % jusque 1981.
C’est ensuite la plongée néolibérale, l’idéologie des «baisses-d’impôts-pour-la-croissance-et-l’emploi-et-contre-le-trop-d’état», avec des taux maximaux de 50 %, puis entre 28 % et 39 % depuis 1987 (actuellement 35 %[1]). Jean Gadrey, d’Alternatives Économiques
Entre 2000 et 2004, les émoluments des patrons du CAC 40 ont doublé pour atteindre une moyenne de 2,5 millions d’euros annuels. Si l’on y inclut les stock-options dont ils bénéficient, le chiffre passe à 5,6 millions d’euros en 2004 (selon le cabinet d’études Proxinvest), soit plus de 15 000 euros par jour. Début 2006, les bénéfices distribués par les entreprises du CAC 40 on cru de +33%, quand les salaires ne progressaient que de 1,4%.
Combien de temps un smicard devrait travailler (je pense que l’on peut compter en nombre de vies…) pour atteindre ce chiffre ? Et il ne s’agit que de la France, les sommes sont beaucoup plus astronomiques aux USA…
Il est évident que si un chef d’entreprise gagne autant, c’est qu’à un endroit ou un autre de la chaîne de répartition de la valeur ajoutée de l’entreprise, quelqu’un a été “spolié”. Que ce soit l’Etat, les salariés, les investissements… une entreprise qui distribue autant à ses dirigeants ne peut avoir une politique de répartition des richesses juste. Mais la pression des actionnaires pousse souvent les entreprises à sacrifier toujours plus les salaires et les investissements pour la rentabilité à court terme.
Et puis, (et c’est une question récurrente chez moi), comment se fait-il que les métiers les plus nuisibles socialement soient les mieux payés, tandis que les métiers indispensables sont souvent déconsidérés, dévalorisés, mal payés ? Combien gagne un boulanger, une infirmière, un pompier ? Qui a le plus de mérite : l’institutrice qui participe à l’éducation de la nation ou celui dont le métier consiste à regarder des courbes qui montent et qui descendent ?
(Très) schématiquement, on pourrait dire que l’homme de droite, c’est celui qui préfère le mérite et l’individu. L’homme de gauche, quant à lui, oppose à ces notions la justice et le collectif.
Au-delà du débat idéologique, la notion de justice a pour elle d’être beaucoup moins subjective que celle de mérite. Il est assez ‘facile’ de s’entendre sur ce qui est juste ou pas, du moins en matière économique.
Statistiquement, c’est même relativement simple : qui a de quoi manger, et qui n’en a pas ? Qui a de quoi se loger, et qui n’en a pas ? Qui part en vacances, et qui n’y part pas ? Qui survit, et qui vit dans le faste ?
Il y a une part d’objectivité dans tout cela, à tout le moins si l’on croit encore qu’il existe une morale universelle, une dignité humaine objective. De fait, il s’agit essentiellement d’une question de recensement et de statistiques, ce dont une administration bien organisée peu s’occuper, alors que les questions précédentes (“qui mérite plus que qui”) étaient intrinsèquement subjectives: on l’a bien vu avec le débat sur les retraites et la “pénibilité du travail”: toutes les catégories socio-professionnelles avaient de bons arguments à faire-valoir pour justifier que leur métier était plus pénible que celui de leur voisin…c’est difficile, le mérite!
C’est pourquoi, et c’était le but de cet article que d’en parler, je crois plus à la notion de justice, au sens où l’on peut la définir encore plus facilement que celle de mérite —si tant est que l’on s’oppose, évidemment, au relativisme moral, car s’il n’y a pas de morale objective, il n’y a pas de justice objective.
Qu’un certain niveau d’inégalité plus ou moins lié au mérite subsiste est acceptable et certainement inévitable, mais je crois que le “de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins” de Marx devrait faire son retour dans le débat public, et notamment chez les économistes.
Une autre fois, nous verrons pourquoi le « laissons les riches êtres riches et investir pour créer des emplois » est aussi très fallacieux.
[1] Voir : http://en.wikipedia.org/wiki/Income_tax_in_the_United_States
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Sur la question des inégalités, je pense également que ce n’est pas une mauvaise chose. Et je ne crois pas à la thèse qui veut que les inégalités exacerbent les sentiments de haine et de jalousie poussant au crime. Si effectivement diminuer les impôts permettent d’augmenter la croissance, les pauvres s’enrichissent plus vite que si le système était profondément socialisé.
En même temps, les riches s’enrichissent plus vite que les pauvres. Je pense néanmoins que ce qui devrait nous importer le plus est le montant de notre portefeuille et non celui de notre voisin. Tant qu’on peut aisément subvenir à ses besoins primaires (éducation, santé, alimentation, logement…), je pense qu’on n’a pas de quoi se plaindre.
Ensuite, effectivement, les inégalités vont de pair avec l’émulation et l’ascenseur sociale.
J’avais même lu d’après une recherche du Dallas Fed, mené par Cox et Alm, que la mobilité sociale aux USA était très forte.
http://www.dallasfed.org/fed/annual/1999p/ar95.pdf
Il faut comprendre aussi qu’aux USA, il semblerait que les élites dirigeantes s’amusent à redéfinir les critères de pauvreté pour faire gonfler les stats et justifier toujours plus de redistribution. Il vaut mieux être prudent.
http://mises.org/freemarket_detail.aspx?control=289
Au moins, vous êtes un vrai libéral. Je pense exactement le contraire, je crois que l’Homme perd toute dignité le jour où son portefeuille l’intéresse plus que la misère de son voisin (l’économie n’a rien à dire si elle n’apporte pas de solution concrète aux problèmes des Hommes, si elle se détache de la morale et qu’elle se contente d’étudier “l’allocation des ressources”: c’est mon point de vue).
En fait, à la lecture de vos commentaires jusqu’ici, je crois que je suis opposé à peu près à tout ce que vous dites, et que vos arguments me semblent tous assez faibles (et surtout, déjà entendus depuis Friedman et réfutés mille fois à la fois par la théorie et par la réalité empirique).
Dire que les marchés financiers ne sont pas aveugles et ne tirent pas à court-terme dans la crise que nous vivons, il faut quand même l’oser. Je vous invite à ne pas lire uniquement les auteurs ultralibéraux qui écrivent sur Bastiat.net (arf), et surtout à bien dissocier ce qui relève de l’analyse économique sérieuse (même si toute analyse économique est critiquable) et du jugement politique lié à une idéologie libérale (complètement subjective, mais que par ailleurs vous avez parfaitement le droit de défendre).
Ah, et dire que les baissent d’impôts favorisent la croissance, ça me fait aussi doucement rigoler, quand on compare les taux de croissance des trente glorieuses (avec des taux d’imposition très élevés) et ceux actuels (avec des taux bien plus bas), la réalité dit exactement le contraire que vos théories. Sans parler du fait que “ça fait augmenter la croissance” n’est pas un argument en soi, ce qui m’intéresse c’est aussi la répartition de cette croissance.
Sur le SMIC qui fait augmenter le chômage, pareil, la réalité est bien plus complexe et globalement les études empiriques montrent que c’est faux (en tout cas pas toujours vrai).
En tout cas si je m’oppose à presque tout ce que vous dites, je vous remercie pour vos commentaires qui sont tout de même intéressants et ont le mérite de porter remarquablement la contradiction.
Cela a parfaitement marché avec la Russie n’est-ce pas? En fait, la réalité dit exactement le contraire de cela. Les partisans de la libéralisation de la Chine avancèrent l’argument selon lequel la libéralisation permettrait de renforcer la stabilité en diversifiant les sources de financement, surtout en cas de récession. Stiglitz ironise : « les économistes du FMI n’ont jamais prétendu être de grands théoriciens, mais, engagés dans l’action pragmatique, ils sont censés savoir comment fonctionne le monde. Ils ont sûrement remarqué que les banquiers préfèrent prêter à qui n’a pas besoin d’argent. » De fait, il est quasiment certain qu’un pays en récession aggravera son cas en ouvrant trop vite ses marchés, n’attirant que les spéculateurs peu scrupuleux et éloignant les vrais investisseurs, qui ne choisiront pas un pays instable. C’est justement quand un pays a le plus besoin d’argent qu’il aura le plus de mal à en trouver auprès des prêteurs privés —d’où la nécessaire intervention de l’Etat. (La grande désillusion)
D’ailleurs, toutes les économies asiatiques qui ont décollés ont un Etat fort, exactement le contraire de ce que vous dites. Les pays africains et ceux qui ont appliqués à la lettre les recommandations du FMI (ouverture rapide et brutale des marchés) n’ont connu que misère, explosion des inégalités et récession dans le pire des cas.
“Au moins, vous êtes un vrai libéral. Je pense exactement le contraire, je crois que l’Homme perd toute dignité le jour où son portefeuille l’intéresse plus que la misère de son voisin”
Aussi étonnant que cela puisse paraître, non je ne suis pas libéral. Ensuite, je crois que vous vous méprenez sur le sens de la phrase que vous citez. Je disais simplement que l’on préférerait peut-être gagner plus quitte à voir son voisin s’enrichir plus vite que nous plutôt qu’on soit tous les deux pauvres. Ca s’arrête là. Et d’ailleurs, ce n’est pas parce qu’on est riche qu’on ne donne pas. Parce qu’il est possible que les impôts et les taxes dissuadent les riches de donner. J’avais lu quelque chose comme quoi aux US, les riches donnent plus que chez nous, après peut-être que c’est pour une tout autre raison…
Ensuite, non, je ne suis pas un adepte de Saint Friedman.
“Dire que les marchés financiers ne sont pas aveugles et ne tirent pas à court-terme dans la crise que nous vivons, il faut quand même l’oser.”
Landier et Thesmar, l’osent eux. Et ce ne sont pas des libéraux, même si certains essaient de les présenter comme tels. Mais encore une fois, si le sujet vous intéresse vraiment, lisez “Le grand méchant marché”.
Ne croyez surtout pas que je lise essentiellement les textes libéraux parce que je vous en ai filé quelques uns en lien. C’est tout le contraire. Je suis assez impartial, mais je trouve les théories keynésiennes et néoclassiques très faibles. A contrario, je trouve les théories autrichiennes plus pragmatiques et réalistes. Maintenant, si cela fait de moi un méchant libéral mangeur d’enfant, eh bien…
Vous parlez des trentes glorieuses, mais corrélation n’est pas causalité. Ce n’est en rien comparable puisque la croissance est forte en période de reconstruction, et d’ailleurs, cette forte croissance s’est plutôt faite “en dépit” de l’interventionnisme et non “grâce à”. Le grand méchant marché aussi en a parlé très brièvement et même si je ne suis pas tout à fait d’accord, les auteurs disent que l’interventionnisme peut fonctionner en période de reconstruction, mais après, il devient inefficace.
“Sur le SMIC qui fait augmenter le chômage, pareil, la réalité est bien plus complexe et globalement les études empiriques montrent que c’est faux (en tout cas pas toujours vrai).”
“Chômage, fatalité ou nécessité” [Zylberberg, Cahuc] affirme que le SMIC génère du chômage. Les études le prouvent.
Sur la mondialisation financière, j’insiste. Et je vous dis que Landier et Thesmar ne s’y trompent pas. La mondialisation financière a permis aux taux d’intérêts de diminuer, et a facilité les opportunité d’investissements en rendant le capital moins rare et plus abondant, et in fine, moins cher.
“Ils ont sûrement remarqué que les banquiers préfèrent prêter à qui n’a pas besoin d’argent.”
Si vous faites référence aux subprimes, il faut comprendre que le rôle de la Fed (prêteur en dernier ressort), les GSE “subventionnés” (Freddie Mac et Fanny Mae) et semi-publiques ainsi que le FDIC ont surtout encouragé les banques à prêter aux pauvres et à spéculer, parce qu’en cas de faillites, elles seraient renflouées. Si vous faites référence aux prêts des pays pauvres, je vous donne juste un exemple : la privatisation de l’eau de Cochabamba. Le FMi et la Banque Mondiale (qui n’ont rien de libéral) avaient forcé le pays à initier des investissements pour se payer un réseau d’aqueduc du standard des pays riches. Le problème, c’est que pour payer, il fallait avoir un PIB suffisant, produire suffisamment de richesses. Or la Bolivie, très pauvre, ne pouvait pas se payer un réseau d’une telle qualité, ni supporter un tel investissement « forcé » (rappelons-le). C’est pourquoi les prix ont flambé, qu’ils n’ont pas pu payer, et ce qui devait arriver arriva alors. Je ne vois pas au final en quoi ouvrir trop vite son économie a des effets contraires. La Chine s’en est bien sortie.
“D’ailleurs, toutes les économies asiatiques qui ont décollés ont un Etat fort, exactement le contraire de ce que vous dites.”
Krugman, un néokeynésien, explique que les économies asiatiques ont décollé grâce à leur taux d’épargne élevé. Exactement comme ce qui s’est passé avec l’URSS à l’époque de la Guerre Froide. La croissance de la Chine, comme celle de l’URSS à l’époque est essentiellement une croissance basée sur les facteurs de production. Tout ça grâce à l’épargne nationale. Tout ceci est bien expliqué et détaillé dans son livre “la mondialisation n’est pas coupable” chapitre “le mythe du miracle asiatique”.
Concernant les pays africains, j’en sais peu, mais certainement assez pour vous dire que les gouvernements africains sont extrêmement corrompus, et que lorsqu’on détourne les richesses d’un pays, un pays pauvre est largement et de loin beaucoup plus affecté qu’un pays riche qui est capable d’amortir ces chocs.
Oui, je suis en effet quasiment certain que les américains donnent plus que nous. C’est tout le débat entre charité (a l’américaine) et solidarité à la française. Deux choses qui n’ont rien à voir mais j’en avais déjà parlé, donc je ne reviens pas dessus.
Pragmatiques, absolument. Jusqu’à l’extrême pour Hayek… Mais le pragmatisme n’est pas une vertu en soi…
Livre que je n’ai pas lu mais dont on m’a toujours dit du bien. “Nos phobies économiques”, d’Alexandre Delaigue et Stéphane Ménia (du blog éconoclaste, que vous devez connaître) le cite. Sur le fond je ne dis pas qu’augmenter le smic n’a pas d’effet négatif sur le chômage, je dis qu’il faut se méfier de ce genre de raccourci à l’emporte-pièces (“augmenter le smic, ça fait augmenter le chômage”) car la réalité est plus complexe. Au chapitre sur le chômage (“Chômeur ou dépressif”) du livre que je viens de vous citer, les auteurs montrent brillamment que le coût du travail est loin d’expliquer tout le chômage, et qu’il ne faut pas focaliser dessus. De toute façon le niveau du Smic est un faux débat: l’Allemagne n’a pas de Smic et son taux de chômage 2009 n’est pas beaucoup plus bas que la France (7,5% contre 9,5 en France). Le niveau de l’emploi n’est en effet pas la seule variable d’ajustement sur laquelle peuvent jouer les employeurs en cas de hausse du salaire minimum: ils peuvent intensifier le travail pour accroître la productivité, utiliser le temps partiel, ….
Par ailleurs supprimer le SMIC, même en admettant que cela règle en partie le problème du chômage, n’est pas une bonne chose en soi, car cela revient à faire une harmonisation par le bas (autant supprimer tous les impôts, puisque cela entrave la croissance, autant supprimer la protection sociale, puisque cela coûte trop cher aux employeurs…)
Oui mais contrairement à ce qu’on croit, la Chine n’a rien d’un pays de capitalisme sauvage… le contrôle du gouvernement a toujours été fort sur l’économie, et elle ne s’est libéralisée que très progressivement, en prenant bien soin de contrôler le taux de change de sa monnaie et de réguler ses marchés. Par ailleurs, “bien sorti” n’est pas tout à fait juste: même si la Chine décolle, on est encore loin du paradis capitaliste, quand on voit les conditions de vie des travailleurs chinois et la misère persistante dans les campagnes.
Absolument. ET un état fort, redistributeur et initiateur de grands projets industriels parfois, comme les grandes entreprises coréennes. Donc l’inverse d’une libérasliation brutale et rapide et d’une mise en concurrence aggressive des services publics.
Bien entendu. La gabegie des élites africaines est pour beaucoup dans la pauvreté de ces pays.
“De toute façon le niveau du Smic est un faux débat: l’Allemagne n’a pas de Smic et son taux de chômage 2009 n’est pas beaucoup plus bas que la France (7,5% contre 9,5 en France).”
Si vous considérez que c’est un faux débat, ça veut dire que vous considérez que le SMIC est la seule cause du chômage. Elles sont nombreuses en vérité. Les taxes, les impôts. Les charges lorsqu’elles sont conjuguées au SMIC. Les inadéquations entre l’offre et la demande de diplômes. Les syndicats. Les indemnités de licenciement. L’assurance-chômage dans une certaine mesure. Le manque de mobilité géographique (lorsque le marché du logement est lourdement contrôlé, comme ce qui est le cas en France). Etc.
Et n’oubliez pas aussi que lorsque les grandes entreprises détruisent des emplois, les petites entreprises doivent absorber ce chômage, ce qui n’est possible qu’à deux conditions : 1) si les business angels ne sont pas découragés d’investir dans les industries naissantes du fait des taxations de gains en capital, 2) si les obligations d’état “sans risque” ne jouent pas comme un effet d’éviction.
Au final, ce n’est pas parce qu’en Allemagne il n’y a pas de SMIC que le SMIC n’explique pas le chômage.
“Le niveau de l’emploi n’est en effet pas la seule variable d’ajustement sur laquelle peuvent jouer les employeurs en cas de hausse du salaire minimum: ils peuvent intensifier le travail pour accroître la productivité, utiliser le temps partiel, ….”
C’est ce que pense aussi Alexandre Delaigue. Mais j’ai lu sur statcan que c’était faux. Les dégradations de conditions de travail, l’acharnement et la pression sur les salariés, ainsi que tout le reste ne permettrait pas de compenser les coûts du salaire minimum et des indemnités de licenciement.
“Par ailleurs supprimer le SMIC, même en admettant que cela règle en partie le problème du chômage, n’est pas une bonne chose en soi, car cela revient à faire une harmonisation par le bas”
L’une des raisons pour lesquelles le salarié non qualifié est si peu payé, c’est parce que des diplômés sans débouchés viennent grossir l’offre de travail sans qualification, faisant ainsi baisser les salaires. Si les activités à forte qualification sont bien payés, il suffira de poursuivre des études. Le salaire des pauvres augmentera. Et si vous me dites que les pauvres ne peuvent pas se payer leurs études, et bien je suppose qu’on peut les subventionner un petit peu.
A vous lire, j’ai l’impression que vous sous-entendez que la suppression du SMIC amènera le système à sa destruction par des luttes de classes et l’exploitation salariale des vilains patrons. N’oubliez pas qu’il existe beaucoup de facteurs qui expliquent que les salariés ont un pouvoir de négociation réduits, expliqué plus haut. Dans l’absolu, si le patron sous-paye son salarié, il ira voir ailleurs.
“Oui mais contrairement à ce qu’on croit, la Chine n’a rien d’un pays de capitalisme sauvage…”
Je répète. La Chine s’en est bien tirée grâce à son taux d’épargne, ceci encore, est bien expliqué dans l’ouvrage de Krugman, un keynésien comme vous : “La mondialisation n’est pas coupable”.
“même si la Chine décolle, on est encore loin du paradis capitaliste, quand on voit les conditions de vie des travailleurs chinois et la misère persistante dans les campagnes.”
Là encore, Krugman explique très bien que la chine est un grand pays, et que ce processus prend énormément de temps. Ayez un peu de patience. D’ailleurs, pourquoi les chinois acceptent de travailler avec des conditions de vie aussi déplorables ? Tout simplement parce que c’est mieux. C’est mieux que de rester sans travail et prendre le risque de mourir. Les chinois savent sans doute mieux que vous ce qu’ils encourent lorsqu’ils acceptent un travail à la mine, sans équipement et avec des infrastructures peu solides. Les accidents sont beaucoup plus fréquents, mais ils acceptent le risque. Sinon, ils crèvent dans les bidonvilles. Demandez vous pourquoi un coiffeur chinois est moins bien payé qu’un coiffeur en France ? Tout en sachant qu’ils ont la même productivité ? Simplement parce que le prix des services est directement corrélé aux autres salaires, donc au standard de vie du pays. Lorsque la Chine sortira de la pauvreté, que les pauvres trouveront du travail, accumuleront de l’épargne, ils pourront accroitre les facteurs de production permettant de booster l’économie. A long terme, ils verront tous leur salaire augmenter. Oui, oui, même les pauvres.
“Absolument. ET un état fort, redistributeur et initiateur de grands projets industriels parfois, comme les grandes entreprises coréennes.”
Encore une fois, lisez “La mondialisation n’est pas coupable”. Ce n’est pas ce qu’il dit, et d’ailleurs, il trouve cet argument fallacieux. Pour lui, la chine décolle grâce au taux d’épargne. Et c’est tout.
Ce n’est pas seulement les économistes libéraux qui le disent, mais également nombre d’économiste néoclassiques, et mêmes certains keynésiens (Daniel Kuehn par exemple) qui le reconnaissent : l’état gaspille indubitablement l’argent dès lors qu’il se met à allouer les capitaux. Parce que le calcul socialiste est exempt du système “profit-loss”. Ceci est parfaitement bien expliqué dans Human Action de Mises.
Au moins, vous m’enjoignez de lire du Krugman!
De toute façon, c’était au programme. Mais avant, je dois finir Lordon, le derniers Hors-série d’AE sur les marchés financiers et Hadjadj (dans un autre registre … ^^)
Merci pour vos commentaires.
Je viens tout juste de publier ceci :
http://analyseeconomique.wordpress.com/2011/01/20/la-mondialisation-nest-pas-coupable-paul-krugman/
J’espère que ça répond en partie à vos questions. (si vous avez des questions sur la finance, autant lire Le grand méchant marché)