Les rebelles et les rebellocrates
[... et quelques considérations sur le féminisme]
Tout État, toute République, tout empire, toute société, toute civilisation, connaît ses rebelles. Ceux qui résistent, encore et toujours, à l’envahisseur. Ceux qui ne sont jamais content, jamais d’accord, et toujours prêts à le dire. Chantres du « Non », champions de la rébellion, révoltés par principe et résistants par conviction, les rebelles trépassent mais ne passent pas.
De Spartacus à Gyatso, de Géronimo à Luther King, de Diogène à Galilée, de Jésus à Jean Moulin, de François d’Assises à Wałęsa, de Jaurès aux jeunes Scholl, de Sukarno à Nasser, de Conrad Schuman à Tommie Smith, de Martin Luther à Jeanne d’Arc, de Mandela à Emil Gallo[1], de Rosa Parks à Voltaire, des paumés de 89 aux paumés de 68, d’Emmeline Pankhurst à Georges Brassens en passant par José Bové et Luke Skywalker, la rébellion traverse les âges.
Elle ne date pas d’hier, la rébellion : Adam et Ève, déjà, n’étaient pas des enfants sages. Depuis l’illustre couple, des générations de rebelles se sont succédés. Rebelles des grands moments ou rebelles du quotidien, célèbres ou inconnus, riches ou pauvres, faibles ou puissants[2], les rebelles nous rappellent que rien n’est jamais fini. Il n’est de combat qui ne vaille la peine d’être menés pour celui qui porte son idéal. Idéal qui le conduit d’ailleurs régulièrement entre quatre planches : dans la liste précédente, que l’on se donne la peine de compter, parmi les macchabées, combien sont morts naturellement, libres et dans leur lit, pipe à la bouche et chaussons aux pieds. Un seul, en fait. (Je n’ai pas compté Skywalker, personne n’a jamais su ce qu’il était devenu, celui-là).
Historiquement, les sociétés et les puissances se sont toujours construites contre les rebelles. Triompher ou mourir : la paix ne peut s’obtenir que par la destruction ou la corruption des rebelles. Car tant qu’ils restent actifs, la menace est là, qui attend son heure, et tout projet peut être déstabilisé.
Le nom de rebelle est lourd à porter, car ambiguë. Selon le camp et le point de vue, il passera allègrement du statut de « résistant » à celui de « terroriste », du héros adulé par les foules au paria pourchassé par les flics. Tantôt acclamé, tantôt haï, le rebelle peut aussi bien s’appeler Nelson Mandela que le Che, Gandhi que Ben Laden, Vercingétorix que Khomeiny, Victor Hugo que le Marquis de Sade.
Pour autant, qu’ils soient animés des plus nobles intentions ou que leur discours ne soit que violence, la plupart des rebelles méritent respect, sinon admiration. Ne serait-ce que parce qu’ils portent haut et fort l’idéal auquel ils croient. Ne serait-ce que parce qu’ils ne se satisfont pas du monde, de la société dans laquelle ils vivent et qu’ils prétendent changer. Ne serait-ce que parce qu’ils ont fait leur cette phrase de Follereau : « Acclamez ou dénoncez, soyez conquis ou soyez indignés, mais jamais neutres, indifférents, passifs, résignés… Ne serait-ce qu’en raison de leur cri. Ne serait-ce que pour cela, ils valent sans doute mieux que les millions d’anonymes qui ne voient pas plus loin que le bout de leurs pieds appartement chauffé.
Car il y a deux types d’hommes, disait Bernard Shaw: ceux qui regardent le monde tel qu’il est et se demandent pourquoi, et ceux qui imaginent le monde tel qu’il devrait être et se disent: pourquoi pas?
Aujourd’hui encore, les rebelles anonymes, inlassablement, luttent au quotidien contre l’injustice, la pauvreté, l’indifférence. De Seattle à Copenhague, d’Artisans du Monde à Amnesty International, des millions de rebelles du quotidien font un travail de sape contre tout ce qui s’attaque à leurs valeurs : comme Einstein, ils ont compris que le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais bien par ceux qui les regardent sans rien faire.
Mais voilà, être rebelle est devenu sacrément compliqué aujourd’hui. Vivant dans un confort absolu, gavés de télévision, de yaourt sucrés et de coca super-size dans des sociétés ou presque tout nous est permis, la rébellion devient bien difficile pour nous qui ne manquons de rien.
Comment être un rebelle quand on n’a quasiment aucune raison de se plaindre ? Comment crier quand on ne veut pas crier? Comment s’engager sans s’engager? Répondant à ce crucial dilemme, une nouvelle espèce de rebelle est apparue : le rebellocrate.
Il y a un rebellocrate comme il y a un technocrate. Le suffixe –crate, de kratos (pouvoir), désigne celui qui adopte une posture de rebelle tout en étant en réalité proche du pouvoir. Ici, j’élargirai ce terme qui nous vient de Philippe Muray : le rebellocrate est le rebelle professionnel, celui qui a fait de la rébellion une attitude plus qu’un engagement. Ce n’est plus de la rébellion, mais de la rebellitude: le rebellocrate est un rebelle pastiche.
En apparence, le rebellocrate a tout du vrai rebelle : le même air perpétuellement indigné, les mêmes envolées lyriques contres les dégâts de la « mondialisation financière » ou de « l’impérialisme américain », les même pancartes, les même manifestations, les mêmes slogans.
Mais du rebelle, le rebellocrate n’a que l’emballage. L’indignation est calculée, les idéaux faciles, les combats convenus, les slogans stupides. Derrière ? Une attitude d’adolescent. Une ignorance crasse. Du vent —bruyant.
Quand on s’indigne, il convient de se demander si l’on est digne. Abbé Pierre
Occidental blasé d’une vie ultraconfortable, le rebellocrate cherche un moyen de marquer sa différence. Alors la question se pose : comment différencier un rebellocrate d’un vrai rebelle ?
D’abord, et c’est là le plus important, le rebellocrate est conformiste. Sous couvert d’attitude rebelle et subversive, le rebellocrate se noie en fait dans une pathétique soupe généralement gauchisante —mais pas toujours—, dans laquelle les mots et les concepts n’ont plus guère de sens.
Prenons le mot fascisme, par exemple. Historiquement, le fascisme est un mouvement politique italien apparu dans les années 20. Au sens plus large, on peut l’utiliser pour désigner tout mouvement politique s’appuyant sur un pouvoir fort, un contrôle absolu de la société civile et l’exaltation immodérée du sentiment nationaliste. Mais dans la bouche du rebellocrate, sera qualifié ad vitam aeternam de « fasciste » toute personne qui ose tout ou partie des affronts suivants : bien gagner sa vie, croire en Dieu, aimer la France, ne pas lire les Inrocks, étudier dans une école privée, ne pas vanter le multiculturalisme, ne pas être favorable à la légalisation du cannabis. Celui qui cumule, c’est Hitler en personne.
Le premier nid de fascistes à détruire, c’est bien sûr le FN, que le rebellocrate aime bien orthographier F-Haine: c’est courageux, original, et ça permet d’exprimer sa rage contre les Méchants. Enfin ça a plein d’avantages, quoi. Il ne voit pas, le rebellocrate, qu’il est plus envahi de haine qu’un militant du Front National ne le sera jamais. Il ne voit pas qu’à trop diaboliser l’Ennemi, sans jamais chercher à comprendre ses raisons, il ne le rend que plus fascinant, donnant percussion et résonance à son discours dangereusement populiste. Il ne voit pas qu’à tirer bêtement sur le feu, il rallume la Flamme. Dans les deux camps, l’ignorance et la colère mal placée engendrent la bêtise.
Prenons encore le mot raciste. Il désigne une personne qui hiérarchise et classifie les groupes humains en fonction de leur appartenance à tel ou tel groupe ethnique. Mais pour le rebellocrate, le simple fait de reconnaître l’existence de groupes ethniques différents suffit pour désigner à coup sûr le raciste. Il faut fermer les yeux : il n’y a pas de blancs, pas de noirs ! Nous sommes tous des êtres humains qui se tiennent la main en chantant : « voici venu, le temps… »
La race pure était le projet délirant d’Hitler; la religion du métissage est le graal assigné à notre époque. Mais métisser quoi ? Des races! Quelle horreur ! Des espèces, voyons. Eric Zemmour
N’a-t-il pas compris, le rebellocrate, que le vrai respect est d’accepter l’autre dans sa différence, non de la nier ? Mais non. Égalitariste jusqu’au bout des ongles, le rebellocrate veut des Hommes égaux. Il a rayé les cinq derniers mots de l’article premier de 1948 : « les Hommes naissent et demeurent libres et égaux ». Pas libres et égaux en dignité et en droits, non. Égaux en tout, pareils, identiques, synonymes.
Mais quel égalité? L’égalité de droits? L’égalité de fait? L’égalité des chances, c’est-à-dire le contraire de l’égalité, puisqu’elle implique de traiter les personnes de façon inégale —”la fameuse discrimination positive”?
On n’en sait rien. Toujours est-il que chez le rebellocrate, il ne doit plus y avoir de riches, de pauvres, de gros, de moches, de noirs, de grands, de beaux, de bouddhistes, de communistes et d’ouvriers : nous devons êtres tous égaux. Ce serait tellement beau, une grande foule d’Homme égaux qui se tiendraient la main en se félicitant d’être tous aussi médiocres les uns que les autres, tous exactement aussi médiocres : vive l’égalité !
Conformiste, donc, le rebellocrate hurle systématiquement avec les loups. Les Grands Méchants sont toujours les mêmes : la religion (c’est mal), le pape (c’est très mal), les États-Unis (c’est mal), la morale (c’est mal, sauf pour le capitalisme, qu’il faut moraliser, quand même, hein). Les croisades ? C’était les “méchants occidentaux chrétiens fanatiques” contre les “gentils arabes musulmans civilisés”. La pauvreté en Afrique ? Entièrement la faute à la colonisation. La police ? Que des méchants CRS alcooliques qui tapent sadiquement sur des gentils étudiants pacifistes. La prison ? L’arme du Grand Capital. Il y a racisme dès qu’une phrase contient « blanc », « noir », ou « arabe », et intégrisme dès qu’elle contient « religion », « pape », « Dieu ».
J’avais lu, dans un commentaire de Rue89, ces quelques mots qui résumaient assez bien, à propos de la diplomatie, les contorsions du rebellocrate:
“Un embargo contre une dictature (Cuba) ?
—C’est mal ça appauvrit les habitants.
Une ouverture au commerce avec une dictature (Chine, etc.)?
—C’est mal ça enrichit la classe au pouvoir.
Un renversement du pouvoir par la force pour instaurer une démocratie (Irak, Afghanistan)?
—C’est mal ça créé des régimes fantoches.
Des relations diplomatiques normales (Algérie, Égypte)?
—C’est mal ça renforce le pouvoir en place.
Des relations diplomatiques tendues (Iran)?
—C’est mal ça renforce le pouvoir en place.”
En revanche, le Che n’a jamais tué personne et « Cuba, c’est pas si terrible que ça ». Trotsky était un saint, Rouillan et Carlos sont des résistants en lutte contre le « Nouvel Ordre Mondial », les jeunes qui brûlent des voitures ne sont pas coupables car ils sont pauvres, et de toute façon les policiers de banlieue sont tous racistes. Même quand ils meurent, c’est qu’ils ont du le chercher un peu quand même.
Non, s’opposer n’est pas résister. La différence est facile à faire. Un opposant se prend un “casse-toi pôv con” à la figure. Un résistant se prend du plomb dans la poitrine. Eolas
Le grand paradoxe, c’est que tout en étant très conformiste, le rebellocrate a une haine viscérale de tout ce qui lui semble conformiste. Cela se traduit chez lui par une tendance à détester tout ce qui est trop répandu à ses yeux. Harry Potter, par exemple, est une daube, car cela se vend très bien : c’est donc populaire bourgeois et affreusement commercial. Culturellement, tout ce qui lui apparaît comme “commercial” (c’est-à-dire tout ce qui marche) est à vomir. A l’aune de ce critère, American History X, qui a rapporté environ 4 millions de $, est un navet, quand Catwoman, qui en a perdu 15, est un film culte. Par contre, le rebellocrate fait une exception à cette règle pour Saez, qu’il adore, forcément. Voulant à tout prix éviter de se noyer dans la masse, le rebellocrate y plonge : il se noie dans la grande masse de ceux qui ne veulent pas se noyer dans la masse.
De fait, les prises de position du rebellocrate sont tellement faciles qu’elles n’engagent à rien, ou à si peu : contre la peine de mort, contre le racisme, pour la légalisation du cannabis et du mariage gay, pour la paix et l’amour entre les peuples, contre la mondialisation et le capitalisme, pour le multiculturalisme et les sans-papiers, etc. C’est beau.
Mais allons plus loin. Le rebellocrate est désœuvré, et c’est là une autre différence fondamentale d’avec le vrai rebelle. Là où ce dernier multiplie les engagements concrets, milite dans une ou plusieurs associations, pétitionne, se bouge dans tous les sens et fait de la politique comme il respire, le rebellocrate passe ses journées à glander sur facebook, à boire de la bière et à fumer des spliffs avec ses potes de fac’ (ou de lycée) qu’il paye avec les allocs de l’Etat. N’ayant pas grand-chose à faire de ses journées (vu qu’il sèche la plupart des cours), le rebellocrate se perd en manifestations aussi stériles que bruyantes, mais qui sont autant de chouettes occasions de se biturer la gueule. Oui, la plupart du temps, le rebellocrate est jeune et/ou étudiant. Mais pas toujours.
De temps à autre, le rebellocrate ira coller un autocollant de la CNT —autocollant sur lequel il a résumé tous les désagréments de cette affreuse nouvelle loi du gouvernement, qu’il n’a malheureusement pas eu le temps de lire—, tagguer un A® sur le mur du commissariat et acheter le dernier sac à l’effigie du Che (sac fabriqué en Chine par une multinationale américaine qui, comble de l’ignominie, est tout ce qu’il y a de plus capitaliste. Voilà qui n’aurait guère plu au Commandante). Il signera régulièrement quelques pétitions faciles et convenues derrière son écran d’ordinateur, entre deux bouchées de Big Mac.
Le rebellocrate est inactif, il ne sert à rien, ou si peu. Absent lors des vrai débats, inconnu au bataillon des engagés, aux abonnés absents dans les associations, le rebellocrate a fait de la rébellion une attitude bien plus qu’un engagement. De manifestations en manifestations, de pétitions en pétitions, ce rebelle de canapé passe beaucoup plus de temps à se plaindre qu’à agir. Pour reprendre Lao-Tseu, au lieu de chercher à allumer une toute petite lampe, il est celui qui conspue sans cesse l’obscurité.
Troisième indice pour le repérer: le rebellocrate est ignorant. Possédant une culture économique, historique et politique qui n’est guère au niveau de ses prétentions, se documentant toujours auprès des mêmes sources —ô combien parti(a)elles— le rebellocrate cherche rarement à s’élever, à mieux comprendre le monde dans sa complexité, à ne pas tout réduire à une rationalité binaire.
S’il le faisait, il cesserait d’être un rebellocrate, pour notre plus grand malheur. Le rebellocrate ayant l’esprit simple, il préfère ne pas s’encombrer de toute ces fioritures et sépare le monde en deux catégories : les Gentils (les ouvriers, les immigrés, les gens de gauche, les artistes qui gagnent moins de 1500€ par mois, les étudiants qui se bourrent la gueule) et les Méchants (les américains, les gens de droite, les croyants, les riches, les artistes qui gagnent plus de 1500€ par mois, les étudiants qui ne se bourrent pas la gueule). Le rebellocrate a toujours un grande voile —rouge— devant les yeux, qui, bizarrement, lui fait voir le monde en Noir et Blanc : les Gentils et les Méchants.
Définissant les Méchants comme des ennemis irréductibles et inconditionnels avec lesquels le débat d’idées ressemble à une guerre de tranchées, où chacun campe sur ses positions absolues et où chaque pas est une traîtrise, le rebellocrate évite de se poser trop de questions, car il sait qu’il y a des risques à échanger avec l’Ennemi : premièrement, on peut s’apercevoir qu’on a tort (diable !) ; deuxièmement, on peut comprendre les logiques de l’autre, se mettre à sa place, admettre qu’il voit la question sous un angle différent ; troisièmement, on peut le considérer non comme une chose hostile mais comme un être humain.
Mais alors, le doute arrive. Et avec lui, la pensée. On finit par ne plus être l’héritier d’un camp, mais un individu à la pensée autonome. Et ça, la pensée autonome, c’est compliqué. On perd le confort de la forteresse.
Que cesse cette manie, qui n’a rien de nationale, de prendre celui qui n’a pas les mêmes opinions que nous soit comme un imbécile, soit comme un méchant. Que cesse le recours à un vocabulaire d’un autre temps pour manifester son désaccord politique. Eolas
Bien que généralement athée et défenseur de la Raison, le rebellocrate a tendance à voir plein de choses qui n’existent pas. Le monde est un complot américano-capitalo-sioniste, soutenu par l’Opus Dei et le Prieuré de Sion. On ne nous dit pas tout ! Danger, citoyen : nous, on va te révéler ce que tous les autres t’ont caché. Ouvre les yeux, le Système t’opprime !
Le complot c’est génial, surtout quand il est mondial : j’imagine ce que je veux!
Les Wriggles
L’action du rebellocrate n’étant pratiquement jamais adjointe à un minimum de réflexion, elle est au mieux symbolique, au pire parasitaire pour les vrais rebelles, presque toujours pathétique.
Cette ignorance du rebellocrate se retrouve au niveau de ses idéaux, dénaturés : raisonnant avec des concepts mal dégrossis, le rebellocrate a bien du mal à élaborer un début de réflexion cohérent. Au nom des notions de “Justice”, de “Liberté” ou encore “d’Égalité”, le rebellocrate aura tendance à formuler des jugements à l’emporte-pièces, souvent dénués de fondements économiques, politiques ou historiques, à enfermer le monde dans des schémas simplistes et des oppositions binaires ou éculées.
Au nom de « la lutte des classes »[3], par exemple, on ne fera aucune différence entre patron de PME et patron de multinationale, englobant les deux dans le terme fourre-tout de « patronat » (= Méchants) ; au nom de l’égalité, on niera la différence ; au nom des droits, on oubliera les devoirs.
Il veut la Liberté, est en lutte contre la « répression policière » et voit « l’Etat fasciste » partout, mais il voudrait en même temps « reprendre le pouvoir » voire « faire la Révolution ® », « reprendre l’argent des riches quinouszontvolés », et pourquoi pas la « dictature du prolétariat », la mise en place de la société communiste et toutes ces belles mesures en faveur de la Liberté.
Il parle tout le temps d’autogestion, d’autonomie, d’indépendance du peuple, mais il n’est pas capable de se mettre d’accord avec ses potes sur les slogans et les pancartes de la prochaine manif et le nombre de jours de grève blocage, a une vie sentimentale aussi stable qu’un gouvernement sous la IVème République et n’est même pas foutu de s’autogérer lui-même.
Il est pour la liberté d’expression et la Tolérance®, hurle à la censure à la moindre rumeur balancée par un inconnu sur dailymotion, est un jusqu’au boutiste de l’humour (de gauche), même crasse et insultant, mais adorerait que Zemmour soit licencié (surtout depuis qu’il a osé ne pas présenter l’avortement comme la plus formidable des avancées pour le droit des femmes) et considère que toutes ces croix aux carrefours de nos campagnes sont une affreuse atteinte à la Laïcité. Il réclame la liberté, mais c’est l’impunité qu’il veut.
Il y a un intégrisme de la transgression, et ses prêtres sont d’autant plus féroces qu’ils sont persuadés d’être les thuriféraires de l’absolue liberté.
Fabrice Hadjadj
Il défend la société « multiculturelle », la France du « black-blanc-beur », mais il n’a jamais mis —ni cherché à mettre— les pieds dans une véritable cité, encore moins en Afrique, et vit dans une banlieue bourgeoise et confortable dans laquelle les flics jouent à la belote toute la journée.
Il trouve scandaleux ce « gouvernement qui ne fait rien pour les chômeurs » mais lui-même est un glandeur fini —et fier de l’être— qui rêverait d’un parachute doré façon Messier, sans oser l’avouer. S’il savait ce qu’ils pensent, les vrais chômeurs, les vrais galériens de la société, des gens comme lui!
On pourrait continuer la liste à l’infini: il veut plus de subventions pour les associations, mais n’hésite pas à travailler au noir quand il en a l’occasion. Il est en lutte contre le « capitalisme », mais va au combat Converses aux pieds, Big Mac à la main et Avatar au ciné.
Il dénonce la violence de la police et de l’Etat contre les Gentils, mais est lui-même un fervent pratiquant de la violence urbaine (tant qu’elle est dirigée contre les Méchants). Il aime, par exemple, tagguer « Feu aux prisons » ou « Sarko=facho » sur les monuments historiques et brûler des poubelles, c’est marrent, et ça fait avancer le débat.
Relativiste voire nihiliste, il pourfend ceux qui prétendent détenir la « Vérité » et notamment les médias, unanimes haut-parleurs du Grand Capital, mais est lui-même persuadé d’avoir trouvé la Voie, tout en se croyant, avec son petit cercle de rebellocrates, la victime d’une persécution du Système.
Il prétend haïr toute morale (un des slogans favoris du rebellocrate est: “non à l’ordre moral!”), toute autorité, toute transcendance et rejette cet héritage de la « société patriarcale judéo-chrétienne», mais passe son temps à donner des leçons de morale bonne conduite éthique citoyenneté aux patrons, banquiers, financiers… au capitalisme tout entier.
Il adore les expositions culturelles sur l’art africain, la musique asiatique ou la cuisine arabe, admire ceux qui mettent en avant et au-dessus de tout leurs racines ou leur appartenance ethnique ou culturelle, car il est persuadé que dans une société multiculturelle, il faut absolument faire-valoir sa « différence » —ce qui est contradictoire avec son égalitarisme forcené, mais passons. En revanche, il ne faut surtout pas dire son appartenance à un pays, encore moins son attachement à une nation et aux valeurs qui lui sont associées ! Car alors, on devient pour le rebellocrate un immonde chauvin, pire, un sanguinaire nationaliste, donc un fasciste.
Non, il faut déclarer son appartenance à des minorités visibles, si possible persécutées, toujours en lutte contre les Méchants. En France, on pourra (devra) donc se déclarer noir, arabe, juif, gay, breton, syndicaliste, communiste, catholique… mais surtout pas Français ! Qu’un blanc s’avise de mettre en avant son origine « blanche » et il deviendrait aussitôt, aux yeux du rebellocrate, un affreux raciste. Par contre, l’Arabe doit absolument le faire et vanter sans arrêt sa culture d’origine, comme le font à merveille 99% des humoristes arabes qui jouent en permanence sur la corde “je viens de la cité, je viens du Maghreb, mon pays c’est l’Algérie avant tout” tout en revendiquant en même temps d’être des Français à part entière. Le rebellocrate n’y verra aucune contradiction: un représentant de minorité visible doit mettre en avant ses racines, s’il est un héros (auquel cas il pourra glorifier ceux de sa race type) ou une victime (auquel cas il pourra se plaindre de discrimination), mais si c’est un criminel, il serait outrageusement raciste d’aborder la question de ses origines.
Soit on prend le modèle américain avec le communautarisme et les statistiques ethniques, soit on ne dit plus que Zidane est Kabyle et que Thuram est Guadeloupéen. Eric Zemmour
Qu’un grand patron déclare qu’à compétences égales, il choisira «autre chose que le mâle blanc», ne choquera pas le rebellocrate : c’est bon pour la discrimination positive. Le même patron qui oserait affirmer n’embaucher « qu’autre chose que des mâles métisses » devra en revanche être poursuivi séance tenante pour propos racistes.
En vertu de la Laïcité, le rebellocrate est favorable à la suppression des écoles privées (sauf quand il a 40 ans, parce qu’à ce stade il est passé bobo, et ses enfants y sont tous inscrits) et s’indigne quand il apprend qu’elles sont subventionnées par l’Etat. Par contre, en vertu de l’ouverture, il faut absolument que les maires de France soient présents aux inaugurations de mosquées, que les cantines proposent du halal et que les associations musulmanes soient subventionnées. Surtout quand elles luttent contre ceux qui critiquent l’islam les islamophobes, ces immondes racistes. Comme le merveilleux MRAP, par exemple, tellement attachant dans ses prises de position sur les caricatures de Mahomet. (Le rebellocrate est ignorant, je l’ai dit. Il ne sait donc pas que le concept d’islamophobie a été diffusé en Occident par des groupes islamistes, et notamment les Frères Musulmans, cette grande association œcuménique et humaniste.)
Préférant systématiquement l’idéologie à la réalité, le rebellocrate champion de la bonne conscience est un grand défenseur de la Gauche avec un grand G. Pourtant, comme le disait Huges Serraf, il eut suffit que par un beau jour de juin 1789, le Tiers-état décide d’aller s’installer de l’autre côté de la salle pour transformer Olivier Besancenot en fer de lance de l’extrême-droite. Si bien que les notions de « droite » et de « gauche » sont aujourd’hui largement dépassées et ne veulent plus dire grand-chose dans un monde où les courants de pensées sont innombrables : la droite chrétienne ou les centristes sont parfois plus « à gauche » que les socialistes; les écologistes et les altermondialistes rejoignent les souverainistes et les nationalistes sur les OGM, l’Union Européenne et l’agriculture; la droite libérale ne fait qu’un avec l’extrême-gauche sur les positions sociétales, etc. Pourtant, le rebellocrate s’accroche contre vents et marées à sa division binaire de la vie politique : la Droite (mal), alliée avec la fausse Gauche (socialistes, mal) contre les persécutés du Système, la Vraie Gauche (le fourre-tout des rebellocrates).
Sans idéaux dignes de ce nom, les propositions du rebellocrate, quand il en fait, sont de l’ordre du pittoresque, essentiellement à base de yaka. « yaka taxer les patrons », « yaka interdire les licenciements », ou encore « yaka mettre le SMIC à 1500€ » (la visite du site du NPA est recommandée[4]). Entre lubie égalitariste et solution-miracle à deux francs, le rebellocrate ne renonce jamais. Pour un vrai rebelle, c’est une qualité. Mais chez le rebellocrate, c’est agaçant : même quand il a manifestement tort, il s’obstine à vouloir avoir raison !
Sur les retraites, par exemple, la position du rebellocrate sera simplissime: l’allongement de la durée de la vie, l’entrée plus tardive sur le marché du travail, les modifications du ratio entre actifs et inactifs, le besoin d’accroître le montant des retraites sans peser sur les revenus des salariés ou la compétitivité des entreprises, la nécessité de faire évoluer un système conçu dans un environnement démographique et économique radicalement différent tout en prenant en compte la pénibilité du travail… ? Tout cela n’est que de la propagande ultralibérale. Yaka toucher à rien, taxer les riches et le tour est joué.
***
Le féminisme est un bon exemple de comparaison entre rebellocrates et rebelles. Même s’il serait abusif de mettre tous les féminismes dans le même sac, on peut dire que ce mouvement est largement passé du statut de rebelle à celui de rebellocrate, de la rébellion à la rebellitude.
A l’origine, il y a le féminisme des suffragettes : le droit de vote pour les femmes. Et elles rigolaient pas, les suffragettes ! Fallait voir l’anglaise Emmeline Pankhurst, à 50 ans, faire la grève de la faim en prison, s’enchaîner aux lampadaires ou encore s’introduire illégalement au Parlement, dissimulée avec 40 consœurs dans un camion livrant des meubles.
Droit de vote, droit de travailler, d’ouvrir un compte bancaire sans l’accord de son mari, … ce que les féministes ont obtenu en un siècle est impressionnant et impose le respect.
Mais 80 ans plus tard, en 2010, il devient bien difficile de trouver un combat valable pour les néo-féministes occidentales. La libération sexuelle ? Déjà fait. La contraception, l’avortement ? C’est OK. Le divorce ? Check. L’accès aux études ? Done. L’autorité parentale conjointe ? Obtenue.
Alors, puisque lutter pour les droits des femmes soudanaises ou afghanes, c’est vachement trop risqué compliqué, et que la parité salariale, c’est pas très bandant, il faut trouver d’autres combats, plus simples, plus faciles, sans dangers. Revenons aux lubies égalitaristes ! Pour vraiment « émanciper » la femme, il faut à tout prix la mettre au même niveau que l’homme. Mais au même niveau en tout, c’est-à-dire aussi (et surtout) dans ses conneries. On demande à l’homme de travailler le dimanche ? La femme aussi, il faut absolument qu’elle travaille, qu’elle travaille et le dimanche aussi, car le travail, c’est bien, ça émancipe. Conduire des camions la nuit, vendre des soutiens-gorges ou des burgers à domicile, c’est génial, alors que la maternité, la cuisine, les enfants, ces pauvres bobonnes engrossées qui font rien que s’occuper de leurs gniards toute la journée, beurk, c’est dégoûtant.
Non, il faut le travail, l’indépendance et le pouvoir d’achat qui va avec, pour, comme dit Soral, ne plus être l’esclave du mari mais du patron. Il faut être virile, prétentieuse, compétitive, grande gueule et sûre de soi, tout comme l’homme. Conduisons la guerre des sexes ! Pas de pitié pour les machos. Sus aux hommes, à nous le pouvoir ! C’est la fin du patriarcat : tu seras père si je le veux, quand je le veux[5]. Et les enfants aussi: si je veux, quand je veux, toute seule comme une grande. Stop à la domination phallique, que vienne le Règne du Clitoris ! Pas de complémentarité entres hommes et femmes : seulement un « dualisme oppositionnel ». Soyons des Chiennes de garde ! Mais n’oublions pas de consommer. Consommer, consommer, consommer. Il faut jouir sans entraves et se gaver de pilules : pour les cheveux, pour la peau, pour les yeux, pour les fesses, pour (éviter d’avoir) des enfants. Et avec notre super-pouvoir d’achat, on pourra acheter plein de magazines super-trop-cool sur les stars et le maquillage artistique.
Ce qui est amusant (ou navrant, c’est selon), chez les féministes modernes, c’est que bien qu’appartenant historiquement à un mouvement « antisystème » qui allait contre le diktat masculin, elles se sont trahies par leur propre émancipation. Au lieu de mettre en avant les qualités qu’elles pouvaient (et devaient) opposer à un monde sous domination masculine (la douceur, la patience, l’esprit de coopération, l’attention aux plus faibles, le pacifisme), elles ont intégrées —et même parfois dépassées— les hommes dans ce qu’ils avaient de pire. Elles sont désormais arrogantes, dépensières, grandes gueules, vulgaires, indécentes, … et célibataires.
Il suffit de se balader dans la rue : à l’ignoble de la femme cachée, voilée, courbée, recroquevillée, qui n’a rien le droit de dire et rien le droit de faire, répond désormais des tonnes de femmes fières, arrogantes derrière leur ray-ban, exhibant avec la plus grande indécence leurs vêtements de marque aussi bien que leurs apparats corporels, fumant une cigarette avec dédain ou toisant un vieillard avec mépris, se pâmant devant les grandes affiches où elles sont affichées en objet sexuel. En voulant à tout prix libérer la sexualité de la femme, encourager le libertinage et atomiser le mariage, ce reliquat esclavagiste, ce carcan millénaire[6], que dis-je, cette véritable prostitution légale —hein Simone—, les féministes ont contribué à faire de la femme moderne cette caricature dont elles se plaignent pourtant: la femme-objet, insoumise, certes, mais tellement pute.
La pornographie en est l’aboutissement. Elle est à la fois le summum de la libéralisation sexuelle : tout est permis, tout est autorisé, toutes les pratiques sont acceptables, aucun tabou, et, —joie !— aucune morale. En même temps, elle est la consécration de la domination de l’homme sur la femme : toujours présentée comme un objet sexuel, soumise au machisme le plus viril bestial et aux scènes les plus crues et les plus violentes pour satisfaire l’orgasme de ses clients masculins. Fini le romantisme à deux balles, cette immonde galanterie française qui ne faisait qu’entériner l’infériorité de la femme sous couvert d’admiration lénifiante. Place au cul! Alors, heureuses, les féministes?
Comme les rebellocrates, au lieu de chercher à comprendre et accepter la différence, les féministes ont voulu la nier : il n’y a pas d’hommes, pas de femmes, tous ne sont que des constructions sociales. C’est l’avènement du gender : la maternité est une honte, choisissons notre sexe !
Soyons pro-choix ! Nous voulons avoir une large gamme de choix dans le grand supermarché biologique : botox ou implants ? fesses ou pommettes ? fille ou garçon ? yeux bleus ou verts ? combien d’amants annuels? votre enfant est trisomique ? aucun problème, on évacue tout ça, et on recommence… On n’assume plus rien mais on peut tout choisir : vive la liberté !
Cette étrange liberté où n’existe ni honte, ni retenue, ni morale. Cette bizarre liberté ignoble où tout est permis. Milan Kundera
Plutôt que de revaloriser les “cent-emplois” que sont les mères de famille, elles les ont stigmatisées, méprisant celles pour qui prendre le balai n’est pas une honte. Confondant leur statut d’élite bourgeoise avec celui de l’ensemble des femmes (celles pour qui le travail est une contrainte financière et non un “acquis de haute lutte”), elles ont rabaissées celles-là même qu’elles prétendaient défendre. Car le problème n’est pas tant que les femmes assument toujours 75% des tâches ménagères : c’est que ces 75% là ne soient pas reconnus, ne rentrent dans aucune case, ne reçoivent ni valorisation ni remerciement, tant de la part des hommes que de la société.
La honte, c’est que prendre le balai soit une honte. Voilà où nous conduit l’obsession de la puissance et de la domination: servir, c’est ringard.
Plutôt que de chercher des relations apaisées avec la gent masculine, elles ont pénalisé tous leurs rapports, inscrivant presque systématiquement la femme dans un registre victimiste : les femmes sont des victimes des hommes, qu’on se le dise. Des maltraitées, des mal-aimées, des foulées du pied. Tout ça à cause d’un maudit serpent… Les hommes, ces brutes sanguinaires, ne savent que violer, piller et détruire. Nous voulons donc nous aussi pouvoir violer, piller et détruire.
Cette attitude victimiste conduit à des “combats” complètement aberrants de la part des féministes modernes, comme la dénonciation de cette compagne de pub outrageusement machiste.
Partant de combats nobles et difficiles, la majorité des féministes se vautrent désormais dans des combats ridicules et faciles, réduisant, comme le rebellocrate, le monde à un dualisme binaire : là Gentils/Méchants, ici Hommes/Femmes. Qu’importe les différences ethniques, culturelles, sociales, individuelles… puisqu’on vous dit que le monde se voit en Noir et Blanc ! Les féministes ne sont plus des rebelles : elles sont rebellocrates, s’endormant tous les soirs repues de leur suffisance et de la bonne conscience proprette de l’action rondement menée.
Que l’on ne se méprenne pas sur mon discours : le rebellocrate est certes naïf et niais, imbécile et incapable, risible et ridicule, pénible et pathétique… il est une perte de temps, mais il n’est guère méchant. Si j’en dépeins un portrait au vitriol, c’est pour mieux caricaturer les excès de celui que j’ai été —que je suis sûrement encore un peu—, les excès de ceux que l’indignation facile a fait perdre le sens commun, et surtout le sens des priorités. Que le rebellocrate qui sommeille en nous prenne garde : si errare humanum est, perseverare diabolicum. A persévérer, nous sombrions dans le boboisme bien-pensant le plus aveugle. Mais s’arrêter serait plus dangereux encore : nous deviendrions des passifs, des indifférents, des moutons que plus rien n’indigne ni n’émerveille, que le confort et la facilité ont rendu neurasthéniques.
Essayons donc, sans devenir des bêtes à poil, de cesser d’être des rebellocrates, pour devenir des vrais rebelles. Car finalement, le plus grand drame du rebellocrate… c’est qu’il fait les choux gras du Figaro —et de ses lecteurs.
Allez, et juste parce que c’est vous: un bel exemple de rebellocrate.
[2] Admettons tout de même que l’Histoire ne nous a pas laissé beaucoup de rebelles puissants… en général, le puissant n’a pas tellement intérêt à la rébellion.
[3] Qui change régulièrement de nom : lutte contre le Nouvel Ordre Mondial, contre le Capitalisme, etc.
[4] Tenez, un exemple. Au NPA, ils proposent de rendre les transports en commun urbains gratuits, arguant du fait qu’il serait possible de récupérer 15 à 30% du coût de ces transports en supprimant les frais de contrôleurs, impression des tickets, etc. Fort bien. C’est une idée intéressante, déjà à l’œuvre dans plusieurs villes de France (Clermont-Ferrant, Châteauroux…), et qu’il convient de creuser. Là où ça cloche, c’est que le NPA défend aussi l’interdiction stricte des licenciements (même pour raison économiques). Et là, moi, pof, je me demande comment ils vont faire pour récupérer des coûts de contrôleurs sans virer aucun contrôleur… je n’ai vu nulle part que le NPA proposait de reconvertir tous les contrôleurs en postiers.
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Tu es complètement Zemmourien en fait!
Oui pour ses analyses sur la société, je suis souvent d’accord avec lui et j’apprécie sa grande culture. Par contre il dit beaucoup de choses fausses en économie, et sa posture ultramédiatique de “l’idiot utile de la droite” me dérange un peu.
Par sa position de chroniqueur et son titre de “polémiste en chef”, il est souvent obligé d’en rajouter dans la caricature et la surenchère et de toujours jouer sur les mêmes thèmes parce que ça fait vendre. C’est un peu dommage. Ça reste néanmoins un personnage que j’aime écouter.
Je suis plutôt d’accord avec toi. Je pense qu’il a une grande constance de pensée, le problème étant qu’il ne choisit pas forcément les thèmes sur lesquels il intervient, et que dans certaines émissions, on essaye souvent de l’amener à “déraper” pour faire de l’audimat! Il se laisse aussi parfois enfermer dans cette posture de parangon du FN alors que lui au contraire développe la même analyse que toi sur l’idiotie d’une séparation gauche/droite aveugle.
C’est vrai qu’il a une vision de l’économie qui n’est pas forcément très mainstream et qui parfois n’est pas totalement exacte: je pense par exemple à l’idée que la mondialisation et (notamment nos échanges commerciaux avec les pays à bas coût) serait totalement à l’origine du chômage, sans tenir compte de l’effet du progrès technique, entre autres.
Mais toi qui t’y connais plus, n’est ce pas ce que disent des gens qu’on a volontairement éloigné de ces débats, comme Maurice Allais? En tout cas, je pense que Zemmour à lui seul ferait un bon sujet d’article (à bon entendeur…!)!
Hehehe, en tant que rebellocrate repenti (Quoique… Ce n’est sans doute pas si différent de l’alcool ou de la cigarette, on peut s’arrêter mais jamais complétement s’en délivrer…), je ne peux que souscrire à ce petit chef d’oeuvre corrosif, que j’aurais volontiers envoyé au petit imbécile que j’étais il n’y a finalement pas si longtemps que ça…
Sur le fond comme sur la forme, c’est assez difficile de ne pas faire de parallèle avec Murray…
Ce qui est sans doute l’une des multiples raisons pour laquelle je ne partage pas votre sympathies(certes tempéré par un minimum de recul) vis à vis du soldat Zemmour… Lorsque ce brave chroniqueur télé parvient à dire quelque chose d’intéressant, c’est uniquement lorsqu’il se métamorphose en copie carbone du vieux Philippe… Pourquoi se contenter d’un pâle echo quand on peut encore s’abreuver à la source?
(Accessoirement, ce brave Phillipe avait eu la clairvoyance de s’attaquer à une cible pertinente, la modernité et son enfant dégénéré, la post-modernité, contrairement à Zemmour… dont la pensée se réduit bien souvent à un rejet paranoïaque de l’étranger(qu’il prenne la forme de l’immigré, du descendant d’immigré ou de la mondialisation) présumé coupable de tout les maux qui accablent notre pays…
En fait quand j’entends Zemmour, je repense souvent à la petite pique que Solow avait jadis décoché à Milton, et je me dis qu’il suffirait de changer la cible et de remplacer “money supply” par “étranger”…
‘fin bon, quel que soit mes opinions concernant la référence majeure de votre texte, cela n’ôte rien au tranchant et à la profondeur de ce dernier.
Merci du temps que vous y avez consacré, et bonne continuation avec un blog qui compense sa jeunesse par la qualité de son contenu…^_-
Merci pour ce commentaire!
Et pour la “petite pique” de Solow à Milton, que je connaissais pas!
“Everything reminds Milton of the money supply. Well, everything reminds me of sex, but I keep it out of the paper.”
Aha, j’adore.
Rooh, c’est pourtant un classique…
Il faut lire plus souvent la rubrique “Blague d’économistes” chez Econoclaste! :p
Excellent article ! Merci je me suis régalé.