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Contre les extrémismes

17 novembre 2010

Les crises et les périodes de difficultés sont propices aux divisions. Et à la résurgence de tous les extrémismes. J’ai l’impression d’assister aujourd’hui à un phénomène de radicalisation des schémas de pensée de la plupart des gens, allant du citoyen lambda au parti politique en passant par le lobby.

De plus en plus, être modéré, nuancé, prudent dans ses conclusions, est une tare sociétale. Il faut être viril, sûr de soi, définitif et ne jamais changer d’avis. Comme l’explique brillamment Alexandre Delaigue, reconnaître son erreur ou admettre que l’on a changé d’avis est rédhibitoire.

« Pour l’avoir expérimenté, il n’y a rien de pire que de dire, par exemple à un journaliste qui vous interroge, “sur tel sujet, je pensais telle chose, je me trompais, depuis, j’ai changé d’avis” : c’est la garantie pour qu’il cesse de vous écouter. Comme si l’infaillibilité était une qualité intrinsèque, votre crédibilité sera atteinte de manière indélébile par cet aveu. Ou pensez à la campagne présidentielle américaine en 2004. Pour les commentateurs, le fait que le candidat Kerry déclare avoir changé d’avis sur différents sujets en faisait un “flip-flopper”, un défaut absolu. Son adversaire, à l’inverse, déclarait sa certitude permanente d’avoir eu toujours raison (malgré de nombreux faits montrant à l’époque que cette capacité de jugement était, ahem, discutable). Le fait d’affirmer sa confiance en son jugement face à l’erreur manifeste était vu comme une qualité; le fait de déclarer que de nouvelles informations avaient conduit à changer d’avis, un défaut. »

Keynes, a qui un adversaire reprochait d’avoir changé d’avis en cours de route dans ses conclusions sur la crise de 29, eut cette réponse incisive :

When the facts change, I change my mind. Do you, Sir?

L’erreur n’est plus acceptée, et la modération, rejetée. Dans le monde syndical, celui qui veut négocier avec le gouvernement sera qualifié de « dévoyé », d’« acheté », voire de « traître » ou de « suppôt du gouvernement ». Chez les catholiques, on accusera celui qui refuse de rentrer dans une logique de confrontation  avec les « lobbies gays » d’être un « catho mou », de ne pas savoir « défendre sa foi ». Dans les mouvements étudiants, celui qui tentera de faire un pas en avant vers l’apaisement des tensions sera taxé de « capitulard » voire de « collabo du pouvoir ». Il est courant de voir des musulmans modérés se faire copieusement insulter par des groupes de musulmans radicaux dans les mosquées parisiennes.

Puisque tout est trop compliqué et trop long à comprendre, on préfère des solutions simples et immédiatement assimilables. Le modéré est un lâche, l’extrémiste, un persévérant. Puisqu’aujourd’hui on milite avant de réfléchir, qu’on se plaint avant d’agir, que l’on critique avant de lire et qu’on est persuadé qu’il faut absolument donner son avis sur tout ce qui nous passe par la tête (j’aimerai bien connaître, sur cent commentaires d’un panier de grands blogs français, combien sont pertinents, c’est-à-dire ni agressif, ni hors-sujet, ni mal écrit, ni redondant, ni banal, ni inutile, ni faux. Je fais le pari que 80% sont à balancer), on tombe de plus en plus facilement dans les pièges tentants de l’extrémisme.

Le politique qui oserait dire la vérité, à savoir qu’il n’y a pas de solution simple à un problème complexe (et que presque tous les problèmes d’aujourd’hui sont complexes), qu’on ne peut pas tout résoudre du jour au lendemain, aussi volontaristes que soient les mesures que l’on prend, n’aurait tout simplement aucune existence médiatique et se verrait partout hué et rabroué. Comment ? Obama n’a pas entièrement résolu le problème du chômage et la crise économique en deux ans de manda ? Et bien, on va le lui faire payer.

Et c’est le retour de la démagogie démocratique : il faudra dire « au peuple » ce qu’il veut entendre, lui promettre de résoudre tous les problèmes en 5 ans et garantir des résultats en 6 mois, parler de « rupture » ou de « fracture » (toute ressemblance avec des hommes politiques existant ou ayant existés serait purement fortuite), et surtout, surtout, ne JAMAIS se remettre en question. Ne jamais dire que l’on s’est trompé, ne jamais revenir sur ses erreurs, éviter au maximum de nuancer ses propos, ne pas fraterniser avec « l’ennemi », et si l’on est acculé, mis en face de ses contradictions, rejeter la faute sur quelqu’un d’autre, dire que l’on a été « mal conseillé », que l’on n’avait pas « les bonnes informations », parler de « circonstances » voire de « pressions » ou de « directives », répondre à la question par une autre question (technique du « c’est celui qui le dit qui y’est »), changer discrètement de sujet, ou mieux, nier. En essayant toujours de dire des choses invérifiables sur le moment : ainsi, l’honneur est sauf. On démontrera la fausseté de mes propos après coup, mais ce sera trop tard. Et en termes d’image, j’aurais gagné.

En 1830, dans L’Art d’Avoir Toujours Raison, Schopenhauer montrait assez bien à quel point dans la controverse, ce que l’on dit a beaucoup moins d’importance que la façon dont on le dit. Aussi, on peut facilement l’emporter dans une discussion, même sur un sujet auquel on ne connaît rien, pour peu que l’on maîtrise mieux l’art oratoire. Et que l’on sache discréditer l’adversaire.

Pour cela, le philosophe allemand identifie tout un tas de techniques aussi jubilatoires que contraires au plus petit début d’honnêteté intellectuelle. Florilège : exagérer, en réinterprétant ce qu’à dit l’autre de la façon la plus généralisante qui soit (pour le faire passer pour un extrémiste) en faisant par exemple une association dégradante (« c’est du communisme », « c’est du fascisme »), jouer sur les mots, affirmer péremptoirement une généralité impossible à réfuter, noyer le poisson en posant de multiples questions pour élargir et faire dériver le sujet autant que possible, mettre volontairement l’adversaire en colère en l’attaquant ad hominem, utiliser la méthode de l’antithèse (un classique : du genre « tu n’aimes pas Sarkozy mais franchement t’as vu Ségolène ? »), utiliser des dénominations ronflantes et pointues (selon le principe « moins on comprends plus ça à l’air intelligent ») ou au contraire ironiques ou ordurières pour désigner les concepts utilisés par l’adversaire, trouver une exception à l’argument de l’adversaire, même négligeable et ultraminoritaire, opposer théorie et pratique en obligeant l’adversaire à donner une réponse complète au sujet qu’il évoque (un autre classique: “tu critiques la réforme des retraites, mais tu ne proposes rien à la place, donc ta critique n’est pas valable”), mettre en doute la cohérence de l’adversaire, par exemple en l’impliquant dans les thèses qu’il défend (« tu te dis contre l’avortement, mais c’est parce que tu ne t’es jamais faite violée »), affirmer ne rien comprendre à ce que dit l’adversaire, ou encore, plus radical mais plus risqué, autoproclamer que l’on a raison et conclure immédiatement (« L’interlocuteur se retrouvera complètement déstabilisé du fait que, ne trouvant aucun lien entre le discours et la conclusion, on laisse entendre qu’il n’est pas assez subtil pour l’avoir saisi. Il a donc le choix entre perdre la partie ou paraître lent d’esprit. Il y a toutes les chances qu’il choisisse d’être perdant pour faire croire qu’il a compris le lien bidon et sauvegarder sa réputation « d’intelligent »).

Partout, celui qui prône un discours modéré, nuancé, complexe, ne sera pas écouté, systématiquement accusé d’être un mou, un lâche incapable de défendre ses idées, pour ne pas dire un traître infâme. Au contraire, celui qui propose un discours simple voire réducteur, surfant systématiquement sur les joies et les colères populaires, promettant tout et n’importe quoi, désignant un bouc émissaire facile et convenu —toujours le même—, sera applaudi, encouragé, congratulé.

La plupart d’entre nous persistent à croire que tous les choix, et même les choix politiques, se font entre le bien et le mal, et que du moment qu’une chose est nécessaire, elle doit aussi être bonne. Il nous faudrait, je pense, dépouiller cette croyance qui relève du jardin d’enfants. En politique, on ne peut jamais opter que pour un moindre mal.  George Orwell

“Homme de convictions” est vu comme une qualité, même lorsque cette qualité consiste à conserver mordicus les mêmes convictions alors que la réalité, de façon écrasante, montre qu’il pourrait être utile de changer. Entre celui qui dit “je me suis trompé : voilà quel est mon avis aujourd’hui” et celui qui dit “j’ai toujours dit que, d’ailleurs j’avais prévu il y a bien longtemps ce qui allait se passer”, nous accordons une confiance démesurée au second, et aucune au premier. Alexandre Delaigue

Tocqueville, ce brillant visionnaire, l’avait déjà remarqué il y a plus d’un siècle : « Une idée simple et fausse l’emportera toujours sur une idée complexe et juste ».

Et comme, de façon générale, nous tendons à nous informer toujours auprès des sources qui confirment notre opinion en évitant soigneusement (consciemment ou inconsciemment) celles qui pourraient l’infirmer (le mec de gauche ne lit que Libé et Marianne, le mec de droite ne s’informe qu’auprès du Figaro et du Point, l’Huma et le Canard sont les seules références du NPA tandis que Minute! ou Rivarol sont les deux Livres qui composent la Bible du frontiste), nous sommes largement victimes de ce que les psychologues nomment le « biais de confirmation » , c’est-à-dire la tendance à « favoriser l’information qui confirme nos présupposés et nos hypothèses sans se soucier de la véracité de cette information ».

Nous cherchons toujours ce qui peut confirmer nos opinions, jamais ce qui peut les infirmer[1]. D’ailleurs, quand nous cherchons des informations sur un sujet donné, nous avons souvent déjà la conclusion en tête, et nous ne cherchons qu’à corroborer cette conclusion par des informations allant dans ce sens. Au lieu de partir des informations pour élaborer une conclusion, nous partons de la conclusion pour trouver des informations la confirmant.

Ainsi, celui qui considère à priori que les services publics sont des repères de fonctionnaires fainéants, râleurs et incompétents, trouvera une confirmation de ses opinions s’il entend seulement parler d’un dysfonctionnement ou d’un problème d’efficacité dans un service public donné (par exemple si un de ses amis lui raconte un déboire avec La Poste). Sans même chercher à en savoir plus, il affirmera “de toute façon, les fonctionnaires sont tous payés à ne rien foutre” ou d’autres variantes sur le thème “la France est en retard car les Français sont des assistés”. Et il fermera les yeux sur les mêmes dysfonctionnements dans le secteur privé, car dans son esprit le privé ne peut être qu’efficace, rapide et compétent. De même, celui qui estime que “le patronat” est objectivement l’ennemi des salariés pourra trouver son opinion confirmée lorsqu’il entendra parler d’un grand scandale financier ou d’une histoire de parachute doré. Et il oubliera derechef que la majorité des chefs d’entreprises ne sont pas des escrocs surpayés qui exploitent leur main d’œuvre, en glosant à l’infini sur les méfaits —réels ou supposés— du “capitalisme financier”.

Cela conduit à toutes les approximations, à tous les délires, et notamment à la multiplication et à la diffusion massive —grâce aux nouveaux moyens de communication, qui permettent au premier imbécile venu de dire haut et fort ce qu’il pense— des théories du complot, les plus crédibles comme les plus farfelues (complot sioniste, complot américain, complot capitaliste, complot franc-maçon, complot gouvernemental, complot patronal,…).

Il y a quelque chose de fascinant à être extrémiste. Souvent (très) minoritaire, l’extrémiste a ainsi l’impression d’être persécuté, ignoré, méprisé à tort parce qu’il “dit ce qu’il ne faut pas dire” (ou sa variante, “dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas”). Et rapidement, d’un petit cercle de “persécutés”, on passe au sentiment de faire parti d’un petit cercle “d’élus”, de ceux-qui-ont-compris-ce-que-les-autres-ne-savent-pas. Les médias, bien entendu, sont tous aux mains des propagandistes capitalistes (ou des lobbys judéo-maçonniques, c’est selon), c’est donc pour cela qu’ils nous ignorent et nous méprisent. La folie idéologique n’est pas loin: rapidement, on se croit détenteur de la Vérité, on n’accepte plus les arguments de l’adversaire, puisque l’adversaire est déjà disqualifié par son titre même (qu’il soit Juif, franc-maçon ou “capitaliste”, il reste à la solde de “l’Ennemi”). Ainsi, même en face de l’évidence, on ne changera jamais d’avis, par peur d’avoir à donner raison à “l’Ennemi” et d’être ainsi inévitablement taxé de “traîtrise” par les siens.

Par ailleurs, le fait d’avoir un seul ennemi, simple, à la fois facilement identifiable et impossible à individualiser —il est beaucoup plus facile de s’en prendre aux “sionistes” qu’à Benjamin Cohen, le voisin du dessous—, souvent inaccessible et qui tient toujours les rênes du pouvoir, permet tout à la fois: de limiter le sentiment de frustration du à ses propres échecs, de donner une identité (“antisioniste”, “anticapitaliste”,…) et la communauté qui va avec à qui a justement un problème d’identité, d’alimenter les fantasmes complotistes à l’infini, de se prendre pour ce que l’on est pas (économiste, politologue, historien…), etc. Ce mécanisme ignoble, qui fonctionne aussi bien chez l’extrême-droite que chez l’extrême-gauche, peut ainsi créer de l’extrémiste à la chaîne. Et persuadé d’avoir raison, en plus.

Mais le biais de confirmation n’est pas le seul : nous sommes victimes d’une multitude de biais cognitifs qui font que notre jugement sur la réalité est très souvent altéré par notre subjectivité. L’objectivité existe-elle seulement ? Il n’y a qu’à voir les multiples versions différentes de témoins racontant un fait divers aussi banal qu’un accident de voiture : dès qu’un être humain prend la parole sur un sujet donné, l’objectivité s’est déjà taillée en courant depuis longtemps. Si l’objectivité n’existe pas sur un accident de voiture, qu’en sera-t-il lorsque l’on parlera philosophie, politique, économie, religion ? Rien que le choix des mots et des adjectifs, le ton de la voix ou de l’article, et mêle la ponctuation —qui peut être une puissante arme d’ironie— peut orienter un article. L’exemple le plus probant de l’importance de la ponctuation étant cette petite histoire bien connue sur le web:

“Un homme riche était au plus mal. Il prit un papier et un stylo pour écrire ses dernières volontés.

« Je laisse mes biens à ma sœur non à mon neveu jamais sera payé le compte du tailleur rien aux pauvres. » Mais le mourant passa l’arme à gauche avant de pouvoir achever la ponctuation de son billet. À qui laissait-il sa fortune ?

Son neveu décide de la ponctuation suivante :« Je laisse mes biens à ma sœur ? Non ! À mon neveu. Jamais ne sera payé le compte du tailleur. Rien aux pauvres. »

Mais la sœur n’est pas d’accord. Elle ponctuerait le mot de la sorte : « Je laisse mes biens à ma sœur. Non à mon neveu. Jamais ne sera payé le compte du tailleur. Rien aux pauvres. »

Le tailleur demande la copie de l’original et ponctue à sa manière :« Je laisse mes biens à ma sœur ? Non ! À mon neveu ? Jamais ! Sera payé le compte du tailleur. Rien aux pauvres. »

Là-dessus, les gueux de la ville entrent dans la maison et s’emparent du billet. Ils proposent leur version : « Je laisse mes biens à ma sœur ? Non ! À mon neveu ? Jamais ! Sera payé le compte du tailleur ? Rien. Aux pauvres. »”

C’est d’ailleurs tout le problème des médias et des journalistes d’aujourd’hui : plutôt que d’admettre que ce qu’ils écrivent est subjectif, et à ce titre, d’affirmer clairement leurs opinions, beaucoup font deux erreurs : la fausse objectivité, qui consiste à présenter comme objectif un travail qui ne l’est pas (on parlera par exemple de « quotidien de référence », alors que tout le monde sait bien qu’il y a autant d’erreurs et d’approximations dans Le Monde que dans Rue89), ou alors présenter un travail clairement subjectif mais sans avoir l’honnêteté intellectuelle d’évoquer les opinions divergentes.

Que ces phénomènes apparaissent dans des sociétés relativistes où le mot d’ordre est « à chacun sa vérité », ce n’est guère surprenant. Puisqu’il n’y a plus de vérité universelle, chacun peut dire la sienne avec d’autant plus de force et de stupidité qu’elle exprime l’inflation de son ego ou la démesure de ses ambitions politiques voire, plus grave, l’endoctrinement à son parti.

Alors que le vrai sage politique, si tant est qu’il existe, ne devrait jamais se positionner en fonction d’un camp ou d’un corpus de doctrines mais faire de la casuistique en permanence, c’est-à-dire se positionner au cas par cas, thème par thème, pesant à chaque fois le pour et le contre, les causes et les conséquences, les avantages et les inconvénients, l’efficace et le limité. Et avoir le droit de dire qu’il ne sait pas, qu’il ne sait pas encore.

Ainsi les centristes, souvent accusés « girouettisme » et de papillonnage politique au gré des intérêts du moment (Bayrou étant dénoncé comme l’archétype du « centrisme mou »), peuvent aussi être considérés comme des hommes ayant le souci de transcender les clivages pour faire de la « politique apolitique », c’est-à-dire de la politique efficace.  Chercher partout l’alternative et non la simple alternance, c’est donc bien ainsi que doit se comprendre l’engagement politique à visée de conquête du pouvoir. Ce qui implique, évidemment, la dédiabolisation de l’adversaire.

Est-ce à dire qu’avoir une opinion déterminée sur un sujet donné est une erreur, que tout est toujours affaire de nuances, de précisions, de subtilité ? Que rien n’est jamais certain, que toute opinion est empreinte de fausseté, que tout militantisme est une hérésie, tout drapeau brandi une atteinte à la tempérance ? Doit-on affirmer, à la suite de Nietzsche, que « les convictions sont des ennemies de la vérité plus dangereuses que les mensonges ? », ou pire, comme Philip K. Dick, que « la réalité n’est qu’un point de vue » (une forme de subjectivisme extrême) ?

Certes non. « Homme de conviction » doit rester une vertu. Et la versatilité un défaut. Avoir des convictions est noble, bien plus noble que l’indifférence de comptoir. Et la recherche de la vérité ne doit pas conduire à papillonner en piochant ici ou là les idées qui sont dans l’air du temps (le sage politique n’est pas un populiste[2], il est même son exact contraire) mais à réagir avec pragmatisme aux différents thèmes sur lesquels on est amené à prendre position, sans se soucier à priori de la cohérence de ses idées. Car si les idéaux de départ sont clairs, si la façon de penser est fondée sur des bases intellectuelles solides et approfondies, des méthodes rigoureuses, alors cette cohérence viendra d’elle-même.

Comme le dit Jean-François Kahn (centriste par ailleurs), « la vérité n’est pas toujours du même côté, mais elle n’est jamais au centre ». Ainsi, le centrisme qui consiste à donner la moitié de la pomme à chacun (en ne satisfaisant jamais personne) et à vouloir le beurre et l’argent du beurre ne mène qu’au populisme démagogique.

Aussi, l’intégration dans un système de pensée donné d’un « pragmatisme intègre », c’est-à-dire un pragmatisme en cohérence avec ses valeurs, permettra de transformer une infâme incohérence populiste en un noble sens du compromis et un légitime souci du dialogue.

J’affirme donc ici qu’il existe la possibilité d’un équilibre entre deux formes d’extrémismes, qu’il nous faut rejeter vigoureusement: d’un côté un centrisme mou, lâche, complaisant, facile, versatile, qui change d’opinion au gré des intérêts du moment, n’hésite pas à trahir ses valeurs et ses engagements lorsqu’une occasion plus fructueuse se présente et cherche les plus impossibles et les plus ignobles compromis dans un sournois calcul mercantile ou politique, et de l’autre, un extrémisme radical, dur, bête, simpliste, démagogique et populiste, qui ne reconnaît jamais ses erreurs et ne change jamais d’avis, mais qui est finalement tout aussi facile et tout aussi complaisant que le premier.

Sus aux extrémismes !


[1] On peut d’ailleurs faire le parallèle avec Karl Popper : « tout ce qui ne peut être réfuté n’est pas de la science »

[2] Populiste au sens vulgaire (démagogique) et non pas au sens originel, c’est-à-dire « proche du peuple ».

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  1. 19 novembre 2010 12 h 33

    Cet article me plait… sans doute flatte-t-il mes convictions personnelles ?

    Pas grand-chose à rajouter si ce n’est une question : est-ce la lutte contre l’extrémisme qui est à l’origine de l’annulation de l’événement FB « Je ne voterai pas pour Nicolas Sarkozy en 2012 ? ».

    (Enfin, je pose la question, mais il est possible que cet événement n’ait pas été initié par le même Vianney…)

    Sinon, une petite remarque critique sur la forme : les liens HTML, c’est bien, mais il ne faut pas en abuser. Certes, on n’est pas obligé de toujours cliquer pour aller voir de quoi il est question, mais la tentation est grande, et la lecture de l’article s’en trouve perturbée. Personnellement, je préfère le système des notes de bas de page… mais ce n’est qu’un point de vue. :o )

    • 19 novembre 2010 18 h 15

      Merci pour votre comment. Oui, c’est le même Vianney (mais c’est surtout pour des raisons techniques que j’ai annulé l’événement, en raisons de notifications incessantes et impossibles à désactiver. De toute façon, on s’en fout^^).

      Sinon, vous n’avez pas complètement tort à propos des liens. J’ai tendance à en abuser. Et j’ai aussi tendance à cliquer sur tous. Je vais essayer de plus privilégier les notes de BP mais c’est plus chiant à mettre en place, car je dois écrire le code à la main.

      Salut =)

Rétroliens

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