Sauter au contenu

Pourquoi je suis contre l’avortement

27 février 2011

[... et quelques réflexions sur la société du choix]

Je ne suis pas un militant « pro-life », au sens ou on l’entend couramment. Je ne fomente pas le meurtre des médecins « avorteurs », je ne m’enchaîne pas aux tables d’opérations, je ne diffuse pas des images trash à ma classe. Et je n’ai pas choisi l’image d’un petit corps déchiqueté pour illustrer cet article.

Je reconnais l’avortement, non comme un droit —je m’en expliquerai— mais comme une possibilité laissée à la femme en souffrance. Sans prétendre la comprendre totalement —difficile à qui n’a jamais été qu’un homme— et encore moins la justifier, je peux imaginer à quel choix kafkaïen  doit faire face la femme enceinte qui sent qu’elle n’a pas le soutien matériel, financier, moral et affectif qui lui permettrait de garder et d’élever son enfant.

Dans cet article, ce n’est donc pas à la loi Veil en tant que tel que je m’en prends —je m’en expliquerai aussi. Mon propos ne sera pas non plus de jeter l’opprobre sur les femmes qui se sont retrouvées dans une situation telle qu’elles ont avortés : exception faite de la minorité militante et féministe qui ne comprend rien à rien — comme toujours avec les féministes, serai-je tenté d’ajouter— celles-ci  sont des victimes, pas des bourreaux. Et la plupart de ceux que l’on nomme « pro-choix » ne considèrent pas l’avortement comme un acte banal, fort heureusement.

Outre, donc, ces indispensables réserves, je chercherai néanmoins à montrer ici:

  • Que,  quoi qu’on en dise et quelle que soit la légitime compassion dont on peut faire preuve à l’égard de femmes qui avortent, l’IVG est la suppression d’une vie[1]. C’est un acte intrinsèquement immoral et toujours injustifiable.
  • Qu’aucun des arguments en faveur de l’IVG, du plus sensé (le 3, par exemple) au plus idiot (le 2) ne tient la route. Pour le montrer, je vais donc reprendre ces arguments un par un.

1. “Un fœtus n’est pas une vie”
2. “Les femmes ont le droit de disposer de leur corps”
3. “L’avortement est justifié dans certaines situations dramatiques”
4. “L’avortement est un droit”
5. Réflexion sur la société du choix
6. “L’avortement est un acte anodin”
7. Un dernier mot

1. « Un fœtus n’est pas une vie ».

C’est bien sûr la question numéro 1. Car si l’on considère qu’un fœtus est une vie, l’avortement pose tout de suite beaucoup plus de problèmes. Alors pour une majorité de défenseurs de l’avortement, un fœtus n’est pas une vie mais un « projet de vie », que l’on peut donc éliminer, stocker, congeler, décongeler, plus généralement traiter comme un objet (d’autres y reconnaissent la vie mais justifient l’avortement pour d’autres raisons, on le verra plus bas). Dès lors, y mettre un terme n’a rien d’un « meurtre », ce scandale,  mais relève au contraire du libre-choix de la femme de « disposer de son corps ».

C’est là un point essentiel, sans doute le fondement même du débat.
Simone Veil, lors de son discours à l’Assemblée nationale, le 17 janvier 1975.

La loi française va dans ce sens puisqu’elle ne reconnaît pas de statut juridique à l’embryon en dehors de celui de sa mère. La personne, en droit français, existe seulement à partir de la naissance, à condition encore de naître vivant et viable. Le 30 juin 1999, la chambre criminelle de la  Cour de Cassation a d’ailleurs cassé un arrêt de la Cour d’Appel de Lyon condamnant pour homicide involontaire un gynécologue qui, à la suite d’une confusion entre deux patientes, avait provoqué l’avortement d’une femme enceinte de quelques semaines. La Cour de Cassation s’était justifiée en expliquant que les atteintes à la vie ne concernent, dans le Code Pénal, que la personne juridique. La même chambre cassa 7 mois plus tard (arrêt du 3 février 2000)  une décision de la Cour d’Appel de Reims condamnant pour homicide involontaire un automobiliste qui avait provoqué, suite à un accident de voiture, la mort in utero d’un fœtus de 8 mois.

L’université de droit de Paris V précise :

« La portée de cette jurisprudence a été précisée par l’Assemblée Plénière de la Cour de cassation dans un arrêt du 29 juin 2001 : les dispositions du Code pénal relatives à l’homicide involontaire ne sont pas applicables à l’embryon ou au fœtus. Malgré l’opposition d’une partie de la doctrine, la Cour de cassation s’est de nouveau prononcée dans le même sens (Cass. crim., 25 juin 2002 ; 4 mai 2004). »

Notons tout de même que depuis trois arrêtés de la même Cour en février 2008, les « enfants sans vie » peuvent figurer sur le livret de famille, avoir droit à des funérailles officielles et les parents peuvent obtenir un congé parental, comme si l’enfant était né. Il ne s’agit pour autant nullement d’une reconnaissance de personnalité juridique.

Avant sa naissance, donc, l’enfant n’a pas de personnalité juridique. Mais quand peut-on dire qu’il y a vie humaine ? C’est une question que l’on pourrait laisser aux biologistes et aux médecins, mais on voit rapidement qu’il n’y a aucun consensus et que cela ne mène à rien.

Quand considérer que l’embryon est un être humain ? Quand le patrimoine héréditaire est présent (dès la conception) ? Quand le cœur bat (4 semaines) ? Quand les empreintes digitales sont lisibles (6 semaines) ? Quand le cerveau marche, prélude à l’apparition de la conscience (6 semaines) ? Quand l’enfant en devenir commence à être sensible à la douleur (à partir de 8 semaines) ? Quand tous les organes sont présents (à partir de 8 semaines) ? Quand le bébé peut entendre (au cours du 4ème mois)? Quand l’enfant est viable, c’est-à-dire qu’il pourrait naître et survivre dans un environnement extra-utérin  (plusieurs mois) ?

Qui tranchera ? Qui décidera quand il y a vie humaine et quand il n’y a rien ? (Notons d’ailleurs que quel que soit le critère retenu —à l’exception des deux derniers—  il est toujours antérieur au délai limite légal d’avortement en France, qui est de 12 semaines, soit 3 mois).

Devrait-on alors, comme c’est le cas en France, décider qu’un fœtus est une vie quand la loi le décide ?

C’est ainsi que l’OMS définit le seuil de viabilité du fœtus  à 22 semaines d’aménorrhée[2] (soit 20 semaines de grossesse, autrement dit 5 mois), ou d’un poids du fœtus de 500 grammes. C’est cette définition qui est le plus souvent reprise dans la plupart des pays du monde ou l’avortement est autorisé — ce qui explique que les plus « avancés » en la matière dépassent rarement cette limite: elle définit en effet le seuil maximum à partir de laquelle le fœtus, sans être déjà considéré comme un être humain,  dispose de certaines protections.

Mais cette définition —qui n’a d’ailleurs rien de contraignante, elle est seulement proposée par l’OMS, l’Espagne permet par exemple l’avortement jusqu’à 22 semaines— est parfaitement arbitraire : à la suite d’accidents, on a parfois réussi à maintenir en vie des fœtus en-deçà de ce terme. En 2006, Amilia Taylor, une petite américaine, naquit après seulement 21 semaines et 6 jours de gestation. Elle fut rendue à ses parents quelques mois plus tard, en parfaite santé.

En fait, il y a des dizaines de cas. Les progrès de la médecine laissent par ailleurs augurer que ce phénomène, encore très rare, devrait se multiplier à l’avenir.

Et puis, par quel miracle, en France,  l’embryon était-il un être humain à partir de 10 semaines, puis à partir de 12 semaines lorsque la loi fut modifiée en 2001? Comment est-il possible qu’en franchissant la frontière de tel ou tel pays, l’humanité n’apparaisse qu’au bout de 18 ou 20 semaines ? Meurtre d’un être humain d’un côté des Pyrénées, simple évacuation d’une « chose » de l’autre ? L’apparition ou la disparition de la nature humaine serait-elle fonction des caprices législatifs de tel ou parlement ?

A moins que l’on ne considère, puisque le fœtus n’a pas de personnalité juridique avant terme, qu’il n’y a apparition d’un être humain qu’à la  naissance —j’ai déjà entendu certaines personnes défendre cette position— ce qui permettrait d’avorter jusqu’au tout dernier moment. Comme c’est d’ailleurs déjà possible dans de nombreux pays (Chine, Japon, certains états américains…) et selon certains conditions en France: c’est l’IMG ou interruption médicale de grossesse, également appelé « avortement thérapeutique », possible jusqu’à terme aussi bien pour des pathologies graves mettant en danger la vie de la mère que pour des « simples » cas de trisomie.

Cette position est encore plus cynique. A 8 mois et 28 jours, prêt à sortir et ayant tout du bébé, c’est une chose, dont l’élimination serait un droit, et l’empêchement de l’élimination un délit (celui d’entrave à l’avortement, article L2223-2 du Code de la Santé publique). 35 min plus tard, c’est un enfant, dont l’élimination serait un effroyable meurtre, et le non-empêchement un délit (celui de non-dénonciation de faits criminels, article 434-1 du Code Pénal).

Quand on n’a plus aucun argument pour justifier l’injustifiable, on invoque en dernier lieu l’argument de la « dépendance » : un embryon n’est pas une vie puisqu’il est dépendant de sa mère, puisqu’il ne saurait, au moins jusqu’à un certain stade, vivre sans elle.

Argument parfaitement idiot, bien sûr, puisque si la vie se jugeait au degré de dépendance, même vitale, aucun bébé ne serait un être humain : vous avez déjà vu des bébés vivres en « indépendance » ? Je ne parle même pas des vieux et des handicapés. Qu’il soit dépendant du corps de la mère n’y change rien : nous sommes tous dépendants à des degrés divers, l’enfant à naître plus que les autres : raison de plus pour le protéger, puisqu’il est faible et dépendant.

On voit d’ailleurs parfaitement que le vocabulaire utilisée change du tout au tout, selon que l’avortement est envisagé ou non. Dans le premier cas, on parle de fœtus, d’embryon, et les médecins, après l’opération, de « déchet opératoire ». Mais si la mère ne vient pas pour un avortement, on lui parle de son bébé, de l’adorable enfant qu’il sera et l’on pleurera avec elle la perte de ce cher petit si elle fait une fausse couche.  Sur sa page consacrée aux fausses couches, le site Doctissimo, référence en matière de santé sur internet, parle  de « complications intervenant pendant la grossesse et entraînant la perte du bébé », tandis que la page consacrée à l’IVG parle d’« expulsion volontaire hors de l’utérus de l’embryon ou du fœtus, causant la mort de celui-ci. »

Or, une fausse couche peut tout à fait intervenir lorsque, scientifiquement, le bébé en question n’est encore qu’un embryon ou un fœtus. Le choix du mot « bébé » est donc destiné à mettre en exergue la douleur (réelle) des parents qui vivent cet événement dramatique. Pourquoi, dans ce cas, ne pas parler  d’« expulsion volontaire hors de l’utérus du bébé,  causant la mort de celui-ci. » ?

C’est que la réalité serait trop cruelle, trop brutale. On se le reprocherait, et notre bonne conscience drapée dans sa prétendue compassion en prendrait un coup. Comme ce professeur de Manosque condamné pour avoir diffusé à sa classe des images montrant, quoi que l’on pense de la méthode —pour le moins discutable— la réalité de l’avortement (IMG ou IVG, peut importe), on aurait peur que notre beau voile idéologique, tout de gôche vêtu, se déchire devant la dure réalité : on tue des bébés en devenir, des bébés tout court.

Tout cela n’a aucun sens. C’est pourquoi je m’en tiens à la définition que proposent tous les opposants à l’avortement : il y a apparition de la vie dès lors qu’il y a eu fécondation. On évitera au passage les railleries du genre « dans ce cas, la masturbation est un génocide ! », puisque évidemment, le sperme laissé 9 mois à lui-même ne donnera jamais un enfant, contrairement au zygote fécondé. Autrement dit, dès lors que, si l’on ne « touche à rien », l’embryon devient un enfant à terme, il y a vie, il y a être humain en devenir. C’est aussi simple que ça.

Certes, comme un papillon n’est pas une chenille, il s’agit là d’un être humain en devenir —une « personne humaine potentielle », selon le Comité national consultatif d’éthique— pas d’un être humain tout court. Mais cela ne change strictement rien au raisonnement : il s’agit d’une vie, une nature qui ne dépend pas de sa capacité à parler (sinon les muets ne sont pas humains), à voir (les aveugles…) à jouer au foot (les handicapés…) ou même de sa taille (la différence de taille et de poids entre un fœtus et un bébé n’est guère plus grande qu’entre un nain et un adulte de taille normale: les nains ne seraient-ils pas humains ?)

Plus personne ne conteste maintenant que sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les  virtualités de l’être humain qu’il deviendra. Simone Veil, 1975[3]

Pour résumer sur ce point, et c’est à mon avis la seule position cohérente qui vaille, tant que la fécondation n’a pas eu lieu, il n’y a pas d’enfant en devenir : tout est possible (sinon la contraception serait un meurtre). Dès lors que la fécondation a eu lieue, qu’un enfant est appelé à naître dans 9 mois, c’est une vie. Point.

L’embryon est porteur d’un dynamisme, d’un devenir, il est un enfant à venir. Il ne se réduit pas davantage que moi à un agrégat de cellules, il n’est pas un produit humain. Qu’il soit (relativement) difficile de le concevoir n’y change rien. Qu’il soit facile de s’en débarrasser non plus. Koz

Finalement,  Anne Fagot-Largeault et Geneviève Delaisi de Parseval résument assez bien la position de l’Église : « puisque la capacité d’un développement pleinement humain est donnée dès la première cellule embryonnaire, qu’elle est inhérente au génome, il est absurde de dire que le moi ontologique commence après neuf mois (avec le moi légal) ou pendant la phase fœtale (avec le moi psychologique) ou s’interrompt si l’être est momentanément frappé d’incapacité.  La difficulté est alors de justifier que le respect soit dû à toute forme de vie humaine et pas à la vie animale (un gnou  ou un dindon est tout aussi « vivant » qu’un « légume » humain). L’Église catholique répond à cette objection par la place particulière accordée par Dieu à l’homme [Homme supérieur à l’animal] dans la création. »

2. « Les femmes ont le droit de disposer de leur corps »

Parfaitement. Les femmes ont le droit de disposer de leur corps, c’est-à-dire de leur nez, de leurs seins et de leurs ongles incarnés. Certainement pas de l’enfant qu’elles portent en elles. L’embryon, et c’est une évidence biologique, n’a strictement rien à voir avec un bras ou un rein. Il s’agit d’un être bien distinct du corps de sa mère, qui ne fait que « squatter » celui-ci pour se développer, mais qu’on ne peut certainement pas confondre avec le corps de la mère. Il se développe dans le corps de la mère, mais il n’est pas celui-ci.

Une femme qui avorte ne se contente pas de disposer de son corps. Elle dispose aussi de l’embryon, et le fait qu’il soit rattaché à son corps ne suffit pas en faire une partie de son corps. Koz

L’enfant à naître n’étant en rien assimilable à un bras ou un rein, on en déduit un principe fondamental : dès lors que le processus de développement de l’embryon est lancé, que l’œuf fécondé a nidé, les parents ont mis en œuvre une vie qui ne leur appartient plus.

Parce qu’un embryon qui se développe a déjà commencé un chemin qui n’appartient pas aux parents, ni collectivement, ni isolément, et ce y compris la mère. Les parents, tout parents qu’ils sont, n’ont pas de droit de vie et de mort sur l’enfant à naître. Ils ont le droit d’avoir ou de ne pas avoir des enfants en utilisant ou pas une méthode de contraception. Ils n’ont pas celui, dès lors que le « processus » est lancé, de l’interrompre ou de ne pas l’interrompre au gré de leur désir du moment.

3. « L’avortement est justifié dans certaines situations dramatiques »

Il s’agit sans doute de l’argument le plus pertinent. Nul, évidemment, ne nie les difficultés que peut rencontrer une femme enceinte lorsqu’elle n’est pas prête à accueillir un enfant, une situation probablement difficile à comprendre à qui n’y a pas été confronté. Et ce n’est certainement pas les opposants à l’avortement qui vont dire le contraire, puisque ce sont toujours ces derniers qui militent pour que la femme puisse trouver un soutien psychologique, moral et financier à travers des centres spécifiques et des associations adaptées lorsqu’elle se retrouve dans ce genre de situation.

Là où les partisans de l’avortement, eux, ont toujours milité contre ces soutiens, considérés comme une insupportable pression  psychologique sur la femme pour la « dissuader d’avorter ».

C’est ainsi que le 25 janvier dernier, la commission spéciale de l’Assemblée nationale examinait les propositions de loi du gouvernement sur la bioéthique, en révision des lois Léonetti d’il y a 5 ans. On y parlait notamment d’euthanasie, mais également de contraception, de parentalité et d’IVG.

A ce sujet, des députés UMP déposèrent des amendements visant à supprimer le caractère obligatoire du dépistage de la trisomie 21, et à rendre obligatoire la communication à la mère d’une liste des « aides matérielles et morales » dont peuvent bénéficier les familles élevant un enfant handicapé. Ils proposèrent également que soit quasi-systématiquement organisée une rencontre entre la femme dont l’embryon porte le gène de la trisomie 21 et une famille élevant un enfant présentant la même pathologie.

Ceci dans l’optique louable que la femme choisisse d’avorter ou non en connaissance de cause : un vrai choix, vraiment libre, suppose des vraies options, de vraies alternatives. A qui on ne propose que de choisir entre l’avortement-libération et une vie atroce de souffrances avec cet enfant affreusement handicapé dont la-vie-est-déjà-un-échec-et-que-tu-oses-imposer-à-la-société ne peut que choisir l’avortement. Alors qu’une rencontre avec des parents élevant un enfant handicapé pourrait au contraire montrer que malgré les inévitables et douloureuses difficultés, un enfant trisomique apporte autant de joies et de bonheur que n’importe quel autre.

Ces amendements ont été rejetés sous la pression des députés socialistes, Olivier Dussopt, député de l’Ardèche, n’hésitant pas à déclarer : « Quand j’entends que “malheureusement” 96 % des grossesses pour lesquelles la trisomie 21 est repérée se terminent par une interruption de grossesse, la vraie question que je me pose c’est pourquoi il en reste 4 %. » Un peu plus tard, Noël Mamère raillait, dans un cynisme absolu : « la mère et la famille sont libres de considérer qu’un enfant trisomique est un cadeau du ciel ».

L’amendement fut donc rejeté, avec le soutien de la ministre de la santé, car il aurait pu être perçu comme « une pression exercée sur une personne fragilisée par une situation difficile ». Un risque contre lequel il fallait bien lutter, en effet.

Mon Dieu, et si, devant la réalité de la trisomie, elle choisissait de ne pas avorter ? Tout cela coûterait fort cher à la collectivité. Et vous savez, les caisses vides, toussa. Fermons donc les yeux, et encourageons l’eugénisme. Mais à qui on reprochera d’agir exactement comme Hitler au temps de son « opération T4 », s’indignera : « Hitler, mon Dieu, quelle accusation ignoble ! Quels propos nauséabonds ! C’est au nom de la liberté que j’agis. Je ne fais que défendre le droit des femmes à disposer de leur corps, je procède par compassion pour leur situation douloureuse». Comment l’opération T4 fut-elle appelée? Ah oui : le « programme de meurtre par compassion ». Bientôt, on élimine les fœtus présentant un risque de strabisme. Pardon, c’est déjà le cas ? Mais c’est que certains pays européens sont décidément très en avance: outre-manche, on parle même de pouvoir tuer à la naissance les enfants handicapés. Au nom du dommage esthétique, bien sûr. Et dire que ces connards d’handicapés ont l’audace d’être heureux.

C’est ainsi que, le plus naturellement du monde et au nom de la « défense de nos libertés publiques », l’association pro-choix n’a pas hésité à proposer « d’élargir le délit  d’entrave », se lamentant que la loi n’inclue pas les « violence morales » et les « manifestations des anti-choix aux abords des hôpitaux » qu’il faudrait interdire parce qu’elles constituent une « une agression morale vis-à-vis de la femme se rendant dans un CIVG ». Et d’ajouter qu’il faudrait aussi instaurer une notamment une « obligation pour les directeurs d’établissements de signaler la moindre action ou démonstration anti-avortement aux abords ou à l’intérieur de leur CIVG, afin de permettre au procureur de la République d’entamer des poursuites ».

Alors que la loi Veil prévoyait un entretien préalable avant et après l’IVG avec un psychologue (article L. 162-4 du Code de la santé publique), il est devenu facultatif par une loi de 2001, loi qui supprimait en même temps l’obligation de l’autorisation parentale. Une grande victoire des « pro-choix ».

Bientôt, grâce à Pro-choix, le père de la jeune fille qui tenterait, en discutant avec elle, de dissuader sa fille d’avorter, ou simplement de lui montrer que des alternatives existent, pourrait être mis en prison pour « entrave à l’avortement ». Et puis, on interdira aussi ces scandaleux sites anti-avortement qui savent se servir du référencement. Il faudra les fermer, mettre en place un «filtrage des réseaux » —si si, l’option est évoquée par ces chevaliers de la Liberté. Il faudra aussi penser à supprimer la possibilité encore laissée au médecin de refuser de pratiquer des avortements au nom de la liberté de conscience: c’est une véritable entrave à l’IVG. D’ailleurs, on y pense, à la supprimer, cette saleté de liberté de conscience. Tout cela au nom de vos libertés publiques, bien sûr. Car la liberté, c’est important. Enfin, la liberté de penser comme eux.

Mais revenons à  cet argument de la femme en détresse. Nul ne nie les réelles difficultés que peut rencontrer une femme enceinte. C’est d’ailleurs bien pour cela je ne souhaite pas défendre ici l’abrogation pure et simple de la loi Veil. Lors de son premier voyage, on a posé au pape Benoît XVI la question suivante: « Très-Saint-Père, est-ce que vous êtes contre l’avortement? » Et qu’a-t-il répondu ?  « Ce n’est pas en criant aux gens ce qui est bien et mal qu’ils vont se convertir, mais en annonçant l’amour de Dieu»[4]

Car, et je m’en étais déjà expliqué brièvement ici (en milieu de texte), il y a une différence entre l’objectif d’une loi et la réalité, la théorie et la pratique, et l’on sait qu’il y aura toujours un certain volume constant d’avortements, pratique qui existe depuis la nuit des temps (mais bon, ce n’est pas un argument en soi : le viol aussi existe depuis la nuit des temps). Nul ne souhaite le retour de l’aiguille à tricoter. C’est alors plutôt un aménagement (restriction des conditions, des délais, information systématique…) de la loi qu’il faudrait, plus exactement un retour à l’intention première: l’avortement-exception et non l’avortement-généralisation (voire banalisation).

Mais cela n’empêche :

“La compassion vis à vis des parents est un sentiment que tout médecin doit avoir. Si un médecin ne l’éprouve pas, il n’est plus qu’une sorte d’ordinateur, une machine à faire des ordonnances. L’homme qui pourrait annoncer à des parents que leur enfant est gravement atteint et qui ne sentirait pas son cœur chavirer à la pensée de la douleur qui va les submerger, cet homme ne serait pas digne de notre métier. Mais on ne protège pas d’un malheur en commettant un crime ; on ne soulage pas la peine d’un être humain en tuant un autre être humain”. Jérôme Lejeune

Je rappelle souvent cette anecdote à propos d’Antisthène, le maître de Diogène. Antisthène souffrait d’une atroce phtisie. Un jour, il s’écrie devant son disciple: “Ah! qui me délivrera de mes maux?” Diogène sort aussitôt un couteau de sous sa toge: “Ceci, maître”. Et Antisthène de répondre: “J’ai dit de mes maux, non pas de la vie”. Fabrice Hadjadj

Comme le disait Zemmour, la loi Veil était un « pis-aller compassionnel » que j’accepte, car nul ne saurait souhaiter que les femmes se retrouvent à avorter dans les conditions qui étaient les leurs avant cette loi ; personne ne souhaite le retour de l’aiguille à tricoter ou de l’exode massif dans les pays étrangers à la limite des délais. Je ne refuse pas, à priori, la légalisation de l’avortement.

Mais il y a un fossé entre accepter une loi dépénalisant l’avortement au nom de la prise en compte de la détresse réelle des certaines femmes, et la réalité de l’avortement aujourd’hui : possible sans restrictions aucunes, sans entretien préalable, sans accord ni même information des parents, avortements systématiques des fœtus trisomiques (96% sont avortés, sachant que le dépistage se trompe régulièrement: selon la méthode utilisée, entre 5 et 10% des enfants détectés comme trisomiques ne sont pas porteurs du syndrome de Down),…  nous sommes entrés dans une société de plus en plus eugéniste, en même temps que dans une véritable dictature de la pensée au sujet de l’avortement. Comme le reconnaissait d’ailleurs un bloggeur partisan du droit à l’avortement, « affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite au mieux les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère ».

On vous rappellera que «l’avortement est un droit, monsieur», jetant sur vous le soupçon du scandale. Pour un peu, parce que vous n’estimez pas que ce droit soit nécessairement bon, on vous jugerait totalitaire, antidémocratique, en oubliant que les plus belles saloperies ont revêtu les atours de la légalité, en oubliant que le droit n’est pas forcément juste. Et l’on ira ensuite, bien légitimement, contester d’autres lois, d’autres droits. Koz

On est passé de la tolérance compassionnelle à un droit acquis, que l’on veut toujours développer davantage : un mélange de tentation bureaucratique, de fureur égalitariste, et d’idéologie féministe qui pense toujours au fond comme Simone de Beauvoir : que la maternité est incompatible avec l’émancipation.  Eric Zemmour

Il est ahurissant d’entendre certains « pro-choix » dénoncer les « pressions psychologiques » que subiraient certaines femmes pour les dissuader d’avorter, tant la réalité est plus souvent contraire, tant ce sont plutôt des pressions en sens inverse du corps médical que subissent généralement les mères, en particulier si l’enfant est porteur d’une maladie. Combien de parents ayant choisis de garder un enfant trisomique peuvent témoigner de l’incompréhension, voire du rejet, du corps médical. Combien de jeunes filles souhaitant garder l’enfant subissent les pressions des parents, du copain qui n’assume pas, de la famille qui trouve que décidément, « elle est trop jeune ». Et s’il est annoncé handicapé, je n’en parle pas… « Mon Dieu, mais il est différent » !

Et que dire du Planning Familial —d’inspiration eugéno-raciste— association privée qui milite ouvertement pour l’avortement, et tellement omniprésente, tellement subventionnée, tellement soutenue par les pouvoirs publics —jusque dans ses campagnes de publicité en Ile-de-France— que nombreux sont ceux qui croient que cette association est une sous-direction du ministère de la Santé.

Le gouvernement subventionne des campagnes pro-avortement : un droit, mon choix, notre liberté ? D’autres associations osent militer contre : une scandaleuse atteinte à la démocratie ! On croit rêver.

Il m’a toujours paru étrange, pour ne pas dire incompréhensible, que les mouvements politiques de gauche, fervents défenseurs des plus faibles (les sans-papiers, les SDF, les pauvres, les étrangers…) soient toujours les plus acharnés promoteurs de l’avortement, et ne comprennent pas que ce soit justement au nom de la défense des plus faibles que l’on s’y oppose.

Il m’a toujours paru étrange que cette gauche écologiste qui s’alarme du risque de dérives de la manipulation génétique des plantes (les OGM c’est mal, toussa), fasse si peu de cas de la manipulation génétique des enfants.

Il m’a toujours paru étrange que cette gauche qui exalte la « différence », qu’il faut absolument mettre en valeur contre les infâmes « discriminations », soit la plus acharnée à défendre l’élimination des trisomiques différents. Officiellement au nom de la liberté des femmes, ou bien d’une « juste compassion ». Le plus souvent, en fait, par calcul financier inavoué : ça coûte cher, un trisomique. Un vieux aussi. Un malade aussi. Pourquoi ne pas achever directement les accidentés de la route ? De toute façon, leur vie ne mérite plus d’être vécue, ils sont trop faibles désormais. On fera des économies, on a en tant besoin en ces temps de disette.

Nul ne peut se mettre à la place d’une femme qui vit une situation difficile, celle qui porte un enfant né d’un viol ou celle dont le copain l’a quittée à l’annonce de sa grossesse. Mais si la loi doit essayer de prendre en compte ces situations —ce qu’elle fait puisque l’avortement est légal— on ne juge pas la moralité d’un acte au pathos qu’il engendre. On ne considère pas si un acte est moral ou non au regard des circonstances. Tuer son voisin par vengeance, parce qu’il a assassiné votre famille et violé votre femme sous vos yeux 20 ans plus tôt, n’est pas moins immoral que de tuer son voisin parce qu’il a une plus belle voiture que vous. Un meurtre est un meurtre, quelles que soient les circonstances. J’ai déjà dit ce que je pensais de l’éthique conséquentialiste ici.

Je raisonne ici au niveau de la morale. C’est ensuite à la loi, plus exactement aux juges, de dépasser —disons plutôt de sublimer— cette morale en tenant compte, par exemple, de circonstances atténuantes. D’où les remises de peines : le crime passionnel est puni bien moins sévèrement que le froid assassinat. D’où la légalisation de l’avortement. Mais on ne créé pas une loi générale pour prendre en compte quelques situations particulières et extrêmes: on doit agir dans l’intérêt général de la société, non dans le but de satisfaire quelques lobbyistes.

Une femme se fait violer: c’est triste, c’est terrible, c’est ignoble et insoutenable. Mais répare-t-on cette peine en supprimant l’enfant à venir, qui est totalement innocent du crime subie par cette femme? Soulage-t-on une douleur en ajoutant une autre douleur? Que la femme ne veuille pas élever cet enfant, cela peut se comprendre. Qu’elle le fasse alors adopter, des milliers de couples stériles sur liste d’attente seront ravis de lui prodiguer toute l’attention et l’amour dont il aura besoin. Et que nul ne s’autorise à affirmer d’un ton péremptoire que la vie de cet enfant n’a pas de valeur et qu’elle sera “ratée” parce qu’il est issu d’un viol et adopté.

On connaît la fameuse histoire :

« Une femme vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Lui conseilleriez-vous d’avorter sachant qu’elle a déjà 6 enfants, que 2 de ces enfants sont sourds, trois sont muets et un est retardé mental ? »

Vous avez répondu oui ?

Bravo, vous venez de tuer Beethoven.

Il reste : quelques soient les circonstances —dont les plus extrêmes, comme le viol ou le handicap lourd, restent rares, contrairement à ce qu’on avance souvent pour justifier l’avortement— une interruption volontaire de grossesse est immorale. C’est la suppression d’une vie, que rien ne peut justifier.

4. « L’avortement est un droit »

Certainement pas. L’avortement a été dépénalisé par la loi Veil de 1975, au nom de la prise en compte légitime de la souffrance des femmes.  L’article premier de la loi de 1975 déclare d’ailleurs : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi. »

Cette loi ne visait nullement à encourager l’avortement : au contraire, l’objectif de Simone Veil était de réduire le nombre d’avortements illégaux en légalisant une pratique qui existait évidemment déjà. Force est de constater l’échec de cet objectif : après 1975, le nombre d’avortement a doublé. On ne dispose évidemment pas de statistiques certaines concernant le nombre d’avortements clandestins avant la loi Veil, mais les études les plus sérieuses font état d’environ 65 000 avortements par an (les plus larges vont jusqu’à 100 000). Deux ans après la loi Veil, on dépassait les 150 000 avortements par an…le nombre d’avortements tourne aujourd’hui autour de 215 000.

Inquiétant, comme le constatait d’ailleurs ce rapport de l’INED en 2004, alors que le recours à la contraception s’est massivement développé, qu’on en fait la publicité partout, qu’on permet même  la pilule (abortive) du lendemain, bientôt celle de 5 jours, de voir que le nombre d’avortements ne baisse pas, augmente même depuis 2000 où il était de l’ordre de 200 000. Inquiétant de constater que cela semble moins venir des échecs de la contraception —la pilule reste très efficace, c’est surtout son utilisation qui peut poser problème— que de la mentalité ambiante, puisque le même rapport montre que le nombre de grossesses non-prévues est en baisse : c’est le taux d’avortement en cas de grossesse non-prévue qui explose. Autrement dit : il y a de moins en moins de grossesses non-désirées, mais quand elle surviennent, on avorte de plus en plus. D’où l’augmentation du nombre d’avortements.


Le rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de 2009 confirme cet état de fait (stabilité des avortements en France malgré la diffusion massive de la contraception) mais reste aveugle dans ses conclusions, puisqu’il termine en disant que  « l ’ IVG n’est (…) pas un événement exceptionnel, elle constitue une composante structurelle de la vie sexuelle et reproductive et doit être prise en compte en tant que telle. » Bientôt : « l’avortement, un chouette moyen de contraception ». Le même rapport conclut également qu’il faut développer encore l’accès à la contraception, et notamment à la contraception d’urgence… alors que celle-ci n’est rien d’autre qu’un avortement « doux » (la pilule du lendemain, le RU 486, interviennent après la fécondation).

Je le dis avec ma conviction, l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues (…). C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. C’est pourquoi si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et si possible en dissuader la femme. Simone Veil

Bref, il n’y a « aucun droit à l’avortement », comme il y en aurait d’un « droit à la santé », ou d’un « droit opposable au logement » (un pléonasme, au passage: tout droit est opposable, c’est même la définition d’un droit). Il y a simplement que l’avortement est légal, en France. Il ne s’agit nullement d’un droit au sens ou les pro-choix l’entendent : posséder une voiture aussi est légal, et on ne voit pas des militants se battre pour le « droit de posséder une voiture ».

De toute façon, que l’on débatte en juriste pour savoir si l’avortement est bien un droit ou pas ne règle en rien la question, puisque ce qui est légal n’est pas forcément moral et encore moins juste, comme l’Histoire l’a suffisamment montré.


5. Réflexion sur la société du choix

Le capitalisme libéral construit une société du choix. Je ne parle pas de la terrible décision de devoir choisir entre des Kellog’s ou des Nestlé au rayon petit-déjeuner du supermarché. Il s’agit d’autre chose : nous sommes entrés dans l’ère de la dictature du choix — qui implique la dictature du droit, puisque de tout choix qui n’est pas immédiatement satisfait découle nécessairement un « droit » de l’exercer, et de porter plainte pour avoir le droit de l’exercer— en ce que le choix n’est plus une simple multiplication des offres et des possibilités qui offre d’exercer ses préférences et ses goûts, mais un droit à exercer à tout prix, une liberté fondamentale sans laquelle on ne saurait être heureux, un absolu que la société doit garantir au citoyen par tous les moyens.

Comme le dit Fabrice Hadjadj, on ne devrait pas dire “j’ai le droit…” mais “je désire…” ou “j’ai très envie…” mais “on craint de perdre la face en révélant qu’il y a cette passion qui nous submerge. Alors on dit: “j’ai le droit”. C’est-à-dire qu’on passe de l’envie subjective à l’exigence objective, et plus encore, on passe de la relation de personne à personne à un cadre abstrait et normatif. [...] En vérité, si l’on veut parler en toute propriété de termes, on doit admettre que quand je dis: “j’ai le droit”, je suppose que non seulement je ne cause aucun “tort”, mais surtout que ce que je désire est “droit”, c’est-à-dire relève de la rectitude, de la justesse morale. [...] Mais celui qui abuse de cette expression est loin de vouloir prouver quoi que ce soit: il veut surtout dissimuler son désir et le présenter comme un devoir pour autrui.”

Ce qui est paradoxal, c’est que nous n’assumons plus rien : l’engagement, forme suprême du choix, l’obéissance volontaire, forme suprême de la liberté, et tous les choix réels et volontaires (« donner sa vie pour ceux qu’on aime », toussa…) qui impliquent le moindre sacrifice ou renoncement sont moqués, bradés et délaissés. Ainsi, les mariages sont en chute libre, l’abstention explose depuis 10 ans, les engagements associatifs et politiques diminuent, …

Dans un monde où tout est devenu précaire et instable (l’amour, le travail, la santé, le statut social, la famille, les amis, le respect dans le regard de l’autre…), n’est-ce pas Laurence, « dans une société molle, aseptisée, maternante et hyperféminisée, où le statut de victime est préféré à celui du héros, où l’on préfère plaindre qu’admirer, où les droits multiples et variés ont remplacé les plus élémentaires des devoirs, ou l’empathie, le consensus et le désir de paix, ont remplacé la décision, la prise de responsabilité et le goût de l’ordre » (Malakine), il est devenu bien rare de trouver des gens qui vont jusqu’au bout de leurs engagements. Même les grands patrons et les politiques de droite, sensés exalter la liberté et la responsabilité individuelles, n’assument plus rien une fois la bise venue, et tentent par tous les moyens de sauver qui sa place, qui son fauteuil ministériel, qui son gros bonus de départ. (Et déclenchent les scandales qu’ils méritent).

On veut bien aider le voisin, mais pas trop tard, après y’a match. On veut bien s’occuper de ses enfants, mais il ne faut pas que ce soit trop contraignant, et puis, on a bien le droit d’aller en boite s’amuser un peu. On veut bien s’occuper de ses parents, mais jusqu’à un certain âge seulement, après direction l’hospice. On veut bien faire des conneries, mais pas les assumer.

On veut bien tout faire mais…

« Faut pas que ce soit trop loin, j’ prends pas l’avion j’ai trop peur, j’ prends pas non plus le bateau parce que j’ai le mal de mer. Je peux venir en train mais je voyage en première, comme j’ conduis pas, pour la voiture il me faut un chauffeur. Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi. (…) Le weekend ça m’arrange pas, la semaine j’ suis pas trop joignable. Les vacances pourquoi pas, sauf que je coupe mon portable. Je peux je crois en juin, mais vaut mieux que je vérifie. Dimanche en huit je fais rien, ah non ! Je serai pas à Paris. Sinon, à part ça, tu peux compter sur moi. Faut pas que ce soit trop loin et faut choisir le bon jour, mais je serai là pour toi, j’espère que tu en es sûr.» (Bénabar)

En 2005, ressourcesjeunesses.fr écrit :

Sondages, enquêtes d’opinions donnent tous des résultats convergents, mettant en évidence la désaffection des jeunes par rapport aux formes classiques de l’engagement et en particulier à l’engagement politique. Pour mémoire, quelques chiffres tirés de ces travaux : pour la tranche des 13-17 ans, 85 % des jeunes interrogés s’intéressent peu ou ne s’intéressent pas à la politique, 78 % ne parlent jamais de politique en famille, 43 % ne se situent ni à droite, ni à gauche et 23 % refusent de se placer sur une échelle de classement politique, 59 % pensent que les hommes politiques disent tous la même chose et 82 % qu’en tout état de cause, les politiques ne sont pas à l’écoute des jeunes. Seulement 16 % envisagent de se mobiliser dans une association et 6 % d’adhérer à un parti. On notera cependant que, parallèlement, 72 % des jeunes pensent qu’il est utile de voter et que quand même 40 % pensent que le droit de vote est approprié pour permettre des changements positifs.[5]

Oh, bien sûr, il est facile de tomber dans l’analyse réac du « c’était mieux avant ». Alors, certes, on s’engage encore —et heureusement— mais précairement, temporairement : on se mobilisera pour Haïti, contre une réforme, dans une flash-mob ou pour une manifestation anti-Lepen à l’entre deux tours, mais Haïti n’intéresse pas le reste de l’année, on n’a pas pris la peine de lire la réforme et d’approfondir le débat, la flash-mob ne donne pas lieu à  des engagements associatifs à long-terme et l’abstention progresse de 30% aux législatives suivantes, une fois que le méchant fasciste est écarté. On papillonne.

C’est ce que les sociologues appellent la “saillance”, qui est particulièrement présente dans nos sociétés surmédiatisées: “la saillance d’un événement c’est qui nous pousse à ralentir lorsque nous passions à côté d’un accident de la route, qui incite les politiques à vouloir légiférer sur des problèmes d’importances mineures suite à un fait divers, et qui explique l’afflux de dons aux associations humanitaires après une catastrophe naturelle, alors qu’il est beaucoup plus difficile de mobiliser les bonnes volontés pour lutter la malaria qui tue pourtant un million d’enfants par an”. (Alexandre Delaigue)

Le paradoxe, c’est qu’on constate ce recul de l’engagement, alors qu’on assiste parallèlement à l’explosion du « droit de choisir ». C’est mon choix: j’ai 18 ans et 3 enfants, j’ai divorcé 17 fois, j’exhibe ma vie privée sur internet, je couche avec ma belle-mère, je vis avec un homme qui a 40 ans de plus que moi, je suis zoophile, j’ai tout plaqué pour ma secrétaire, je ne paye pas dans le métro… c’est mon choix. Et c’est présenté par Évelyne Thomas, à 18h30, après la pub.

On nous fait comprendre que si on n’a pas tous les choix, toutes les possibilités, c’est un drame, donc un scandale. C’est pour ça que l’enfant non-prévu est une catastrophe : il limite sérieusement la possibilité des choix. Plutôt que d’accepter d’être où on est là où on en est, plutôt que d’accueillir la différence, la nouveauté, l’inattendu, le simple don, la joie de la vie qui vient, quelle qu’elle soit, plutôt que d’assumer ses erreurs, ce couple trop vite construit, cette fille qu’on a aimé dans un coin de parking, on se prend à rêver à cette vie de star qu’on aura pas, à la carrière contrariée,  à la Nintendo DS qu’on ne pourra pas lui acheter dès ses 3 ans parce qu’on a pas les moyens, aux parents qui vont pas être contents, et puis  la grossesse ça fait un gros ventre, c’est moche et après on ne peux plus aller en boite. C’est décidé, c’est mon choix : avortons l’avorton.  Et si ça rate, on assignera le médecin au tribunal, en vertu du « préjudice d’être né » (c’est la fameuse Affaire Perruche, où le médecin fut assigné par les parents au nom d’un enfant de 6 ans et demi). Tu critiques ? Fasciste, raciste, nazi, catholique ! Intolérant, va.

On veut le droit de choisir, mais le droit de choisir quoi, puisque plus personne ne s’engage ? On veut tous les droits, à condition de ne pas les exercer, surtout quand le droit se transforme en devoir. J’invente ? J’affabule ? J’exagère ?

Lisons plutôt (la graisse est de moi):

« Si l’on considère que l’évolution des conditions d’accès à l’IVG n’a guère eu d’impact sur la demande des femmes, la stabilité des taux d’IVG semble bien alors traduire une hausse de la propension à recourir à l’avortement en cas de grossesse non prévue. Alors que quatre grossesses non prévues sur dix (41 %) se terminaient par une IVG en 1975, c’est le cas de six sur dix aujourd’hui (62 %) (figure) [3]. La tendance semble particulièrement marquée chez les très jeunes femmes : en dépit d’une baisse significative des conceptions, elles recourent plus souvent à l’IVG depuis une dizaine d’années [4]. L’enfant doit aujourd’hui être « programmé» dans un contexte affectif stable et au bon moment de la trajectoire professionnelle des parents. » (Rapport de l’INED, cité plus haut)

Alors, plutôt que d’inciter au « contexte affectif stable » par une vraie morale —à l’école, par exemple— et à une ”bonne trajectoire professionnelle des parents » par la forte implication de l’État dans l’économie, et la construction d’une société de justice, construisons plutôt une société libérale-libertaire du précariat : change de petit copain autant de fois que tu changes de CDD, c’est normal, c’est la vie, et ceux qui pensent autrement sont d’affreux moralistes.

Mais continuons la lecture :

« En outre, les grossesses non prévues ne surviennent pas dans les mêmes circonstances qu’auparavant. Les relations sexuelles hors contexte de conjugalité sont plus fréquentes et l’âge à la première maternité plus tardif. Celle-ci survient 9,5 ans en moyenne après les premiers rapports sexuels, contre 5,5 ans il y a 25 ans. Les couples sont par ailleurs confrontés plus souvent à des phases d’instabilité  socio-économique qui touchent plus particulièrement les femmes. Tout se passe comme si la nouvelle norme procréatrice et l’évolution des trajectoires socioaffectives se conjuguaient pour augmenter la propension à avorter en cas de grossesse non prévue. Celle-ci annule statistiquement l’effet de la hausse de l’utilisation de la contraception moderne, qui a entraîné une diminution du nombre de grossesses accidentelles. »

On notera que, malgré ce constat lucide —après avoir, bien sûr, pris soin d’éliminer la novlangue, en remplaçant «instabilité socio-économique » par « galère pour trouver un emploi stable », «nouvelle norme procréatrice » par « dictature du choix » et « trajectoires socioaffectives » par « libertinage »—   l’INED, pour ne pas trahir sa bonne conscience, ose conclure, sans y voir la moindre contradiction, par ces mots tombés du ciel :

« Finalement, la décision d’avorter, loin de correspondre à un comportement «égoïste » qui conduirait la femme à interrompre sa grossesse seulement parce que celle-ci intervient à un moment qui ne lui convient pas, traduit l’attention portée aux conditions d’accueil de l’enfant. Il s’agit donc d’une anticipation par les femmes et les hommes de leur capacité d’engagement dans une parentalité où le contexte relationnel et matériel soit favorable, face aux aléas des parcours de vie ».

Quand on arrive à justifier l’avortement par « l’attention portée aux conditions d’accueil de l’enfant », je crois qu’il n’y a plus rien à dire. On sombre.

La position de l’Église sur ce sujet est en pleine cohérence avec sa doctrine sexuelle par ailleurs : il est évident que si tout le monde vivait comme l’Église le recommande (couple stable dans le mariage), il n’y aurait guère d’avortements. J’entends par là que l’avortement est aussi et surtout —en France au moins— la conséquence d’une situation difficile qui, cas exceptionnels —comme les viols— mis à part, naît d’un couple instable, d’une relation sexuelle sans la maturité qui va avec.

L’avortement apparaît quand Céline Ledru, élève en première S au Lycée Albert Camus, s’aperçoit qu’elle est enceinte d’une aventure de passage avec Marc Louvrier, étudiant en BTS électrotechnique au Lycée Saint-Charles, dans les toilettes B du premier étage du Macumba Night, boite de nuit hype de Colon-les-daubes. Et que si Marc Louvrier et Céline Ledru avaient réfléchi un peu avant de laisser parler leurs hormones —ce qui implique l’éducation affective et sexuelle qui va avec— on n’en serait pas à envisager l’avortement.

Autrement dit, c’est (aussi) parce qu’on a normalisé le libertinage, atomisé le mariage, qu’il faut absolument se « dépuceler » avant l’âge fatidique (17 ans, moyenne française) au risque de passer pour un idiot retarded,  que toute la morale se résume dans le dualisme choisi (bien)/imposé (mal), qu’il est devenu normal d’exiger la relation sexuelle et de cohabiter après seulement quelques mois (voire semaines, voire jours) passées ensemble, qu’on ne se pose même plus la question des relations sexuelles hors mariage puisque celle des relations sexuelles hors couple stable est déjà sur le tapis et que les « aventures sans lendemain » sont monnaies courantes, c’est aussi pour toutes ces raisons que l’on a multiplié les situations « à risques », c’est-à-dire les situations où des jeunes filles immatures, incapables d’assumer un couple et encore moins une maternité, se retrouvent enceintes et ont recours à l’avortement.

60% des avortements sont le fait de filles de 15 à 29 ans (50% de 20 à 29 ans) et 68% des grossesses de mineures (deux grossesse sur trois) sont interrompues.[6]

Et après avoir avortées très jeunes, parfois plusieurs fois, ces mêmes jeunes femmes demanderont à 35 ans des stimulations ovariennes, lorsqu’après avoir été des forcenées du refus de l’enfant (le « droit de ne pas avoir d’enfant »), elle deviennent des forcenées de l’envie d’enfant (le « droit à avoir un enfant ») s’apercevant —mais un peu tard—  qu’à force de massacre la machine ne fonctionne plus…

De ce point de vue, l’avortement est aussi un problème moral, bien plus qu’un problème socio-économique (surtout dans un pays riche comme la France). Il est la résultante d’une société pour qui rien n’est plus haïssable qu’un couple qui se jure fidélité dans le mariage, et rien n’est plus désirable que de tromper sa femme (ou plutôt sa copine/compagne, puisqu’on ne se marie plus).

Pour aider à régler ce problème, on pourrait reparler de morale sexuelle, de fidélité, d’amour au lieu de sexe et de respect au lieu de satisfaction immédiate de ses pulsions. Mais une certaine gauche a décidé que « la morale, c’est mal », alors on préfère tenter de régler le problème en diffusant massivement des contraceptifs. Une méthode à peu près aussi efficace que de penser régler le problème du sida en balançant des millions de capotes par avion en Afrique.

6. « L’avortement est un acte anodin »

Cette position est plus rare, même chez les pro-avortements, mais on la trouve encore chez quelques fanatiques militant-es, généralement vieilles (ce qui n’est pas incompatible avec la jeunesse) frustrées célibataires qui cachent mal leur angoisse de n’avoir jamais été mères par une haine viscérale de la grossesse et de tout ce qui s’y rattache.

C’est donc dans la joie que je vais détruire cet argument. L’avortement est un acte anodin ?

Oh oui, tellement que bien des médecins, même ceux qui sont pour, refusent de le pratiquer, à un point tel que les centres ferment partout et que pour lutter contre ce phénomène, on a dû augmenter le prix de l’acte : deux revalorisation en 2008 et 2009, de 60% au total, et une nouvelle de 50% en 2010[7].

Preuve s’il en était besoin que le gouvernement actuel (et toute la classe politique en général) est largement acquis à la cause de l’avortement et « s’inquiète » de ce phénomène de refus des médecins. Il n’est pas le seul d’ailleurs : en novembre dernier (2010), Maya Surduts, présidente de la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à la Contraception et à l’Avortement), vitupérait : « La loi de 2001 a été pas ou mal appliquée. De nombreux médecins ont refusé et refusent toujours d’effectuer des IVG à 12 semaines » Et sa collègue du Planning Familial d’ajouter : « il faut obliger les établissements publics à le faire ».

Et les deux salopes d’appeler en chœur à des manifestations pour défendre le droit inaliénable et sacré d’avorter, mis en danger par la liberté de conscience des médecins.

Scandale : les médecins sont de plus en plus réticents à pratiquer des avortements ! Pour protéger la « liberté » de la femme, on va donc détruire celle du médecin. Et on dira que c’est une grande victoire des progressistes sur l’obscurantisme religieux qui gangrène la République.

Je ne souhaite certainement pas rentrer dans des détails morbides et encore moins utiliser les méthodes à l’américaine, par diffusion massive de vidéos trash sur l’avortement et d’images chocs sensées réveiller le citoyen, mais je me demande vraiment comment on peut sincèrement penser qu’on avorte comme on boit un verre d’eau, et faire fi de la souffrance des mères et des parents en général, qui pour certains mettent des mois —voire des années— à s’en remettre.

Pas d’images et de vidéo, donc, mais on peut discuter des méthodes d’avortement, si ça vous dit : il y a la plus barbare, la méthode par injection saline —utilisée au-delà de 16 semaines— qui consiste rien de moins qu’à empoisonner le fœtus en lui brûlant la peau et les poumons. Plus couramment on utilise le curetage —qui consiste grosso-modo à découper le fœtus en tranche avec un couteau spécial qui racle la muqueuse utérine— mais on fait plus moderne aujourd’hui, on utilise en France l’aspirateur —dite Méthode de Karman[8]— qui déchire le fœtus par aspiration sous vide (60% des avortements), ou, pour les cas les  plus précoces —avant 5 semaines— l’avortement médicamenteux : une bonne pilule et on pourra avorter devant la télé, en regardant Secret Story devant un pot de crème glacée. Après quelques maux de ventre, ça passera comme une lettre à la poste, comme un lendemain de soirée trop arrosée. Rien de plus banal. Ce n’est pas une vie, pas vrai ? Rien qu’un gros bout de chair rose un peu flasque pourvu de bras et de jambes et d’un cerveau en formation.

Et l’on relira avec un cynisme désabusé l’article L. 2211-2 du Code de la Santé Publique, qui stipule : « Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l’article L. 2211-1 qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par le présent titre. L’enseignement de ce principe et de ses conséquences, l’information sur les problèmes de la vie et de la démographie nationale et internationale, l’éducation à la responsabilité, l’accueil de l’enfant dans la société et la politique familiale sont des obligations nationales. »

7. Un dernier mot

Je n’ai fait ici que répondre aux arguments les plus courants en faveur de l’IVG. Il y en a probablement que j’ai oublié, d’autres que j’aurais pu développer moi-même, mais que j’ai jugé moins intéressants.

On aurait pu par exemple discuter des conséquences de l’avortement au niveau macro, c’est-à-dire à l’échelle globale de certains pays. Quand on sait à quelle catastrophe démographique cours la Chine ou le Japon (où l’avortement est possible, quelle que soit la situation… jusqu’à 9 mois) et quel eugénisme sexué pratique l’Inde avec ses avortements massifs de petites filles (trop cher, la dot !) qui oblige les mâles indiens et autres chinois à être célibataires toute leur vie en raison d’une carence massive de femmes, on ne peut en effet que se réjouir de cet acte si anodin, si génial, si utilement indispensable pour la liberté de la femme.

En Russie, les taux d’avortements sont tellement préoccupants —ils sont supérieurs aux naissances : 105 avortements pour 100 naissances, contre 33 pour 100 en France— que le gouvernement essaye de prendre des mesures pour lutter contre.

Cela étant dit je trouve cette vue d’économiste peu pertinente dans un argumentaire antiavortement : va-t-on reprocher à la femme en souffrance, en plus d’être une meurtrière, d’être contre la patrie, responsable de la chute de la natalité de son pays ? Je ne crois pas que quiconque dans une situation de ce genre serait recevable à cet argument.

C’est un peu court, jeune homme. Il me fallait néanmoins l’évoquer : dans un contexte de crash démographique en Europe — on estime que la population des plus de 80 ans représentera… 15% de la population européenne en 2050— faire fi de la question de l’avortement, qui élimine des centaines de milliers d’enfants potentiels chaque année, relève au mieux de l’hypocrisie, au pire du dogmatisme le plus aveugle.

Ce qu’on peut dire pour finir, c’est que ce n’est certainement pas par une hypothétique et contre-productive “interdiction” radicale de l’avortement que l’on résoudra le problème (on peut en revanche envisager une restriction des conditions d’accès) mais bien par un changement des mentalités: les avortements cesseront quand on aura compris la valeur de l’amour. Ce sera le sujet d’un prochain article.


[1] Compte tenu du fait que les pensées de la mère qui se prépare à un avortement sont un brin différentes de celles de l’homme qui prépare un meurtre, j’éviterai ce dernier terme, très connoté et plutôt accusateur, même si le résultat final ne diffère guère d’un assassinat.

[2] Aménorrhée = règles

[3] La même Simone Veil, qui déclara en 2007 a TVMag, : Il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s’agit d’un être vivant.

[4] Cité par le groupe catholique Glorious dans Famille Chrétienne, le 19 juin 2010.

[5] Tous ces chiffres sont empruntés aux travaux d’Anne Muxel, politologue, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, membre du Centre d’étude de la vie politique en France/Centre national de le recherche scientifique (« La participation politique des jeunes : soubresauts, fractures et ajustements », Revue française de science politique, no 5/6, 2002, pp. 521-544). Sur tout ce qui concerne l’engagement politique des jeunes, on se reportera à Muxel Anne, « L’expérience politique des jeunes », Presses de Sciences-Po, Paris, 2001.

[6] Statistiques de l’Avortement en France, INED 1997.

[7] Un avortement rapporte aujourd’hui 450 euros à un médecin. Remboursé à 80% par la sécu, 100% pour les mineures. L’Etat ne dépense rien pour la recherche sur les trisomiques —on ne pense pas pouvoir « guérir » la trisomie, mais de grands progrès dans le traitement  de ses conséquences, au premier chef desquelles la déficience intellectuelle, on été faits ces dernières années, sans parler de l’espérance de vie des trisomiques, de 40 ans dans les années 50 à une espérance normale aujourd’hui— mais paye les médecins pour les avorter. Tout va bien.

[8] J’adore quand le Larousse précise : « (…) Elle a remplacé le curetage, plus traumatisant pour la muqueuse ». Mais pas pour la mère ni le fœtus, bien sûr.

Partagez votre avortement pro-life:

12 Commentaires laisser un →
  1. 28 février 2011 11 11 58

    Ton article ressemble à celui d’un vrai journaliste. L’écriture, les démonstrations, les arguments et bien sûr ton point de vu. Tout est parfait. Je t’admire.

  2. 10 mars 2011 13 01 19

    tant que le monde continuera a tuer ses enfants, il n’y aura jamais la paix sur cette Terre. (de mère Térésa je crois)

  3. 16 juin 2011 14 02 59

    Merci pour cet article (et pour les autres aussi). C’est hyperintéressant, hyperbien écrit, je m’en vais de ce pas faire tourner cette adresse.

    ps : Je me trompe sans doute, mais après ton 3e renvoi en bas de page : “la fécondation n’a pas eu lieU” .. + Après “délit d’entrave” : “que la loi n’incluE pas” (http://bescherelle.leconjugueur.com/frconjugue.php?verbe=inclure) ;)

    • 16 juin 2011 19 07 24

      Merci (pour les compliments et les corrections, sur des fautes assez grossières en +^^)

  4. AnneSo98 lien permanent
    21 juillet 2011 14 02 44

    Bordel, quand vont-ils enfin le supprimer… QUAND vont-ils enfin bien vouloir ouvrir les yeux ?…

  5. Marie G lien permanent
    11 janvier 2012 18 06 38

    Bravo ! Enfin un article argumenté, dépassionné, nuancé !
    L’inconvénient de la plupart des positions anti-avortement est qu’elles sont souvent trop dogmatiques…. du pain béni pour les pro-choice qui se font un plaisir de démonter les arguments de ces sales fanatiques religieux.
    Cet article est juste parfait. Je vais le faire circuler autour de moi !

  6. 28 janvier 2012 19 07 18

    C’est sidérant de considérer que l’avortement est injustifié par l’argument 2!!!

    C’est mon corps, j’en fais ce que je veux !!! Et ce n’est pas parce que un enfant ne fait pas partie intrinsèquement de mon corps qu’il ne l’utilise pas et qu’il ne fait pas partie de mon corps au moment où il s’y trouve!

    Il grandit bien dedans que je sache ???? Alors qui peut prétendre par quelque autorité supérieure que je ne dois pas avorter car il ne fait pas “vraiment” partie de celui ci ???
    C’est le monde à l’envers!!

    Mais je reconnais que, certes, le problème est dû à la phrase mal exprimée. Mais ne faites pas comme si vous n’en comprennez pas le fond !

    On dispose de notre corps comme on le veut, c’est l’ouverture à beaucoup de dérives, il est vrai, mais c’est un droit qui me semble fondamental pour tout être humain!

    Personnelement, je ne suis pas contre l’avortement car je connais trop de cas particuliers succeptibles de devenir des cauchemars, le cas écheant! (femme de 25 ans, en couple depuis 8 ans, atteinte d’un cancer, tombée enceinte malgré l’utilisation de contraceptifs, risquant de graves problèmes voire la mort en cas de grossesse ; femme née d’une mère frivole n’ayant pu avorter à l’époque, ayant passé son enfance sans amour, se faisant violée très jeune par son beau père et finalement placée à la DASS et séparée de ses demis frères et soeurs à 14 ans…).
    Va éduquer la mère à l’amour … Dans certaines situations c’est difficile et cela entraine le sacrifice de la vie d’une enfant née et consciente cette fois !!!

    Mais je souhaite que personne ne doive subir ce traumatisme. Je pense que personnelement si j’avais dû le subir, j’aurais préféré la mort (ou vivre dans une autre société que celle dans laquelle nous vivons…)

    Je suis toutefois contre toute forme d’eugénisme à travers l’avortement mais j’ai connaissance d’une réalité inhumaine qui me permet de penser qu’il faut un encadrement spécifique et complexe de l’avortement. (ce n’est pas “juste” un enfant trisomique qu’on peut mettre au monde, mais également un enfant anencéphalique, un enfant avec de tels handicaps qu’il doive passer sa vie dans des centres où il sera nourrit par intraveineuse car il ne peut ni bouger, ni parler, ni comprendre, ni voir et souvent seulement ressentir la douleur…)

    L’avortement regroupe trop de choses pour être interdit …

    Toutefois, votre propos fait preuve d’une ouverture intéressante en ce qui concerne l’analyse quelques fois correcte de la société actuelle…

    Il est vrai qu’un peu d’éducation pour certaines jeunes filles est nécessaire…
    Mais certains comportements sont “explicables” (ne veut pas dire bien ou mal) par une pression sociale devenue trop forte. C’est donc dans ce sens qu’il faut agir, comment réduire la pression sociale mise sur le dos des femmes qui doivent être actives, heureuses, épanouies professionnelement, dans l’intimité, dans leurs relations familiales, amicales, qui doivent être belles, minces, faire les enfants les plus beaux, intelligents, les plus aptes à avoir un ” bon boulot”…

    C’est en rabaissant le pouvoir de toutes ces injonctions nouvelles qui oppressent et compressent les femmes dans un rôle toujours sur-déterminé ( car chacun y participe en y allant de son jugement de ce que doit ou non faire une femme, des vetements qu’une doit porter ou non… (etc… il y en a des masses et j’ai choisis des sujets plutôt futiles, désolé)) que l’on remettra un peu d’intégrité dans le comportement de chacun.

    Vous savez, beaucoup de préjugés filent toujours bon train…

    Toutefois, nous ne pouvez qu’un peu seulement, touché du doigt l’étendu de ces questions car vous êtes un homme, il vous est donc très difficile d’imaginer un tant soit peu les dogmes qui régissent la vie d’une femme, son conditionnement et que même beaucoup de femmes participent à développer (y compris des pro-féministes, cf certaines assos de protection des droits féminins) !

    Il ne s’agit absolument pas d’un sujet anodin et l’intéret de votre écrit est au moins d’en rendre compte …

    Ayant la vision de certains de ces conditionnements il m’est même arrivé étant jeune de vouloir être du sexe masculin, car certes, il y a d’autres problématiques, mais elles sont bien moindres. Rien que la légitimité de la parole d’un homme contre celle d’une femme est affligeante !

    • 29 janvier 2012 18 06 20

      Bonjour et merci pour votre commentaire. Je vous réponds dans le texte (de cette façon je ne trahis pas votre commentaire).

      C’est sidérant de considérer que l’avortement est injustifié par l’argument 2!!!

      C’est mon corps, j’en fais ce que je veux !!! Et ce n’est pas parce que un enfant ne fait pas partie intrinsèquement de mon corps qu’il ne l’utilise pas et qu’il ne fait pas partie de mon corps au moment où il s’y trouve!

      Eh bien si, justement. L’enfant est dans votre corps, il n’est pas votre corps. Commencez par le reconnaître, c’est déjà une avancée. Réfléchissez-y en vous déconnectant des slogans: le fœtus est-il réellement votre corps, comme votre rein ou votre pancréas ? S’il s’agit d’un être bien distinct de vous, qui a vocation à quitter votre corps, pouvez-vous être décider de sa vie ou de sa mort sous prétexte que sans vous, il ne survivrait pas longtemps ? V

      Vous n’en faites pas ce que vous voulez, comme vous le feriez d’un bras ou d’un ongle. D’ailleurs, même si l’enfant était votre corps comme le bras ou l’ongle, vous n’en feriez pas ce que vous voulez… car si chacun est maître de son corps, les scarifications et les atteintes à la dignité de son corps (prostitution…) ne sont pas légitimes pour autant. IL faut sortir de la dimension ‘c’est légal/c’est illégal’, ou pire, ‘c’est choisi/c’est imposé’ pour raisonner vraiment en termes de justice et de morale: est-ce juste, est-ce injuste, est-ce bien, est-ce mal? Qu’est ce qui fait grandir, qu’est ce qui détruit? Qu’est ce qui est inacceptable car portant atteinte à la dignité de l’être humain? Existe-il une dignité universelle de l’être humain ? Voilà les véritables questions. réduire ce débat à “je fais ce que je veux de mon corps” est, à mon avis, parfaitement ridicule.

      Personnelement, je ne suis pas contre l’avortement car je connais trop de cas particuliers succeptibles de devenir des cauchemars, le cas écheant! (femme de 25 ans, en couple depuis 8 ans, atteinte d’un cancer, tombée enceinte malgré l’utilisation de contraceptifs, risquant de graves problèmes voire la mort en cas de grossesse ; femme née d’une mère frivole n’ayant pu avorter à l’époque, ayant passé son enfance sans amour, se faisant violée très jeune par son beau père et finalement placée à la DASS et séparée de ses demis frères et soeurs à 14 ans…).
      Va éduquer la mère à l’amour … Dans certaines situations c’est difficile et cela entraine le sacrifice de la vie d’une enfant née et consciente cette fois !!!

      Vous avez raison, et si vous aviez lu mon article en entier, vous n’utiliseriez pas cet argument que je reconnais comme légitime. Mais doit-on justifier au nom de quelques (RARES) cas extrêmes des situations qui le sont souvent bien moins?

      Dans certaines conditions, il est légitime de tuer (pour se défendre, en cas de guerre, etc.). Doit-on justifier le meurtre pour autant? Non, il me semble.

      Il ne s’agit donc pas d’interdire purement et simplement l’avortement, ce qui n’est pas possible dans la société actuelle (ce le serait sûrement dans une véritable société de justice…). Plutôt de s’interroger sur l’utilisation faite de la loi, sa portée, ses conséquences. Pensez-vous que rendre service à la femme violée en supprimant la vie qui grandit en elle? Sur le coup, elle est certainement soulagée. Mais ensuite ? Cet enfant né d’un viol est-il responsable de ce viol? N’est-il pas l’innocent ? Est-ce à lui de porter le poids des souffrances de ce monde ? Pourquoi investir dans les centres d’avortement et pas dans l’accueil des enfants handicapés ?

      Enfin, il est des gens qui ont des vies ‘objectivement’ difficiles. Mais entre reconnaître ( et tenter d’apaiser) la souffrance et s’improviser juge et partie pour trancher de qui ‘n’aurait pas du naître’ comme vous semblez le faire, il y a un gouffre. C’est renoncer à toute espérance que de croire cela, et donc à toute humanité. Les pires vies connaissent parfois les plus grandes rédemptions. Qui êtes-vous pour en juger ? Lisez donc le témoignage de Tim Guénard (http://www.amazon.fr/Plus-fort-que-haine-Guenard/dp/2290301531). Vous verrez s’épanouir une vie qui pourtant, “avait mal commencée”.

      Toutefois, nous ne pouvez qu’un peu seulement, touché du doigt l’étendu de ces questions car vous êtes un homme, il vous est donc très difficile d’imaginer un tant soit peu les dogmes qui régissent la vie d’une femme, son conditionnement et que même beaucoup de femmes participent à développer (y compris des pro-féministes, cf certaines assos de protection des droits féminins) !
      Ayant la vision de certains de ces conditionnements il m’est même arrivé étant jeune de vouloir être du sexe masculin, car certes, il y a d’autres problématiques, mais elles sont bien moindres. Rien que la légitimité de la parole d’un homme contre celle d’une femme est affligeante !

      Ce sont des questions d’un autre ordre (la condition de la femme dans la société, etc.), que vous ne pouvez pas si facilement associer à la question de l’avortement. Je n’ai rien contre les féministes, mais encore faut-il savoir de quoi on parle. S’il s’agit du féminisme qui considère l’avortement, la prostitution, la pornographie, comme l’ultime libération contre la méchante société patriarcale, comme un droit, un acquis, que dis-je, une immense liberté (celle de vendre son corps à des macs, à des magazines ou d’y détruire la vie), alors c’est non.

      Ces féministes-là ont été récupérées par le capitalisme libéral depuis longtemps. Un marxiste dirait que leur combat convient très bien au système qui a besoin de plus de consommateurs, de travailleuses, et besoin de vendre du porno et des putes pour soulager la tension (il dira plutôt la “lutte des classes”) qui surgit de tout ça. D’ailleurs il n’a pas besoin de handicapés stériles et improductifs non plus. A l’inverse les familles nombreuses, économes et prudentes, qui refusent d’entrer dans la logique du tout-marchand, et, comble de l’infamie, accueillent des enfants handicapés, seraient les ennemis du capitalisme.

      Mais si l’on parle du féminisme qui refuse d’entrer dans une stérile et stupide “guerre des sexes”, qui se bat pour les vrais combats (parité salariale, droits des femmes dans le monde, clichés machistes, marchandisation du corps de la femme) sans tomber dans une agressivité de caniche et ériger une nouvelle police de la pensée (les féministes sont très fortes pour ça), en somme d’un féminisme qui, tout en luttant pour les droits de la femme, cherche à construire, je vous suis.

      C’est un autre débat. Je ne suis pas l’ennemi des femmes parce que je suis contre l’avortement, vous ne me ferez pas entrer dans cette logique.

  7. Cantaremos lien permanent
    30 janvier 2012 12 12 47

    Ce que je trouve particulièrement immature dans votre positionnement, c’est le fait qu’en tant qu’homme, jamais vous ne vivrez dans votre chair la difficulté de donner la vie..C’est amusant de constater que vous vivez cela totalement cérébralement, bien loin de la réalité CRUE du terrain. BIP. BIP BIP

    Chère Cantaremos, si modérée, si réfléchie, si pleine de bon sens, de finesse et d’arguments argumentés: je publie tous les commentaires, même à l’opposé de mes convictions, quand ils sont argumentés sérieusement et ne tombent pas dans l’agressivité de caniche ou les hurlements fanatiques à base de slogans. Malheureusement vous ne remplissez aucune de ces conditions. L’essentiel de votre commentaire est un mélange d’affirmations gratuites, de slogans militants, de raisonnement par le pathos, d’attaques ad hominem, de mélanges des genres (vous passez allègrement du politique au moral et du moral au politique de la façon la plus confuse et la plus incohérente qui soit). Et en plus, vous invoquez Darwin sans vous en rendre compte pour lui faire dire ce qu’il n’a jamais dit. Les nazis auraient, je pense, aimé votre argument de la sélection naturelle.

    Les pro-avortement de Grenoble, au moins, ont le mérite d’assumer: http://grenoble.indymedia.org/2010-11-18-Stop-aux-anti-avortement-a. Je cite: “Nous n’avons pas cette conception de la place de chacun-E dans notre société et revendiquons la liberté de choisir de tuer l’enfant non désiré ou pas.”

    Mais sachez que ma magnanimité est légendaire, même pour les féministes visiblement droguées à la pensée unique. Aussi n’hésitez pas à retenter un commentaire, avec des arguments. Ce sera un plaisir de vous lire. Au revoir.

Rétroliens

  1. La fin justifie-t-elle les moyens? « Des hauts et débats
  2. Les partis tels que je les vois « Des hauts et débats
  3. Pourquoi les catholiques sont-ils de droite? « Des hauts et débats

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s