L’épargne: vice ou vertu?
Rappelons qu’en économie, on distingue généralement une « école classique » –du milieu du 18ème siècle au milieu du 19ème– qu’on dit classique parce que fondatrice de la discipline (elle naît avec Smith) et, malgré des dissensions notables (Malthus/Ricardo sur la loi des débouchés, Say/Marx sur la valeur-travail, …) homogène sur un certain nombre d’hypothèse. Parmi ces hypothèses, il en est une fondamentale : celle de l’épargne-vertu.
L’épargne est une vertu classique
Et si la demande n’était pas au rendez-vous ?
Une contestation marxéo-keynésienne: Malthus
“Il faut euthanasier les rentiers”
L’épargne: vice ou vertu ?
L’épargne est une vertu classique
Pour l’inévitable Smith, l’épargne est une vertu fondamentale, une des sources majeures de la Nature et des causes de la richesse des nations. Au chapitre 3 du deuxième livre de son maître ouvrage suscité, qui s’intitule fort à propos « Du travail productif et du travail non productif, de l’accumulation du capital », Adam Smith passe un long moment à distinguer les classes laborieuses, qui produisent de la richesse, et les classes fainéantes, qui n’en produisent point. Il distille à ce sujet sa savoureuse générosité à la France, terre peuplée essentiellement selon le philosophe et désormais économiste écossais de fainéants et de débauchés. Il faut, pour Smith, vivre de commerce, d’industrie et d’épargne, et non de dépenses prodigues et improductives. Il faut être fourmi et non cigale.
Il explique ainsi : « Dans les villes manufacturières et commerçantes, où les classes inférieures du peuple subsistent principalement par des capitaux employés, il est en général laborieux, frugal et économe, comme dans beaucoup de villes d’Angleterre et dans la plupart de celles de la Hollande. Mais dans ces villes qui se soutiennent principalement par la résidence permanente ou temporaire d’une cotir, et dans lesquelles les classes inférieures du peuple tirent surtout leur subsistance de dépenses de revenu, il est, en général, paresseux, débauché et pauvre, comme à Rome, Versailles, Compiègne et Fontainebleau. Si vous en exceptez Rouen et Bordeaux, on ne trouve dans toutes les villes de parlement, en France, que peu de commerce et d’industrie, et les classes inférieures du peuple, qui y vivent principalement sur la dépense des officiers des cours de justice et de ceux qui viennent y plaider, sont, en général, paresseuses et pauvres. (…) Dans la première de ces villes, la fainéantise qu’y contracte la majeure partie du peuple, en vivant sur des dépenses de revenus, corrompt nécessairement l’industrie de ceux qu’entretiendrait l’emploi d’un capital, capital, et fait qu’il y a moins d’avantages qu’ailleurs à y employer des fonds. »
Pour être sûr qu’on ait bien compris, Smith en rajoute une couche en comparant Édimbourg et Glasgow : « Il y avait à Édimbourg, avant l’union, peu de commerce et d’industrie. Quand le parlement d’Écosse ne s’assembla plus dans cette ville, quand elle cessa d’être la résidence nécessaire de la haute et de la petite noblesse d’Écosse, elle commença à avoir quelque commerce et quelque industrie. Elle continue cependant d’être encore la résidence des principales cours de justice d’Écosse, des chambres de la douane et de l’accise. Il s’y dépense donc encore une masse considérable de revenus; aussi est-elle fort inférieure en commerce et en industrie à Glasgow, dont les habitants vivent principalement sur des emplois de capitaux. On a remarqué quelquefois que les habitants d’un gros bourg, après de grands progrès dans l’industrie manufacturière, avaient tourné ensuite à la fainéantise et à la pauvreté, parce que quelque grand seigneur avait établi son séjour dans leur voisinage. »
Et Smith de conclure cette tirade par un uppercut du gauche à l’endroit des fainéants : « C’est donc la proportion existante entre la somme des capitaux et celle des revenus qui détermine partout la proportion dans laquelle se trouveront l’industrie et la fainéantise ; partout où les capitaux l’emportent, c’est l’industrie qui domine; partout où ce sont les revenus, la fainéantise prévaut. (…) Les capitaux augmentent par l’économie; ils diminuent par la prodigalité et la mauvaise conduite. (…) sous l’un ou l’autre de ces points de vue, tout prodigue paraît être un ennemi du repos public, et tout homme économe un bienfaiteur de la société. »
Smith est sans doute l’un des premiers à énoncer la vertu de l’épargne aussi clairement. Il sera repris sur ce point par la majeure partie des classiques, et notamment, son alter-égo (en matière d’influence) français, Jean-Baptiste Say : « La société, le public, écrit-il dans son Cours complet d’économie politique pratique (p.333) doivent même préférer, dans leur intérêt, l’avare qui, avec un soin sordide, amasse écu sur écu, au dissipateur qui les répand avec profusion. La valeur dépensée par celui-ci ne sera plus dépensée de nouveau, tandis que le trésor de l’avare tombera nécessairement tôt ou tard en des mains qui pourront, si elles sont bien avisées, le placer ou le faire valoir. Alors, au lieu d’avoir une seule fois payé des ouvriers de luxe, cet argent subviendra à des consommations perpétuellement renaissantes. (…) C’est la somme des valeurs épargnées et capitalisées qui fait la différence entre une nation riche et une autre qui ne l’est pas “.
Pourquoi les classiques raisonnent-ils ainsi ? Au-delà de la critique, bien de leur temps, d’un libéralisme politique qui naît tout juste –critique qui revient aujourd’hui– de dirigeants vus comme dépensiers, cupides, mauvais gérants, étourdis par le luxe et la luxure, apparaît une analyse d’économiste : l’épargne est une vertu parce qu’elle va toujours finir par être dépensée dans un investissement, lui-même créateur de production supplémentaire, donc de revenu, donc d’épargne, et ainsi de suite. L’épargne c’est la richesse. A l’inverse, la dépenses est une tare parce qu’elle ne permet pas d’accumuler une épargne finançant un investissement, elle ne génère aucun revenu durable et mène à la pauvreté par la paresse.
Et si la demande n’était pas au rendez-vous?
Mais il y a un point faible dans ce raisonnement : et si la production supplémentaire ne se transformait pas en revenu, faute de trouver preneur, faute de pouvoir être vendue, faute de demande ? Say, qui avait vu la critique, écarte l’objection en énonçant sa fameuse loi des débouchés, loi que Keynes résumera plus tard, pour mieux la critiquer, en « toute offre créé sa propre demande ». Say ne rejette pas l’idée qu’un produit particulier, dans un secteur particulier, puisse se trouver momentanément en surproduction, que l’épargne ainsi patiemment accumulée pour investir ne génère pas de revenus supplémentaire. Mais il affirme que cette situation est impossible en général, c’est-à-dire qu’il ne peut y avoir de crise généralisée de surproduction, situation dans laquelle sur tous les marchés donnés d’une économie, plus personne ne trouve à vendre.
Comment Say en arrive-il à cette conclusion ? C’est que, dans l’hypothèse classique, la monnaie est neutre. Personne ne souhaite détenir de la monnaie pour détenir de la monnaie, la monnaie n’est qu’un intermédiaire des échanges, un « voile », écrit-il, elle ne sert qu’à échanger des produits contre d’autres produits. « L’argent ne remplit qu’un office passager dans ce double échange ; et les échanges terminés, il se trouve toujours qu’on a payé les produits avec des produits. Il est bon de remarquer qu’un produit créé offre, dès cet instant, un débouché à d’autres produits pour le montant de sa valeur. En effet, lorsque le dernier producteur a terminé un produit, son plus grand désir est de le vendre, pour que la valeur de ce produit ne chôme pas entre ses mains. Mais il n’est pas moins empressé de se défaire de l’argent que lui procure sa vente, pour que la valeur de l’argent ne chôme pas non plus. Or, on ne peut se défaire de son argent qu’en demandant à acheter un produit quelconque. On voit donc que le fait seul de la formation d’un produit ouvre, dès l’instant même, un débouché à d’autres produits » (Livre I, chapitre 15, page 145 du Traité d’Economie Politique).
Détaillons : la monnaie étant neutre, n’étant jamais détenue pour elle-même, on s’empresse de s’en débarrasser sitôt qu’on en a, soit pour consommer soit pour investir. Autrement dit, l’investissement est toujours égal à l’épargne puisque tout ce qui est épargné est systématiquement investi (il faudrait être fou pour laisser « dormir » son argent). Si donc, toute somme d’argent est soit consommée soit investie, et si tout investissement génère une production égale à la somme de cet investissement, à tout moment dans l’économie, la somme d’argent détenue par les consommateurs est strictement égale à la valeur des marchandises qui sont sur le marché.
On peut l’expliquer par un raisonnement simple. Si M. Say, producteur de chaudrons de son état, fabrique 10 chaudrons correspondant à la somme de 1 000 sesterces (je vous la fait gauloise et pas cher le chaudron). Il les vend à M. Ricardo, qui, sur ces 1 000 sesterces, en consomme 100 (car c’est un smithien frugal et avisé), c’est-à-dire qu’il se réserve 1 chaudron pour son usage personnel (et un chaudron vaut 100 sesterces, n’est-ce pas). Il utilise les 99 autres (d’une valeur de 900 sesterces) pour produire une bonne cuisine bien de chez nous dans son auberge « Le Bon Coin des Lutéciens ». Ce faisant il réalise un investissement de 900 sesterces (achat de biens destinés à produire d’autres biens, c’est-à-dire de biens de production) et une consommation (achat pour usage personnel) de 100 sesterces. En bon capitaliste, il espère naturellement réaliser un profit de son investissement, c’est-à-dire gagner un revenu supérieur, à terme, en vendant sa cuisine, que 900 sesterces (le capital ici investit est donc une avance). Pendant ce temps, que va faire M. Say des 1000 sesterces ainsi gagnés ? Il va également en consommer une partie (par exemple, en achetant un livre de philosophie sur les sentiments à M. Smith pour 1 sesterce) et en épargner une autre (ici 999 sesterces), ce qui revient à l’investir puisque nous supposons que, rationnel, il ne voit aucun intérêt à garder 999 sesterces sous son matelas.
Si on regarde la chaîne dans son ensemble, que constate-t-on ? M. Say a vendu un bien de consommation d’une valeur de 100 sesterces (1 chaudron) à M. Ricardo, qui l’a aussitôt consommé. Donc nous avons eu une offre de biens de consommation de 100 sesterces et une demande de 100 également. L’offre égale la demande, ce qui est une tautologie puisqu’il s’agit du même phénomène considéré sous deux angles différents. La loi des débouchés revient à dire que le même phénomène se produit du côté de l’offre et de la demande de biens de productions, c’est-à-dire du côté de l’épargne et de l’investissement. 900 sesterces ont été investis par M. Ricardo correspond à une épargne de M. Say de 900 sesterces, épargne provenant elle-même d’un investissement préalable de 900 sesterces (il a bien fallu à M. Say qu’il investisse pour obtenir les machines lui permettant de produire ces chaudrons). L’offre de biens de productions (épargne) correspond donc toujours à la demande de biens de productions (l’investissement).
Peut-être que quelques chaudrons de M. Say se trouveront un jour invendables car concurrencés par ceux de M. Tefal, novateurs. Alors il y aura surproduction dans le secteur des chaudrons Say. Mais cela signifie que les investisseurs, puisqu’ils ne gardent jamais l’argent dans leurs bas de laine, ont reporté leurs dépenses sur les chaudrons de M. Tefal, ou sur l’achat de lunette de soleil, secteur dans lequel il y a aura donc sous-production, et dans lequel M. Say va pouvoir investir. A terme, les prix étant flexibles, ils vont assurer leur rôle stabilisateur : les chaudrons Tefal devenant très chers car très demandés, ceux qui ne pourront se les payer se reporteront sur des chaudrons Say, devenus moins cher car moins demandés, et ainsi les deux produits retourneront par effet de « gravitation » à leur prix naturel, ie. leur coût de production. Avec l’hypothèse de neutralité de la monnaie, tout vendeur est en même temps acheteur, et il ne peut y avoir de déséquilibre global et durable sur le marché. Les déséquilibres ne sont que sectoriels et/ou temporaires, le temps que la nouvelle offre s’ajuste à la nouvelle demande. A l’échelle globale donc, il n’y a jamais de crise de surproduction, l’offre est toujours égale à la demande et l’investissement à l’épargne. Il est impossible que toutes les marchandises soient invendables à la fois. Dans l’esprit de Say, il s’agit même plus que d’une simple égalité, il s’agit d’une véritable identité : tout se passe comme si l’épargne se présentait directement sous la forme de biens de productions.
L’épargne est donc vertueuse parce qu’elle permet d’ajouter de la richesse sans jamais en retrancher. S’il y a toujours plus d’investissement, et donc toujours plus de revenus (par les profits) et par là toujours plus d’épargne, donc toujours plus d’investissement… l’épargne est donc la condition indispensable de ce que les classiques ne nommaient pas encore croissance. Une crise générale de débouchés est impensable quand le marché fonctionne bien, c’est-à-dire quand l’Etat se garde d’y intervenir. La plupart des classiques adhérèrent à ce raisonnement qui paraît sans faille. Ricardo, par exemple, écrit dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôt : ” M. Say a très bien montré que (…) la demande n’est limitée que par la production ». Cette formulation, un peu différente, est reprise aujourd’hui quasiment telle quelle par les économistes de l’offre contemporains : c’est la production qui mène le bal, la demande suit automatiquement, et le rythme de la croissance économique dépend du volume de l’épargne et de l’efficacité avec laquelle celle-ci est utilisée.
Dans le tome 3 (Macroéconomie) de son célèbre manuel d’économie politique, Jacques Généreux résume ainsi l’approche néoclassique contemporaine : « si les mécanismes de prix assurent instantanément l’équilibre sur tous les marchés, les agents n’ont pas d’incertitude réelle quant à la réalisation de leurs plans. Ainsi, les entreprises n’ont pas à se préoccuper vraiment des débouchés éventuels pour leur production puisqu’elles sont assurées d’écouler sur le marché n’importe quelle quantité de biens et services grâce aux mécanismes d’équilibres automatiques. Dans ce contexte, la demande globale ne joue pas un rôle déterminant dans l’économie nationale. La préoccupation des producteurs est l’efficience productive : il s’agit de produire en utilisant au maximum et au mieux tous les facteurs de production disponibles ; on peut ensuite faire confiance aux lois du marché pour assurer un débouché à cette production. (…) On est assuré du plein-emploi des facteurs (…) tous les facteurs offerts ont un emploi, sinon leur prix baisse jusqu’à ce qu’ils soient pleine employés. »
Une contestation marxéo-keynésienne: Malthus
Mais tous les classiques ne suivent pas ce raisonnement. Malthus émettait déjà quelques doutes. Dans ses Principes d’économie politique, en 1846, il écrivait : « M. Say, dans son bel ouvrage sur l’économie politique, (…) assure que la consommation d’une denrée, en l’enlevant du marché, diminue la demande, et que la production d’une denrée augmente la demande dans la même proportion. Cependant cette doctrine, avec toute l’extension qu’on lui a donnée, me semble tout à fait fausse, et en contradiction manifeste avec les grands principes qui règlent l’offre et la demande. Il n’est pas du tout vrai, dans le fait, que les produits soient toujours échangés contre d’autres produits. »
Malthus avance deux arguments pour contredire Say. Le premier annonce Marx, le second Keynes. Le premier argument, en quelques sorte marxien[1] avant Marx, est le suivant : « Si les produits n’étaient comparés et échangés que les uns avec les autres, il serait vrai, en effet, que si ces produits augmentaient simultanément dans les mêmes proportions, ils continuerait à conserver la même valeur relative. Mais si nous les comparons, comme nous devons certainement le faire, avec le nombre et les besoins des consommateurs, nous verrons qu’un grand accroissement de produits avec un nombre de consommateurs comparativement stationnaire, et avec des besoins réduits par les idées d’économie, doit nécessairement occasionner une grande baisse dans la valeur des produits estimée en travail. De sorte que, tout en coûtant la même quantité de travail que par le passé, le même produit ne pourrait plus en payer autant. Et par là le pouvoir d’accumuler, et les motifs pour le faire, se trouveraient fortement diminués. » (Principes d’économie politique, Chapitre I, section III, p.281).
Traduit en langage moderne, cela donne : « il y a toujours plus de production pour des besoins qui évoluent bien plus lentement. Il y aura donc baisse tendancielle des prix, du taux de profit et arrêt du capitalisme à terme ». La baisse tendancielle du taux de profit est un terme marxien. L’analyse de Marx est semblable, sur ce point, à celle de Malthus, si ce n’est qu’il se situe du côté du capital et qu’il en tire des conclusions révolutionnaires : il y aura baisse tendancielle du taux de profit parce que les masses de capitaux investis vont être de plus en plus importantes, les capitalistes, avides de profits de plus en plus grands, augmentant perpétuellement les capacités de production en réinvestissant sans cesse la plus-value (qu’ils extorquent indûment aux proles). Or la population ne va pas croître avec la même rapidité, et le progrès technique faisant remplacer les Hommes par des machines, la composition organique du capital va se modifier au profit du capital constant (on dirait aujourd’hui capital fixe, ce sont les machines, les immobilisations productives) et au détriment du capital variable (ce sont les salaires, seuls créateurs de plus-value. On parlerait aujourd’hui de capital circulant ou de consommation intermédiaire, mais on y exclut les salaires puisque la distinction ne se fait plus entre ‘créateur de plus-value’ et ‘non-créateur de plus-value’, distinction largement politique chez Marx, mais entre destruction au cours du processus productif ou non). S’il y a de plus en plus de machines, il y a de moins en moins d’ouvriers : pendant que « l’armée industrielle de réserve » (les chômeurs) va s’accroître, la plus-value extorqué au travail des proles va diminuer (en valeur relative au moins). Or le capital variable est seul générateur de plus-value. La baisse tendancielle du taux de profit est donc inéluctable, mathématiquement le taux de profit est égal à P= Pl/(c+v), avec Pl = plus-value, c= capital constant et v= capital variable, si c augmente, toutes choses égales par ailleurs, P diminue.
Cette tendance chez Marx est inéluctable et les capitalistes ne pourront que la retarder par l’augmentation constante du capital investit, ou par d’autres moyens (économie de guerre…) mais pas à long-terme. C’est justement cette contradiction interne du capitalisme (baisse tendancielle du taux de profit vs avidité des capitalistes) qui va provoquer à terme l’effondrement du capitalisme, que Marx veut « juste » accélérer (en unissant les proles de tous les pays). Le glas de la propriété sonne !
Le capitaliste est donc, pour Marx, « l’agent fanatique de l’accumulation, qui force les hommes, sans merci ni trêve, à produire, et les pousse instinctivement à développer les puissances productives et les conditions matérielles qui seules peuvent former la base d’une société nouvelle et supérieure ». (Le Capital, Livre I, section VII). Car « le prolétaire n’est qu’une machine à produire de la plus-value, le capitaliste n’est qu’une machine à capitaliser cette plus-value. » (id.). Autant dire que l’épargne n’est pas une vertu, chez les historiens allemands.
La baisse tendancielle du taux de profit malthusienne et marxiste n’a jamais été vérifiée. Nicholas Kaldor a montré que le taux de profit est resté stable sur deux siècles (19ème et 20ème). On peut dire que, comme beaucoup d’économistes (sinon la plupart) d’avant-guerre, Marx a mal appréhendé le rôle du progrès technique, beaucoup plus important qu’il ne le pensait : les gains de productivité n’ont pas seulement bénéficié aux capitalistes mais aussi et surtout à toute la population, ils ont permis la baisse (tendancielle !) des prix, avec comme corollaire l’avènement de la société de consommation, la classe moyenne, des entrepreneurs indépendants, l’augmentation de la population, l’État redistributif… autant de choses que Marx n’avait pas vu. De fait, la baisse tendancielle du taux de profit a été en quelque sorte retardée indéfiniment. Grâce aux gains de productivité permis par le progrès technique, l’offre s’est d’une certaine manière ouvert elle-même de nouveaux débouchés. 
Mais Malthus avance un deuxième argument, annonçant Keynes. “Nous ne voulons pourtant pas dire que la parcimonie, ou même une diminution temporaire de la consommation, ne soit souvent éminemment utile, et parfois même, absolument nécessaire au développement de la richesse. Les folles dépenses peuvent certainement ruiner un État ; et une diminution des dépenses habituelles peut être nécessaire dans ce cas. [Mais] lorsque le capital d’un pays est insuffisant relativement à la demande de ses produits, une économie temporaire de consommation devient nécessaire, afin de fournir cette somme de capital qui seule, peut donner les moyens d’augmenter les consommations à l’avenir. Tout ce que je prétends, c’est qu’aucune nation ne peut jamais devenir riche par l’accumulation d’un capital provenant d’une diminution permanente de consommation, parce qu’une telle accumulation, dépassant de beaucoup ce qui est nécessaire pour satisfaire à la demande effective des produits, perdrait bientôt en partie son utilité et sa valeur, et, par suite, le caractère de richesse ” (p. 289-290). En d’autres termes, parce qu’elle réduit la consommation, l’épargne empêche que la demande soit au rendez-vous.
“Il faut euthanasier les rentiers”: John Maynard Keynes
Elle est alors loin d’être une vertu. Denis Clerc explique : « Un peu plus d’un siècle après, en 1931, alors que la “Grande crise” développe ses ravages, Keynes reprend le raisonnement de Malthus : “Il y a aujourd’hui, déclare-t-il dans une allocution radiodiffusée[2] beaucoup de gens qui, voulant du bien à leur pays, s’imaginent qu’épargner plus qu’à l’ordinaire est la meilleure chose que leur prochain et eux-mêmes puissent faire pour améliorer la situation générale (…) Rien ne peut être plus nuisible ni malavisé. En effet la fonction de l’épargne est de rendre une certaine quantité de travail disponible pour la reproduction de biens d’équipement, tels que maisons, usines, routes, machines, etc. Mais si un surplus important de chômeurs est déjà disponible pour des emplois de ce genre, le fait d’épargner aura seulement pour conséquence d’ajouter à ce surplus et donc d’accroître le nombre des chômeurs”. Dans sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936), il affine l’analyse. Certes, l’épargne déprime la demande effective, mais là n’est pas le cœur du raisonnement keynésien. »
Chez Keynes, c’est l’investissement (en particulier public) qui joue un rôle crucial. Si son montant augmente d’une période à l’autre, des revenus supplémentaires sont distribués, lesquels engendrent une demande nouvelle, laquelle engendre à son tour des revenus au bénéfice des producteurs qui satisfont cette demande nouvelle, etc. En d’autres termes, la circulation du revenu supplémentaire fait que la somme initialement mise dans le circuit au titre de l’investissement provoque une augmentation totale de la demande nettement plus élevée.
Mais l’augmentation n’est pas pour autant infinie : chaque fois qu’une dépense se transforme en revenu, une partie de ce revenu est épargnée (selon la propension marginale à épargner des ménages), ce qui réduit d’autant la dépense suivante. Jusqu’à ce que, finalement, le montant cumulé de l’épargne issue de ces flux successifs de revenu soit égal au montant de l’investissement initial. Les fuites successives d’épargne compensent alors l’injection initiale et le circuit économique revient à l’équilibre. Un peu comme une pierre jetée dans l’eau provoque des ondes successives qui s’atténuent progressivement.
C’est le célèbre mécanisme du multiplicateur, que tous les lycéens ES de France et de Navarre connaissent bien. Au passage, le meilleur lien pour comprendre ce mécanisme (de manière simple et intuitive) est celui-ci. Le revenu final généré sera égal à l’investissement initial divisé par (s + m), où s est la propension à épargner et m la propension à importer. Si l’investissement initial est de 100 000€ et que la propension à épargner est de 0,2 (pour chaque euro supplémentaire gagné, on en épargne 20%), et la propension à importer égale à 0,1 (pour chaque euro dépensé, on achète 10% de produits étrangers), le revenu final sera de 333 333, 333, autrement dit 3 fois le revenu initial. Naturellement plus la propension à importer et celle à épargner sont fortes, moins le multiplicateur a d’effets.
Ainsi, conclut Denis Clerc, “par rapport aux classiques, il y a donc une inversion complète : ce n’est pas l’épargne qui détermine l’investissement, mais l’inverse. Le niveau final d’activité, donc l’emploi, ne dépend pas de l’épargne, mais de l’investissement. Même si, en apparence, certains types d’investissements suppriment des emplois (aspect micro-économique), les flux successifs de revenus qu’ils engendrent provoquent inévitablement une élévation du niveau d’activité, donc une création d’emplois (aspect macro-économique).” A l’inverse, si l’investissement diminue d’une période à l’autre, le revenu distribué se contracte, provoquant une réduction de l’épargne.
Chez Keynes comme chez les classiques, l’investissement est égal à l’épargne. Mais le raisonnement keynésien est complètement différent. Chez les classiques, I=S (investissement = épargne) préalablement car la monnaie joue un rôle neutre dans l’économie (donc on ne la thésaurise pas, on ne la garde pas sans la faire fructifier). Mais Keynes considère l’épargne comme un vice de riches, constatant, après avoir appelé à la relance par la baisse des taux d’intérêt, que “cet état de choses serait parfaitement compatible avec un certain degré d’individualisme. Mais il n’en impliquerait pas moins l’euthanasie progressive du rentier et par suite la disparition progressive chez le capitaliste du pouvoir oppressif d’exploiter subsidiairement la valeur conférée au capital par sa rareté.” Plus loin, il écrit: “Dans l’évolution du capitalisme, la présence de rentiers nous semble marquer une
phase intermédiaire qui prendra fin lorsqu’elle aura produit tous ses effets. Et l’euthanasie du rentier entraînera bien d’autres changements radicaux dans ce régime.”[3].
Les derniers mots de Keynes à propos de l’épargne diffèrent très légèrement de ceux de Smith:
“Il n’est pas surprenant que des sentiments aussi pervers aient été flétris par deux siècles de moralistes et d’économistes, qui se sentaient beaucoup plus vertueux en possession de leur austère doctrine d’après laquelle, hors la pratique de l’épargne la plus stricte par les individus et par l’État, il n’existe pas de salut. « Les fêtes, les spectacles somptueux, les arcs de triomphe, etc. », de Petty firent place aux économies de bout de chandelle de la finance gladstonienne et à un système politique qui « n’avait pas les moyens » de créer des hôpitaux, des esplanades ou de beaux bâtiments,ni même d’entretenir ses monuments anciens, ni encore moins de favoriser l’éclat de la musique et du théâtre, toutes choses qu’on abandonnait à la charité privée ou à la munificence de particuliers imprévoyants”.
Chez Keynes donc, I=S à posteriori, pendant le processus de multiplicateur, l’épargne s’ajuste à l’investissement. Car pour Keynes l’épargne n’est qu’un résidu de la consommation, « ce qui reste quand on a tout consommé ». Or la consommation (c) n’augmente pas aussi vite que le revenu (y), ou plutôt, quand le revenu augmente, la consommation augmente dans une proportion moindre –ce que Keynes appelle la loi psychologique fondamentale, contredite notamment par Friedman et sa théorie du revenu permanent, ou encore les analyses de Kuznets– ce qui signifie que sans compensation par investissement public il y aura crise de surproduction.
Toute l’analyse keynésienne repose évidemment sur le fait que chez Keynes, la monnaie n’est pas neutre, elle n’est pas qu’un intermédiaire des échanges, mais aussi une réserve de valeur. Or, en situation d’incertitude et de rationalité imparfaite –le grand apport de Keynes est de raisonner en cadre imparfaitement certain, où les agents ne peuvent pas tout prévoir– on peut désirer détenir de la monnaie, par précaution, ou pour spéculer (c’est d’ailleurs lié puisque la spéculation s’accroît généralement en période d’incertitude), on peut donc détenir de la monnaie pour elle-même, sans l’investir ni la consommer, par pure précaution. Il y a alors une possibilité de crise de surproduction généralisée. généralisée. Voilà pourquoi, si les agents ont peur de l’avenir et épargnent bêtement, si le marché n’est qu’une grande folle irrationnelle et pas toujours efficace, l’État doit intervenir.
“Dans un régime de laissez-faire la suppression des larges fluctuations de l’emploi exigerait un profond changement des conditions psychologiques des marchés financiers ; et il n’y a aucune raison de prévoir un tel changement. Nous concluons qu’on ne peut sans inconvénient abandonner à l’initiative
privée le soin de régler le flux courant d’investissement. (…)
Nous avons vu précédemment que l’efficacité marginale du capital ne dépend pas seulement de l’abondance ou de la rareté actuelles du capital et du coût actuel de sa production, mais encore des prévisions courantes relatives à son rendement futur. Par suite, lorsque l’investissement porte sur des richesses durables, il est naturel et raisonnable que les prévisions jouent un rôle essentiel dans la détermination de l’échelle qu’il paraît convenable de lui assigner. Mais la base de ces prévisions est,
nous l’avons vu, des plus précaires. Fondées sur des indices mouvants et incertains, elles sont sujettes à des variations soudaines et violentes.”
L’épargne: vice ou vertu ?
En conclusion : l’analyse de Keynes a surtout le mérite de replacer l’économique et donc les réactions des agents dans un cadre d’information et de rationalité imparfaites. C’est même son apport le plus essentiel à la théorie économique : « Ne nous hâtons pas de conclure que toute chose dépend de fluctuations psychologiques irraisonnées. Au contraire, l’état de la prévision à long terme est souvent assez stable; et, lors même qu’il ne l’est pas, les autres facteurs tendent à se compenser. Ce que nous voulons simplement rappeler, c’est que les décisions humaines engageant l’avenir sur le plan personnel, politique ou économique ne peuvent être inspirées par une stricte prévision mathématique, puisque la base d’une telle prévision n’existe pas ; c’est que notre besoin inné d’activité constitue le véritable moteur des affaires, notre intelligence choisissant de son mieux entre les solutions possibles, calculant chaque fois qu’elle le peut, mais se trouvant souvent désarmée devant le caprice, le sentiment ou la chance. »
L’analyse de Keynes n’invalide pas complètement le raisonnement classique et néoclassique (importance de l’épargne pour investir) mais met au jour l’importance de la demande globale (et donc de l’investissement public, de la consommation) dans des situations de crise. Contrairement à l’orthodoxie classique pour laquelle l’offre n’avait tout simplement pas besoin de se soucier de la demande. »[4]
D’un point de vue économique, la question de savoir si l’épargne est un vice ou une vertu n’a finalement que peu d’intérêt. En général, on a besoin des deux, et le “meilleur” équilibre entre l’épargne et la consommation dépend surtout de la conjoncture. D’une part, nos économies sont largement tirés par la consommation (qui contribue à hauteur de 60% de la croissance en France), donc, sans consommation, et sans politique contracyclique de la part de l’Etat[5] en période de crise –tout le contraire de ce qu’on fait actuellement en Europe grâce à la gentille BCE– c’est la récession généralisée (et l’augmentation de la dette en prime[6]). Autant dire que contrairement à un ménage, l’État, quand on il est au fond du trou, a besoin de dépenses pour éviter de creuser. Je dis bien: pour éviter de creuser. Une politique de relance en temps de crise est loin de résoudre tous les problèmes. Elle évite au moins de les aggraver.
Mais l’investissement, qu’il soit privé ou public, est dépendant, au moins en partie, de l’épargne. L’investissement sans l’épargne, c’est une économie de l’endettement –on est en plein dedans. Formidable pour tirer la croissance (et l’inflation avec) mais ça finit toujours par s’arrêter un jour. Quand la production, pour une raison ou pour une autre –défaut de coordination des politiques budgétaires et monétaires, choc extérieur comme en 1973 avec le doublement puis triplement du prix du baril– ne suit plus l’inflation, on a ce qu’il y a de pire : la stagflation, l’inflation sans la croissance, c’est-à-dire l’inflation et le chômage. On a connu la stagflation à la fin des années 70. « L’inflation est comme l’alcoolisme, disait Milton Friedman. Lorsqu’un homme se livre à une beuverie, le soir même cela lui fait du bien. Ce n’est que le lendemain qu’il se sent mal. »
Par ailleurs et surtout, l’épargne est essentielle pour financer le progrès technique, condition essentielle de la croissance. Et si l’Etat doit financer la recherche fondamentale (que le marché délaisse vu les coûts et l’incertitude des résultats), la plupart des économistes s’accordent sur le fait qu’il devrait se garder trop financer la recherche appliquée, que le marché prend mieux en charge. Keynes considérait qu’à l’avenir, une « assez large socialisation de l’investissement s’avérera le seul moyen d’assurer approximativement le plein emploi, ce qui ne veut pas dire qu’il faille exclure les compromis et les formules de toutes sortes qui permettent à l’État de coopérer avec l’initiative privée »[7]. (Théorie Générale, Livre VI, Chapitre XXIV §3, p.171). Les trente ans de croissance fordiste qui ont suivi la deuxième guerre mondiale lui avaient donné tort : l’investissement privé s’était révélé suffisamment dynamique. Ce n’est plus vrai depuis vingt ans : l’heure de Keynes serait-elle revenue ?
On en revient au court terme et au long terme. A court, terme, Keynes a raison et c’est la demande qui compte. En période de crise, l’heure n’est pas à attendre que le marché s’équilibre : les effets de friction mis en évidence par les néoclassiques, dans la pratique, sont importants et prennent des mois voire des années d’ajustement : la réalité diffère des modèle théoriques où les salaires s’ajustent immédiatement, par renégociation de tous les contrats, à un choc d’offre ou de demande…
Mais à long-terme, on en revient aux classiques. Outre les limites bien connues à une relance keynésienne (contrainte extérieure, fonction de consommation de Keynes fausse, grande variabilité de l’élasticité de l’investissement au taux d’intérêt, endettement), une économie de dépenses (et de paresse, ajouterait Smith) n’est pas pérenne car seule l’épargne et –j’en reviens à BFM– les investissements des actionnaires sont aptes à générer le progrès technique. L’idée peut bien sûr venir d’un ouvrier toyotiste. Mais seul le capital peut la financer et l’appliquer, la faire générer des revenus. Et, dans un contexte de croissance démographique (même modéré), le capitalisme sans progrès technique, c’est comme une bagnole sans essence : ça ne va pas bien loin. Mais –je tacle BFM au passage– si l’investissement privé est une condition nécessaire à la croissance, ce n’est pas une condition suffisante: l’heure est plutôt aux exigences de rentabilités immédiates, au pouvoir exorbitant des actionnaires sur le chef d’entreprise, aux fluctuations brutales de capitaux, à l’irrationnelle rationalité des marchés: rien de très bon pour la croissance durable, encore moins sociale. On peut donc sortir de l’opposition épargne des actionnaires//investissement et intervention de l’État, puisque c’est la meilleur combinaison des deux qui fournit les meilleures résultats. Les pays qui réussissent le mieux à concilier l’économique et le social aujourd’hui sont les sociales-démocraties de marché (type pays Nordiques), pas les pays socialio-étatistes, ni les pays ouverts à tous les vents de capitaux et à État aux abonnés absents.
Plus largement, et en sortant du strict schéma économique, on peut relier la question de la croissance aux limites d’un modèle de ‘croissance-productivo-consumériste’, mais ça remettrait tellement de choses en question (à commencer par notre goût immodéré pour le confort, la technologie et l’immédiat) qu’il est difficile d’en parler.[8]
[1] Nb : on distingue les marxistes, qui reprennent les conclusions politiques de Marx (renversement du capitalisme, socialisation des moyens de production, lutte des classes, etc.) et marxiens, qui utilisent l’analyse de Marx (analyse du capitalisme et de la société capitaliste, pour faire simple) sans en forcément partager les conclusions et discours politiques.
[2] Reprise p. 52 de ses ” Essais sur la monnaie et l’économie “, petite bibliothèque Payot, 1972 (traduction française de ” Essays in persuasion “, 1931).
[3]Théorie Générale, dernier chapitre. On passera sur lef ait que Keynes lui-même était un rentier…
[4]Théorie Générale, Livre IV, chapitre XII, §7, p.24
[5] De la part de l’Etat puisqu’évidemment, aucune entreprise ou banque n’aura de politique contracyclique…
[6] Le mécanisme a été mis en avant par Fisher : le surendettement conduit à la déflation (baisse continue et durable des prix). De fait, le cours de la monnaie augmente (dire que les prix baissent, c’est la même chose que de dire que la monnaie s’apprécie) ce qui fait que plus le temps passe, plus la dette s’accroît. En effet, 1€ d’aujourd’hui ayant moins de valeur qu’1 € de demain, la somme que l’on doit demain sera plus importante. Mais, dans le même temps, l’augmentation du pouvoir d’achat induite par la baisse des prix/hausse de la monnaie permet de rembourser cette dette pour moins cher qu’avant. Seulement, pour Fisher, en temps de crise, l’effet de masse provoqué par la ruée sur la liquidation (remboursement) de la dette qui augmente le poids de la dette est plus important que cette diminution du coût de son remboursement, ce qui fait cet étrange paradoxe : plus les agents remboursent, plus ils doivent.
[7]Viscéralement anticommuniste, Keynes ajoutait : « Mais à part cela, on ne voit aucune raison évidente qui justifie un socialisme d’État embrassant la majeure partie de la vie économique de la communauté. L’État n’a pas intérêt à se charger de la propriété des moyens de production. S’il est capable de déterminer le volume global des ressources consacrées à l’augmentation de ces moyens et le taux de base de la rémunération allouées à leurs détenteurs, il aura accompli tout le nécessaire. Les mesures indispensables de socialisation peuvent d’ailleurs être appliquées d’une façon graduelle et sans bouleverser les traditions générales de la société. »
[8] Je sais, je dis devoir parler depuis longtemps, ça viendra. Mais j’ai encore d’autres priorités. La décroissance prend son temps.

On prend un petit congé ?
Excellent article en passant comme toujours.
J’avais beaucoup de travail. J’ai écrit beaucoup de brouillons pendant ce temps… quelques-uns sortiront sûrement bientôt en article. Merci pour votre commentaire.
À quand le prochain article, je sais que tu n’écris que pour toi mais n’empêche, je m’impatiente ^^