Cinq commentaires sur les Gilets Jaunes

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Même quand on connaît la tradition de violence urbaine des Français, les images de Paris en feu impressionnent. On atteint une crise paroxystique qui s’installe dans la durée. J’ai le sentiment que la dernière fois qu’on avait connu une telle violence, c’était en 2005. Bien sûr ce n’est pas le premier mouvement social avec une dimension violente depuis 2005. Mais les précédents étaient très spécifiques, centrés sur le retrait d’une loi ou d’une mesure. Ils ne touchaient que les publics concernés, et la démobilisation était assez rapide une fois la mesure retirée (écotaxe en 2013) ou confirmée (loi travail, Parcourssup, mariage pour tous,…). La seule exception est peut être Nuit Debout mais le mouvement était trop parisiano-centré et idéologiquement marqué pour concerner les classes moyennes et populaires. Là, on a un mouvement vraiment populaire avec une conjonction de colères qui explosent.

1. Un commentaire sociologique

Les Gilets Jaunes sont un mouvement de classes populaires et moyennes. Ce ne sont pas les plus pauvres (les gens qui sont autour du seuil de pauvreté ne sont pas mobilisés, ils luttent pour survivre). Les Gilets Jaunes pour la plupart sont insérés et ne luttent pas pour survivre : ils luttent pour ne pas décrocher. C’est la question du déclassement.

Pour résumer très rapidement le débat sociologique sur le sujet : le déclassement par rapport au passé est fort en France, le déclassement par rapport à l’avenir est surtout subjectif. Je m’explique. Si l’on parle du déclassement par rapport au passé, c’est-à-dire qu’on compare les perspectives qu’avaient les gens dans les années 1960 avec un diplôme donné (mettons le bac) et celles qu’ils ont maintenant, alors le déclassement est une réalité massive qui touche entre 25 et 40% de la société française. C’est l’argument de Louis Chauvel. A cela s’ajoute un déclassement résidentiel lié à la très forte inflation immobilière (qui touche spécifiquement la France étant donné sa démographie dynamique), qui fait qu’il est inenvisageable pour un ménage modeste de se loger en centre-ville et qu’il y une forte inégalité entre propriétaires et locataires. Enfin un déclassement scolaire lié au fait (toujours dans un raisonnement intergénérationnel) qu’il faut faire beaucoup plus d’études que ses parents pour avoir la même situation. Tiens ça me fait penser à un entretien sociologique avec une femme hôtesse d’accueil dont le père est cadre dans la fonction publique. C’était dans le livre l’Epreuve du déclassement de Camille Peugny (2007).

 

« [Sociologue] Et ces études, ça vous plaisait ? [Enquêtée] C’était sur Paris et c’était pas forcément évident. Les conditions de vie sont pas forcément très simples, et les conditions financières, il fallait quand même faire attention. (…) Donc je me suis arrêté avec mon bac+2. Quand même bac+2 ce n’est pas rien ! Je me retrouve à faire l’hôtesse d’accueil. Mon père, avec le BEPC, il dirige une équipe ! »

Si l’on considère en revanche le déclassement par rapport à l’avenir, c’est-à-dire par rapport au fait de déchoir de façon absolue dans l’échelle sociale dans un avenir proche, alors la probabilité du déclassement est très faible en France. Pour faire simple perdre son CDI reste rare. Même dans les pires crises économiques (2009 en France), le taux de licenciement augmente faiblement. Ce sont surtout les embauches qui sont stoppées.

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C’est l’argument d’Eric Maurin. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas un déclassement subjectif. Bien au contraire pour Maurin c’est le principal déclassement. Pour lui, le déclassement correspond en France à une peur de déchoir. Ce qui se joue dans la société française ce n’est pas la grande probabilité de chuter dans l’échelle sociale, c’est la peur de perdre ses statuts. L’idée est que les gens veulent s’élever dans la hiérarchie sociale et luttent pour imiter la classe immédiatement au-dessus, tout en voulant éviter à tout prix de ressembler à plus pauvre que soi. Cette idée est confirmée par de nombreux autres travaux : Olivier Schwartz par exemple a fait une enquête sur les chauffeurs RATP, et montre que ceux-ci, tout en revendiquant plus de justice sociale par rapport aux « riches » (les patrons, les cadres) sont réticents à l’égard des aides attribuées à plus pauvres qu’eux (les jeunes, les immigrés) jugés assistés et profiteurs du système. Marie Cartier parlera de « France des petits moyens » dans une enquête sur la banlieue pavillonnaire, montrant que ces populations sont traversées par une forte peur du déclassement et une volonté d’évitement des classes plus pauvres. Le cas des établissements classés ZEP qui font fuir les classes moyennes a été un bon exemple d’échec d’une politique de discrimination positive, buttant sur la volonté générale d’évitement. Selon Maurin, ces classes moyennes votent tantôt à droite par fascination pour le modèle bourgeois, tantôt à gauche quand cette fascination se mue en frustration et ressentiment (incapacité à atteindre les plus grandes écoles notamment).

Si l’on tire toutes les conclusions de ces analyses on aboutit à une vision beaucoup plus critique des Gilets Jaunes, une masse de petits bourgeois qui veulent à tous prix s’élever au-dessus des autres (« happés par le désir de distinction statutaire », dixit Maurin), envoyer leurs enfants dans les meilleures écoles et payer un jour l’ISF. C’est probablement excessif mais il ne faut pas oublier le rôle que joue le ressentiment dans ce mouvement, ce qu’on pourrait appeler le paradoxe démocratique. Au XIXème siècle le paysan ignorait tout du mode de vie de la haute aristocratie londonienne, les inégalités objectivement radicales ne donnaient pas lieu à un fort ressentiment. Aujourd’hui plus personne n’ignore les inégalités de condition de vie entre groupes sociaux. Les inégalités objectivement beaucoup plus faibles sont donc beaucoup moins bien acceptées. Plus la démocratie réduit les inégalités, moins les inégalités sont supportables : Tocqueville avait remarqué ce paradoxe il y a plus de 150 ans. Bon, il le disait bien mieux que moi :

Quelque démocratique que soit l’état social et la constitution politique d’un peuple, on peut donc compter que chacun de ses citoyens apercevra toujours près de soi plusieurs points qui le dominent, et l’on peut prévoir qu’il tournera obstinément ses regards de ce seul côté. Quand l’inégalité est la loi commune d’une société, les plus fortes inégalités ne frappent point l’œil ; quand tout est à peu près de niveau, les moindres le blessent. C’est pour cela que le désir de l’égalité devient toujours plus insatiable à mesure que l’égalité est plus grande.

2. Un commentaire économique

On en vient à l’État-providence car qui dit inégalités, dit État-providence. Stéphane Ménia fait très justement remarquer que les Gilets Jaunes revendiquent moins de prélèvements et plus de dépenses publiques, alors qu’ils pourraient aussi revendiquer des salaires plus élevés. Car le revenu disponible c’est avant tout un salaire avant d’être un revenu de transfert. Dixit Ménia : « Je ne vous cache pas que cette approche m’interpelle depuis le début. Hormis la revendication d’un Smic à 1 300 euros, la quasi absence du mot « salaire » dans les propos, alors que « impôt » ou « taxe » connaissent des occurrences record, me laisse assez pantois. ». Nous vivons dans un capitalisme actionnarial où les salaires sont les grands perdants. Ils n’augmentent pas assez vite avec la productivité. Or, la croissance est faible. Les revenus progressent donc faiblement. Dès lors, le poids du passé devient plus fort et le patrimoine accumulé prend de l’importance. Les inégalités de revenus sont d’ailleurs assez faibles en France (contrairement aux États-Unis par exemple), de l’ordre d’un facteur 1 à 4 entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres, contre 1 à 130 pour les patrimoines. C’est le grand argument de Piketty qui était encore hier sur France 2.

Cela pourrait amener toutes sortes de remarques. A moyen terme la question de la formation. A long terme celle de la mécanisation, celle également de la mondialisation qui augmente la division entre salariat qualifié et non qualifié. Passons.

A court terme, pour revendiquer des salaires plus élevés il faut une capacité de négociation, donc des syndicats puissants. Le gouvernement n’a pas le pouvoir d’augmenter les salaires (je passe sur le SMIC : l’augmenter signifie augmenter le coût du travail des moins qualifiés, avec un risque sur l’emploi, sans réellement résoudre le problème des travailleurs pauvres qui souffrent avant tout d’un temps partiel subi). On retombe sur l’incapacité française à développer les corps intermédiaires et notamment les syndicats. Ils ne représentent plus rien aujourd’hui alors qu’ils jouent un rôle essentiel pour canaliser les revendications, organiser les colères, négocier avec le gouvernement, bref pour accoucher de quelque chose. Si on accouche de rien, comment mettre un terme au mouvement ? Les gens ne se calmeront pas, le mouvement s’éteindra en raison des coûts croissants (tout le monde ne peut pas perdre des jours de salaires à bloquer les ronds points indéfiniment) mais ressurgira tôt ou tard. Comment redonner du pouvoir aux corps intermédiaires ? Je n’ai pas la réponse, mais c’est un point clé.

Tiens, à la fin du texte Ménia donne en exemple ces femmes de ménage des grands palaces parisiens qui avec un syndicalisme à l’ancienne arrachent 400€ de plus par mois. C’était dans l’Humanité de septembre 2014. Mais c’est un cas trop rare. Il n’y a plus rien entre le citoyen et l’État, voire entre le citoyen et le chef de l’Etat, ce qui est dramatique dans la façon de personnaliser le pouvoir et l’action publique. Macron c’est l’État et l’État est responsable de tout, et notamment des taxes, des services publics et des aides sociales.

Or, les Gilets Jaunes affirment qu’ils n’en ont pas pour leur argent. On retombe sur la discussion de l’efficacité des services publics. Pourquoi dépensons-nous autant sans parvenir à convaincre la population que notre redistribution, que nos services publics sont efficaces ? La France dépense plus d’argent public en Europe que quiconque. On peut forcément faire mieux à budget égal, et peut être avec moins. Même si la situation est moins pire qu’on ne le dit souvent, la police, les écoles, les hôpitaux, sont plus efficaces dans de nombreux pays comparables à la France. Et ils sont plus efficaces tout en étant moins chers. Puisque les Gilets Jaunes ont commencé avec des revendications sur les transports, ne parlons pas de l’efficacité de la SNCF en France. Au Japon quand les trains sont en retard de plus de 3 min le ministre des transports est notifié (si). Et ce avec deux fois plus de voyageurs.

Cela renvoie la phrase de Macron (très maladroite) sur le « pognon de dingue ». Dixit Ménia encore, je me retrouve totalement dans ses propos :

 

« On peut être un fervent partisan de l’État providence et s’interroger sur le volet efficacité du système. C’est légitime et sain. C’est d’ailleurs pour cela que le Président de la République s’est permis une petite phrase rétractable, comme à son habitude, mentionnant le « pognon de dingue ». Après tout, améliorer l’efficacité de la protection sociale, ce n’est pas mal. Il me semble cependant qu’au fil du temps, le propos a dérivé vers l’idée que la protection sociale n’était pas très perfectible, mais totalement improductive. Or, c’est faux et certains gilets jaunes lui doivent de ne pas être dans la misère (…). »

3. Un commentaire fiscal

Sur le plan fiscal puisque tout est parti de là, Macron a déjà fait l’essentiel des choix. Ces choix conduisent à une hausse généralisée du pouvoir d’achat comme le montre l’INSEE, mais très inégale. La moyenne cache des gains modestes pour beaucoup et qui devraient se matérialiser surtout en 2019. D’autre part les ultra-riches sont grands gagnants, ce qui renforce le sentiment d’injustice. Une fois de plus l’ISF concentre les critiques. Personnellement j’étais favorable à sa suppression car il y a des moyens beaucoup plus efficaces de taxer les riches (voir la série “Réformer la France” que j’ai commencé). Mais pour cela il fallait engager une vraie réforme fiscale progressive. Sinon, cela donne l’impression que les pauvres sont plus mis à contribution que les riches, ce qui est insupportable. On ne rappellera jamais assez que la justice fiscale est l’une des clés de la justice sociale. Les révolutions américaines et françaises étaient au départ portées par des motifs fiscaux, ‘no taxation without representation’ aux États-Unis et les privilèges de la noblesse en France, que Louis XVI avait essayé d’abolir mais sans y parvenir. La révolution accouchera d’un principe fondamental, ‘à revenu égal, impôt égal’ aujourd’hui largement bafoué avec les niches fiscales diverses.

Le sociologue Alexis Spire rappelle cela dans un livre intitulé Résistances à l’impôt, attachement à l’Etat (2018). Il met en évidence un fort sentiment d’injustice fiscal chez les classes populaires et moyennes inférieures. Le système fiscal est peu connu et mal compris : par exemple la plupart des enquêtés de Spire ne connaissaient pas la CSG et ne pensaient pas payer cet impôt. L’impôt sur le revenu est le plus médiatisé alors qu’il ne représente que 25% des prélèvements. Le numérique et la plus grande efficacité du fisc fait que les fraudes artisanales sont rendues plus difficiles. Enfin les classes populaires bénéficient de peu de niches, ce qui donne le sentiment de ne pas maîtriser l’impôt et de le subir. C’est d’autant plus vrai quand, en face, les services publics sont jugés peu efficaces (il n’y a qu’à voir l’état de notre école dans les classements internationaux) ou sont relocalisés 50 km plus loin. Inversement, les classes supérieures soutiennent le plus souvent l’impôt : ils en paient certes bien plus que les autres mais cela impacte beaucoup moins leur revenu et leur pouvoir d’achat. De plus, ils bénéficient massivement d’exemptions diverses (toutes ne sont pas justifiées) ce qui donne le sentiment de maîtriser l’impôt, de passer un contrat avec l’État. Il faut donc à la fois améliorer le système fiscal (supprimer quelques niches, élargir l’assiette de l’IRPP, réduire le nombre d’impôts, augmenter la progressivité, taxer moins les revenus et davantage le patrimoine…) et améliorer les services publics.

Peut-on avoir à la fois moins d’impôts et plus de service public ? Alexandre Delaigue fait remarquer sur Twitter que c’est possible à une condition : plus de croissance. Seule la croissance économique peut financer plus de services publics avec moins de prélèvements. On peut toujours ergoter sur le fait de rendre les services publics plus efficaces. C’est important. On peut aussi “taxer davantage les riches” (c’est un énorme raccourci, mais allons-y). Mais croire qu’on va financer le système social français avec uniquement les impôts des riches est juste une vague utopie d’extrême gauche. A terme le problème de financement finit par se poser. On ne peut pas augmenter le taux global de prélèvements. Donc il nous faut plus de croissance ? Sûrement, mais outre que ça ne se décrète pas, on est aussitôt accusé de saccager l’environnement.

4. Un commentaire environnemental

Vous commencez à comprendre ? L’équation plus de protection de l’environnement + plus de pouvoir d’achat + moins de prélèvements est insoluble. La réduction des inégalités est absolument essentielle, bien sûr, et contribue à huiler les termes de l’équation. Mais elle ne la résout pas. Si l’on suit les thèses décroissantes, les pays riches doivent diviser leurs revenus par deux pour sauver la planète. Au minimum. Pour ne prendre qu’un exemple, la biocapacité de la Terre est estimée à 1,8 ha par habitant (c’est une moyenne évidemment). L’empreinte écologique du Français est de plus de 5 hectares. Revenir à 1,8 signifie que le Français moyen doit avoir le niveau de vie de l’Irak, du Guatémala ou de la Moldavie. Autant imaginer un mouvement Gilets Jaunes puissance mille. De plus je n’ai encore lu aucune analyse décroissante capable de réconcilier démocratie et environnement. Quelques auteurs lus ici ou là (l’économiste Denis Meadows, le physicien Aurélien Barrau) se sont montré au contraire très clairs sur le fait que la démocratie avait échoué à traiter le problème environnemental et donc qu’il nous faudrait une bonne dictature verte (c’est encore dit à mots couverts, mais ça vient). Le pire c’est qu’ils ont raison. Il n’y aura pas de changement radical des comportements sans dictature verte, et comme personne ne veut d’une dictature verte, il n’y aura pas de changement radical des comportements. Si bien que comme le dit Delaigue, avec plus de croissance (une croissance radicalement moins carbonée, bien sûr) l’environnement a peut être une chance. Sans, il n’en a aucune. Si les gens sont prêts à se geler les miches trois weekends de suite pour préserver leur pouvoir d’achat, vous croyez vraiment qu’ils vont accepter qu’on leur impose d’arrêter la voiture, de devenir tous végétariens, entre autres restrictions pour harmoniser leur empreinte écologique sur celle de l’Irak ?

5. Un commentaire politique

On a beaucoup vu ces derniers temps une revendication plus politique, celle de davantage de démocratie directe. Le mépris dont suinte Macron à l’égard des classes intellectuellement, scolairement, et économiquement inférieures à lui y est pour beaucoup (traverser la rue pour trouver un travail, Gaulois réfractaire, etc.). On entre dans le domaine du symbolique (le déni de reconnaissance), mais pas que.

En effet la Vème République conçue par les gaullistes souffre d’un déficit démocratique bien connu. Et ça ne s’est pas arrangé depuis 2000. La réforme du quinquennat a été l’une des pires réformes politiques récente. A l’époque personne n’avait vraiment compris l’enjeu, et le taux d’abstention au référendum  a été de plus de 60% ! Certains pouvaient même naïvement penser que cinq ans au lieu de sept, cela affaiblit le pouvoir du Président. Pourtant c’est au contraire l’une des réformes qui a le plus renforcé les pouvoirs du chef de l’Etat en supprimant totalement la possibilité d’une cohabitation. S’il y a bien une revendication des Gilets Jaunes que je partage c’est une réforme constitutionnelle. Pas la République parlementaire populiste que voudrait Mélenchon évidemment. Il faut redonner la possibilité au peuple de censurer un gouvernement jugé impopulaire. Pour cela, il faut redécaler les élections législatives et présidentielles. Si le peuple est mécontent, il porte l’opposition à l’Assemblée à mi-mandat exactement comme aux États-Unis. Je suis favorable à une régime à l’américaine : suppression du poste de premier ministre qui toute façon ne joue aucun rôle politique en France (vous avez vu Philippe mentionné sur les banderoles, vous ?). La France a une tradition de sauveur providentiel (Napoléon, De Gaulle…), on le porte aux nues puis on adore le détester. Autant l’assumer. Donc le Président devrait être chef de l’Etat et du gouvernement. En contre-partie on supprime le droit de dissolution et l’immunité présidentielle.

Les institutions françaises sont à l’agonie. Les enquêtes du CEVIPOF à ce sujet sont édifiantes. Plusieurs institutions régaliennes (police, armée, école, Sécurité sociale) trouvent grâce aux yeux des Français, mais ça reste très dégradé, en particulier pour les syndicats, les médias et les partis, pourtant piliers de la démocratie. On ne peut pas décréter la confiance dans les institutions. Mais on peut redonner du souffle démocratique en renforçant la souveraineté populaire, même en dehors de toute considération européenne, si l’on parvient à réduire la personnalisation du pouvoir dont jouit le chef de l’Etat, que l’on redonne du pouvoir au parlement et que l’on renforce les corps intermédiaires.

 

Les transformations de la microéconomie après 1945

Introduction

On peut retracer les fondations de la microéconomie aux travaux des marginalistes (Menger, Jevons et Walras) à la fin du XIXème siècle. Ce sont les jalons fondateurs du néoclassicisme qui sera synthétisé par Alfred Marshall au début du XXème siècle. Les néoclassiques se distinguent en effet des classiques sur plusieurs points : théorie de la valeur subjective fondée sur la loi de l’offre et de la demande, recherche de l’équilibre général sur les marchés (ce qui déplace le fondement de l’étude de l’origine de la valeur à la formation des prix), hypothèse de concurrence parfaite, et enfin raisonnement microéconomique qui procède le plus souvent de l’agent rationnel au comportement maximisateur. Lire la suite

Les grandes théories de la justice sociale (2/2)

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Axel Honneth

Nous traiteront maintenant des approches plus empiriques de la justice sociale. Ces approches sont plus récentes. Elles sont spécifiquement sociologiques et naissent à partir des années 1990. Le point de départ est la critique de la théorisation excessive des approches philosophiques, qu’elles soient marxistes, rawlsiennes, libertariennes. Ces approches sont critiquées soit parce qu’elles sont trop abstraites, soit pour leur prétention universaliste (il y aurait des principes universels de justice sociale). Il s’agit donc de redonner du poids à la parole des acteurs, à leurs valeurs, au contexte socioéconomique et culturel, éventuellement avec un regard critique.

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Les grandes théories de la justice sociale (1/2)

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John Rawls

Il y a deux grandes façons de réfléchir à la justice sociale. La première est issue de la philosophie politique. Elle consiste à traiter la notion de justice indépendamment de la réalité sociale, c’est-à-dire avec des principes abstraits. L’idée qui sous-tend ces démarches est qu’il est possible de trouver des principes universels de justice sociale. La seconde est plus empirique, davantage inspirée de la sociologie. Nous commencerons ici par les approches théoriques.

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Une histoire de la pensée économique depuis 1945 : l’économie contemporaine (6/6)

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6. La science économique contemporaine

Il est difficile de résumer rapidement l’état d’une science aussi diverse, au niveau international, que l’économie. Je vais donc devoir être beaucoup plus long, même si cela restera au final succinct par rapport à tout ce que l’on pourrait développer. Quelles sont les grandes lignes qui structurent cette discipline depuis les controverses issues du keynésianisme ? On analysera d’abord les évolutions sur la méthodologie des économistes, puis les questions de fond.

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