Chômage : les idées de droite qui ne marchent pas

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A. Augmenter le temps de travail

B. Baisser le coût du travail

C. Flexibiliser le marché du travail

D. Fermer les frontières, acheter Français

E. Contrôler les chômeurs

A. Augmenter le temps de travail : aucun impact sur le chômage

On reste dans l’idée d’augmenter la quantité de travail actif dans l’économie, mais plutôt que de parler du nombre de personnes, on parle du temps de travail. Ce qui nous fait quitter la gauche pour entrer dans l’idée sarkozienne du “travailler plus pour gagner plus”. Cela n’a pas d’impact sur le chômage si l’on parle d’individus déjà actifs à qui on permet de faire des heures supplémentaires plus facilement. Les entreprises peuvent éventuellement y gagner en flexibilité, les travailleurs peuvent éventuellement y gagner (un peu) en revenus, mais on ne peut pas attendre d’impact majeur sur le chômage d’une telle mesure. D’ailleurs, c’est ce que dit le bilan de la défiscalisation des heures supplémentaires entreprise sous Sarkozy : un coût de plus de trois milliards d’euros par an pour les finances publiques, et un bilan nul sur le front du chômage, et même sur celui des heures supplémentaires puisqu’on a surtout observé une substitution RTT/heures supp, la mesure étant alors un outil d’optimisation fiscale pour les entreprises.

La seule action intéressante sur le temps de travail qui peut avoir un impact notable sur le chômage concerne le temps partiel subi, ces individus qui travaillent à temps partiel alors qu’ils voudraient travailler plus. Ils correspondent à ce qu’on appelle le “halo du chômage” : des gens qui ne sont pas vraiment chômeurs mais pas vraiment actifs non plus dans la mesure où leur temps de travail hebdomadaire est très faible. Permettre à ces individus de travailler plus aurait un vrai impact sur le halo du chômage qui est une forme de chômage ignoré des statistiques. Les chiffres à connaître sont les suivants : environ 20% des employés sont en temps partiel, dont 80% de femmes ; un tiers d’entre eux (d’entre elles, plutôt) souhaiterait travailler plus. Il n’est pas question de forcer quiconque à travailler plus, surtout que le temps partiel choisi peut représenter une forme de progrès social en termes de qualité de vie (moins de temps consacré au travail, davantage à la famille). Mais que faire contre le temps partiel subi ? C’est plutôt complexe comme question. Cela recouvre un large ensemble de politiques dont certaines dépassent largement le cadre de cet article, même si on pourra y revenir dans le dernier article, consacré aux politiques qui marchent :  développement des places en crèches et de l’alternance emploi/famille, des moyens de transport, des formations.

B. Baisser le coût du travail : déjà fait

Puisque l’action sur la quantité de travail actif semble limitée, une autre idée de droite est d’agir sur la qualité du travail, c’est-à-dire sur la productivité du travail, le rapport entre son coût et la production horaire qu’il dégage. La théorie est simple : en baissant le coût du travail pour une production identique, on améliore la productivité, donc on rend l’usage du travail plus intéressant, donc on incite les entreprises à embaucher.

Les politiques savent bien qu’ils ne peuvent pas agir sur les salaires. De toute façon, les salaires en France ne sont pas particulièrement élevés. Seul le SMIC l’est, au-dessus de la moyenne de l’OCDE. D’un autre côté, le SMIC contribue à la lutte contre la pauvreté des employés peu qualifiés et au soutien de la demande globale. Le baisser aurait un impact incertain sur le chômage (probablement positif, mais faible) et c’est franchement irréalisable du point de vue politique. L’enjeu serait plutôt de ne pas l’augmenter excessivement. La France se situe au seuil ou proche du seuil où une hausse du SMIC détruirait des emplois. Laissons donc le SMIC tel qu’il est pour quelques années.

Salaire minimum dans l’OCDE

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Comme le salaire n’est pas la variable déterminante de l’emploi en France, la plupart des politiques de droite proposent d’agir sur les cotisations sociales. En effet, si le coût du travail Français est élevé, c’est parce qu’il est fortement taxé du fait du poids élevé des cotisations sociales, qui représentent environ 30% du salaire brut (20% en moyenne dans l’OCDE).

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Je dis “de droite”, mais en réalité c’est une mesure plutôt consensuelle et la gauche l’a souvent mis en œuvre. Sous des couleurs politiques différentes, de nombreux rapports (De La Martinière et Demarolle 1996, Malinvaud 2001, Attali 2007, Gallois 2012) ont plaidé pour la réduction du poids des cotisations sociales dans le salaire. Des mesures seront prises, qui cibleront surtout les salaires voisins du salaire minimum (1,1 puis 1,3 smic) : exonération totale jusqu’à 1,1 smic et 50% jusqu’à 1,2 smic, avec des réductions jusqu’à 1,6 smic (Balladur, 1993) ; fusion et extension de ces mesures avec Juppé en 1996 ; maintien du dispositif et extension (jusqu’à 1,7 smic) sous Jospin ; poursuite et renforcement de cette politique en 2003 puis 2007 avec des allègement de cotisations sociales jusqu’à –28 points, pour un coût en 2009 de 22,9 milliards d’euros. La dernière mesure d’allègement de cotisations sociales est celle effectuée durant le mandat de François Hollande avec le Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), instaurant un crédit d’impôt de 6% des rémunérations ne dépassant pas 2,5 fois le SMIC. Rappelons que le ciblage de ces mesures autour du SMIC est nécessaire si l’on veut avoir un impact sur l’emploi : une entreprise n’embauche pas un BAC+5 pour son coût mais pour ses compétences. Réduire les cotisations sociales pour les salaires élevés n’aurait aucun impact sur l’emploi. Cela peut en avoir pour les salariés peu qualifiés dont le coût est sensible pour les entreprises.

Ces mesures créent-elles de l’emploi ? Oui, de l’avis de la plupart des économistes pour qui sans elles, ce sont des centaines de milliers d’emplois qui auraient été détruits depuis des années. Le SMIC français étant élevé, embaucher un smicard coûte cher en France. Sa productivité étant faible (sinon, on ne le paierait pas au SMIC), les entreprises sont regardantes sur ce qu’il coûte. En temps de crise, lorsque les ressources des entreprises sont compressées, le coût total du salarié (salaire + cotisations sociales) peut être un frein conséquent à l’embauche, spécialement pour les petites entreprises. Les réduire pour les bas salaires a donc du sens pour alléger le coût du travail et faciliter l’embauche des travailleurs peu qualifiés, ceux qui sont les plus touchés par le chômage.

 Est-ce qu’on peut en faire plus ? Probablement pas. D’abord, parce qu’un employeur qui embauche un salarié au SMIC aujourd’hui ne paye déjà pratiquement plus de cotisations sociales. Ensuite parce que si on développe trop ce genre de mesures, on créé une sorte de “trappe à bas salaire” c’est-à-dire une incitation pour les employeurs à payer leurs salariés au SMIC pour bénéficier des mesures d’allègements de cotisations, alors que cet argent pourrait être utilisé  plus intelligemment, pour former les travailleurs par exemple. Enfin et surtout parce qu’elles coûtent horriblement cher à la Sécurité sociale : 20 milliards par an pour le seul CICE, autour de 90 milliards pour toutes les mesures ! Ce qui signifie entre 60 000 et 120 000 euros par an pour chaque emploi subventionné selon ce dispositif (si). Ce que la Sécurité sociale perd, l’Etat doit le compenser et donc lever de nouvelles taxes. C’est d’ailleurs typiquement l’idée (de droite) de la “TVA sociale” : d’un côté on augmente la TVA, de l’autre on baisse fortement les cotisations sociales. Cela revient donc à faire payer ceux qui consomment sans travailler (les étudiants, les retraités, les personnes au foyer) pour faciliter l’emploi de la population active.

La plupart des Français tiennent à leur système de sécurité sociale et ils ont bien raison. A force de baisser les cotisations sociales, on prive ce système de financement, ce  qui doit être compensé d’une façon ou d’une autre. Les mesures de baisse de cotisations sociales sont des rustines chères qui ont fait leur temps. Il faut sans doute garder celles qui existent mais il n’est guère possible d’en faire plus. Si l’on veut réellement réduire le poids élevé des cotisations sociales dans les salaires français, il faut réduire les dépenses de la Sécurité sociale, ce qui passe par une action encore plus drastique sur le déremboursement de certains médicaments, une lutte accrue contre les abus, de nouvelles réformes au sujet des retraités, etc. Il y a sans aucun doute des progrès à faire dans ce domaine, sans pour autant remettre en question le fonctionnement de la Sécurité sociale. Mais il ne faut pas se leurrer : on ne peut pas avoir à la fois un système de Sécurité sociale aussi développé et un niveau faible de cotisations sociales. On peut améliorer notre système pour trouver de bons équilibres, mais la France avec son généreux système de protection sociale (que, pour ma part, je défends) aura forcément, pour le financer, un niveau de prélèvement plus élevé que les autres pays.

C. Flexibiliser le marché du travail : déjà fait

Flexibiliser le marché du travail signifie permettre à une entreprise de faire face plus facilement aux évolutions de la conjoncture économique. Rappelons que le capitalisme est un système dynamique basé sur le capital : une entreprise dispose d’un capital (emprunté ou fruit de bénéfices précédents), combine cela avec du travail et  fait une prévision de croissance basée sur un produit, une idée, une innovation. Finalement, la croissance effective peut être plus ou moins différence de la prévision (par définition, l’avenir est contingent) : si elle est inférieure, c’est la crise. L’entreprise peut alors avoir des difficultés à payer son capital (remboursement d’emprunt, dividendes…) et son travail (salaires), car elle a surestimé sa croissance. Supposons maintenant que l’entreprise se trouve dans un pays où l’environnement législatif rend toute marche arrière très coûteuse ou très difficile. Dans un tel environnement, elle sera bien plus frileuse dans ses prises de risques (donc ses embauches) puisqu’elle sait qu’en cas de crise, elle sera acculé au dépôt de bilan. Je ne raconte pas une histoire : en 2014, le dépôt de bilan a concerné plus de 60 000 entreprises !

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L’argument des économistes en faveur de la flexibilisation du marché est donc fort simple à expliquer. Charles Wyplosz l’a résumé en trois lignes : “une entreprise qui embauche ne peut pas ne pas envisager que ses espoirs de croissance risquent d’être déçus. Il lui faudra alors faire marche arrière. Si l’on rend cette marche arrière impossible parce que trop coûteuse et trop aléatoire, l’entreprise préfèrera ne pas embaucher et laisser passer des opportunités de développement”. Cet argument est-il solide ? A mon avis, il est même irréfutable. Soyons précis : les entreprises n’embauchent pas quelqu’un parce que le marché est flexible ; c’est l’inverse qui est vrai : si le marché n’est pas (assez) flexible, les entreprises n’embaucheront pas.

Les salariés en place, défendus en cela par la gauche, rétorquent que si on favorise la flexibilité, on rend les licenciements plus faciles donc on augmente le chômage. Ce raisonnement simpliste ne tient pas. Sans doute une réforme qui rendrait les licenciements plus faciles engendrerait, dans l’immédiat, quelques licenciements. Mais cela serait plus que compensé par la hausse des embauches qui s’ensuivrait. Quant à dire qu’une plus grande flexibilisation du marché du travail accroît la précarité, elle dépend de la définition que l’on donne de précarité. Primo, la pire des précarités est le chômage, donc une réforme qui réduit le chômage réduit la précarité et ne l’augmente pas. Deuxio, “perdre un emploi n’est source de précarité que s’il est difficile d’en retrouver un autre” (Wyplosz). Une réforme qui s’attaque à la rigidité d’un marché n’a pas pour but, effectivement, de protéger le salarié, mais de protéger l’emploi. Si un salarié est condamné par l’évolution économique de son entreprise à être licencié, qu’il le soit ; mais s’il retrouve un emploi rapidement, on ne peut pas dire qu’on aura favorisé la précarité. La précarité définie comme la multiplication des contrats courts est liée à la frilosité des entreprises à proposer des CDI. Si on fait disparaître cette frilosité en rendant le licenciement plus facile, ce type de précarité diminuera. Certes, il sera plus facile de perdre son emploi, mais bien plus aisé d’en retrouver un, les créations d’emplois dépassant nettement la hausse des licenciements.

Du point de vue sociologique, la segmentation du marché du travail français divise schématiquement les salariés en deux camps : le salarié en place (insider), protégé dans son emploi, formé, parfois syndiqué, payé selon sa qualification voire selon une grille salariale, qui aurait tout intérêt à s’opposer à des réformes favorisant la flexibilité puisqu’il a quelque chose à y perdre et rien à y gagner. Ce n’est pas le cas de ceux qui n’ont pas d’emplois, des jeunes peu qualifiés, des CDD qui voudraient un CDI, des intérimaires qui voudraient un CDD, des chômeurs longue durée, de tous les outsiders payés selon les lois du marché qui voudraient devenir insiders. Ils ont tout à gagner d’une réforme qui inciterait les entreprises à créer des emplois. L’intérêt général étant de faire diminuer le chômage, l’opinion des économistes –quand ils sont convaincus par ces réformes—ne se range généralement pas du côté des insiders. Surtout qu’en réalité, beaucoup d’insiders auraient à gagner de telles réformes : dans un système où le marché du travail est très rigide, des individus en emploi restent dans leur entreprise alors qu’ils s’y ennuient ou ne s’y sentent pas à leur place (souffrance au travail) tout simplement parce qu’ils savent que s’ils démissionnent ils mettront du temps à en retrouver un, le taux de chômage de longue durée étant particulièrement élevé en France. De plus, comme le précise judicieusement Charles Wyplosz, si l’on parvenait à réduire le taux de chômage à 5% avec une telle réforme, les salariés en place y gagneraient par la réduction du poids des prélèvements sociaux consacrés au traitement du chômage.

Sacrifier 10% de la main d’œuvre pour préserver les avantages d’une majorité des employés peut paraître juste et démocratique, mais c’est un gaspillage énorme que tout le monde paie sous forme des prélèvements obligatoires qui alimentent la protection sociale, y compris les très dispendieux emplois aidés. Or le coût de cette protection est appelé à fondre dès lors que le taux de chômage est diminué. Un taux de 5%, ou moins, est parfaitement possible si l’on conduit les réformes décrites dans des dizaines de rapports.

Charles Wyplosz

Les gens sont inquiets, en tous cas dans le secteur privé, de perdre leur emploi. Non pas que les taux de licenciement soient particulièrement élevés par rapport à d’autres pays. Mais le problème, c’est que, quand ils perdent leur emploi, ils vont rester assez longtemps au chômage en moyenne, par rapport à d’autres pays comme le Canada ou les Etats-Unis, où le retour à l’emploi est beaucoup plus rapide. Du coup, il y a cette tension interne dans le monde du travail. Le management joue là-dessus. Alors que la productivité française est assez élevée, le chômage est utilisé comme une menace pour rendre les gens plus soucieux de bien faire. Ce qui les conduit à être assez stressés.

Etienne Wasmer

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Si elle est si utile, si nécessaire, et si j’ai l’air si dithyrambique,  pourquoi, placer la flexibilisation du marché du travail dans la case “idées de droite qui ne marchent pas ?” Parce que la théorie économique dit qu’un marché du travail trop fermé créé du chômage, elle ne dit pas ce que “trop” signifie. C’est comme en économie internationale : trop de protectionnisme est mauvais sans le moindre doute, mais une ouverture brutale et non contrôlée à la mondialisation peut être pire. Entre l’autorisation administrative de licenciement et la suppression du code du travail, il y a de la marge pour la nuance (et le débat politique). Pour aller plus loin, il faut passer à l’empirie. Et si les études empiriques étudiant le lien entre taux de chômage et protection de l’emploi confirment la théorie en concluant à une corrélation positive (lorsque la protection de l’emploi est forte, le taux de chômage est plus élevé), elles disent aussi que cette corrélation est faible, et d’autant plus faible que le marché est déjà libéralisé. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut rien attendre de telles mesures : elles peuvent avoir un effet en particulier sur la structure du chômage, en diminuant la part des chômeurs de longue durée : un marché plus flexible induit plus de rotation de la main d’œuvre et un temps de chômage moyen réduit.  Résumons : la flexibilité contre le chômage, ça marche, mais dans des proportions quantitatives limitées, et ça marche d’autant moins que le marché du travail est déjà assez flexible. Et justement, je pense que le marché français est largement assez flexible, ce qui rend toute mesure supplémentaire peu utile. Voilà pourquoi je pense que la flexibilisation du marché du travail –bonne idée en soi—ne peut guère améliorer la situation du chômage en France aujourd’hui, et est donc une mauvaise idée en pratique. Rentrons un peu dans le détail du cas français.

Il y a plusieurs formes de flexibilité :

  • La flexibilité horaire, qui permet de faire travailler les salariés plus que 35h à certaines périodes, et moins que 35h à d’autres, pour au final aboutir au même nombre d’heures sur l’année (annualisation). Toute entreprise peut y recourir. Que faire de plus ? Rien.

  • Dans certaines circonstances, l’entreprise peut recourir à une forme radicale de flexibilité horaire :  l’activité partielle (encore appelée chômage partiel ou technique).  L’entreprise doit faire une demande au préfet (+ consulter les représentants du personnel dans les entreprises de plus de 50 salariés) et justifier sa demande par des motifs précis : un incendie, une baisse de commande, la perte d’un client majeur. On rentre alors dans l’idée du “travailler moins pour gagner moins” : les travailleurs sont payés 70% de leur rémunération brute (l’entreprise économise 30%) et Pole Emploi compense une partie du reste. Là non plus, il n’y a guère de débats : c’est possible, il y a des conditions, et c’est très utile à certaines entreprises en cas de force majeure.

  • Cependant l’annualisation est insuffisante pour une entreprise qui anticipe ou subit une crise économique  importante, sans pour autant remplir les conditions pour faire usage de chômage partiel. L’entreprise peut alors recourir à la flexibilité salariale : les salaires augmentent en cas de croissance, mais baissent en cas de crise. Cette forme de flexibilité est privilégiée par la théorie économique néoclassique puisque les prix jouent le rôle de variable d’ajustement de l’offre et de la demande de travail : à supposer que les salaires s’ajustent automatiquement et sans coût aux variations de l’offre et de la demande, il n’y a jamais de chômage involontaire : tout travailleur trouve toujours à s’embaucher au salaire d’équilibre puisque celui-ci reflète parfaitement les anticipations des acteurs (techniquement, le surplus est maximum). Un déséquilibre qui entraînerait du chômage (excès d’offre de travail) est automatiquement résorbé par la variation du salaire d’équilibre.

Si ce modèle est irréfutable dans sa sphère de fonctionnement autonome, ses hypothèses ne correspondent guère à la réalité, du moins dans les démocraties sociales développées où la flexibilité salariale n’est pas si répandue. Pourquoi ? Parce que tout le monde a besoin de sécurité. Les entreprises ont besoin d’une main d’œuvre sur laquelle elle peuvent compter ; les salariés d’un salaire qui leur permet d’anticiper l’avenir plusieurs mois à l’avance. Cela implique des jeux d’alliance et de pouvoir que les sociologues mettent en évidence (exemple passionnant) mais aussi des contrats sur lesquels on peut compter durablement. Bien sûr, tout contrat est renégociable, mais pas en permanence. Et puis, comme un contrat de travail implique deux parties, il faut évidemment l‘accord du salarié. Or une baisse de salaire, même justifiée économiquement, est toujours très mal perçue  par les salariés qui y voient une régression. Les syndicats s’y opposent presque toujours, surtout la CGT qui le considère comme un “chantage”. Même si ce qualificatif n’est pas approprié pour la majorité des entreprises qui cherchent surtout à éviter  à leurs salariés un licenciement sec, il reste que les accords de flexibilité salariale n’ont pas un grand succès en France. On a quand même quelques exemples, avec plus ou moins de succès. Plutôt qu’une baisse, c’est généralement un gel des rémunérations qui est proposé aux salariés, ou bien, chez les commerciaux, on augmente la part variable de la rémunération.

On peut penser que l’indemnisation généreuse du chômage (cf. infra) induit un biais en faveur du licenciement qui peut conduire des salariés à préférer un licenciement avec indemnités que conserver leur emploi avec un salaire plus faible. La résistance des insiders (cf. supra) qui bénéficient de protections sur le marché du travail explique pourquoi en temps de crise c’est l’emploi qui s’ajuste plus que les salaires. Si les salariés étaient tous égaux du point de vue de la productivité et des protections, on ne voit pas pourquoi, en temps de crise, ils refuseraient une baisse générale de salaire qui conduirait à sauver des emplois autrement condamnés. Mais comme certains sont beaucoup plus dispensables que d’autres, il est évident que ceux qui sont protégés ne vont pas défendre des baisses salariales qui les impacteraient alors que leur emploi n’est pas menacé. En clair, les CDI préfèrent que l’entreprise dégage les CDD pour maintenir leur rémunération.

Il semble que le développement de la flexibilité salariale permettrait d’éviter des licenciements, dans la mesure où les entreprises peuvent réduire temporairement leurs coûts et éviter de licencier. Mais il n’y a pas grand chose de plus à faire de ce côté là, car la flexibilité salariale relève essentiellement d’accords propres à chaque entreprise sur laquelle le gouvernement n’a guère de pouvoir. Il n’est pas question d’imposer des baisses de salaires aux salariés, cela doit rester une négociation entre Direction et syndicats, et c’est à l’entreprise de convaincre ses salariés que sans baisse de salaire, des emplois seront perdus ; de plus, les contrats de travail peut déjà prévoir la possibilité d’éléments de rémunération variant, ce n’est pas une nouvelle. Enfin, on ne peut guère attendre une révolution sur le front du chômage d’un développement de ce type de mesures puisqu’il ne s’agit jamais que d’éviter des licenciements. La flexibilité salariale n’est pas une incitation structurelle à créer des emplois.

  • Flexibilité quantitative. C’est certainement la forme de flexibilité qui fait le plus les gros titres. Elle consiste à faire varier le volume de la main d’œuvre par des embauches/licenciements. Une forme classique et largement développée est l’externalisation : une entreprise recourt à une autre entreprise pour des tâches annexes (gardiennage, restauration, entretien, voire des pans entiers de la production comme dans l’automobile), ce qui permet bien plus de flexibilité que si l’entreprise embauchait en interne pour ces tâches. Mais la forme la plus débattue est la capacité pour l’entreprise de licencier facilement ses salariés en interne, autrement dit la flexibilité quantitative interne. L’argument des économistes pour défendre ces mesures est toujours le même : rendez trop difficile ou trop coûteux de licencier, et vous rendrez les entreprises frileuses quant à l’embauche, surtout en CDI, donc vous créerez du chômage ou un marché du travail très cloisonné où 90% des embauches ont lieu en CDD (bienvenue en France).

La question est de savoir s’il est actuellement facile de licencier en France, et la réponse est oui. Il n’y pas de motif possible de licenciement qui ne soit légal aujourd’hui. Mésentente entre employeur et salarié ? Licenciement pour motif personnel. Inaptitude, incompétence du salarié ? Idem. Faute du salarié ? Licenciement pour faute grave ou lourde. Difficultés économiques ? Licenciement économique. Aucun motif particulier, mais accord entre employeur et salarié pour mettre un terme au contrat ? Rupture conventionnelle. Il est loin le temps où il fallait une autorisation administrative du préfet pour licencier ! Bien sûr, tous ces licenciements doivent avoir une “cause réelle et sérieuse”. La mésentente entre employeur et salarié ou l’incompétence d’un salarié doit reposer sur des faits réels et suffisamment graves pour rendre inévitable le licenciement, être homosexuel ou avoir usé quelques minutes de facebook au bureau n’étant pas un motif suffisant. De même que les difficultés économiques doivent être réelles en cas de licenciement économique. Et puis, il faut respecter la procédure : entretien préalable, lettre de licenciement. Mais bon, ça n’a jamais empêché personne de licencier.

L’idée d’un marché du travail français sclérosé où il serait impossible de licencier est donc fausse. Ce qui peut poser problèmes, en revanche, c’est le coût de celui-ci. D’une part, des procédures bien plus complexes s’imposent pour une entreprise qui veut licencier plus de 10 salariés à la fois (elle doit mettre en œuvre un plan social). Les économistes qui défendent la flexibilité critiquent surtout les conditions imposées à l’entreprise qui veut procéder à un licenciement économique, alors même que le juge n’est pas le mieux placé pour apprécier les finances d’une entreprises, ses perspectives de croissance, l’avenir de ses produits ou du marché sur lequel elle vend, etc. Une entreprise a besoin de salariés pour produire : si elle estime que son marché est menacé par l’arrivée d’un concurrent, si elle veut se repositionner en termes de qualité de produit sur le marché, ou carrément changer de secteur, ou anticipe une baisse de la demande, qui mieux que le conseil d’administration de l’entreprise sait ce qu’il convient de faire à propos de la main d’œuvre ? C’est la grande marge de manœuvre laissée à un juge extérieur à l’entreprise, donc à priori incompétent pour savoir ce qu’il est légitime de faire ou non, qui rend les économistes favorables à plus de souplesse pour procéder à ce type de licenciement.

Cela nous amène à parler des Prud’hommes. Le système français est en effet fondé sur la justification a posteriori de la validité du licenciement par le tribunal des Prud’hommes. Or :

  • Les juges qui y siègent sont des amateurs élus sur leur appartenance syndicale (à parité entre représentants des salariés et ceux des employeurs). Il n’y aucune formation obligatoire pour être juge prud’hommal (c’est la loi Macron, votée l’année dernière, qui en instaure une !), et même si leurs syndicats les forment, il est évident que leurs compétences en matière de droit du travail et ou d’analyse économique est très faible par rapport à un juge professionnel. Cela fait du tribunal prud’hommal une bizarrerie administrative dans le droit français (le seul tribunal d’instance où les juges ne sont pas professionnels), dont l’histoire remonte aux corporations où les gens d’un métier désignaient des probi homnes pour trancher leurs litiges.

  • Les délais de traitement y sont très longs, parfois le double de ceux des procédures au tribunal d’instance ou de commerce ;

  • Le taux d’appel y est très élevé, plus de 60%, alors que le doute profite toujours au salarié (typiquement en cas de litige sur les heures supplémentaires réellement effectuées) ;

  • Les marges de manœuvre des juges sont grandes, ils peuvent infliger de lourdes indemnités aux entreprises en cas de licenciement jugé non valide. L’indemnité moyenne pour un licenciement sans cause réelle et sérieuse est de 25 000€, cette moyenne cachant des disparités énormes (l’article des Echos cite un maximum de 310 000€ sur les 400 cas étudiés).

Tout ceci peut être amélioré.  D’abord dans les délais de traitement. Ensuite dans la formation des juges, enfin dans les indemnités accordées. La barémisation prévue dans le projet de loi Travail allait, je pense, dans le bon sens : il ne s’agit pas de minimiser le tort fait au salarié, mais une indemnité de licenciement ne peut pas être une vengeance qui fait couler l’entreprise. Même si comparaison n’est pas toujours raison, les indemnités accordées au Prud’hommes dépassent très souvent ce qu’un procès au civil accorde pour un meurtre (cf. nomenclature Dintilhac) ! Je ne pense pas que ce soit très raisonnable : les indemnités prud’hommales devraient tenir davantage compte de la situation financière de l’entreprise, comme les indemnités accordées à une partie civile tiennent compte de la situation économique de l’accusé : condamner un chauffard insolvable à 300 000€ de dommages et intérêts pour un homicide involontaire n’a aucun sens.

Conclusion sur la flexibilisation du marché du travail

Le marché du travail français est déjà flexible. Licencier n’est pas difficile en France. S’il y a des points à améliorer, ils concernent surtout la flexibilité salariale et le tribunal des Prud’hommes, pour rendre le coût d’un licenciement plus facile à prévoir pour une entreprise, surtout petite, au cas où l’embauche du salarié tournerait mal. C’est un équilibre délicat, car s’il est parfaitement absurde qu’une petite entreprise doive déposer le bilan suite à un conflit avec des salariés qui lui coûte 100 000€ d’indemnités, il ne s’agit pas de permettre aux entreprises de bafouer les droits de leurs salariés impunément. Un certain nombre de réformes ont déjà été engagées à ce sujet, comme la suppression des élections prud’hommales, coûteuses pour un taux d’abstention record. Peut être faudra-t-il passer un jour à des juges professionnels ? Trouver un moyen de développer la conciliation ?

Ce qui est certain, c’est qu’on voit mal comment de nouvelles réformes de flexibilisation du marché du travail pourraient révolutionner le front du chômage. Si licencier était très difficile en France, on pourrait sans doute attendre d’importants bénéfices en termes d’emplois d’une réforme d’ampleur. Mais comme ce n’est pas le cas, les réformes de flexibilisation du marché du travail semblent surtout apporter davantage d’insécurité aux salariés pour un gain en termes d’emplois assez faible. La Loi Travail finale apporte des choses intéressantes, mais va aussi complexifier encore le droit du Travail (qui n’en a vraiment pas besoin) par la multiplication des régimes dérogatoires et des accords d’entreprise, sans changer grand chose du point de vue “flexibilisation”.  Il n’y a là ni révolution sociale, ni révolution libérale et pas grand chose à en attendre sur le front de l’emploi. Ce qui est sûr, c’est le gouvernement a tellement mal géré l’aspect politique et communicationnel de cette loi qu’elle a engendré des troubles monstres un peu partout en France, troubles qui, eux, ont déjà eu des répercussion négatives certaines sur l’emploi (tourisme par exemple).

D. Fermer les frontières, acheter français : peu d’impact, impossible

Bis repetitas : l’impact de la mondialisation (et donc, des délocalisations) sur l’emploi en France, et en particulier sur l’emploi industriel, est globalement faible : moins de 15% des destructions d’emplois dans l’industrie s’expliquent par des délocalisations. La mécanisation et la tertiarisation ont eu beaucoup plus d’effets négatifs sur l’emploi primaire et secondaire que la mondialisation. Plus de 70% de l’économie française n’est pas en lien direct avec le commerce international car l’économie française, comme les autres PDEM, est largement tertiarisée, et les services ne sont pas facilement transportables. Cette partie de l’économie est donc peu ou pas concernée par les délocalisations : on parle de secteur abrité. Au contraire la mondialisation a permis de sauvegarder et de créer de nombreux emplois. Par exemple 95% de la production de Cognac est exportée –notamment en Chine. Ces arguments restent évidemment globaux et ne remettent pas en question le constat que la mondialisation peut avoir des effets destructeurs avérés sur des bassins d’emplois locaux. Ce qui est sûr c’est qu’à l’échelle nationale l’effet négatif de la mondialisation est moins quantitatif que qualitatif : elle favorise les emplois qualifiés au détriment des emplois non-qualifiés qui sont facilement délocalisés. Elle augmente les inégalités : les salariés peu qualifiés sont perdants, car même s’ils gagnent en pouvoir d’achat, ils sont concurrencés par d’autres salariés peu qualifiés -mais moins chers- à l’autre bout de la planète, et ont un risque de chômage accru ; alors que les qualifiés non seulement gagnent en pouvoir d’achat, mais peuvent vendre leurs compétences au plus offrant à l’échelle mondiale (cas type de la fuite des cerveaux).

Tout protectionnisme n’est pas injustifié, surtout pour les grands pays en développement qui n’ont pas encore construit un avantage comparatif fort. A de rares exceptions près (souvent des petits pays), l’ouverture brutale et totale au commerce mondial n’est pas la voie choisie par les pays développés, car elle implique des risques structurels forts, notamment dans le secteur financier ou si les pays sont spécialisés dans les matières premières. Il n’en demeure pas moins que le protectionnisme ne peut pas être le but d’une politique économique internationale. La France n’est pas un petit pays, elle n’est pas spécialisée dans les matières premières et a développé ses avantages comparatifs depuis des dizaines d’années. Du point de vue du chômage, fermer les frontières et accentuer le protectionnisme  ne résoudrait rien : non seulement seule une petite partie des emplois français est réellement menacé par la concurrence mondiale, mais protéger ces emplois par un protectionnisme agressif aurait tôt fait de déclencher des représailles des pays lésés : si c’est pour gagner en emplois dans le tee-shirt ce qu’on perd en emplois dans le Cognac…

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Quant à dire qu’on sauverait l’emploi en “achetant Français”, cela pose la question suivante,  toute bête : qu’est-ce qu’un produit français ? Il est légal d’écrire made in France sur une étiquette si 45% au moins de sa valeur ajoutée a été réalisée en France (pas forcément par des entreprises françaises, notez bien) ou si sa “dernière transformation substantielle, économiquement justifiée et ayant abouti à la fabrication d’un produit nouveau correspond à un stade de fabrication important” a été effectuée en France (cf. code des douanes).

On sait bien aujourd’hui que les productions sont très éclatées. Le cas emblématique est celui de l’iPhone. Il est produit en Chine à Shenzen, ce qui sous-entend que les Etats-Unis (via Apple) ont dépensé des millions en R&D pour un produit qu’ils doivent ensuite importer à la Chine ! Quelle catastrophe pour l’économie américaine et les emplois, dira le néophyte. La réalité est toute autre, parce que seule une toute petite partie (environ 5%) de la valeur ajoutée générée par l’iPhone provient de la Chine. Les usines chinoises ne s’occupent que de l’assemblage, qui ne demande pas une main d’œuvre hautement qualifiée. En revanche, elles importent tous les composants, notamment les plus élaborés et donc les plus chers, d’autres pays, notamment le Japon (pour l’écran), la Corée, l’Allemagne…et les Etats-Unis. L’iPhone est vendu (2009) autour de 100$ à Apple qui le revend le quintuple à ses clients. Pourquoi un tel bénéfice ? Parce que la valeur ajoutée apporté par Apple, c’est le design et le marketing, toutes choses dans lesquelles la firme à la pomme est passée maître et qu’elle n’a bien évidemment pas délocalisée en Chine. Il y a deux enseignements à tirer de ce petit exemple :

  1. Savoir si un produit est 100% made in France est quasiment impossible pour les produits complexes, qui comprennent plusieurs composants, c’est-à-dire tous les produits manufacturés. La définition du code des douanes montre bien qu’en réalité, un produit made in France n’est jamais que partially made in France et made in beaucoup d’autres pays. A part dans l’agriculture, même la plus locale des entreprises importe forcément quelque chose de l’étranger (qu’elle le sache ou non) : la peinture d’un élément, le design d’une pièce, tel système de fixation, tel composant polymère, tel morceau d’électronique.

  2. Produire en France (à part l’agriculture, je répète) n’a aucune importance. Un autre exemple : le jeu vidéo Dishonored a été développé à Lyon par Arkane studio. Il a donc généré des emplois en France, mais la plus grande part de son bénéfice revient à l’américain Bethesda, qui l’édite. A l’inverse, Ubisoft est une entreprise française leader des jeux vidéos mais produit une grande partie de ses superproductions (comme Assassin’s Creed) au Québec. Ce qui est important, ce n’est pas de fabriquer sur le sol français, mais de bien se positionner dans la chaine de valeur ajoutée, c’est-à-dire de faire en sorte que les entreprises françaises produisent ce qui rapporte le plus, donc est à même de générer le plus d’emplois. C’est souvent (mais pas toujours) ce qui est le plus technique, ce qui demande la main d’œuvre la plus qualifiée. Ce peut être aussi des produits simples mais qui bénéficient d’un savoir-faire français spécifique, qui ont une bonne image, etc.

E. Contrôler les chômeurs : faux débat

“Il s’agit, en gros, de savoir si les chômeurs s’offrent des vacances, au lieu de chercher du travail parce qu’ils sont plus ou moins bien indemnisés” (Stéphane Ménia, Trois débats économiques, 2015). Bien sûr, présenté comme ça, la question peut paraître caricaturale. Les sociologues rétorquent à raison qu’un travail ne rapporte pas qu’un salaire, mais une identité ; qu’on a de nombreux exemples de personnes reprenant un travail alors qu’il y perdent financièrement, et que présenter les chômeurs sous le seul angle de l’homo oeconomicus rationnel qui fait un calcul coûts/avantages entre des vacances et le travail est caricatural. Fort bien. Présenter les chômeurs comme des fainéants est effectivement stupide et irresponsable pour un politique.

Mais nuancer le postulat de l’homo oeconomicus ne signifie pas tomber dans la caricature inverse qui consisterait à faire comme si les chômeurs ne se préoccupaient pas des indemnités qu’ils touchent et ne comparait pas les aides qu’ils perçoivent au salaire qu’un nouveau travail pourrait leur apporter. Qui peut croire que distribuer des allocations chômages aux individus sans contrôler leurs activités de recherches d’emploi n’est pas une incitation à prolonger un peu leur période de chômage ? Quand on est assuré et indemnisé, on est moins pressé de retrouver un emploi. D’un autre côté, si l’indemnisation chômage est trop faible, le chômeur sera poussé à reprendre un travail au plus vite, quitte à ce que celui-ci ne corresponde pas à ses compétences. Au final la qualité des appariements sera moindre, la productivité des emplois plus faible, le turnover plus important, et le chômage plus élevé. L’assurance chômage a vocation à assurer aux travailleurs un revenu suffisant pour se retourner en cas de chômage, et chercher l’emploi où il seront à nouveau épanouis, donc productifs ; il ne s’agit ni de payer aux chômeurs des vacances prolongées aux frais de la Sécurité sociale, ni de les condamner à retrouver un emploi en quelques semaines sous peine de pauvreté, ce qui serait dans les deux cas inefficace.

En clair, ce qu’on a dit du SMIC est vrai des indemnités chômage : jusqu’à un certain degré de générosité, cela ne pose aucun problème, bien au contraire. Mais il y a un point où cela commence à en poser :

Sans titre

Il se trouve que, comparativement aux autres pays de l’OCDE, le modèle français est franchement généreux  :

  • 4 mois de travail suffisent à être éligible aux indemnités chômage et celles-ci peuvent durer jusqu’à trois ans (pour les plus 50 ans, deux ans pour les autres), ce qui est à la fois le temps d’attente le plus court et le temps d’éligibilité le plus long d’Europe (lien) ;

  • L’allocation maximale possible est très élevée (7230€ brut), de très loin la plus élevée en Europe ;  même si un pourcentage infime de personnes (environ 1000) touche réellement cette somme, il n’est pas tout à fait juste qu’un smicard actif contribue à payer une indemnité aussi élevée pour un cadre masculin de 50 ans au chômage…

  • La dégressivité est nulle : alors que beaucoup de pays européens ont instauré une dégressivité des allocations chômage, la France l’a supprimé en 2001, si bien qu’un chômeur français touche la même somme du début à la fin de sa période de chômage.

La France n’a pas vocation à imiter le modèle américain où l’indemnisation chômage dépasse rarement 6 mois avec des taux de remplacement faibles qui implique que des docteurs se retrouvent à faire la plonge pour survivre.  Mais la dette de l’UNEDIC dépasse les 30 milliards, et le taux de chômage français est bien plus élevé qu’aux Etats-Unis, donc il y a sans doute des choses à améliorer. Est-ce que la France est trop généreuse, incitant les gens à rester au chômage ? Est-ce que les Etats-Unis sont trop sévères, poussant les gens à accepter n’importe quel job ? La question se discute, mais on ne peut pas nier que le système français peut être amélioré, en préservant le taux de remplacement moyen (il est de 71% en France) mais en le rendant dégressif dans le temps, en particulier pour les hauts revenus, ou en réduisant un peu la durée d’indemnité et en diminuant le plafond de la Sécurité sociale. Ceci ne se ferait pas au détriment des chômeurs les plus modestes, puisque toutes les sommes ainsi économisées pourraient être investies dans le suivi des chômeurs, que ce soit dans Pole Emploi ou dans des formations en élaborant des partenariats avec le secteur privé, ce qui est un aspect essentiel du chômage (cf. article suivant).

Cependant, une réflexion sur la durée de l’indemnisation ne peut produire que des effets très limités sur le chômage si elle n’est pas accompagnée d’une réflexion sur le suivi des chômeurs. De l’avis général, le suivi et la qualité de l’accompagnement de la France en matière de chômage est très mauvais (coucou Pole Emploi) et c’est ça qui pose le plus gros problème. C’est pour cette raison que je place le “contrôle des chômeurs” parmi les mauvaises idées de droite :  lorsqu’elle propose de renforcer les contrôles des chômeurs, la droite le fait de manière généralement très caricaturale, en insistant sur la fraude, en demandant l’embauche de contrôleurs à Pole Emploi, ou en présentant presque les chômeurs comme des délinquants, du type “ces fainéants de chômeurs qu’on devrait obliger à faire des TIG en échange de leurs indemnités”, comme si le simple fait de percevoir des allocations était honteux. Rappelons que demander à un chômeur de faire des travaux d’intérêt généraux en échange de ses indemnités chômage revient à demander à un conducteur ayant eu un accident de faire des lavages gratuits dans les centre autos en échange de la perception de son indemnité d’assurance…

De ce fait le terme “contrôle” ne semble pas approprié. La vraie question n’est pas de “contrôler” les chômeurs comme on contrôle un élève, mais d’engager une réflexion sur la durée et le montant des indemnités en même temps qu’un travail sur le suivi et l’accompagnement des chômeurs. Pôle Emploi n’est pas un maton qui doit harceler les chômeurs toutes les deux semaines pour savoir ce qu’ils ont trouvé ou pas.  Si le système d’incitation à la reprise d’emploi est suffisamment bien calibré entre préservation des droits et dégressivité dans le temps, le système de contrôle devrait être léger voire inutile, car les individus décideront eux-mêmes de l’urgence (ou non) de reprendre un emploi en fonction de leurs propres objectifs de vie et de revenus. Contrôler les chômeurs est donc un faux débat : améliorons notre système d’indemnisation chômage, améliorons la formation continue, et la question du contrôle des chômeurs deviendra secondaire.

Chômage : les idées de gauche qui ne marchent pas

chomage

Les sciences sociales ne progressent pas aussi vite et aussi certainement que les sciences de la nature, mais elles progressent quand même. Et les économistes sont plus souvent d’accord qu’on le croit. Par exemple, les principales causes du chômage sont très bien connues ; mais de la détection des causes à la mise en œuvre de politiques efficaces, il y a de la place pour le débat. Essayons de démonter une à une les idées qui ne marchent pas, ou qui marchent mal, soit que la théorie sur laquelle l’idée repose est fausse, soit que l’idée est déjà appliquée, soit que le contexte est mauvais, ou pour d’autres raisons. Cela nous permettra d’y voir plus clair au sujet de qui peut marcher. J’ai divisé cet article en une partie consacrée aux idées le plus souvent portées par la gauche ; nous passerons ensuite à celles le plus souvent portées par la droite.

A. Réduire le temps de travail
B. Augmenter les dépenses publiques
C. Développer les emplois aidés
D. Faciliter le crédit
E. Augmenter la quantité de travail dans l’économie

A. Réduire le temps de travail : une fausse bonne idée

L’idée de réduire le temps de travail pour faire diminuer le chômage est assez répandue dans une partie de la gauche française, et surtout à gauche de la gauche. Un magazine comme Alternatives Economiques sort régulièrement des dossiers sur le sujet. L’idée séduit la gauche parce qu’elle semble à la fois écologique (on réduit le chômage sans avoir besoin de plus de croissance, donc sans produire plus), sociale (on répartit les emplois disponibles entre les travailleurs), et sociétale (moins de travail = plus de loisirs et de repos). L’idée est la suivante : si on réduit le temps de travail, par exemple à 32h hebdomadaire (proposition du NPA) avec le même salaire, les entreprises embaucheront pour produire la même quantité qu’auparavant. Voilà pour la théorie. Pour l’exemple empirique, on prendra évidemment le passage aux 35h en 1999, qui s’est accompagné de créations d’emplois : entre quelques milliers et 500 000 selon les études, vraisemblablement autour de 350 000.

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En réalité, croire qu’on va réduire le chômage par une réduction du temps de travail est une illusion. Théoriquement cela ne fonctionne pas. Remarquons pour commencer que l’idée du partage du temps de travail est extrêmement défaitiste : elle sous-entend que la bataille de la création des emplois est perdue, qu’on ne peut pas créer d’emplois supplémentaires, que tant qu’à faire, autant se “répartir” les emplois qu’on a. C’est-à-dire qu’il y aurait un stock d’emplois fixé pour toujours, et il faudrait faire avec. Les économistes du travail savent bien que c’est faux. Chaque jour des milliers d’emplois sont créés, et des milliers sont détruits. Ou plus exactement, des milliers de personnes quittent leur emploi (le plus souvent elles démissionnent) et en retrouvent un. Rien que les ruptures conventionnelles, qui ne représentent pourtant pas le motif principal de fin de CDI, sont au nombre de 1000 par jour environ (DARES). La théorie du partage du travail décrit donc un stock d’emplois qui n’existe pas.

De plus, on constate que les destructions d’emplois sont rares. Chacun a en tête tel ou tel plan de licenciement spectaculaire et médiatisé (surtout si c’est pour délocaliser en Chine), mais cela ne représente qu’une toute petite fraction des chômeurs. Dans la réalité, les entreprises licencient peu, tout simplement parce que cela coûte cher : il faut payer des indemnités de licenciements élevées (voire très élevées si le licenciement est abusif) et former de nouveaux salariés par la suite. Les petites entreprises ne licencient donc que quand elles y sont vraiment contraintes (en réelle difficulté économique), d’autant qu’un salarié qui ne convient pas peut toujours être remercié sans frais durant la période d’essai, qui peut aller jusqu’à 8 mois pour les cadres.  Quant aux grandes entreprises, elles ont davantage les moyens de se permettre des licenciements mais doivent par contre composer avec des syndicats puissants qui s’y opposeront, sans parler de la mauvaise image que cela peut donner (dans le cas de licenciements multiples pour des très grandes entreprises). On observe donc des taux de licenciement faibles, plutôt stables dans le temps, avec des pics tout à fait modérés lors des crises économiques :

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Source : DARES

Sur le graphique ci-dessus, on observe un taux de licenciement économique entre 0,1 et 0,2% de 1999 au troisième trimestre de 2008, avec un pic à 0,29% au deuxième trimestre de 2009 (en pleine crise), puis une décrue rapide pour se stabiliser, début 2011, en deçà de 0,1%. De même le taux de licenciement autre qu’économique connait un pic en 2008 et décroit depuis, se situant autour de 0,5% de la main d’œuvre moyenne depuis 2011. On voit bien que ces données ne peuvent pas expliquer la montée du chômage : primo, les taux de licenciements ont tendance à diminuer alors que le chômage augmente ; deuxio, ils restent en général très faible : si l’on prend l’année 2009, année noire où la crise frappe de plein fouet et où la France connaît sa dépression la plus forte depuis la fin de la seconde guerre mondiale, on n’a jamais que 3,3% de la main d’œuvre licenciée, ce qui est certes 1 point de plus que lors d’une année normale (2,3% en moyenne) mais n’est pas objectivement démesuré.

La conclusion s’impose :  s’il y a du chômage, ce n’est pas (principalement) parce que les entreprises licencient, mais parce qu’elles n’embauchent pas. Quand une crise survient, les entreprises ne renouvèlent pas les CDD et les contrats de mission ; elles stoppent l’embauche de CDI. C’est seulement si la crise est très forte et durable que les premiers licenciements surviennent. Les premières victimes sont bien évidemment les jeunes qui peinent à trouver un emploi (leur taux de chômage est deux fois supérieur à  la moyenne).

La théorie du partage du travail part donc d’une mauvaise analyse du marché du travail et y apporte (forcément) de mauvaises réponses : résoudre le chômage, c’est se demander pourquoi, à  un instant T, une entreprise Y ne créé pas les X emplois qu’elle aurait pu créer dans d’autres circonstances économiques. Cela n’a rien à voir avec la répartition des emplois existants qui passe à côté de l’essentiel du problème. Si le problème du chômage était d’abord une question d’emplois à “préserver” puis à “répartir”, il suffirait d’interdire les licenciements (comme le propose le NPA, en toute logique) pour résorber le chômage. Mais l’interdiction des licenciements ne peut séduire qu’une personne qui n’a pas réfléchi plus de 30 secondes  au problème du chômage : cette mesure passe complètement à côté du fait que pendant ce temps, des milliers de jeunes continuent d’affluer sur le marché du travail et que les entreprises ne les embaucheront jamais si elles ne peuvent pas les licencier le jour où les prévisions de croissance s’avèrent plus faibles que prévues.

De plus, la théorie du partage du temps de travail repose (tout à fait paradoxalement) sur l’idée implicite que le marché du travail serait parfaitement fluide. Supposons une entreprise de 10 salariés travaillant 35h hebdomadaires, donc 1400 heures par mois. Allons plus loin que le NPA et réduisons le temps légal à 30h. L’entreprise doit donc légalement faire travailler ses salariés 1200 heures par mois. A moins qu’elle accepte de produire moins et donc de perdre du chiffre d’affaires, elle a deux solutions : faire travailler ses salariés au-delà des 30h légales, mais alors il faut les payer en heures supplémentaires ce qui représente un coût conséquent et surtout n’a aucun effet sur l’emploi (on est dans une logique de “travailler plus pour gagner plus”, ce qui, je crois, n’est pas vraiment un slogan du NPA) ; embaucher un ou plusieurs salariés supplémentaires pour combler les 200 heures manquantes (soit 50h  par semaine), ce qui est l’objectif de la mesure. Sauf que les 10 salariés ont naturellement tous des postes et des fonctions différentes : mettons un secrétaire, un comptable, cinq ouvriers, un ingénieur, deux cadres. Si l’entreprise embauche, elle doit donc trouver un salarié qui ferait 5h de comptabilité, 5h de secrétariat, 25h de production, 5h d’encadrement et 5h de recherche. On voit que c’est absurde : aucun salarié ne peut occuper toutes ses fonctions et l’entreprise ne va pas embaucher un cadre pour seulement 5h de travail hebdomadaire. La théorie du partage du travail repose donc sur l’idée implicite que les travailleurs sont parfaitement substituables aux emplois, ie. qu’une entreprise qui a des heures à combler pourrait trouver toutes les compétences qu’elle demande et embaucher rapidement et sans coût les travailleurs concernés, exactement comme le suppose la théorie néoclassique la plus éthérée. Ce qui est faux. Dans la réalité, l’entreprise se contentera de pressuriser ses salariés pour qu’ils accomplissent en 30h ce qu’ils faisaient en 35 de façon à ne pas perdre en productivité ; de payer éventuellement quelques heures supplémentaires et d’embaucher, en dernier recours, des temps partiels ou d’utiliser des intérimaires. L’effet sur l’emploi sera quasi-nul, la pression au travail sera augmentée ou, dans le cas contraire, les coûts des entreprises grimperont, donc les prix, et la perte de compétitivité qui va avec.

Sur le plan empirique, les 35h ne sont pas un exemple suffisant en faveur de la théorie de la réduction du temps de travail. Il n’est guère contestable que le passage aux 35h a créé des emplois, même si le chiffre exact est très débattu (350 000 est le plus souvent retenu). Cependant, deux problèmes se posent. D’abord, la forte création d’emplois de cette période correspond à une forte croissance dans l’ensemble de l’OCDE, portée par la bulle internet. Difficile d’attribuer la totalité des emplois créés aux seules 35h. Surtout, on oublie de rappeler que les 35h ne reposaient pas sur la théorie du partage du temps de travail : la loi Aubry s’est accompagnée de mesures de flexibilisation : puisque les entreprises devaient dépenser la même somme pour des salariés qui travaillaient moins, elles ont eu un certain nombre de compensation, notamment des baisses de cotisations sociales et surtout l’introduction de l’annualisation du temps de travail, permettant de faire travailler davantage les salariés à certaines périodes et moins à d’autres, c’est-à-dire de s’adapter aux variations de l’activité. En clair, la loi Aubry contenait des mesures que la droite n’aurait pas renié, et ne reposait pas du tout sur une réduction “sèche” du temps de travail sans compensation. Qu’est-ce qui a créé des emplois ? Le passage aux 35h ou l’annualisation et la réduction des cotisations sociales qui l’ont accompagné ? Ou les deux ? L’impossibilité de répondre avec certitude à cette question rend malhonnête l’utilisation des 35h comme l’exemple absolu d’une réduction du chômage par la voie d’une réduction du temps de travail.

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Ce qui précède ne signifie pas que la réduction du temps de travail n’est pas légitime. Je pense à titre personnel que réduire le temps de travail fait partie du mouvement de l’Histoire : tous les pays développés ont connu ce mouvement et peut être continuera-t-il. La réduction du travail s’est accompagné du développement des loisirs et tout simplement du repos, c’est un progrès social qui n’a pas forcément besoin de justification économiques. Cependant ce progrès a été lent (en gros sur un siècle et demi, entre 1841, la première limitation du temps de travail pour les enfants, et 1999 pour les lois Aubry) et a suivi la hausse de la productivité.  C’est parce que les sociétés industrielles n’ont cessé d’augmenter leur productivité qu’elles ont pu se permettre de réduire continument leur temps de travail tout en augmentant le niveau de richesse par habitant. Si nous sommes plus riches que nos ancêtres tout en travaillant moins, c’est parce qu’on est bien plus efficace pour chaque heure travaillée : dans le cas contraire, nous nous serions appauvris. La seule manière de réduire le temps de travail s’en s’appauvrir est d’être plus efficace pour chaque heure travaillée.  Donc, si les salariés le souhaitent (ce dont je doute), on peut continuer à réduire le temps de travail, mais il faut le faire si l’on peut se le permettre économiquement (ce qui n’est pas actuellement le cas, puisque les gains de productivité sont en baisse constante), et pour de bonnes raisons. La réduction du chômage n’en étant pas une.

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Source : INSEE, comptes nationaux, base 2005.

B. Augmenter les dépenses publiques : délicat et peu efficace

Il faut de l’essence pour faire avancer une voiture : c’est la leçon de John Maynard Keynes. Sans demande, c’est-à-dire sans ventes anticipées suffisantes, les entreprises n’investissent pas et n’embauchent pas. C’est pour cela qu’un surcroît de demande, comme à Noël, fait baisser (temporairement) le chômage. La gauche plaide donc pour une relance visant à augmenter la demande pour réduire le chômage. L’idée, résumée de la façon la plus basique qui soit, est la suivante : l’Etat dépense plus, augmentant les revenus de la population, donc la consommation, donc la demande des entreprises, donc l’emploi. Les arguments s’appuient sur la théorie keynésienne et le contexte empirique européen. Ainsi, les partisans d’une relance soulignent que si l’on n’avait pas mis en œuvre des politiques de relance depuis la crise de 2008, le taux de chômage des pays occidentaux serait probablement bien plus élevé (argument empirique négatif) ; et s’il l’est toujours bien plus dans la zone euro qu’ailleurs, c’est aussi en partie à cause du dogme des critères de Maastricht et de l’application idéologique de la rigueur budgétaire allemande, constamment dénoncée par des économistes comme Paul Krugman  aux Etats-Unis ou Thomas Piketty  en France (argument empirique positif).

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Cela, il n’est pas question de le contester. Oui, la demande est l’essence qui fait avancer la voiture et plus de demande, c’est plus d’emplois ; oui, la rigueur budgétaire en période de crise provoque du chômage, c’est un fait que seuls quelques idéologues malheureusement bien placés à Bruxelles ou à Francfort contestent encore. Mais ces vérités économiques admises par presque tous laissent de nombreuses questions en suspens : à quelles conditions les politiques de relance sont-elles efficaces (et inversement : quelles conditions diminuent leur efficacité) ? Peut-on le faire aujourd’hui et si oui, comment ? quelle quantité d’emplois créés peut-on espérer et sur quelle durée ? Voilà les vraies questions d’une relance de la demande aujourd’hui, qui acceptent l’héritage de Keynes sans le caricaturer : Keynes n’a jamais dit qu’il suffisait de dépenser plus d’argent public pour résorber le chômage ! En répondant à ces questions, j’entends montrer que la relance de la demande aujourd’hui n’est pas le bon moyen pour faire diminuer le chômage en France.

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Commençons par la définition : la demande globale correspond à l’addition de la consommation finale, des investissements (ou consommation productive) et des exportations.

Concernant les exportations, on ne peut pas les augmenter nos exportations d’un coût de baguette magique. Nos exportations sont les consommations des pays étrangers : cela dépend de la croissance des pays étrangers, des politiques du gouvernement étranger à propos du pouvoir d’achat, etc. Le gouvernement français ne peut pas décider que les consommateurs du monde se ruent subitement sur notre vin ou nos articles de luxe. La part d’action qui nous reste est liée à la compétitivité de nos entreprises (si nous sommes moins chers ou que nos produits sont meilleurs, ils achèteront un peu plus chez nous) mais c’est une petite marge de manœuvre, complexe à mettre en œuvre, qui comporte des risques à long terme, et dont le bénéfice attendu est de toute façon faible. Les exportations ne représentent jamais que 20%  environ de la demande.

Et la consommation intérieure ? Elle représente à elle seule plus de 75% de la demande globale (2200 milliards sur 2850, en gros).  Peut-on l’augmenter ? j’en doute. D’abord, elle augmente déjà tous les ans : depuis 1950 le taux de croissance de la demande globale n’a été que deux fois négatif, en 1973 et 2008, comme par hasard. Surtout, la consommation des ménages dépend d’une part de facteurs culturels ou structurels qu’on ne peut guère influencer, comme les habitudes de consommation. D’autre part, elle dépend du pouvoir d’achat, c’est-à-dire du rapport entre les revenus et les prix. L’inflation étant très faible, les prix ne posent pas de problèmes ; les revenus, eux progressent faiblement mais le gouvernement n’a pas à sa disposition (et heureusement) un bouton qui lui permettrait en un décret d’augmenter tous les revenus en France. Le seul dont il dispose c’est le niveau du SMIC, qui ne concerne qu’environ 15% des salariés Français.

Le gouvernement ne peut-il pas distribuer plus d’aides sociales aux Français, en profiter pour augmenter le SMIC, augmentant par là le pouvoir d’achat des plus pauvres, donc la consommation, donc les ventes des entreprises et finalement l’emploi ? C’est le rêve de l’extrême gauche, mais ça ne marche pas comme ça. Premièrement, distribuer plus d’aides sociales revient à dépenser plus ; les administrations publiques françaises (APU) dépensent déjà 57% du PIB et dépenser encore plus signifie qu’il faut bien trouver l’argent quelque part, soit en empruntant sur les marchés financiers, mais alors cela génère des intérêts (et on en est déjà à une dette publique de 90% du PIB), soit en augmentant les impôts, mais idem, on en est à plus de 45% du PIB en prélèvements obligatoires (la première place de l’OCDE), et toute hausse d’imposition supplémentaire risque de diminuer les recettes fiscales au lieu de les augmenter, par désincitation économique. Certes, vu les taux d’emprunt obligataires et les facilités d’accès au crédit (cf. infra), emprunter ne semble pas un problème à court-terme pour l’Etat français, alors que les Banques centrales du monde entier font des concours de quantitative easing. Seulement le problème n’est même pas là : “on ne fait pas boire un âne qui n’a pas soif”, dit l’adage. A supposer qu’on puisse dépenser plus sans problèmes, rien ne garantit que ces dépenses génèreront l’emploi escompté  : les ménages peuvent très bien épargner l’argent supplémentaire au lieu de le dépenser (effet Barro-Ricardo) ; ils peuvent aussi consommer, mais des produits étrangers et donc générer de l’emploi, mais à l’étranger (contrainte extérieure). L’efficacité de la relation hausse des revenus => hausse de la consommation dépend de nombreux facteurs, dont une bonne part de confiance dans l’avenir, et devinez quoi  : le moral des ménages n’est pas au plus haut.

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Ca remonte depuis 2013, mais on est loin du niveau d’avant la crise.

Et la consommation et l’investissement publics ? On peut imaginer contrebalancer le manque de confiance des ménages français en dépensant directement au niveau des APU. Par exemple, au lieu d’augmenter les aides sociales, le gouvernement investit dans de nouvelles écoles ou hôpitaux (en faisant appel à des entreprises françaises), ou bien embauche de nouveaux fonctionnaires, toujours dans le but de soutenir la demande intérieure et donc l’emploi. Mais une fois encore, on butte sur la question de la dépense publique qui ne peut être financée que par l’impôt (limité) ou l’emprunt (coûteux). Par ailleurs, en intervenant directement au niveau des administrations publiques, on remplace la contrainte extérieure par un effet d’éviction difficile à estimer mais réel : en créant 100 emplois dans un hôpital public, par exemple, on peut détruire 110 emplois dans une clinique voisine à qui l’hôpital public fait concurrence.

J’ajoute le plus important : une entreprise qui reçoit une demande supplémentaire (imprévue) ne se met pas immédiatement à embaucher. D’abord, elle fait travailler ses équipes davantage, en jouant sur le temps de travail et les heures supplémentaires. Ensuite, elle embauche, mais devinez qui ? Des intérimaires d’abord, des CDD ensuite, pas des CDI. Et elle agira ainsi tant qu’elle estime que la demande supplémentaire n’est pas durable. A supposer qu’on ait les moyens d’agir sans coût et sans délai sur la demande globale, l’effet sur l’emploi serait donc probablement limité dans le temps.  Pis, il est même possible dans certains secteurs peu concurrentiels que l’entreprise se contente d’augmenter ses prix, n’ayant pas la capacité productive pour répondre à la demande supplémentaire. Imaginez que tout le monde se rue sur les trains, l’essence étant inabordable : la SNCF, en position de monopole, se contenterait d’augmenter ses prix, et n’embaucherait que si la ruée est perçue comme durable. A court terme, on se retrouve avec plus d’inflation et toujours aussi peu d’emplois.

Terminons en disant qu’il y a dépense publique et dépense publique. Augmenter le traitement des fonctionnaires est une dépense de fonctionnement qui n’a aucun effet économique ; investir dans la recherche ou dans des infrastructures peut générer de la croissance et à terme rendre la dépense totalement indolore, puisque la hausse de croissance qu’elle génèrera la remboursera d’elle-même, tout en générant davantage de revenus : c’était l’idée de Keynes avec le multiplicateur. A supposer que le multiplicateur fonctionne aussi bien dans la réalité que dans la théorie, le climat politique actuel n’incite pas à l’optimisme. Le mandat de Hollande a commencé avec de fortes hausses d’impôts durant deux ans, une modération (ie. multiplication des exemptions) lorsque la grogne fiscale a pris de l’ampleur, puis de fortes dépenses publiques liées à la sécurité (police, armée) ainsi qu’à un certain nombre de cadeaux à des lobbys (agriculteurs, taxis) ou à des populations votant à gauche à l’approche des élections (fonctionnaires, enseignants). Tout cela laisse à penser qu’une relance qui serait portée par le gouvernement français actuel aurait un risque élevé d’être un ensemble de dépenses plus politiques qu’économiques, rendant la relance totalement inefficace sur le front du chômage.

Conclusion sur la réduction du chômage par la dépense publique

Une récente étude du FMI estime le taux de chômage structurel français est de 9%. Ce qui signifie qu’avec une meilleure conjoncture, on réduirait le chômage d’environ 10%. C’est très peu. Ce n’est pas étonnant pour la France dont la croissance est déjà assez fortement tirée par la demande : difficile d’imaginer faire beaucoup mieux et en tous cas, impossible de fonder une politique de lutte contre le chômage sur ce point. Keynes écrivait dans les années 1930, la situation a bien changé depuis. J’avais d’ailleurs déjà cité l’économiste Jean-Marc Daniel à ce sujet : pour lui, les résultats des politiques keynésiennes entreprises depuis la crise sont très modestes, eut égard aux dépenses colossales réalisées : « Aux Etats-Unis, le creusement colossal des déficits sur la dernière période n’a impulsé qu’une croissance dérisoire de l’économie, preuve que le système ne répond plus. Outre-Atlantique, alors que le déficit budgétaire s’est creusé à plus de 10 % du PIB, le taux de croissance n’a toujours pas permis de retrouver le niveau d’emploi antérieur à la crise. »

Un gouvernement peut toujours espérer que la demande globale soit plus forte que prévue, soutenant par là l’emploi. Mais il ne peut guère le provoquer. L’action sur la demande est comme la roulette russe : on n’a pas beaucoup de balles et ce n’est pas certain de fonctionner.  Reconnaître la nécessité d’une augmentation temporaire de la dépense publique pour préserver l’emploi en temps de crise, appeler à un desserrement de l’étau idéologique européen au sujet des déficits publics est une chose ; fonder une politique structurelle de créations d’emplois sur la dépense publique en est une autre. Compte tenu du contexte budgétaire et fiscal français, du moral des ménages, de la nécessité d’une relance coordonnée au niveau européen (donc contre l’orthodoxie budgétaire allemande), du manque de concurrence sur certains marchés de biens et services en France, des manœuvres politiques du gouvernement Valls, une relance aujourd’hui risquerait fort de faire pschiit. La relance peut souvent provoquer la bonne étincelle de la reprise, mais nous n’avons plus assez de poudre.

C. Développer les emplois aidés : pas une solution durable

Je ne m’étendrais pas longtemps sur le principe des emplois aidés, une mesure souvent utilisée par la gauche. Ils consistent à diminuer le coût d’un salarié par des aides substantielles à l’embauche ou par des exonérations de cotisations sociales. A la différence des exonérations de charges classiques (cf. article suivant), les emplois aidés sont centrées sur un “public cible”, généralement chômeurs de longue durée, jeunes en réinsertion, bénéficiaires de minima sociaux, etc. Ils ne sont pas une simple incitation à l’embauche mais une création nette d’emplois financés par l’Etat. Leur avantage statistique est donc indéniable : ils font immédiatement baisser les chiffres du chômage.

Les emplois aidés sont une solution complémentaire intéressante pour permettre à certaines personnes de retrouver la voie du travail, de se former, in fine de sortir du chômage durable. Cependant, on ne peut pas en faire une solution majeure contre le chômage. D’abord parce que la plupart des emplois aidés sont non-marchands (forcément, ce sont les APU qui embauchent) et puisqu’elles ne peuvent pas concerner des gens très diplômés, il s’agit souvent d’emplois dans des collectivités territoriales, des entreprises publiques, dans les secteurs du service à la personne, de l’animation, de l’entretien. Du coup, ces emplois débouchent rarement sur un “vrai” contrat : on constate que la probabilité pour un bénéficiaire d’un contrat aidé de trouver un contrat non-aidé est d’autant plus faible qu’il est employé dans un secteur qui n’a pas traditionnellement les moyens de payer une main-d’œuvre abondante : typiquement le secteur non-marchands (hors fonctionnaires évidemment). A l’inverse, dans le secteur marchand, les emplois aidés sont soumis à un possible effet d’aubaine : des employeurs créent un emploi en bénéficiant de l’aide alors qu’ils auraient créé l’emploi sans l’aide dans tous les cas. L’effet sur l’emploi est le même mais la mesure d’aide apparaît comme une dépense inutile. Pis, les employeurs pourraient être incités à remplacés les travailleurs “classiques” par des contrats aidés et pratiquer un turnover important pour bénéficier en permanence de contrats aidés (effet de substitution) : c’est un risque majeur et une forme de perversion du contrat aidé qui est pourtant très répandue. L’OCDE (cité par Stéphane Ménia) estime que sur 100 contrats aidés, seuls 25 représenteraient une réelle sauvegarde d’emplois. Contrairement à ce que dit la droite, les contrats aidés ne sont pas à jeter à la poubelle ; contrairement à ce que dit la gauche, ils ne peuvent pas représenter collectivement une solution contre le chômage.

D. Faciliter le crédit : déjà fait

Pour qu’une entreprise créé des emplois, il faut qu’elle anticipe une croissance de son affaire, certes, mais il faut déjà qu’elle ait une affaire. Avoir de l’essence dans la voiture, disions nous en parlant de la demande : mais il faut déjà une voiture ! Produire nécessite du capital. Ce terme désigne différentes choses, mais on parle principalement ici du capital naturel, et du capital financier qui permet d’acquérir du capital physique (des machines, des bureaux…) donc d’investir et in fine d’embaucher.  Au sujet du capital naturel, on ne peut évidemment rien faire. La France a le territoire qu’elle a, plutôt bien situé en Europe d’ailleurs, carrefour économique stratégique entre l’Europe du sud et celle du Nord, avec l’accès à toutes les mers. De même, les ressources naturelles dont nous disposons sont fixées par la nature, donc on doit importer les énergies, c’est un fait. On a pas de pétrole, mais on a des idées, vous vous souvenez ?

Ce qu’on entend favoriser en facilitant le crédit, c’est l’acquisition de capital financier. Les entreprises emprunteraient plus facilement, donc hausse de l’investissement et de l’emploi associé, et les ménages consommeraient plus, ce qui nous renvoie à la hausse de la demande. Cependant, il n’y a rien qui confirme l’idée qu’une action dans ce sens faciliterait beaucoup l’emploi.  L’extrême gauche évoque souvent l’idée de “coût du capital” pour décrire le fait que l’accès au capital serait trop coûteux, du fait notamment des exigences de rentabilité actionnariales, et que le problème des entreprises (donc indirectement du chômage) viendrait de là, plutôt que du coût du travail. Pourtant –sans même parler du fait que l’intérêt des actionnaires n’est pas de se tirer une balle dans le pied en pressant une entreprise jusqu’à provoquer sa faillite– jamais les taux d’intérêt n’ont été aussi bas. Au moment où j’écris cet article, l’EURIBOR (taux de référence interbancaire européen) est négatif à toutes échéances, et les taux directeurs de la BCE sont de 0% ! Les dépôts des banques commerciales (facility deposit) sont mêmes rémunérés à un taux négatif. Les banques européennes débordent donc de monnaie et jamais l’accès au crédit -donc au capital- n’a été si facile. Si l’accès au crédit est si facile, pourquoi les banques ne prêtent pas plus ? D’abord parce qu’on a suffisamment reproché aux banques leurs prises de risques excessives dans les crédits subprimes pour qu’elles soient échaudées et ne prêtent pas à n’importe qui sous prétexte qu’elles ont la monnaie. C’est peut être l’absence de suffisamment de projets prometteurs qui rend les banques frileuses, pas l’accès au crédit. Du côté des entreprises, on leur reproche de distribuer trop de dividendes plutôt que d’investir : mais comme l’expliquait Alexandre Delaigue il y a deux ans, c’est peut être précisément parce qu’elles ne trouvent pas de projets d’investissements attractifs qu’elles distribuent des dividendes –à défaut de pouvoir utiliser l’argent autrement– plutôt que l’inverse.

Même si les banques prêtaient à tour de bras, le lien entre investissement et emploi n’est pas immédiat : entre le moment où une entreprise fait un investissement, celui où son investissement a des effets directs (par ex. embauche de chercheurs en R&D) ou indirects (par ex. action sur la demande d’un sous-traitant) sur l’emploi, et celui où l’investissement génère tous ses effets sur la production (action sur l’offre), il peut s’écouler un certain nombre de délais. Pour finir, tous les investissements ne se valent pas en termes d’emploi. On sait bien, par exemple, qu’un ménage qui fait construire une maison neuve génère bien plus de revenus et d’emplois qu’un ménage qui achète dans l’ancien. Que l’automatisation des tâches génère des gains de productivité conséquents qui à terme créent des emplois, mais dans l’immédiat en détruisent. On sait en particulier que le défaut traditionnel des Français est d’investir systématiquement leur épargne dans l’immobilier au détriment des entreprises qui en ont bien besoin. Le développement du crowdfunding est sûrement une bonne chose, et il y aurait certainement des chose à faire dans tous ces domaines, mais pas suffisamment pour en faire un levier d’action majeur sur le chômage. Parce que le crédit est déjà ultra accessible, et que ce sont les opportunités d’investissements rentables et riches en emplois qui manquent.

E. Augmenter la quantité de travail dans l’économie : presque impossible

Produire ne nécessite pas que du capital, mais aussi du travail. On peut naturellement supposer qu’avec plus de travailleurs, une économie produit plus et donc créé plus d’emplois. C’est vrai s’il s’agit d’augmenter la population active, celle qui travaille ou cherche à travailler (ce qui exclut les enfants). En soi, la démographie n’a pas d’impact majeur sur le chômage parce qu’elle ne fait que changer la taille d’une économie dans laquelle se produisent in fine les mêmes relations. C’est vrai en tous cas pour une démographie “normale” : des variations brutales de la démographie (une forte baisse suite à une guerre, par exemple, ou un nouveau baby-boom) peuvent avoir des effets différents. Alors comment on augmente la population active ? Une hausse du taux d’activité ou plus d’immigration. Les deux idées conviennent bien à la gauche : augmenter l’activité des femmes signifie les délier de leur attachement traditionnel au foyer ; augmenter l’immigration signifie augmenter la diversité culturelle, traditionnellement célébrée par la gauche. Si cela pouvait en plus réduire le chômage, quelle aubaine !

Mais il faut décevoir. L’action sur le taux d’activité n’est guère possible. Celui des femmes a considérablement augmenté depuis la fin de la seconde guerre mondiale : il est aujourd’hui de 67% contre 75% pour les hommes. Il y a peut être quelques pouièmes de points à gagner, mais qui peut croire que cela va révolutionner la face du chômage ? Le travail féminin est très développé en France et la plupart de celles qui ne travaillent pas le font par choix, même s’il peut y avoir des temps partiels subis (cf. infra). Le point où l’on pourrait en revanche agir concerne le taux d’activité des jeunes. La France a un taux d’activité des jeunes assez faible (27% contre 35 dans l’OCDE et plus de 40 aux Etats-Unis ou en Allemagne). Mais il s’explique principalement par la longueur des études en France (les jeunes entrent sur le marché du travail assez tard) et le faible recours à l’apprentissage. Justement, le gouvernement entend développer le recours à l’apprentissage via le renforcement des aides à l’embauche existantes. Fort bien, mais peut-on faire beaucoup plus ?

Quant à l’immigration, décevons tant l’extrême gauche qui aime à la célébrer sans esprit critique que l’extrême-droite qui voudrait en faire la source de tous nos maux : elle n’a pas d’impact important sur le chômage. Le dynamisme de l’économie d’accueil rend l’intégration des immigrés plus ou moins facile, mais ce n’est pas l’immigration en elle-même qui impacte le chômage. Quand elle a un impact, il est plutôt faible et positif, d’après les économistes qui se sont penchés sur le sujet (un lien parmi d’autres). De toute façon, la principale immigration qui nous intéresse ici est l’immigration de travail : ce ne sont pas des flux très importants (moins de 20 000 personnes par an) et le gouvernement n’a guère le moyen d’agir dessus.

Droit et morale (2/2)

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De l’importance de la morale dans nos sociétés (dites) modernes

Il va de soi que nous sommes des êtres complexes et, pétris d’influence diverses, nous avons tous besoin d’une éthique. Éthique simple faite de politesse, de délicatesse et de tolérance civile au quotidien ; éthique plus aboutie sur la gestion de l’argent, les rapports amoureux et amicaux, la vie en entreprise ; éthique nécessitant une réflexion approfondie sur certaines questions sociétales comme les inégalités, la gestation pour autrui, la fin de vie, l’IVG, le capitalisme financier. Lire la suite