Les retraites en bref

[J’écrirai sans fioritures, n’ayant pas prévu à l’origine de traiter ce sujet. Mais les récents événements m’y poussent, et puis, c’est de l’économie… alors allons-y.]

Je m’appuie dans cette analyse sur les chiffres du COR (Conseil d’Orientation des Retraites) et de l’INSEE, plus fiables que ceux des journaux.

Quel est le but de cette réforme ?

Il s’agit de permettre un retour à l’équilibre financier des retraites, à l’horizon 2018. En effet, le système des retraites français affiche actuellement un déficit de 32 milliards d’euros, qui devrait atteindre 40 en 2015 et jusqu’à 114 en 2050 si rien n’est fait.

Pourquoi le système des retraites est-il en déficit ?

Le système de retraites français (qui fonctionne par répartition, c’est-à-dire que les actifs occupés actuels —ceux qui travaillent— paient pour les  retraités, par opposition à un système par capitalisation à l’anglo-saxonne ou chacun « met de côté » pour sa retraite, individuellement[1]) a été conçu dans les années 50 dans un environnement économique et démographique radicalement différent de celui d’aujourd’hui.

En 1960, il y a 4 actifs pour 1 retraité.  En l’an 2000, il y a 2 actifs pour 1 retraité. En 2040, les démographes estiment qu’il y aurait 1,1 actif pour 1 retraité en France. Tout cela à cause d’une bonne nouvelle : l’allongement de l’espérance de vie, qui progresse d’environ 3 mois par an depuis 20 ans (on se soigne mieux, on vit dans des sociétés plus confortables qu’avant, etc.), mais également en raison des départs massifs à la retraites des « babyboomers », par définition nombreux —qui deviennent des « papysboomers »—, et à cause enfin de l’allongement de la durée des études (on travaille plus tard, donc on cotise plus tard).  Le COR estime qu’entre 2010 et 2030, le nombre de retraités va augmenter de près de moitié (de 15,5 millions à 23 millions en 2050).

Et encore, la France, avec son taux de naissance de 1,9 enfants/femmes, est loin d’être la plus mal lotie. D’autres pays européens vieillissent plus vite que nous, ce qui pose l’inévitable question du financement du système de retraite. C’est mathématiques : plus il y a de retraités, plus il y a de retraites à payer, et moins il y a d’actifs, moins il y a d’argent pour les payer (puisque les retraites sont financés par prélèvement sur le salaire de ceux qui travaillent: les cotisations sociales).

Le déficit du système de retraites français est bien entendu aggravé par la crise actuelle : il y a plus de chômage, donc moins de cotisants, mais toujours autant de pensions à verser.

Le problème du système de retraites français est donc financier : il faut trouver des milliards d’euros dans les prochaines années, sinon une partie des retraites ne sera tout simplement plus versée, faute de moyens (ou alors l’argent devra être emprunté, ce qui est coûteux et revient à faire payer aux générations suivantes le paiement des retraites actuelles). En 2009 déjà, l’Etat a perçu 240 milliards d’euros de cotisations retraites, alors qu’il verse 250 milliards d’euros de retraites. Il manquait donc 10 milliards.

Il faut bien comprendre que ce n’est pas un problème actuel (car le déficit du système de retraites reste pour l’instant une goutte d’eau dans l’océan des déficits de l’État) mais futur : les retraites commenceront à être en déséquilibre structurel à l’horizon 2040 (la démographie évolue lentement). Mais les réformes, elles, doivent être prises maintenant.

Quel est le contenu de la réforme ?

Le projet du gouvernement prévoit de reculer l’âge légal (60 ans) de deux ans et l’âge  à taux plein (65 ans) de deux ans également. L’âge légal est l’âge auquel vous êtes autorisé à partir en retraite, mais vous ne touchez une pension à taux plein que si vous avez suffisamment cotisé. Ça se compte en trimestre, et il faut actuellement cotiser  de 160 à 164 trimestres (selon votre année de naissance), soit en moyenne 40,5 années. Si vous n’avez pas assez cotisé (en raison de périodes d’inactivité ou de chômage, par exemple) vous touchez un taux réduit (on appelle ça une décote : c’est 1,5% en moins sur la retraite par trimestre manquant). L’âge à taux plein[2] est l’âge auquel vous touchez une retraite pleine et entière, quel que soit le nombre d’années que vous avez cotisé. Il passerait désormais à 67 ans.

Le gouvernement estime économiser 19 milliards d’euros en 2018 grâce à cette mesure.

D’autres mesures sont prévues dans la réforme : suppression des avantages du secteur public (fin des « régimes spéciaux »), augmentation du taux de cotisation des fonctionnaires, augmentation de la durée de cotisation (41,5 ans), augmentation d’un point de la tranche supérieure des impôts (de 40 à 41%), augmentation de la taxation des stock-options, des revenus du capital (dividendes, cession d’actions…), des plus-values (ces 4 dernières mesures étant sensées rapporter 3,7 milliards d’euros). On puiserait aussi dans le Fonds de Réserve des Retraites (FRR) mis en place par le gouvernement Jospin pour combler les déficits d’après 2020.

Pourquoi la réforme est critiquée ?

Il y a plusieurs types de critiques :

  • Premièrement, le fait que la vraie question ne soit pas les retraites mais le chômage. En effet, demander aux gens de travailler plus longtemps alors que beaucoup sont au chômage n’a pas beaucoup de sens. Chez les seniors, par exemple (55-64 ans), le taux de chômage est de 61,8% (alors que la moyenne de l’Union Européenne est de 57,5%). Repousser l’âge de départ en retraite dans ces conditions ne fait pas tellement gagner d’argent (on économisera juste un peu sur la décote) mais risque en revanche de précariser une partie d’entre eux, qui devront attendre plus longtemps pour toucher une pension à taux plein. Il faudrait donc des mesures plus ambitieuses pour favoriser l’emploi des seniors (il est très difficile aujourd’hui pour quelqu’un de plus de 50 ans, même avec un CV en béton, de retrouver un emploi).

Puisque ce sont les salaires de demain qui paieront les retraites de demain, la question du chômage et du niveau des salaires est primordiale, et certains jugent que le gouvernement n’en fait pas une priorité, s’engageant dans des mesures de rigueur alors qu’il faudrait au contraire donner un « coup de fouet » aux salaires pour faciliter la pérennisation de notre système de retraites. Entre 1950 et aujourd’hui, le nombre d’actifs par rapport aux retraités a été divisé par deux, mais on s’en est relativement bien sorti parce qu’on a eu les Trente Glorieuses avec une croissance à 5%, un chômage quasi-nul, la productivité en hausse constante (on produisait de plus en plus avec de moins en moins d’heures de travail), des salaires qui augmentaient sans cesse et donc suffisamment d’argent pour financer les retraites (et ce d’autant plus qu’il n’y avait pas autant de retraités que maintenant). Si on avait 5% de croissance aujourd’hui (et 5 de chômage, tant qu’on y est), évidemment, il n’y aurait aucun problème de retraites.

De plus, en repoussant l’âge de départ en retraite, il y a un risque d’augmentation du chômage des jeunes (puisqu’on retarde le départ du marché du travail des seniors). Ce n’est bien sûr pas une évidence mathématique (car le nombre d’emplois n’est pas fixe, il se crée et se détruit en permanence des milliers d’emplois) mais c’est un risque. Sur ce point, le Parti Socialiste propose par exemple de prendre en compte les périodes de stage de fin d’études pour le calcul de la retraite.

  • La question de la pénibilité du travail. En effet, on sait que l’espérance de vie d’un cadre au travail (sans incapacité) est d’environ 10 ans supérieure à celle d’un ouvrier. Certains métiers (comme le secteur des BTP, les métiers exposés à des produits dangereux ou cancérigènes, le port de charges lourdes…) sont particulièrement éprouvants et très difficiles à continuer après 60 ans. L’espérance de vie d’un ouvrier est de 76 ans environ, contre 83 ans pour un cadre supérieur, ce qui fait que les ouvriers profitent moins longtemps de leur retraite: pour chaque année de retraite, un ouvrier doit travailler en moyenne 2,63 années, 3,14 années avec la réforme. Tandis qu’un cadre travaillera 2 années en moyenne, 2,33 avec la réforme. Voir ici pour une explication de ce point.

Or, le gouvernement Sarkozy a décidé que la pénibilité, ou plutôt l’incapacité, serait prise en compte individuellement (et avec des conditions assez strictes : 20% d’invalidité + reconnaissance d’une maladie professionnelle par la médecine du travail), alors que les syndicats réclamaient une prise en compte par branche, c’est-à-dire par type de métier, permettant à certains métiers difficiles de pouvoir continuer à partir en retraite à 60 ans.

On comprend bien qu’entre celui qui a un métier pénible et usant qu’il n’apprécie pas forcément, et qui est donc pressé de partir en retraite, et celui qui a un métier plus plaisant et/ou facile, qu’il aime et que ça ne dérange donc pas de travailler plus longtemps, la réforme n’est pas vécue de la même façon. Pour le premier la retraite à 60 ans est un droit et une question de justice sociale. Le second veut au contraire pouvoir être libre de travailler plus longtemps et ne comprend pas les revendications du premier. La pénibilité est cependant une question complexe car, bien sûr, tout le monde affirme que son métier est plus pénible que celui de l’autre. Les ouvriers sont usés, les cadres parlent de stress au travail, les professeurs d’élèves de plus en plus difficiles à gérer, etc. Il faut aussi prendre garde à ce qu’une prise en compte trop large de la pénibilité ne soit pas une incitation à ne pas améliorer les conditions de travail dans certains secteurs.

Pour le gouvernement, prendre en compte la pénibilité par branche reviendrait à créer de facto de nouveaux « régimes spéciaux » ce qui justifie selon lui une prise en compte au niveau individuel.

  • La réforme va être particulièrement dure pour les moins favorisés, ceux qui n’ont pas fait d’études longues et qui ont commencé à travailler très tôt : la France compte plus de 6 millions d’ouvriers, ayant commencé à travailler en moyenne à 17,9 ans. A ceux-là, on demande de cotiser deux ans de plus gratuitement, car la plupart d’entre eux ont déjà le nombre de trimestres nécessaires, mais doivent désormais attendre deux ans de plus. Le problème est moins grave pour les cadres puisque ayant fait des études longues, la plupart n’ont pas encore le nombre de trimestres nécessaires et ne partent donc de toute façon pas en retraite à 60 ans. En clair, les ouvriers vont cotiser deux ans pour la retraite des cadres. Seuls ceux qui ont commencé à travailler extrêmement tôt (avant 16 ans) pourront continuer à partir en retraite à l’âge de 60 ans, grâce au dispositif « carrières longues », qui est maintenu dans la réforme, mais dont les conditions d’accès seront durcies.
  • La réforme n’est pas ambitieuse. De nombreux économistes estiment qu’elle ne permettra aucun retour à l’équilibre mais qu’elle n’est qu’un pansement provisoire, jugé inefficace et injuste. Certains estiment que la réforme confond le problème conjoncturel des retraites (lié à la crise, et qui est donc passager) et le problème structurel (lié à la modification du ratio actifs/retraités). Le Fonds de Réserves des Retraites du gouvernement Jospin, par exemple, n’a pas été conçu pour être utilisé avant 2020, là où le déséquilibre démographique sera le plus fort. En puisant dans celui-ci dès maintenant pour combler les déficits conjoncturels, le gouvernement Sarkozy prend un risque de crise plus grave encore d’ici une dizaine d’années.

Face à un problème financier, il y a deux manières de réagir : soit on réduit les dépenses, soit on augmente les recettes (ou les deux). La réforme du gouvernement met surtout l’accent sur la réduction des dépenses alors que d’autres solutions pour financer le déficit étaient envisageables : augmentation des cotisations de tout le monde, augmentation plus franche de l’impôt sur les très hauts revenus (et donc suppression du bouclier fiscal, par exemple), imposition supplémentaire sur les revenus du capital et des grandes entreprises. Le PS estime ainsi pouvoir trouver 19 milliards d’euros par une augmentation de la CSG sur les revenus du capital, une augmentation de la taxation des stock-options et de l’intéressement (généralement exonérés), et enfin une augmentation des impôts de production (sur la valeur ajoutée). Il propose également une surtaxe d’impôt sur les sociétés de 15% sur les établissements financiers, (qui serait attribuée au fonds de réserve), et l’augmentation des cotisations retraites d’un point sur 10 ans.

Cependant, il y a aussi des limites à de telles mesures dans une économie mondialisée : à trop taxer le capital, on court le risque d’une chute de l’investissement voire d’une fuite des capitaux, ce qui, à terme, peut être préjudiciable à l’emploi. Il n’est donc pas tout à fait certain que les sommes espérées de tels prélèvements soient effectivement au rendez-vous, surtout quand les revenus financiers sont par essence aléatoires.

En fait, tout va dépendre de ce que l’on taxe et d’à quel niveau on le taxe. Il est préférable, par exemple, de taxer les bonus, les stock-options, les dividendes, les profits des banques et les très hauts revenus que d’augmenter les cotisations sociales (patronales et salariales), car ces dernières pèsent sur le coût du travail alors que les premières sont des fonds souvent utilisés pour spéculer.

A noter que le PS est aussi favorable à l’augmentation de la durée de cotisations, mais qui serait facultative.

Une autre critique portée contre la réforme des retraites se situe au niveau du refus du gouvernement de baisser les pensions des retraités actuels, alors que l’on sait qu’une part importante de la génération des baby-boomers —celle qui est en train de partir à la retraite—, qui a connu le plein emploi toute la vie et la retraite à 60 ans à taux plein, vit aujourd’hui de confortables retraites assorties d’un patrimoine net parmi les plus élevés d’Europe (même si, bien sûr, il y a toujours trop de retraités pauvres). Alors que la jeunesse d’aujourd’hui doit étudier plus longtemps avec des perspectives d’emplois plus minces qu’autrefois, on pourrait attendre que la solidarité intergénérationnelle (qui est le moteur même du système par répartition, puisque les actifs financent la retraite de ceux qui leur ont autrefois payé leurs études) fonctionne, c’est-à-dire que la « génération dorée » participe à l’effort de financement des retraites. De plus, ce refus de baisser les pensions des retraités les plus aisés est vu par certains comme une hypocrisie du gouvernement, car l’ajustement se fera de toute façon par la baisse des pensions liées à la décote de ceux qui devront attendre plus longtemps pour toucher une retraite à taux plein.

  • Enfin, il y a bien sûr les critiques pas spécifiques au problème des retraites mais plus ou moins liées : le fait que ce soit Woerth qui conduit la réforme alors qu’il est englué dans des affaires de malversations financières, la personnalité de Sarkozy qui agace, la question du bouclier fiscal, de l’expulsions des Roms, les efforts demandés aux Français alors que les banques ont retrouvé les niveaux de bonus et de profits d’avant la crise, etc. Les motifs de frustrations et de colère sont nombreux !

Sarkozy va-t-il retirer sa réforme sous la pression de la rue ?

Je ne suis pas devin, mais si je me risquais à une analyse politique, je crois que Sarkozy n’a aucun intérêt à le faire. En effet, s’il le fait, il perd son électorat, qui l’accusera de faiblesse, de ne pas avoir su moderniser la France, d’avoir « cédé face aux gauchistes et à la pression de la rue », de ne pas tenir ses promesses, etc. En revanche, il ne gagne pas le camp d’en face puisque les gens qui manifestent ne voteront de toute façon pas pour lui. Il le sait, et un calcul politique simple fait bien comprendre qu’il n’a aucun intérêt à retirer cette réforme. Ce qu’il peut faire et qu’il a déjà fait en partie avec la pénibilité (en acceptant de faire passer le taux d’invalidité qui permet de continuer à partir à 60 ans de 20% à 10%), c’est reculer sur des détails pour donner l’illusion du compromis (pour la gauche) tout en conservant l’essentiel de la réforme (pour satisfaire la droite).

Un autre système de retraites est-il possible ?

Vous l’avez compris, la réforme des retraites du gouvernement est très critiquable mais il n’y a pas de solutions miracles. On peut cependant noter que d’autres systèmes existent : la Suède vient de changer de système de retraites pour passer à un système de « comptes notionnels ». L’économiste Thomas Piketty, spécialisé sur les inégalités, a étudié le système suédois en proposant d’adapter certaines de ses caractéristiques en France, et notamment la simplicité. Le système français est en effet très complexe : trois régimes différents, de nombreux types de pensions (2,3 par retraité en moyenne), un système de « points » pas toujours très lisible, etc. Tout cela fait que bien des gens ne savent pas combien ils ont cotisés, et, au moment de partir en retraite, n’ont aucune idée de la somme à laquelle ils peuvent prétendre ! Dans le système suédois, l’espérance de vie est intégrée dans le calcul de la pension à verser, ce qui limite drastiquement les déficits. D’autres, en général plus à droite, préconisent un modèle « à l’américaine », fondée surtout sur la capitalisation (ce qui arrangerait beaucoup le frère de Sarkozy, Guillaume, qui va prendre la direction…d’un fonds de retraite par capitalisation).

Ah, et bien sûr, il y aurait un autres moyen que l’on n’a pas beaucoup évoqué pour rendre notre système de retraites plus pérenne: avoir plus de cotisants. C’est-à-dire faciliter l’immigration… et/ou faire plus d’enfants. A condition qu’ils ne soient pas tous au chômage.

Pour un résumé des systèmes de retraites européens, voir ici.

Pour un résumé des propositions de Thomas Piketty, voir ici.

Pour un  résumé du débat sur la réforme des retraites, ici.


[1] A noter que le système par capitalisation existe aussi en France : ce sont les retraites complémentaires.

[2] Attention : le taux plein ne signifie pas que vous touchez votre salaire entier. Le taux de remplacement, c’est-à-dire le ratio entre le revenu d’inactivité (ici la pension retraite) et le dernier revenu d’activité (votre dernier salaire) diffère selon les régimes, les catégories socio-professionnelles, le statut… et les modalités de calcul de la pension sont différents eux aussi selon les situations. En règle générale, la pension retraite tourne autour de 50% de l’ancien salaire.

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10 réflexions sur “Les retraites en bref

  1. De manière rapide car il se fait tard, le chômage et les retraites ont très peu de point communs, du moins, pas ceux évoqués … Comment expliquer que les pays dans lesquelles on travaille le plus longtemps sont ceux où le chômage est, en moyenne, le moins élevé ? Simplement car un pouvoir d’achat maintenue à un niveau respectable plus longtemps (il semblerait en effet que l’on gagne plus en travaillant qu’avec les pensions versées …) entraine, ipso facto, une consommation maintenue en proportion à un certain niveau ce qui a pour conséquence première, bien que celle ci soit à relativiser, de stimuler l’emploi … En résumant, allonger la durée de cotisation pourrait avoir, à moyen terme (à court terme il est vrai qu’une hausse sensible du chômage est à craindre, le temps que les mécanismes du marchés fassent effet) des effets bénéfiques sur l’emploi … Une majeure partie des économistes s’accordent sur ce point et il serait temps, je pense au mouvement étudiant en disant cela, de sortir de cette pensée grotesque qui consiste à croire que le marché du travail est un gâteau qui se partage équitablement sans évoluer.
    Ensuite, pour en venir au chômage des seniors … il est évident que des politiques de l’emploi sont à mettre en place mais n’oublions pas non plus que c’est dans cette catégorie d’individus que le chômage volontaire semble le plus élevé (même si cela concerne une part marginal des intéressés, certains préfèrent en effet, rester au chômage la dernière année qu’il leur reste à cotiser et toucher leur retraite à l’échéance … le report de l’âge légal de départ en retraite ne fera que retarder de deux ans cette pratique, si symbolique soit elle …). Il est cependant évident que des politiques actives visant à favoriser l’emploi doivent être entreprises parallèlement afin de tenter de résorber en partie le chômage qui atteint des niveaux pour le moins inquiétants.
    En ce qui concerne le bouclier fiscal, je suis en accord total sur le fait qu’il faille le supprimer mais c’est d’avantage d’un point de vue éthique qu’économique (il parait légitime que les plus riches contribuent amplement aux efforts financiers qu’il va falloir fournir…) car soyons réalistes, les modestes 695 millions d’euros qui rentreraient alors dans les caisses ne pèseraient pas lourd dans la balance … Taxer les transactions financières semble également une piste à étudier cependant, celle ci doit être mise en place, si ce n’est au niveau mondial, du moins au niveau européen. Instaurer de telles mesures uniquement en France conduirait à un véritable suicide économique … Certains leviers sont à manier avec précaution … Ensuite, et pour conclure, pourquoi une telle mesure que celle proposée par les socialistes n’a t elle pas été retenu ? (celle visant à partir en retraite lorsqu’on le désir … percevant des pensions en proportion des années de cotisations … en effet un individu peut très bien souhaiter partir plus tôt à la retraite tout en acceptant de percevoir moins …). Le problème étant que le modèle de système de retraites, pour assurer sa pérennité, nécessite qu’un certain nombres d’individus n’optent pas pour cette option et acceptent de cotiser suffisamment longtemps. Or, nombre d’études sociologiques démontrent, qu’en Europe Occidentale, la valeur loisir ayant pris une place prépondérante par rapport à la valeur travail, cela pourrait entrainer, dans le cas où la mesure précédente serait mise en place … une acceptation d’une certaine proportion des actifs à partir en retraite plus tôt … (ceci est tout de même à relativiser, les sciences économiques étant avant toutes choses les sciences de l’incertitude et l’avenir étant encore indéterminé …) ce qui pourrait conduire notre système actuel à périclité dangereusement.
    Même si la réforme apparait clairement injuste sur certains points, il convient de mûrir une alternative viable au risque de faire exploser définitivement ce système par répartition qui nous est si cher.

    • Vous dites beaucoup de choses intéressantes auxquelles je n’ai pas pour l’instant le temps de répondre (vous faites des études d’économie?) mais je reste réellement dubitatif sur votre première phrase « le chômage et les retraites ont très peu de points communs ». Elles ont au contraire un point commun majeur: avec un très fort niveau de chômage, les retraites ne sont plus financées et d’autant moins financées que le chômage est fort. Avec un très faible taux, on aurait presque pu se passer de réforme. Si ce n’est pas un point commun…

      Quant à votre référence empirique « Comment expliquer que les pays dans lesquelles on travaille le plus longtemps sont ceux où le chômage est, en moyenne, le moins élevé », cela reste d’abord à prouver, et ensuite, il faut prendre garde à ne pas établir de liens de corrélations trop rapides. Ce n’est pas parce que 1) le pays A travaille plus longtemps que le pays B et que 2) le pays A a un taux de chômage moins élevé qu’il y a un lien entre ces deux données. C’est ce lien qu’il faut prouver.

      Difficile, surtout quand les système de retraites sont par essence très différents, souvent complexes et de fait difficilement comparable (s’arrêter à l’âge de départ à la retraite est réducteur pour comparer les systèmes de retraites, voir l’article que j’ai mis en lien.

    • Bien sur ces points n’étaient que des sujets sur lesquels porter l’attention, ce ne sont en aucun cas des vérités vraies. Pour mon entrée en matière, je me suis sans doute mal exprimé … je voulais simplement dire que vulgariser la relation retraite-chômage était préjudiciable … (c’est ce que j’entendais pas « ceux évoqués »). Ensuite, même si le chômage était quasiment nul, disons à un taux hypothétique de plein emploi de l’ordre de 1-5% comme vous le faisiez remarquer dans un article précédent, une réforme structurelle, même si elle n’aurait pas été entreprise de manière aussi précoce, était inévitable. Le déséquilibre démographique nous y contraint … et même si la France, avec quasiment un taux de fécondité de 1,9 enfant par femme, n’est pas le pays le plus mal en point. Je renvois après pour plus de profondeur et d’exhaustivité, au rapport Rocard, qui s’alarmait déjà de la situation à venir … (le problème est bien envisagé depuis longtemps mais s’attaquer au problème des retraites entrainerait, ipso facto, un soulèvement populaire, les politiques l’avaient compris, d’où leur inactivité criante … et je ne crois pas non plus que Monsieur Sarkozy ait fait preuve de courage … mais qu’il a simplement agit sous la contrainte économique, d’ailleurs il n’avait pas envisagé cette réforme …) En outre, même si là n’est pas le sujet, reste la voie de l’immigration pour dynamiser la croissance (et rééquilibrer le rapport actif/inactif), vaste débat … surtout par des temps de crise (ou de sortie de crise, tout dépend des prévisions) qui provoquent un repli certains de la société sur elle même (et avec un étranger de plus en plus montré du doigt comme responsable de tous les maux par certains de nos politiciens …) et le problème d’un chômage qui demeure élevé…
      Vous renvoyez, à juste titre, pour plus de compréhensions, à l’étude des systèmes de sécurité sociale des pays nordiques … Il est vrai, que ceux ci diffèrent plus ou moins du notre, mais pour ces pays qui semblent être dans une situation relativement appréciable (je pense notamment à ceux des pays nordiques Suède, Danemark … Allemagne exclut car le cas est particulier …), il y a un constat alarmant, alors que leurs systèmes de sécurité sociale sont plus tournés vers des modèles sociales démocrates (une répartition encore plus accentuée si je résume), ils ne se sont pas construit au dépend de la productivité et d’une redistribution « gagnant-perdant » (on ne cherchait pas à jouer sur les politiques passives visant à modifier les taux de chômage en réduisant le nombre d’actif) mais « gagnant-gagnant », on cherchait à encourager le travail, générateur de croissance, tout en assurant une excellente productivité de la main d’oeuvre … L’une des conséquences directes fut sans doute un excédent commercial, une consommation « intra-muros » et une rétroactivité positive sur l’ensemble du circuit économique (bien sur inutile de préciser que d’autres facteurs entrent en compte … complexité étant maitre mot en économie).
      Pendant ce temps, la France a construit son modèle social (hybride bismarckien-beveridgien) au dépend de la productivité, de la compétitivité en jouant de quelques artifices comptables du moment pour légitimer ses décisions … Le constat est édifiant … Constate qui voudra …
      Cela ouvre la voie d’une pensée systèmique dans le but de repenser, pas seulement notre système de retraite, mais notre modèle social (est il utile de rappeler que les modèles nordiques de protection sociale (flexicurité …) balayent d’une seule traite l’argument néo libéral selon lequel sécurité sociale et compétitivité ne sont pas compatibles …).

  2. Désolé pour le manque de fluidité, la fatigue est présente.

    PS : Je fais des études en économie ? En quelques sortes, je suis en prépa ENS cachan D1 mention droit/éco

  3. J’achève à l’instant ma consultation de l’article d’alter/économie … Un constat s’impose …

    Nombre de pays, notamment ceux cités en exemple, ont introduit une part de capitalisation dans leurs systèmes sociaux respectifs, permettant aux actifs de partir en pré-retraite (suivant les annuités cotisées) à moindre frais pour le contribuable (une partie des retraites étant à charge de la capitalisation).

    Est il dès lors inopportun de faire reposer une réforme des retraites (en France) sur l’âge de départ s’il est avisé qu’économiquement c’est ce levier qui contribuera à réduire les coûts de la manière la plus significative ? Même s’il semble inapproprié de jouer sur un seul mécanisme (et que selon toute vraisemblance, d’autres sacrifices suivront … 2018 étant un autre problème …pas si lointain que cela) … c’est en partie notre structure sociale qui nous impose de jouer principalement sur l’âge de départ en retraite (même si des considérations contingentes d’ordre politique sont à prendre en compte … mais cela est encore un autre problème …).

    La France va, de toute évidence, se retrouver confrontée à un choix sociétal qui sera déterminant pour l’avenir de son système social … reste à savoir quelle chemin elle empruntera …

    Pour une comparaison des systèmes sociaux européens :

    http://www.robert-schuman.eu/question_europe.php?num=sy-77

  4. Une autre référence intéressante que je viens de lire … le n°358 des cahiers français (le dernier) consacré intégralement à l’Etat Providence …

  5. Sur l’allongement de la durée de vie, je me rappelle d’une étude de Philippe Aghion qui tendait à montrer que la santé allait de pair avec la croissance. Si l’on vit plus longtemps, c’est parce qu’on est en meilleure santé, et si l’on est en meilleure santé, on est plus productif au travail. Quelque part, je suppose que cette productivité compense l’allongement des retraites.
    http://www.ofce.sciences-po.fr/pdf/dtravail/WP2009-28.pdf

    Sur les papyboomers, je suis d’accord avec l’idée du billet. Il me semble plus logique de faire supporter le coût de l’effort de financement par les vieux que par les jeunes actuels, pour les mêmes raisons que celles que vous évoquez.

    Sur les taxes des transactions financières, je dirais juste que la spéculation dont on veut prévenir peut tout à fait provenir de l’inflation (quand il n’y a pas de création monétaire, les prix ne montent pas si haut, parce que toute hausse implique une baisse quelque part) et des bas taux d’intérêts qui encouragent l’endettement et la spéculation, et par conséquent, la mauvaise affectation des ressources. Je pense que l’inflation est d’ailleurs l’une des raisons qui explique l’échec du système par capitalisation, ce qui signifie que son défaut ne lui est peut-être pas intrinsèque.

    Sur les inégalités de niveau de vie entre cadres et ouvriers, je pense que ça peut s’expliquer (en partie) par la pénibilité du travail. Normalement, lorsque le travail est particulièrement pénible (et dangereux), le salaire doit être mieux rémunéré. Mais du fait que certains diplômés (je pense notamment aux plus diplômés) ne trouvent pas le travail pour lequel ils sont formés, ils prennent des jobs intermédiaires, des jobs non qualifiés. Cela a deux conséquences : de jeter les sans diplômes au chômage et de faire baisser le niveau de salaire pour ce genre de boulot, puisque la concurrence entre candidats au poste est accrue.
    Après, on peut penser que nous ne formons pas assez de diplômés, qu’il y a trop de non diplômés, ce qui expliquerait que leur salaire soit si bas. Je sais que la France forme de bons diplômés, mais est-ce qu’elle forme assez de diplômés ? La France investit déjà beaucoup dans l’éducation… sans résultat (comparez ce qui se fait en Finlande). Donc la question n’est pas le volume mais la direction.
    Enfin, j’avais vu un documentaire autrefois qui disait que les classes populaires ne se nourrissaient pas bien (pas équilibré), et qu’ils se contentaient uniquement d’acheter ce qu’il y a de moins cher sans se préoccuper de leur ligne, ce qui expliquerait aussi pourquoi ils sont plus touchés par l’obésité. Le fait qu’ils soient pauvres et qu’ils soient peu instruits est peut-être un début d’explication.

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