Pourquoi je suis contre l’avortement

Que voilà une question polémique, qui déchaine toujours autant les passions. Entre le dogme du droit absolu des femmes à disposer de leur corps et celui des fanatiques de l’interdiction de l’avortement, peut-on aborder cette question posément ? Je vais m’y employer.

Je ne suis sans doute pas un militant « pro-life », au sens où certains ont l’habitude de l’entendre. Je ne manifeste pas aux abords des hôpitaux, je ne m’enchaîne pas aux tables d’opérations, je n’ai jamais signé de pétition pour interdire l’avortement ou participé à une « Marche pour la Vie » et je n’ai pas choisi l’image d’un petit corps déchiqueté pour illustrer cet article.

Sans prétendre comprendre totalement celle qui avorte—difficile à qui n’a jamais été qu’un homme— et encore moins la justifier, je peux imaginer à quel choix kafkaïen fait face la femme enceinte qui sent qu’elle n’a pas le soutien matériel, financier, moral et affectif qui lui permettrait de garder et d’élever son enfant. Dans cet article, ce n’est donc pas à la loi Veil en tant que tel que je m’en prends —je m’en expliquerai. Mon propos ne sera pas non plus de jeter l’opprobre sur les femmes qui ont avorté. Elles n’en ont pas besoin, plutôt victimes que bourreaux. Et la plupart de ceux que l’on nomme « pro-choix » ne considèrent pas l’avortement comme un acte banal.

Toute la question est là, d’ailleurs, et si on la posait d’emblée, on déminerait nombre de polémiques. Que veut dire être « contre l’avortement » ? Moralement contre ? Légalement contre ? Socialement contre ?

Outre, donc, ces indispensables réserves, je chercherai néanmoins à montrer ici que,  quoi qu’on en dise et quelle que soit la légitime compassion dont on peut faire preuve à l’égard des femmes qui réalisent une IVG, c’est la suppression d’une vie humaine[1]. Que c’est un acte intrinsèquement immoral et toujours injustifiable. Que tous les arguments habituellement avancés en faveur de celui-ci sont très discutables. Pour le montrer, je vais donc reprendre ces arguments un par un.

1. « Un fœtus n’est pas un être humain »
2. « Les femmes ont le droit de disposer de leur corps »
3. « L’avortement est justifié dans certaines situations dramatiques »
4. Réflexion sur la société du choix
5. « L’avortement est un acte anodin »
6. Un dernier mot

1. « Un fœtus n’est pas un être humain ».

C’est bien sûr la question principale. Car si l’on considère qu’un fœtus est une vie humaine, l’avortement pose tout de suite beaucoup plus de problèmes éthiques. Alors pour une majorité de défenseurs de l’IVG, un fœtus n’est pas une vie humaine, guère une vie tout court d’ailleurs, mais un « projet de vie », que l’on peut donc éliminer, stocker, congeler, décongeler, plus généralement traiter comme un objet (d’autres y reconnaissent la vie humaine mais justifient l’avortement pour d’autres raisons, on le verra plus bas). Dès lors, y mettre un terme n’a rien d’un « meurtre », ce scandale,  mais relève au contraire du libre-choix de la femme de « disposer de son corps ».

C’est là un point essentiel, sans doute le fondement même du débat.
Simone Veil, discours à l’Assemblée nationale, 17 janvier 1975.

La loi française va dans ce sens puisqu’elle ne reconnaît pas de statut juridique à l’embryon en dehors de celui de sa mère. La personne, en droit français, existe seulement à partir de la naissance, à condition encore de naître vivant et viable. Le 30 juin 1999, la chambre criminelle de la  Cour de cassation a d’ailleurs cassé un arrêt de la Cour d’appel de Lyon condamnant pour homicide involontaire un gynécologue qui, à la suite d’une confusion entre deux patientes, avait provoqué l’avortement d’une femme enceinte de quelques semaines. La Cour de cassation s’était justifiée en expliquant que les atteintes à la vie ne concernent, dans le Code pénal, que la personne juridique. La même chambre cassa 7 mois plus tard (arrêt du 3 février 2000)  une décision de la Cour d’appel de Reims condamnant pour homicide involontaire un automobiliste qui avait provoqué, suite à un accident de voiture, la mort in utero d’un fœtus de 8 mois. L’université de droit de Paris V précise : « La portée de cette jurisprudence a été précisée par l’Assemblée Plénière de la Cour de cassation dans un arrêt du 29 juin 2001 : les dispositions du Code pénal relatives à l’homicide involontaire ne sont pas applicables à l’embryon ou au fœtus. Malgré l’opposition d’une partie de la doctrine, la Cour de cassation s’est de nouveau prononcée dans le même sens (Cass. crim., 25 juin 2002 ; 4 mai 2004). »

Notons tout de même que depuis trois arrêtés de la même Cour en février 2008, les « enfants sans vie » peuvent figurer sur le livret de famille, avoir droit à des funérailles officielles et les parents peuvent obtenir un congé parental, comme si l’enfant était né. Il ne s’agit nullement pour autant d’une reconnaissance de personnalité juridique. Avant sa naissance, donc, l’enfant n’a pas de personnalité juridique. Cette limite juridique est-elle justifiée du point de vue biologique ?

La question de l’apparition de la vie humaine est évidemment très complexe, car un fœtus étant en perpétuelle évolution, il est difficile d’établir une frontière sûre et une définition faisant consensus sur la limite  « acceptable »  de l’humanité. Quand peut-on dire qu’il y a vie humaine ? Quand considérer que l’embryon est un être humain ? Cela dépend beaucoup de la définition retenue. Veut-on privilégier le patrimoine héréditaire par rapport aux parents ? Alors dès la conception un fœtus est humain. Ou bien considère-t-on que c’est la battement du cœur (4 semaines) qui est le point de départ de la vie ? Les empreintes digitales, qui marquent la seconde « personnalisation » du fœtus, ou le fonctionnement du cerveau, prélude à l’apparition de la conscience (6 semaines) ? Ou encore la présence de tous les organes d’homo sapiens (à partir de 8 semaines) ? L’existence de l’ouïe ou la sensibilité à la douleur (à partir du 4ème mois) ? Ou bien  quand l’enfant est viable, c’est-à-dire qu’il pourrait naître et survivre dans un environnement extra-utérin  (plusieurs mois) ? Notons d’ailleurs que quel que soit le critère retenu, à l’exception des deux derniers,  il est toujours antérieur au délai limite légal d’avortement en France, qui est de 12 semaines, soit 3 mois).

Le problème qui se pose est précisément celui-ci : qui tranchera et sur la base de quel(s) critère(s) ? Qui décidera quand il y a vie humaine et quand il n’y a rien ou presque rien ?

Dans une conception strictement matérialiste, puisqu’il n’existe rien de tel chez l’homme qu’un principe spirituel transcendant (âme ou autre chose), que tout homme et tout l’homme est seulement un assemblage de chair, d’os et de connexions nerveuses, l’être humain ne peut être ontologiquement tel qu’à la naissance, quand son corps est pleinement fonctionnel. Cette conception domine chez les plus farouches partisans de l’avortement, les mêmes qui sont en général favorables à l’euthanasie. Radicalement, on pourrait la poser ainsi : l’être n’existe que s’il a conscience d’être, et que s’il est capable d’être, ce qui implique un développement matériel suffisant. On peut à la rigueur l’admettre à la naissance, certainement pas avant, où la dépendance à l’égard de la mère est trop forte. De même, si la maladie réduit la conscience et augmente la dépendance physique à un point insupportable, où la pleine possession matérielle de son corps n’apparaît plus, alors  ontologiquement l’être humain n’est plus.

Le problème d’une telle approche est son côté cynique. Car elle justifie l’élimination des handicapés jusqu’au seuil de la naissance, ce qui est possible en France avec l’IMG (Interruption Médicale de Grossesse) pour des pathologies comme la trisomie 21. Elle justifie aussi l’élimination des vieux et des malades. A l’extrême limite, elle pourrait justifier l’élimination des enfants nés, tant qu’ils ne sont pas viables en dehors du sein maternel, ce qui est largement le cas pour les enfants jusqu’à 9-10 mois après leur naissance.

S’inspirant de cette approche, l’OMS définit ainsi le seuil de viabilité du fœtus  à 22 semaines d’aménorrhée[2] (soit 20 semaines de grossesse, autrement dit 5 mois), ou d’un poids du fœtus de 500 grammes. C’est cette définition qui est le plus souvent reprise dans la plupart des pays du monde ou l’avortement est autorisé — ce qui explique que les plus « avancés » en la matière dépassent rarement cette limite : elle définit en effet le seuil maximum à partir de laquelle le fœtus, sans être déjà considéré comme un être humain,  dispose de certaines protections.

Mais cette définition —qui n’a d’ailleurs rien de contraignante, elle est seulement proposée par l’OMS, l’Espagne permet par exemple l’avortement jusqu’à 22 semaines— est arbitraire : à la suite d’accidents, on a parfois réussi à maintenir en vie des fœtus en-deçà de ce terme. En 2006, Amilia Taylor, une petite américaine, naquit après seulement 21 semaines et 6 jours de gestation. Elle fut rendue à ses parents quelques mois plus tard, en bonne santé. En fait, il y a des dizaines de cas. Les progrès de la médecine laissent par ailleurs augurer que ce phénomène, encore très rare, devrait se multiplier à l’avenir.

C’est ce côté arbitraire qui est le plus gênant. Par quel miracle, en France,  l’embryon était-il un être humain à partir de 10 semaines, puis à partir de 12 semaines lorsque la loi fut modifiée en 2001 ? Comment est-il possible qu’en franchissant la frontière de tel ou tel pays, l’humanité n’apparaisse qu’au bout de 18 ou 20 semaines ? Meurtre d’un être humain d’un côté des Pyrénées, simple évacuation d’un « déchet opératoire » de l’autre ? L’apparition ou la disparition de la nature humaine serait-elle fonction des caprices législatifs de tel ou parlement ?

On mesure le côté cynique de la chose, poussée à l’extrême : à 8 mois et 28 jours, prêt à sortir et ayant tout du bébé, c’est une chose, dont l’élimination serait un droit, et l’empêchement de l’élimination un délit (celui d’entrave à l’avortement, article L2223-2 du Code de la Santé publique). Trente-cinq minutes plus tard, c’est un enfant, dont l’élimination serait un effroyable meurtre, et le non-empêchement un délit (celui de non-dénonciation de faits criminels, article 434-1 du Code Pénal).

Quant à l’argument de la « dépendance » pour définir la frontière de la vie humaine, il ne tient pas : si la vie se jugeait au degré de dépendance, même vitale, aucun bébé ne serait un être humain : qui a déjà vu un nourrisson vivre en « indépendance » ? Ne parlons pas des vieux et des handicapés. Qu’il soit dépendant du corps de la mère n’y change rien : nous sommes tous dépendants à des degrés divers, l’enfant à naître plus que les autres. N’est-ce pas plutôt une raison pour le protéger davantage ?

On note d’ailleurs que le vocabulaire utilisé change largement, selon que l’avortement est envisagé ou non. Dans le premier cas, on parle de fœtus, d’embryon, et les médecins, après l’opération, de « déchet opératoire ». Mais si la mère ne vient pas pour un avortement, on lui parle de son bébé, de l’adorable enfant qu’il sera et l’on pleurera avec elle la perte de ce cher petit si elle fait une fausse couche.  Sur sa page consacrée aux fausses couches, le site Doctissimo, référence en matière de santé sur internet, parle  de « complications intervenant pendant la grossesse et entraînant la perte du bébé », tandis que la page consacrée à l’IVG parle d’« expulsion volontaire hors de l’utérus de l’embryon ou du fœtus, causant la mort de celui-ci. » Or, une fausse couche peut tout à fait intervenir lorsque, rigoureusement, le bébé en question n’est encore qu’un embryon ou un fœtus. Le choix du mot « bébé » est donc destiné à mettre en exergue la douleur (réelle) des parents qui vivent cet évènement dramatique. Pourquoi, dans ce cas, ne pas parler  d’« expulsion volontaire hors de l’utérus du bébé, causant la mort de celui-ci. » ?

C’est pourquoi, insatisfait du flou qui règne sur la limite de la vie humaine, de l’arbitraire des 22 semaines et du cynisme de la conception matérialiste, je m’en tiens à la définition que proposent bien des opposants à l’avortement : il y a apparition de la vie humaine dès lors qu’un  ovule fécondé a nidé. On évitera au passage les railleries du genre « dans ce cas, la masturbation est un génocide ! », puisque évidemment, le sperme laissé 9 mois à lui-même ne donnera jamais un enfant, contrairement au zygote fécondé. Dès lors que, si l’on ne « touche à rien », l’embryon devient un enfant à terme, il y a vie, il y a être humain en devenir.

Cette conception, on le voit, est évolutionniste, « potentialiste », devrais-je dire. Elle ne s’attache pas aux caractéristiques physiques du fœtus à un instant donné, mais à la perspective de ce qu’il est appelé à physiquement, humainement devenir. Elle ne considère pas la vie humaine comme une frontière stricte, définie à partir d’un nombre de semaines, mais comme une unité croissante : l’être existe à partir du moment où il est en train de développer les caractéristiques principales des membres de son espèce, développement qui aboutira à la formation d’un être humain complet, quel que soit le stade où il en est, et à condition qu’il soit dans un processus de développement.

Certes, comme un papillon n’est pas une chenille, il s’agit là d’un être humain en devenir —ce que le Comité national consultatif d’éthique a baptisé « personne humaine potentielle »— pas d’un être humain « fini ». Mais dans une perspective potentialiste, cela ne change rien au raisonnement : si la vie est une nature qui ne dépend pas ontologiquement du seul aspect matériel, alors la vie ne dépend pas de la capacité à parler (sinon les muets ne sont pas humains), à voir (les aveugles…) à jouer au foot (les handicapés…) ou même de sa taille (la différence de taille et de poids entre un fœtus et un bébé n’est guère plus grande qu’entre un nain et un adulte de taille normale : les nains ne seraient-ils pas des êtres humains ?).

Plus personne ne conteste maintenant que sur un plan strictement médical, l’embryon porte en lui définitivement toutes les  virtualités de l’être humain qu’il deviendra. Simone Veil, 1975[3]

Pour résumer sur ce point, la position que je défends à l’égard du fœtus est la suivante : tant que la fécondation n’a pas eu lieu, il n’y a pas d’enfant en devenir, il n’y a pas de vie à naître : tout est possible (sinon la contraception serait un meurtre). Dès lors que la fécondation a eu lieu, qu’un enfant est appelé à naître dans quelques mois, c’est une vie, appelée à être pleinement humaine et qui doit être protégée comme telle, chaque fois que c’est possible.

L’embryon est porteur d’un dynamisme, d’un devenir, il est un enfant à venir. Il ne se réduit pas davantage que moi à un agrégat de cellules, il n’est pas un produit humain. Qu’il soit (relativement) difficile de le concevoir n’y change rien. Qu’il soit facile de s’en débarrasser non plus. Koz

Finalement, Anne Fagot-Largeault et Geneviève Delaisi de Parseval résument assez bien la position de l’Église : « Puisque la capacité d’un développement pleinement humain est donnée dès la première cellule embryonnaire, qu’elle est inhérente au génome, il est absurde de dire que le moi ontologique commence après neuf mois (avec le moi légal) ou pendant la phase fœtale (avec le moi psychologique) ou s’interrompt si l’être est momentanément frappé d’incapacité.  La difficulté est alors de justifier que le respect soit dû à toute forme de vie humaine et pas à la vie animale (un gnou  ou un dindon est tout aussi « vivant » qu’un « légume » humain). L’Église catholique répond à cette objection par la place particulière accordée par Dieu à l’homme [Homme supérieur à l’animal] dans la création. »

Un autre argument m’interpelle. Car admettons que la limite de la vie soit très difficile à définir, et qu’il soit encore plus ardu de trouver un consensus. Personne n’est d’accord. Mais alors, dans le doute du terme exact du commencement de la vie humaine, ne devrait-on pas, par précaution, choisir la position la plus favorable à cette dernière ? c’est-à-dire dès la conception ? C’est l’argument avancé par le président chilien, dans une lettre ouverte à ses concitoyens pour exprimer son opposition à l’avortement : « Dans le doute, il vaut toujours mieux choisir la vie. Car même à supposer que nous n’aurions pas de certitude par rapport au traitement juridique qu’il faut réserver à une vie humaine en gestation, ce qui est correct et sage, c’est d’adopter une position humble et choisir celle qui soit la plus favorable à la protection et au développement de cette vie. S’agissant de questions qui impliquent la vie ou la dignité humaine, par conséquent, il vaut mieux être prudents que d’agir de manière précipitée. »

2. « Les femmes ont le droit de disposer de leur corps »

Voilà un argument d’une incroyable faiblesse, bien que pourtant très utilisé dans le débat public. Parfaitement ! Les femmes ont le droit de disposer de leur corps, c’est-à-dire de leur nez, de leurs seins et de leurs ongles incarnés. Et encore, ça se discute, car le corps n’est pas un objet de propriété. Article 16-1 du Code Civil : « Le corps humain est inviolable. Le corps humain, ses éléments et ses produits ne peuvent faire l’objet d’un droit patrimonial. » Si c’était le cas, la vente d’organes serait autorisée depuis longtemps.

Mais surtout l’embryon, c’est une évidence biologique, n’a strictement rien à voir avec un bras ou un rein. Il s’agit d’un être bien distinct du corps de sa mère, qui ne fait qu’utiliser celui-ci pour se développer, mais qu’on ne peut certainement pas confondre avec le corps de la mère. Il se développe dans le corps de la mère, mais il n’est pas celui-ci. Quel médecin estimerait sérieusement qu’on peut assimiler un fœtus à un organe ?

Une femme qui avorte ne se contente pas de disposer de son corps. Elle dispose aussi de l’embryon, et le fait qu’il soit rattaché à son corps ne suffit pas en faire une partie de son corps. Koz

L’enfant à naître n’étant en rien assimilable à un bras ou un rein, on en déduit un principe fondamental : dès lors que le processus de développement de l’embryon est lancé, que l’œuf fécondé a nidé, les parents ont mis en œuvre une vie qui ne leur appartient plus.

Parce qu’un embryon qui se développe a déjà commencé un chemin qui n’appartient pas aux parents, ni collectivement, ni isolément, et ce y compris la mère. Les parents, tout parents qu’ils sont, n’ont pas de droit de vie et de mort sur l’enfant à naître. Ils ont le droit d’avoir ou de ne pas avoir des enfants en utilisant ou pas une méthode de contraception. Ils n’ont pas celui, dès lors que le « processus » est lancé, de l’interrompre ou de ne pas l’interrompre selon leur désir du moment.

3. « L’avortement est justifié dans certaines situations dramatiques »

Il s’agit sans doute de l’argument le plus pertinent. Qui statistiquement se justifie :  en France environ 60% des avortements sont le fait de filles de 15 à 29 ans (50% de 20 à 29 ans) et 68% des grossesses de mineures (deux grossesse sur trois) sont interrompues.[4]

Nul, évidemment, ne nie les difficultés que peut rencontrer une jeune femme enceinte lorsqu’elle n’est pas prête à accueillir un enfant, une situation probablement difficile à comprendre à qui n’y a pas été confronté. Et ce n’est certainement pas les opposants à l’avortement qui vont dire le contraire, puisque ce sont très souvent ces derniers qui militent pour que la femme puisse trouver un soutien psychologique, moral et financier à travers des centres spécifiques et des associations adaptées lorsqu’elle se retrouve dans ce genre de situation.

Là où les partisans de l’avortement, eux, ont toujours milité contre ces soutiens, considérés comme une insupportable pression  psychologique sur la femme pour la « dissuader d’avorter ». C’est ainsi que le 25 janvier dernier, la commission spéciale de l’Assemblée nationale examinait les propositions de loi du gouvernement sur la bioéthique, en révision des lois Léonetti d’il y a cinq ans. On y parlait notamment d’euthanasie, mais également de contraception, de parentalité et d’IVG. A ce sujet, des députés UMP déposèrent des amendements visant à supprimer le caractère obligatoire du dépistage de la trisomie 21, et à rendre obligatoire la communication à la mère d’une liste des « aides matérielles et morales » dont peuvent bénéficier les familles élevant un enfant handicapé. Ils proposèrent également que soit quasi-systématiquement organisée une rencontre entre la femme dont l’embryon porte le gène de la trisomie 21 et une famille élevant un enfant présentant la même pathologie.

Ceci dans l’optique louable que la femme choisisse d’avorter ou non en connaissance de cause : un vrai choix, vraiment libre, suppose des vraies options, de vraies alternatives. A qui on ne propose que de choisir entre l’avortement-libération et une vie atroce de souffrances avec cet enfant affreusement handicapé dont la-vie-est-déjà-un-échec-et-que-tu-oses-imposer-à-la-société ne peut que choisir l’avortement. Alors qu’une rencontre avec des parents élevant un enfant handicapé pourrait au contraire montrer que malgré les inévitables et douloureuses difficultés, un enfant trisomique apporte autant de joies et de bonheur que n’importe quel autre.

Ces amendements ont été rejetés sous la pression des députés socialistes, Olivier Dussopt, député de l’Ardèche, n’hésitant pas à déclarer : « Quand j’entends que “malheureusement” 96 % des grossesses pour lesquelles la trisomie 21 est repérée se terminent par une interruption de grossesse, la vraie question que je me pose c’est pourquoi il en reste 4 %. » Un peu plus tard, Noël Mamère raillait, dans un cynisme absolu : « la mère et la famille sont libres de considérer qu’un enfant trisomique est un cadeau du ciel ».

L’amendement fut donc rejeté, avec le soutien de la ministre de la santé, car il aurait pu être perçu comme « une pression exercée sur une personne fragilisée par une situation difficile ». Un risque contre lequel il fallait bien lutter, en effet. Mon Dieu, et si, devant la réalité de la trisomie, elle choisissait de ne pas avorter ? Tout cela coûterait fort cher à la collectivité. Et vous savez, les caisses vides, toussa. Fermons donc les yeux, et encourageons l’eugénisme.

Mais à qui on reprochera d’agir exactement comme Hitler au temps de son « opération T4 », s’indignera : « Hitler, mon Dieu, quelle accusation ignoble ! Quels propos nauséabonds ! C’est au nom de la liberté que j’agis. Je ne fais que défendre le droit des femmes à disposer de leur corps, je procède par compassion pour leur situation douloureuse». Comment l’opération T4 fut-elle appelée? Ah oui : le « programme de meurtre par compassion ». Bientôt, on éliminera les fœtus présentant un risque de strabisme. Pardon, c’est déjà le cas ? C’est que certains pays européens sont décidément très en avance: outre-manche, on a même parlé de pouvoir tuer à la naissance les enfants handicapés. Au nom du dommage esthétique, bien sûr. Et dire que ces connards d’handicapés ont l’audace d’être heureux.

C’est ainsi que, le plus naturellement du monde et au nom de la « défense de nos libertés publiques », l’association Pro-Choix n’a pas hésité à proposer « d’élargir le délit  d’entrave », se lamentant que la loi n’inclue pas les « violence morales » et les « manifestations des anti-choix aux abords des hôpitaux » qu’il faudrait interdire parce qu’elles constituent une « une agression morale vis-à-vis de la femme se rendant dans un CIVG ». Et d’ajouter qu’il faudrait aussi instaurer une notamment une « obligation pour les directeurs d’établissements de signaler la moindre action ou démonstration anti-avortement aux abords ou à l’intérieur de leur CIVG, afin de permettre au procureur de la République d’entamer des poursuites ».

Alors que la loi Veil prévoyait un entretien préalable avant et après l’IVG avec un psychologue (article L. 162-4 du Code de la santé publique), il est devenu facultatif par une loi de 2001, loi qui supprimait en même temps l’obligation de l’autorisation parentale. Une grande victoire des « Pro-Choix ». Bientôt, grâce à Pro-choix, le père de la jeune fille qui tenterait, en discutant avec elle, de dissuader sa fille d’avorter, ou simplement de lui montrer que des alternatives existent, pourrait être mis en prison pour « entrave à l’avortement ». Et puis, on interdira aussi ces scandaleux sites anti-avortement qui savent se servir du référencement. Il faudra les fermer, mettre en place un « filtrage des réseaux » —l’option est évoquée par ces chevaliers de la Liberté. Il faudra aussi penser à supprimer la possibilité encore laissée au médecin de refuser de pratiquer des avortements au nom de la liberté de conscience: c’est une véritable entrave à l’IVG. D’ailleurs, on y pense, à la supprimer, cette saleté de liberté de conscience. Tout cela au nom de vos libertés publiques, bien sûr. Car la liberté, c’est important. Enfin, la liberté de penser comme eux.

Mais je m’emporte, et revenons à cet argument de la femme en détresse. Nul ne nie les réelles difficultés que peut rencontrer une femme enceinte. Je n’ai d’ailleurs pas parlé pour l’instant d’abrogation de la loi Veil et n’ai aucune intention de le faire. C’est comme de se déclarer opposé au travail des enfants et de vouloir l’interdire légalement : dans les faits, on sait que c’est bien plus compliqué  (s’ils n’ont pas le choix, les enfants interdits de travailler le feront quand même mais dans des conditions plus difficiles, au noir, ou se prostitueront).

Car on le sait, il y a une différence entre l’objectif d’une loi et la réalité, la théorie et la pratique, le normatif et le positif, la loi et la morale. Il y aura toujours un certain volume constant d’avortements, pratique qui existe depuis la nuit des temps (mais bon, ce n’est pas un argument en soi : le viol aussi existe depuis la nuit des temps). Par ailleurs, nul ne souhaite le retour de l’aiguille à tricoter, ce vieux mantra des pro-choix. Mais au fond, l’argument est valable : ce qui existe mais est interdit se fait quand même, de façon illégale. Et l’avortement illégal se réalise dans des conditions douteuses du point de vue sanitaire, financier, etc. Il est de même stupide de mettre des femmes qui avortent en prison, alors qu’elles ont au contraire besoin de soutien, non de moralisation. Enfin, l’avortement peut être moralement compréhensible, sinon légitime, dans certains cas. Viol, mise en danger de la vie de la mère, etc.

Je défendrais alors plutôt l’application de la loi Veil telle qu’elle fut votée (notamment l’information systématique), dans l’esprit de l’avortement-exception et non l’avortement-généralisation. L’avortement a été dépénalisé par la loi Veil de 1975, au nom de la prise en compte légitime de la souffrance des femmes.  L’article premier de la loi de 1975 déclare d’ailleurs : « La loi garantit le respect de tout être humain dès le commencement de la vie. Il ne saurait être porté atteinte à ce principe qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par la présente loi. »

Cette loi ne visait nullement à encourager l’avortement : au contraire, l’objectif de Simone Veil était de réduire le nombre d’avortements illégaux en légalisant une pratique qui existait évidemment déjà. Force est de constater l’échec de cet objectif : après 1975, le nombre d’avortement a doublé. On ne dispose évidemment pas de statistiques certaines concernant le nombre d’avortements clandestins avant la loi Veil, mais les études les plus sérieuses font état d’environ 65 000 avortements par an (les plus larges vont jusqu’à 100 000). Deux ans après la loi Veil, on dépassait les 150 000 avortements par an…le nombre d’avortements tourne aujourd’hui autour de 215 000.

Inquiétant, comme le constatait d’ailleurs ce rapport de l’INED en 2004, alors que le recours à la contraception s’est massivement développé, qu’on en fait la publicité partout, qu’on permet même  la pilule (abortive) du lendemain, bientôt celle de 5 jours, de voir que le nombre d’avortements ne baisse pas, augmente même depuis 2000 où il était de l’ordre de 200 000. Inquiétant de constater que cela semble moins venir des échecs de la contraception —la pilule reste très efficace, c’est surtout son utilisation qui peut poser problème— que des changements de mentalité, puisque le même rapport montre que le nombre de grossesses non-prévues est en baisse : c’est le taux d’avortement en cas de grossesse non-prévue qui explose. Autrement dit : il y a de moins en moins de grossesses non-désirées, mais quand elle surviennent, on avorte de plus en plus. D’où l’augmentation du nombre d’avortements.

Le rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) de 2009 confirme cet état de fait (stabilité des avortements en France malgré la diffusion massive de la contraception) mais reste aveugle dans ses conclusions, puisqu’il termine en disant que  « l ’ IVG n’est (…) pas un évènement exceptionnel, elle constitue une composante structurelle de la vie sexuelle et reproductive et doit être prise en compte en tant que telle. » Bientôt : « l’avortement, un chouette moyen de contraception ». Le même rapport conclut également qu’il faut développer encore l’accès à la contraception, et notamment à la contraception d’urgence… alors que celle-ci n’est rien d’autre qu’un avortement « doux » (la pilule du lendemain, le RU 486, interviennent après la fécondation).

On est loin du discours de Simone Veil :

Je le dis avec ma conviction, l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues (…). C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. C’est pourquoi si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et si possible en dissuader la femme. Simone Veil

C’était une loi compassionnelle. Où en est-on aujourd’hui ? IVG possible sans entretien préalable, sans accord ni même information des parents, remboursé à 100% par l’État, sans justifier d’aucune situation de détresse d’après le projet de loi socialiste actuel (MAJ), avortements systématiques des fœtus trisomiques (96% sont avortés, sachant que le dépistage se trompe régulièrement : selon la méthode utilisée, entre 5 et 10 % des enfants détectés comme trisomiques ne sont pas porteurs du syndrome de Down),…

Il y a donc, ce me semble, un écart, sinon un fossé, entre accepter une loi dépénalisant l’avortement au nom de la prise en compte de la détresse réelle et légitime des certaines femmes, et permettant à toutes de pratiquer une IVG dans des conditions médicales saines, et l’avortement aujourd’hui. Nous sommes entrés dans une société de plus en plus eugéniste, en même temps que dans une véritable dictature de la pensée au sujet de l’avortement. Comme le reconnaissait d’ailleurs un bloggeur partisan du droit à l’avortement, « affirmer clairement que l’on est contre l’avortement suscite au mieux les railleries de (presque) tout le monde, au pire, un lynchage par une meute en colère ».

On vous rappellera que «l’avortement est un droit, monsieur», jetant sur vous le soupçon du scandale. Pour un peu, parce que vous n’estimez pas que ce droit soit nécessairement bon, on vous jugerait totalitaire, antidémocratique, en oubliant que les plus belles saloperies ont revêtu les atours de la légalité, en oubliant que le droit n’est pas forcément juste. Et l’on ira ensuite, bien légitimement, contester d’autres lois, d’autres droits. Koz

Il est pour le moins étonnant d’entendre certains « pro-choix » dénoncer les « pressions psychologiques » que subiraient certaines femmes pour les dissuader d’avorter. Elles existent sans doute. Mais si on fait l’équilibre des pressions, la balance est au contraire largement inverse, allant plutôt vers les pressions du corps médical pour l’avortement que subissent généralement les mères, en particulier si l’enfant est porteur d’une maladie. Combien de parents ayant choisis de garder un enfant trisomique peuvent témoigner de l’incompréhension, voire du rejet de la société et de l’entourage ? Combien de jeunes filles souhaitant garder l’enfant subissent les pressions des parents, du copain qui n’assume pas, de la famille qui trouve que décidément, « elle est trop jeune ». Et s’il est annoncé handicapé, n’en parlons pas… « Mon Dieu, mais il est différent » !

Et que dire du Planning Familial —d’inspiration eugéno-raciste— association privée qui milite ouvertement pour l’avortement, et tellement omniprésente, tellement subventionnée, tellement soutenue par les pouvoirs publics —jusque dans ses campagnes de publicité en Ile-de-France— que nombreux sont ceux qui croient que cette association est une sous-direction du Ministère de la Santé. Le gouvernement subventionne des campagnes pro-avortement : un droit, mon choix, notre liberté ? D’autres associations osent militer contre : une scandaleuse atteinte à la démocratie ! On croit rêver.

D’où vient que ces mouvements politiques de gauche, fervents défenseurs des plus faibles (les sans-papiers, les SDF, les pauvres, les étrangers…) soient toujours les plus acharnés promoteurs de l’avortement, et ne comprennent pas que ce soit justement au nom de la défense des plus faibles que d’autres s’y opposent ? D’où vient que cette gauche écologiste qui s’alarme du risque de dérives de la manipulation génétique des plantes (les OGM c’est mal, toussa), fasse si peu de cas de la manipulation génétique des enfants ? D’où vient que cette gauche qui exalte la « différence », qu’il faut absolument mettre en valeur contre les discriminations, soit la plus acharnée à défendre l’élimination des trisomiques différents ?

Enfin et surtout, l’argument de la situation dramatique,  acceptable au demeurant, élude un point important, celui de l’éthique, en tenant une position conséquentialiste ou contextualiste : en bref, telle ou telle situation justifierait l’avortement. C’est peut être vrai du point de vue de la faute ou de l’action, mais ça ne l’est pas du point de vue de la morale, qui ne devrait pas dépendre des circonstances. Tuer son voisin par vengeance, parce qu’il a assassiné votre famille (par exemple), n’est pas moins immoral que de tuer son voisin parce qu’il a une plus belle voiture que vous. J’entends que moralement, un meurtre est un meurtre, quelles que soient les circonstances. Que la maxime qui guide ton action soit universelle, disait Emmanuel Kant, et avec lui je refuse l’éthique conséquentialiste. Après la morale, c’est à la loi, aux juges, de dépasser —disons de sublimer— cette morale en tenant compte, par exemple, de circonstances atténuantes. D’où les remises de peines : le crime passionnel est puni moins sévèrement que le froid assassinat. D’où la dépénalisation de l’avortement, perçu comme une possibilité acceptable, un moindre mal dans certains cas.

En guise d’exemple prenons le cas extrême du viol. Une femme se fait violer : c’est triste, c’est terrible, c’est ignoble et insoutenable. Elle tombe enceinte. Réparera-t-on cette peine en supprimant l’enfant à venir, parfaitement innocent du crime subie par cette femme ? Soulage-t-on une douleur en ajoutant une (potentielle) autre douleur ? Que la femme ne veuille pas élever cet enfant, cela peut se comprendre. Qu’elle le fasse alors adopter, des milliers de couples stériles sur liste d’attente seront ravis de lui prodiguer toute l’attention et l’amour dont il aura besoin. Et que nul ne s’autorise à affirmer d’un ton péremptoire et terriblement déterministe que la vie de cet enfant n’a pas de valeur et qu’elle sera « ratée » parce qu’il est issu d’un viol et adopté.

L’argument du viol ne tient d’ailleurs pas la route statistiquement. D’après Le Figaro, il y a eu en 2005 4 412 affaires de viols en France (le chiffre est assez stable d’une année à l’autre). En acceptant, comme l’affirment certains collectifs féministes, que seule une femme sur 10 porte effectivement plainte, cela nous ferait un chiffre de 45 000 viols par an environ (ce qui est sans doute très exagéré, mais admettons). En considérant qu’en moyenne environ un rapport sexuel sur quatre se conclut par une grossesse, et en admettant que toutes les femmes violées avortent, il y aurait en France à peu près 12 000 avortements par an. Or, on est à plus de 215 000. Le nombre d’avortement est donc pratiquement 20 fois supérieur à ce qu’il serait s’il n’était réalisé qu’en cas de viol.

Sans aller jusqu’à parler « d’avortements de confort » (qui concerne sans doute une petite minorité de femmes) il est clair que le viol apparaît davantage comme une excuse, un cas marginal, représentant une infime minorité des cas d’avortements. Les viols, les handicaps lourds, n’apparaissent pas comme la cause principale des avortements, ce qui invalide sa justification en leur nom.

Et qu’on ne dise pas que cette position, qui refuse d’adapter la justification aux circonstances, manque de compassion. « La compassion vis-à-vis des parents, disait à juste titre le professeur Lejeune, est un sentiment que tout médecin doit avoir. Si un médecin ne l’éprouve pas, il n’est plus qu’une sorte d’ordinateur, une machine à faire des ordonnances. L’homme qui pourrait annoncer à des parents que leur enfant est gravement atteint et qui ne sentirait pas son cœur chavirer à la pensée de la douleur qui va les submerger, cet homme ne serait pas digne de notre métier. Mais on ne protège pas d’un malheur en commettant un crime ; on ne soulage pas la peine d’un être humain en tuant un autre être humain ».

C’est plutôt l’argument souvent invoqué qui manque de compassion : j’aime les enfants, je veux en avoir, j’aime mon fœtus, mais ce n’est pas le moment. C’est donc par amour que je l’élimine. Qui voudrait d’un tel amour ? On connait l’anecdote : « Une femme vient d’apprendre qu’elle est enceinte. Lui conseilleriez-vous d’avorter sachant qu’elle a déjà six enfants, que deux de ces enfants sont sourds, trois sont muets et un est retardé mental ? » Vous avez répondu oui ? Vous venez de tuer Beethoven.

Je rappelle souvent cette anecdote à propos d’Antisthène, le maître de Diogène. Antisthène souffrait d’une atroce phtisie. Un jour, il s’écrie devant son disciple: « Ah! qui me délivrera de mes maux? » Diogène sort aussitôt un couteau de sous sa toge: « Ceci, maître ». Et Antisthène de répondre: « J’ai dit de mes maux, non pas de la vie ». Fabrice Hadjadj

Nul, donc, ne peut se mettre à la place d’une femme qui vit une situation difficile, celle qui porte un enfant né d’un viol ou celle qu’on a quitté à l’annonce de sa grossesse. Mais si la loi doit essayer de prendre en compte ces situations —ce qu’elle fait puisque l’avortement est légal— on ne juge pas la moralité d’un acte au pathos qu’il engendre. On ne considère pas si un acte est moral ou non au regard des circonstances. Il reste donc : quelques soient les circonstances, une interruption volontaire de grossesse est immorale. C’est la suppression d’une vie humaine, que rien ne peut moralement justifier.

4. Réflexion sur la société du choix

Peut-on tout choisir ? N’y-a-t-il pas des choses qui nous dépassent ? L’Homme est-il la fin de lui-même ?

Le capitalisme libéral construit une société du choix. Je ne parle pas de la terrible décision de devoir choisir entre des Kellog’s ou des Nestlé au rayon petit-déjeuner du supermarché. Il s’agit d’autre chose : nous sommes entrés dans quelque chose ressemblant à la dictature du choix — qui implique la dictature du droit, puisque de tout choix qui n’est pas immédiatement satisfait découle nécessairement un « droit » de l’exercer, et de porter plainte pour avoir le droit de l’exercer— en ce que le choix n’est plus une simple multiplication des offres et des possibilités qui offre d’exercer ses préférences et ses goûts, mais un droit à exercer à tout prix, une liberté fondamentale sans laquelle on ne saurait être heureux, un absolu que la société doit garantir au citoyen par tous les moyens.

Comme le dit le philosophe Fabrice Hadjadj, on ne devrait pas dire « j’ai le droit… » mais « je désire… » ou « j’ai très envie… » mais « on craint de perdre la face en révélant qu’il y a cette passion qui nous submerge. Alors on dit: « j’ai le droit ». C’est-à-dire qu’on passe de l’envie subjective à l’exigence objective, et plus encore, on passe de la relation de personne à personne à un cadre abstrait et normatif. […] En vérité, si l’on veut parler en toute propriété de termes, on doit admettre que quand je dis: « j’ai le droit », je suppose que non seulement je ne cause aucun « tort », mais surtout que ce que je désire est « droit », c’est-à-dire relève de la rectitude, de la justesse morale. […] Mais celui qui abuse de cette expression est loin de vouloir prouver quoi que ce soit: il veut surtout dissimuler son désir et le présenter comme un devoir pour autrui. »

Ce qui est paradoxal, c’est que nous assumons peu, peut être de moins en moins.  L’engagement, forme suprême du choix, l’obéissance volontaire, forme suprême de la liberté, et tous les choix réels et volontaires (« donner sa vie pour ceux qu’on aime », toussa…) qui impliquent le moindre sacrifice ou renoncement sont plutôt moqués, bradés et délaissés. Ainsi, les mariages sont en chute, l’abstention explose depuis 10 ans, les engagements associatifs et politiques diminuent, etc. En 2005, ressourcesjeunesses.fr écrit : « Sondages, enquêtes d’opinions donnent tous des résultats convergents, mettant en évidence la désaffection des jeunes par rapport aux formes classiques de l’engagement et en particulier à l’engagement politique. Pour mémoire, quelques chiffres tirés de ces travaux : pour la tranche des 13-17 ans, 85 % des jeunes interrogés s’intéressent peu ou ne s’intéressent pas à la politique, 78 % ne parlent jamais de politique en famille, 43 % ne se situent ni à droite, ni à gauche et 23 % refusent de se placer sur une échelle de classement politique, 59 % pensent que les hommes politiques disent tous la même chose et 82 % qu’en tout état de cause, les politiques ne sont pas à l’écoute des jeunes. Seulement 16 % envisagent de se mobiliser dans une association et 6 % d’adhérer à un parti. On notera cependant que, parallèlement, 72 % des jeunes pensent qu’il est utile de voter et que quand même 40 % pensent que le droit de vote est approprié pour permettre des changements positifs. »[5]

Dans un monde où tout semble devenu précaire et instable (l’amour, le travail, la santé, le statut social, la famille, les amis, le respect dans le regard de l’autre…) n’est-ce pas Laurence, il est devenu rare des trouver des gens qui vont jusqu’au bout de leurs convictions. Même les grands patrons et les politiciens de droite, sensés exalter la liberté et la responsabilité individuelles, n’assument plus rien une fois la bise venue, et tentent par tous les moyens de sauver qui sa place, qui son fauteuil ministériel, qui son gros bonus de départ. (Et déclenchent les scandales qu’ils méritent).

Le paradoxe, c’est qu’on constate ce recul de l’engagement, alors qu’on assiste parallèlement à l’explosion du « droit de choisir ». Choisir son sexe, son genre, sa morale, son corps… C’est mon choix : j’ai 18 ans et 3 enfants, j’ai divorcé 17 fois, j’exhibe ma vie privée sur internet, je couche avec ma belle-mère, je vis avec un homme qui a 40 ans de plus que moi, je suis zoophile, j’ai tout plaqué pour ma secrétaire, je ne paye pas dans le métro… c’est mon choix. Et c’est présenté par Évelyne Thomas, à 18h30, après la pub. Est-ce vraiment si simple ?

On nous fait comprendre que si on n’a pas tous les choix, toutes les possibilités, c’est un drame, donc un scandale. C’est pour ça que l’enfant non-prévu paraît une catastrophe : il limite sérieusement la possibilité des choix. Plutôt que d’accepter d’être où on est là où on en est, plutôt que d’accueillir la différence, la nouveauté, l’inattendu, le simple don, la joie de la vie qui vient, quelle qu’elle soit, plutôt que d’assumer ses erreurs, ce couple trop vite construit, cette fille qu’on a aimé dans un coin de parking, on se prend à rêver à cette vie de star qu’on aura pas, à la carrière contrariée,  à la Nintendo DS qu’on ne pourra pas lui acheter dès ses 3 ans parce qu’on a pas les moyens, aux parents qui vont pas être contents, et puis  la grossesse ça fait un gros ventre, c’est moche et après on ne peux plus aller en boite. C’est décidé, c’est mon choix : avortons l’avorton.  Et si ça rate, on assignera le médecin au tribunal, en vertu du « préjudice d’être né » (c’est la fameuse Affaire Perruche, où le médecin fut assigné par les parents au nom d’un enfant de 6 ans et demi). On veut le droit de choisir, mais le droit de choisir quoi, si l’engagement s’affaiblit ? Que va-t-on faire de tous ces droits, si on ne veut les transformer en responsabilités, que dis-je, horresco referens, en devoirs ?

Mais peut-être, après tout, exagérai-je. Peut être que ce discours n’est qu’une caricature sans nuances de la réalité. Alors poursuivons la lecture du rapport de l’IGAS, cité plus haut (la graisse est de moi) : « Si l’on considère que l’évolution des conditions d’accès à l’IVG n’a guère eu d’impact sur la demande des femmes, la stabilité des taux d’IVG semble bien alors traduire une hausse de la propension à recourir à l’avortement en cas de grossesse non prévue. Alors que quatre grossesses non prévues sur dix (41 %) se terminaient par une IVG en 1975, c’est le cas de six sur dix aujourd’hui (62 %) (figure) [3]. La tendance semble particulièrement marquée chez les très jeunes femmes : en dépit d’une baisse significative des conceptions, elles recourent plus souvent à l’IVG depuis une dizaine d’années [4]. L’enfant doit aujourd’hui être « programmé» dans un contexte affectif stable et au bon moment de la trajectoire professionnelle des parents. »

(…) « En outre, les grossesses non prévues ne surviennent pas dans les mêmes circonstances qu’auparavant. Les relations sexuelles hors contexte de conjugalité sont plus fréquentes et l’âge à la première maternité plus tardif. Celle-ci survient 9,5 ans en moyenne après les premiers rapports sexuels, contre 5,5 ans il y a 25 ans. Les couples sont par ailleurs confrontés plus souvent à des phases d’instabilité  socio-économique qui touchent plus particulièrement les femmes. Tout se passe comme si la nouvelle norme procréatrice et l’évolution des trajectoires socioaffectives se conjuguaient pour augmenter la propension à avorter en cas de grossesse non prévue. Celle-ci annule statistiquement l’effet de la hausse de l’utilisation de la contraception moderne, qui a entraîné une diminution du nombre de grossesses accidentelles. »

On notera que, malgré ce constat lucide —après avoir, bien sûr, pris soin d’éliminer la novlangue, en remplaçant « instabilité socio-économique » par « galère pour trouver un emploi stable », « nouvelle norme procréatrice » par « dictature du choix » et « trajectoires socioaffectives » par « libertinage »—   l’INED, pour ne pas trahir sa bonne conscience, ose conclure, sans y voir la moindre contradiction, par ces mots tombés du ciel : « Finalement, la décision d’avorter, loin de correspondre à un comportement « égoïste » qui conduirait la femme à interrompre sa grossesse seulement parce que celle-ci intervient à un moment qui ne lui convient pas, traduit l’attention portée aux conditions d’accueil de l’enfant. Il s’agit donc d’une anticipation par les femmes et les hommes de leur capacité d’engagement dans une parentalité où le contexte relationnel et matériel soit favorable, face aux aléas des parcours de vie ». L’Institut rejoignant l’argument commun, qui justifie l’élimination par « l’attention portée aux conditions d’accueil de l’enfant ». De l’enfant, tiens, je croyais que c’était un tas de chair ?

L’INED peut au moins nous aider à reconnaître une chose : l’avortement est aussi et surtout, en France au moins, la conséquence d’une situation difficile qui, cas exceptionnels à part, naît d’un couple instable, d’une relation sexuelle sans la maturité qui va avec. L’avortement apparaît quand Céline Ledru, élève en première S au Lycée Albert Camus, s’aperçoit qu’elle est enceinte d’une aventure de passage avec Marc Louvrier, étudiant en BTS électrotechnique au Lycée Saint-Charles, dans les toilettes B du premier étage du Macumba Night, boite de nuit hype de Colon-les-daubes. Et que si Marc Louvrier et Céline Ledru avaient réfléchi un peu avant de laisser parler leurs hormones —ce qui implique l’éducation affective et sexuelle qui va avec— on n’en serait pas à envisager l’avortement.

Car c’est (aussi) parce qu’on a normalisé le libertinage, atomisé le mariage, qu’il faut absolument se « dépuceler » avant l’âge fatidique (17 ans, moyenne française) au risque de passer pour un idiot retarded,  que toute la morale se résume dans le dualisme choisi (bien)/imposé (mal), qu’il est devenu normal d’exiger la relation sexuelle et de cohabiter après seulement quelques mois (voire semaines, voire jours) passées ensemble, qu’on ne se pose même plus la question des relations sexuelles hors mariage puisque celle des relations sexuelles hors couple stable est déjà sur le tapis et que les « aventures sans lendemain » sont monnaies courantes, c’est aussi pour toutes ces raisons que l’on a multiplié les situations « à risques », c’est-à-dire les situations où des jeunes filles immatures, incapables d’assumer un couple et encore moins une maternité, se retrouvent enceintes et ont recours à l’avortement.

Et après avoir avortées très jeunes, parfois plusieurs fois, ces mêmes jeunes femmes demanderont à 35 ans des stimulations ovariennes, lorsqu’après avoir été des forcenées du refus de l’enfant (le « droit de ne pas avoir d’enfant »), elle deviennent des forcenées de l’envie d’enfant (le « droit à avoir un enfant ») s’apercevant —mais un peu tard—  qu’à force de massacre la machine ne fonctionne plus…

Que ce soit clair. En bon libéral qui a dépassé depuis longtemps la morale chrétienne dominante, je veux bien admettre que chacun fait ce qu’il veut avec son c**. Mais il faut être responsable, et on ne peut pas nier le lien existant entre la morale sexuelle dominante, globalement centrée sur le choix de sa sexualité, et la progression des avortements. Car le savez-vous ? la sexualité a à voir avec la procréation. Un commentateur chez Philarête disait à raison : « Pour moi, tout ça rejoint un peu le discours contemporain sur la sexualité, qu’on prétend désormais totalement disjointe de la reproduction. On dépense des fortunes en capotes et en pilule, on se bat pour avoir le droit d’avorter, on consacre le quart de ses conversations mondaines à débattre du meilleur moyen de contraception, mais à part ça la sexualité n’a rien à voir avec la reproduction. »

Dès lors qu’on développe une morale sexuelle d’où la dimension « plaisir » est exacerbée au détriment de la dimension « responsabilité », pourtant inhérente à la partie procréative du sexe, on risque de contribuer au développement de l’avortement. Mais une certaine gauche a décidé que « la morale, c’est mal, surtout quand elle est sexuelle », alors on préfère tenter de régler le problème en diffusant massivement des contraceptifs et en parlant de sexe aux jeunes dans des termes avant tout prophylactiques et sanitaires (Tu sors ce soir ? Protèges-toi). Une méthode à peu près aussi efficace que de penser régler le problème du sida en balançant des millions de capotes par avion en Afrique.

Ce n’est d’ailleurs pas moi, mais l’article L. 2211-2 du Code de la Santé Publique qui le dit, je graisse : « Il ne saurait être porté atteinte au principe mentionné à l’article L. 2211-1 [selon lequel « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie »] qu’en cas de nécessité et selon les conditions définies par le présent titre. L’enseignement de ce principe et de ses conséquences, l’information sur les problèmes de la vie et de la démographie nationale et internationale, l’éducation à la responsabilité, l’accueil de l’enfant dans la société et la politique familiale sont des obligations nationales. »

6. « L’avortement est un acte anodin »

Voilà un argument plus facile à démonter. Si l’avortement est un acte anodin, pourquoi bien des médecins, même ceux qui sont pour, refusent de le pratiquer, à un point tel que les centres ferment partout et que pour lutter contre ce phénomène, on a dû augmenter le prix de l’acte : deux revalorisation en 2008 et 2009, de 60% au total, et une nouvelle de 50% en 2010[6] ?

Preuve s’il en était besoin que le gouvernement actuel (et toute la classe politique en général) est largement acquis à la cause de l’avortement et « s’inquiète » de ce phénomène de refus des médecins. Il n’est pas le seul d’ailleurs : en novembre dernier (2010), Maya Surduts, présidente de la CADAC (Coordination des Associations pour le Droit à la Contraception et à l’Avortement), vitupérait : « La loi de 2001 a été pas ou mal appliquée. De nombreux médecins ont refusé et refusent toujours d’effectuer des IVG à 12 semaines » Et sa collègue du Planning Familial d’ajouter : « il faut obliger les établissements publics à le faire ». Et les deux salopes d’appeler en chœur à des manifestations pour défendre le droit inaliénable et sacré d’avorter, mis en danger par la liberté de conscience des médecins.

Scandale : les médecins sont de plus en plus réticents à pratiquer des avortements ! Pour protéger la « liberté » de la femme, on va donc détruire celle du médecin. Et on dira que c’est une grande victoire des progressistes sur l’obscurantisme religieux qui gangrène la République.

Je ne souhaite pas rentrer dans des détails morbides et encore moins utiliser les méthodes des pro-life américains, par diffusion de vidéos trash sur l’avortement et d’images chocs sensées réveiller le citoyen, mais je me demande vraiment comment on peut sincèrement penser qu’on avorte comme on boit un verre d’eau.

Tout d’abord, je ne parlerai pas de l’argument des séquelles psychiques, souvent nommées « syndrôme post-IVG ». Peut-être existe-il pour certaines femmes, ce ne semble pas absurde. Mais il existe un contre-argument logique très valable : celle des femmes qui se portent toujours aussi bien après un avortement ne vont pas venir le clamer, d’où la probable surreprésentation des femmes qui regrettent ou en souffrent. Et puis, les études psychologiques n’ont jamais validé l’existence d’un « syndrôme post-IVG ».

Après, on peut discuter des méthodes d’avortement, si ça vous dit : il y a la plus barbare, la méthode par injection saline —utilisée au-delà de 16 semaines— qui consiste rien de moins qu’à empoisonner le fœtus en lui brûlant la peau et les poumons. Plus couramment on utilise le curetage —qui consiste grosso-modo à découper le fœtus en tranche avec un couteau spécial qui racle la muqueuse utérine— mais on fait plus moderne aujourd’hui, on utilise en France l’aspirateur —dite Méthode de Karman[7]— qui déchire le fœtus par aspiration sous vide (60% des avortements), ou, pour les cas les  plus précoces —avant 5 semaines— l’avortement médicamenteux : une bonne pilule et on pourra avorter devant la télé, en regardant Secret Story devant un pot de crème glacée. Après quelques maux de ventre, ça passera comme une lettre à la poste, comme un lendemain de soirée trop arrosée.

Rien de plus banal. Ce n’est pas une vie, pas vrai ? Rien qu’un gros bout de chair rose un peu flasque pourvu de bras et de jambes et d’un cerveau en formation.

7. Un dernier mot

Je n’ai fait ici que discuter des arguments les plus courants en faveur de l’IVG. Il y en a probablement que j’ai oublié. On aurait pu par exemple discuter des conséquences de l’avortement à l’échelle globale de certains pays. Quand on sait à quelle catastrophe démographique cours la Chine ou le Japon (où l’avortement est possible, quelle que soit la situation… jusqu’à 9 mois) et quel eugénisme sexué pratique l’Inde avec ses avortements massifs de petites filles (trop cher, la dot !) qui oblige les mâles indiens et autres chinois à être célibataires toute leur vie en raison d’une carence massive de femmes, on peut encore douter du bien-fondé de certains arguments pro-vie. En Russie, les taux d’avortements sont tellement préoccupants —ils sont supérieurs aux naissances : 105 avortements pour 100 naissances, contre 33 pour 100 en France— que le gouvernement essaye de prendre des mesures pour lutter contre. Cela étant dit, la pertinence individuelle de cet argument est limitée (ce n’est pas franchement ce à quoi va penser une femme se préparant à une IVG).

Bien sûr, ce sont des mœurs dépassées qui expliquent cette situation, plus que la légalisation de l’IVG. Mais ces mœurs dépassées sont permises, encouragées par les possibilités techniques et le développement massif de l’avortement. Prétendre le contraire, c’est comme prétendre que le nombre de morts par armes à feu aux États-Unis est sans rapport avec leur légalisation…

On peut conclure avec cette phrase de Sebastian Piñera, le président chilien : « précisément la manière dont une société traite ses membres les plus faibles – les adultes âgés, les malades, les plus pauvres, ceux qui souffrent d’un quelconque handicap et les enfants à naitre – en dit bien plus long sur son degré de civilisation que sa richesse matérielle, ou la hauteur de ses édifices, la qualité de ses infrastructures ou sa puissance militaire. »


[1] Compte tenu du fait que les pensées d’une mère qui se prépare à un avortement sont un brin différentes de celles de l’homme qui prépare un meurtre, j’éviterai ce dernier terme, très connoté et plutôt accusateur, même si le résultat final ne diffère guère, objectivement, d’un assassinat.

[2] Aménorrhée = règles

[3] La même Simone Veil, qui déclara en 2007 a TVMag : Il est de plus en plus évident scientifiquement que, dès la conception, il s’agit d’un être vivant.

[4] Statistiques de l’Avortement en France, INED 1997.

[5] Tous ces chiffres sont empruntés aux travaux d’Anne Muxel, politologue, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, membre du Centre d’étude de la vie politique en France/Centre national de le recherche scientifique (« La participation politique des jeunes : soubresauts, fractures et ajustements », Revue française de science politique, no 5/6, 2002, pp. 521-544). Sur tout ce qui concerne l’engagement politique des jeunes, on se reportera à Muxel Anne, « L’expérience politique des jeunes », Presses de Sciences-Po, Paris, 2001.

[6] Un avortement rapporte aujourd’hui 450 euros à un médecin. Remboursé à 100%. L’Etat ne dépense rien pour la recherche sur les trisomiques —on ne pense pas pouvoir « guérir » la trisomie, mais de grands progrès dans le traitement  de ses conséquences, au premier chef desquelles la déficience intellectuelle, on été faits ces dernières années, sans parler de l’espérance de vie des trisomiques, de 40 ans dans les années 50 à une espérance normale aujourd’hui— mais paye les médecins pour les avorter.

[7] J’adore quand le Larousse précise : « (…) Elle a remplacé le curetage, plus traumatisant pour la muqueuse ». Mais pas pour la mère ni le fœtus, bien sûr.

42 réflexions sur “Pourquoi je suis contre l’avortement

  1. Ton article ressemble à celui d’un vrai journaliste. L’écriture, les démonstrations, les arguments et bien sûr ton point de vu. Tout est parfait. Je t’admire.

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  4. tant que le monde continuera a tuer ses enfants, il n’y aura jamais la paix sur cette Terre. (de mère Térésa je crois)

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  6. Bravo ! Enfin un article argumenté, dépassionné, nuancé !
    L’inconvénient de la plupart des positions anti-avortement est qu’elles sont souvent trop dogmatiques…. du pain béni pour les pro-choice qui se font un plaisir de démonter les arguments de ces sales fanatiques religieux.
    Cet article est juste parfait. Je vais le faire circuler autour de moi !

  7. C’est sidérant de considérer que l’avortement est injustifié par l’argument 2!!!

    C’est mon corps, j’en fais ce que je veux !!! Et ce n’est pas parce que un enfant ne fait pas partie intrinsèquement de mon corps qu’il ne l’utilise pas et qu’il ne fait pas partie de mon corps au moment où il s’y trouve!

    Il grandit bien dedans que je sache ???? Alors qui peut prétendre par quelque autorité supérieure que je ne dois pas avorter car il ne fait pas « vraiment » partie de celui ci ???
    C’est le monde à l’envers!!

    Mais je reconnais que, certes, le problème est dû à la phrase mal exprimée. Mais ne faites pas comme si vous n’en comprennez pas le fond !

    On dispose de notre corps comme on le veut, c’est l’ouverture à beaucoup de dérives, il est vrai, mais c’est un droit qui me semble fondamental pour tout être humain!

    Personnelement, je ne suis pas contre l’avortement car je connais trop de cas particuliers succeptibles de devenir des cauchemars, le cas écheant! (femme de 25 ans, en couple depuis 8 ans, atteinte d’un cancer, tombée enceinte malgré l’utilisation de contraceptifs, risquant de graves problèmes voire la mort en cas de grossesse ; femme née d’une mère frivole n’ayant pu avorter à l’époque, ayant passé son enfance sans amour, se faisant violée très jeune par son beau père et finalement placée à la DASS et séparée de ses demis frères et soeurs à 14 ans…).
    Va éduquer la mère à l’amour … Dans certaines situations c’est difficile et cela entraine le sacrifice de la vie d’une enfant née et consciente cette fois !!!

    Mais je souhaite que personne ne doive subir ce traumatisme. Je pense que personnelement si j’avais dû le subir, j’aurais préféré la mort (ou vivre dans une autre société que celle dans laquelle nous vivons…)

    Je suis toutefois contre toute forme d’eugénisme à travers l’avortement mais j’ai connaissance d’une réalité inhumaine qui me permet de penser qu’il faut un encadrement spécifique et complexe de l’avortement. (ce n’est pas « juste » un enfant trisomique qu’on peut mettre au monde, mais également un enfant anencéphalique, un enfant avec de tels handicaps qu’il doive passer sa vie dans des centres où il sera nourrit par intraveineuse car il ne peut ni bouger, ni parler, ni comprendre, ni voir et souvent seulement ressentir la douleur…)

    L’avortement regroupe trop de choses pour être interdit …

    Toutefois, votre propos fait preuve d’une ouverture intéressante en ce qui concerne l’analyse quelques fois correcte de la société actuelle…

    Il est vrai qu’un peu d’éducation pour certaines jeunes filles est nécessaire…
    Mais certains comportements sont « explicables » (ne veut pas dire bien ou mal) par une pression sociale devenue trop forte. C’est donc dans ce sens qu’il faut agir, comment réduire la pression sociale mise sur le dos des femmes qui doivent être actives, heureuses, épanouies professionnelement, dans l’intimité, dans leurs relations familiales, amicales, qui doivent être belles, minces, faire les enfants les plus beaux, intelligents, les plus aptes à avoir un  » bon boulot »…

    C’est en rabaissant le pouvoir de toutes ces injonctions nouvelles qui oppressent et compressent les femmes dans un rôle toujours sur-déterminé ( car chacun y participe en y allant de son jugement de ce que doit ou non faire une femme, des vetements qu’une doit porter ou non… (etc… il y en a des masses et j’ai choisis des sujets plutôt futiles, désolé)) que l’on remettra un peu d’intégrité dans le comportement de chacun.

    Vous savez, beaucoup de préjugés filent toujours bon train…

    Toutefois, nous ne pouvez qu’un peu seulement, touché du doigt l’étendu de ces questions car vous êtes un homme, il vous est donc très difficile d’imaginer un tant soit peu les dogmes qui régissent la vie d’une femme, son conditionnement et que même beaucoup de femmes participent à développer (y compris des pro-féministes, cf certaines assos de protection des droits féminins) !

    Il ne s’agit absolument pas d’un sujet anodin et l’intéret de votre écrit est au moins d’en rendre compte …

    Ayant la vision de certains de ces conditionnements il m’est même arrivé étant jeune de vouloir être du sexe masculin, car certes, il y a d’autres problématiques, mais elles sont bien moindres. Rien que la légitimité de la parole d’un homme contre celle d’une femme est affligeante !

    • Bonjour et merci pour votre commentaire. Je vous réponds dans le texte (de cette façon je ne trahis pas votre commentaire).

      C’est sidérant de considérer que l’avortement est injustifié par l’argument 2!!!

      C’est mon corps, j’en fais ce que je veux !!! Et ce n’est pas parce que un enfant ne fait pas partie intrinsèquement de mon corps qu’il ne l’utilise pas et qu’il ne fait pas partie de mon corps au moment où il s’y trouve!

      Eh bien si, justement. L’enfant est dans votre corps, il n’est pas votre corps. Commencez par le reconnaître, c’est déjà une avancée. Réfléchissez-y en vous déconnectant des slogans: le fœtus est-il réellement votre corps, comme votre rein ou votre pancréas ? S’il s’agit d’un être bien distinct de vous, qui a vocation à quitter votre corps, pouvez-vous être décider de sa vie ou de sa mort sous prétexte que sans vous, il ne survivrait pas longtemps ? V

      Vous n’en faites pas ce que vous voulez, comme vous le feriez d’un bras ou d’un ongle. D’ailleurs, même si l’enfant était votre corps comme le bras ou l’ongle, vous n’en feriez pas ce que vous voulez… car si chacun est maître de son corps, les scarifications et les atteintes à la dignité de son corps (prostitution…) ne sont pas légitimes pour autant. IL faut sortir de la dimension ‘c’est légal/c’est illégal’, ou pire, ‘c’est choisi/c’est imposé’ pour raisonner vraiment en termes de justice et de morale: est-ce juste, est-ce injuste, est-ce bien, est-ce mal? Qu’est ce qui fait grandir, qu’est ce qui détruit? Qu’est ce qui est inacceptable car portant atteinte à la dignité de l’être humain? Existe-il une dignité universelle de l’être humain ? Voilà les véritables questions. réduire ce débat à « je fais ce que je veux de mon corps » est, à mon avis, parfaitement ridicule.

      Personnelement, je ne suis pas contre l’avortement car je connais trop de cas particuliers succeptibles de devenir des cauchemars, le cas écheant! (femme de 25 ans, en couple depuis 8 ans, atteinte d’un cancer, tombée enceinte malgré l’utilisation de contraceptifs, risquant de graves problèmes voire la mort en cas de grossesse ; femme née d’une mère frivole n’ayant pu avorter à l’époque, ayant passé son enfance sans amour, se faisant violée très jeune par son beau père et finalement placée à la DASS et séparée de ses demis frères et soeurs à 14 ans…).
      Va éduquer la mère à l’amour … Dans certaines situations c’est difficile et cela entraine le sacrifice de la vie d’une enfant née et consciente cette fois !!!

      Vous avez raison, et si vous aviez lu mon article en entier, vous n’utiliseriez pas cet argument que je reconnais comme légitime. Mais doit-on justifier au nom de quelques (RARES) cas extrêmes des situations qui le sont souvent bien moins?

      Dans certaines conditions, il est légitime de tuer (pour se défendre, en cas de guerre, etc.). Doit-on justifier le meurtre pour autant? Non, il me semble.

      Il ne s’agit donc pas d’interdire purement et simplement l’avortement, ce qui n’est pas possible dans la société actuelle (ce le serait sûrement dans une véritable société de justice…). Plutôt de s’interroger sur l’utilisation faite de la loi, sa portée, ses conséquences. Pensez-vous que rendre service à la femme violée en supprimant la vie qui grandit en elle? Sur le coup, elle est certainement soulagée. Mais ensuite ? Cet enfant né d’un viol est-il responsable de ce viol? N’est-il pas l’innocent ? Est-ce à lui de porter le poids des souffrances de ce monde ? Pourquoi investir dans les centres d’avortement et pas dans l’accueil des enfants handicapés ?

      Enfin, il est des gens qui ont des vies ‘objectivement’ difficiles. Mais entre reconnaître ( et tenter d’apaiser) la souffrance et s’improviser juge et partie pour trancher de qui ‘n’aurait pas du naître’ comme vous semblez le faire, il y a un gouffre. C’est renoncer à toute espérance que de croire cela, et donc à toute humanité. Les pires vies connaissent parfois les plus grandes rédemptions. Qui êtes-vous pour en juger ? Lisez donc le témoignage de Tim Guénard (http://www.amazon.fr/Plus-fort-que-haine-Guenard/dp/2290301531). Vous verrez s’épanouir une vie qui pourtant, « avait mal commencée ».

      Toutefois, nous ne pouvez qu’un peu seulement, touché du doigt l’étendu de ces questions car vous êtes un homme, il vous est donc très difficile d’imaginer un tant soit peu les dogmes qui régissent la vie d’une femme, son conditionnement et que même beaucoup de femmes participent à développer (y compris des pro-féministes, cf certaines assos de protection des droits féminins) !
      Ayant la vision de certains de ces conditionnements il m’est même arrivé étant jeune de vouloir être du sexe masculin, car certes, il y a d’autres problématiques, mais elles sont bien moindres. Rien que la légitimité de la parole d’un homme contre celle d’une femme est affligeante !

      Ce sont des questions d’un autre ordre (la condition de la femme dans la société, etc.), que vous ne pouvez pas si facilement associer à la question de l’avortement. Je n’ai rien contre les féministes, mais encore faut-il savoir de quoi on parle. S’il s’agit du féminisme qui considère l’avortement, la prostitution, la pornographie, comme l’ultime libération contre la méchante société patriarcale, comme un droit, un acquis, que dis-je, une immense liberté (celle de vendre son corps à des macs, à des magazines ou d’y détruire la vie), alors c’est non.

      Ces féministes-là ont été récupérées par le capitalisme libéral depuis longtemps. Un marxiste dirait que leur combat convient très bien au système qui a besoin de plus de consommateurs, de travailleuses, et besoin de vendre du porno et des putes pour soulager la tension (il dira plutôt la « lutte des classes ») qui surgit de tout ça. D’ailleurs il n’a pas besoin de handicapés stériles et improductifs non plus. A l’inverse les familles nombreuses, économes et prudentes, qui refusent d’entrer dans la logique du tout-marchand, et, comble de l’infamie, accueillent des enfants handicapés, seraient les ennemis du capitalisme.

      Mais si l’on parle du féminisme qui refuse d’entrer dans une stérile et stupide « guerre des sexes », qui se bat pour les vrais combats (parité salariale, droits des femmes dans le monde, clichés machistes, marchandisation du corps de la femme) sans tomber dans une agressivité de caniche et ériger une nouvelle police de la pensée (les féministes sont très fortes pour ça), en somme d’un féminisme qui, tout en luttant pour les droits de la femme, cherche à construire, je vous suis.

      C’est un autre débat. Je ne suis pas l’ennemi des femmes parce que je suis contre l’avortement, vous ne me ferez pas entrer dans cette logique.

    • Merci pour cette réponse. C’est toujours effrayant de voir des gens dire ce genre de choses mais surtout avec une réflexion structurée. Je ne souhaites pas à ce monsieur de voir sa jeune adolescente un jour devant le dilemme d’avouer à son père sa grossesse non désirée ou non, de peur qu’il lui refuse l’avortement. Ou son jeune garçon devenant père avant sa majorité car persuadé par son père que l’avortement est un mal.

      Rappelons bien qu’on n’est pas « pour » l’avortement, mais « pour le droit » à l’avortement, ce qui fait la différence.

      Alors oui on peut prendre des cas particuliers comme exemple, et c’est parfaitement valable : Il n’existe que des cas particuliers, il n’y a pas une masse avec la même histoire et les mêmes enjeux plus ces cas particuliers dont on parle. Tant qu’une femme n’est pas prête à avoir un enfant que ce soit moralement, financièrement etc elle a le droit d’avoir accès à un centre d’IVG.

      Dans votre réponse à ce commentaire vous êtes fascinant quant à l’enfant né d’un viol. Il lui vaut mieux vivre en se sachant né d’une horreur. Il est clair qu’être la personnification du viol de sa mère doit être la meilleure condition de vie possible. De plus vous estimez que la vie d’une microorganisme est plus importante parce que c’est un futur enfant, mais la mère qui va vivre avec ça? Son mari qui va voir se développer dans son corps l’enfant d’un autre devrait aussi se réjouir.

      Rappelons aussi que l’avortements c’est pas un moyen de contraception. Mais cette question relève d’une question d’éducation sexuelle, qui fait encore horreur à certains dans le système scolaire. Les blocages à la contraception notamment pour les adolescents restent importants et ce malgré les contraceptions gratuites, les planning familiaux etc.

      Les problèmes internationaux dont on parle plus haut dans l’article sont totalement hors de propos : L’exemple de l’Inde avec une baisse de la population féminine est-t-i plus un problème dû à la possibilité d’avorter ou à des moeurs dépassés?

      De même dans la dernière phrase « les avortements cesseront quand on comprendra mieux la valeur de la famille et de la vie. » c’est une absurdité qui est émise. On peut connaître les valeurs de la vie et de la famille mais avoir 15 ans.

      Les IVG cesseront le jour où tous les moyens de contraception seront totalement fiable, où tout le monde y aura accès, où il n’y aura plus de viols, ou il n’y aura plus de pression sociale poussant à des choix sur le sexe de l’enfant, et où toutes les maladies détectées avant la naissance pourront être soignées rapidement et ce gratuitement.

      En gardant à l’esprit que l’IVG n’est pas une IMG, et qu’avant la légalisation c’était fait clandestinement, mais c’était fait quand même, et que si un jour c’est à nouveau illégal, alors ce sera seulement un retour aux risques et à la clandestinité.

      Sur ce il n’est pas question ici de féminisme mais d’humanisme : Il faut bien deux gamètes pour un foetus.

      Cordialement, celle à qui vous faites peur pour son avenir et celui de ses futurs enfants désirés.

    • Bonsoir. Je suis d’accord avec certains points de votre commentaire, moins avec d’autres. Allons-y pour les désaccords :

      Dans votre réponse à ce commentaire vous êtes fascinant quant à l’enfant né d’un viol. Il lui vaut mieux vivre en se sachant né d’une horreur. Il est clair qu’être la personnification du viol de sa mère doit être la meilleure condition de vie possible. De plus vous estimez que la vie d’une microorganisme est plus importante parce que c’est un futur enfant, mais la mère qui va vivre avec ça? Son mari qui va voir se développer dans son corps l’enfant d’un autre devrait aussi se réjouir.

      Absolument. Je pars du principe que c’est le plus faible qui doit être protégé d’abord (la protection de l’un n’étant pas exclusive de la protection de l’autre). C’est donc d’abord la vie du foetus qui compte, plus que celle de la mère. Nos positions sont irréconciliables sur ce point. Quant à votre vision déterministe et pessimiste d’un monde où un enfant né d’un viol ne peux être que malheureux, et devrait préféré avoir été éliminé, il est clair que je ne la partage pas. De là à dire que le mari (ou la femme) devraient se « réjouir », vous êtes seule à le prétendre. Caricaturer à ce point montre que vous avez épuisé vos arguments pertinents. Si je suis « fascinant », vous, vous êtes sur ce point terrifiante.

      Les problèmes internationaux dont on parle plus haut dans l’article sont totalement hors de propos : L’exemple de l’Inde avec une baisse de la population féminine est-t-i plus un problème dû à la possibilité d’avorter ou à des moeurs dépassés?

      Des mœurs dépassées évidemment, mais qui sont permises, encouragées par les possibilités techniques. C’est un peu comme dire que le nombre de morts par armes à feu aux USA n’est liée qu’à des « mœurs dépassées », et n’a rien à avoir avec la légalisation des armes à feu.

      Les IVG cesseront le jour où tous les moyens de contraception seront totalement fiable, où tout le monde y aura accès, où il n’y aura plus de viols, ou il n’y aura plus de pression sociale poussant à des choix sur le sexe de l’enfant, et où toutes les maladies détectées avant la naissance pourront être soignées rapidement et ce gratuitement.

      Parce que selon vous, quand 96% des foetus trisomiques sont éliminés avant la naissance, c’est un moyen de soigner la trisomie ?

  8. Ce que je trouve particulièrement immature dans votre positionnement, c’est le fait qu’en tant qu’homme, jamais vous ne vivrez dans votre chair la difficulté de donner la vie..C’est amusant de constater que vous vivez cela totalement cérébralement, bien loin de la réalité CRUE du terrain. BIP. BIP BIP

    Chère Cantaremos, si modérée, si réfléchie, si pleine de bon sens, de finesse et d’arguments argumentés: je publie tous les commentaires, même à l’opposé de mes convictions, quand ils sont argumentés sérieusement et ne tombent pas dans l’agressivité de caniche ou les hurlements fanatiques à base de slogans. Malheureusement vous ne remplissez aucune de ces conditions. L’essentiel de votre commentaire est un mélange d’affirmations gratuites, de slogans militants, de raisonnement par le pathos, d’attaques ad hominem, de mélanges des genres (vous passez allègrement du politique au moral et du moral au politique de la façon la plus confuse et la plus incohérente qui soit). Et en plus, vous invoquez Darwin sans vous en rendre compte pour lui faire dire ce qu’il n’a jamais dit. Les nazis auraient, je pense, aimé votre argument de la sélection naturelle.

    Les pro-avortement de Grenoble, au moins, ont le mérite d’assumer: http://grenoble.indymedia.org/2010-11-18-Stop-aux-anti-avortement-a. Je cite: « Nous n’avons pas cette conception de la place de chacun-E dans notre société et revendiquons la liberté de choisir de tuer l’enfant non désiré ou pas. »

    Mais sachez que ma magnanimité est légendaire, même pour les féministes visiblement droguées à la pensée unique. Aussi n’hésitez pas à retenter un commentaire, avec des arguments. Ce sera un plaisir de vous lire. Au revoir.

  9. « Je le dis avec ma conviction, l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issues (…). C’est toujours un drame, cela restera toujours un drame. C’est pourquoi si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s’il admet la possibilité d’une interruption de grossesse, c’est pour la contrôler, et si possible en dissuader la femme. » Simone Veil Faux ! Comme quoi, on peut être à l’origine d’une loi autorisant l’avortement et dire des conneries sur celui-ci. Je connais plus d’une personne pour qui c’était tout sauf un drame. Il y a même un blog qui regroupe des témoignages dans ce sens.

    Ah, « vous » connaissez quelqu’un, et il y a un blog qui regroupe des témoignages… c’est une preuve irréfutable que c’est anodin, alors. Votre expérience a force de loi. Moi je connais une femme violée qui n’a pas porté plainte et qui ne s’en plaint pas. Ça doit être la preuve que le viol n’est pas un drame, hein.

    « Quand on sait à quelle catastrophe démographique cours la Chine ou le Japon (où l’avortement est possible, quelle que soit la situation… jusqu’à 9 mois) » C’est pas beau de mentir ! Le délai de prescription pour avortement est de 21 semaines (moins qu’en Angleterre !) depuis 1993, dérogé à 25 semaines si la mère à moins de 16 ans au Japon. Pour la Chine, j’ai beau chercher, je ne trouve aucune source sérieuse quant aux délais légaux à ce propos.

    Je vous remercie pour la précision sur le Japon, mais je crois que la question est plus compliquée que ça: voir ici : http://www.japantime.org/Blog/?p=139. Pour la Chine, vous n’avez pas du chercher bien loin: http://www.svss-uspda.ch/fr/facts/mondial-liste.htm
    Je note que vous concentrez vos attaques sur un argument mineur. Try again.

    « Il s’agit d’un être bien distinct du corps de sa mère, qui ne fait que « squatter » celui-ci pour se développer, mais qu’on ne peut certainement pas confondre avec le corps de la mère. Il se développe dans le corps de la mère, mais il n’est pas celui-ci. »

    Dans ce cas, on doit aussi se sentir coupable de tuer ces pauvres virus et autres parasites qui ne font que « squatter » le corps des humains dans le but de survivre, non ? Ce sont des êtres vivants aussi. Et puis les hommes aussi sont concernés, au moins, il y a égalité dans ce domaine. D’ailleurs, je compte adopter un vers solitaire dans les prochains jours. Nous avons tous les deux besoin de compagnie.

    A ce point de stupidité (comparer un fœtus et un ver solitaire), je vous laisse vous enfoncer vous-même dans votre néant.

  10. Merci pour cet article, qui reprend exactement je que pense depuis longtemps. Il est réconfortant de constater, surtout actuellement, que l’on est pas seul à avancer ces arguments.

    On prétend souvent, pour banaliser l’avortement, qu’un foetus n’est pas une vie humaine… sauf quand on le désire. Même les femmes militantes pour le « droit » à l’avortement (en tout cas la plupart), voudront un jour ou l’autre avoir un enfant : dans cette situation de grossesse « désirée », lorsqu’elles vont vous montrer les images de l’échographie de leur petit chou tant attendu, essayez de leur dire « mais tu sais, pour l’instant, c’est n’est pas encore un être humain ».

    D’un point de vue purement logique, à un moment X de la grossesse, le foetus est ou n’est pas un être humain, on ne peut pas dire qu’il l’est lorsqu’on le désire, et qu’il ne l’est pas lorsqu’on ne le désire pas.
    Cette plongée de notre société occidentale dans l’incohérence m’exaspère. Plus qu’une incohérence, c’est une hypocrisie. On accepte désormais de nier que deux plus deux fassent quatre pour défendre nos intérêts personnels au mépris de la logique, que nous avançons pourtant comme étant le moteur de la raison et de la science qui elles-mêmes doivent faire reculer l’obscurantisme et faire progresser la civilisation.

    Alors il faut être cohérent : soit on croit que le foetus est un être humain, dans ce cas on ne prône pas un « droit » sans conditions à l’avortement, soit on croit qu’il ne l’est pas, auquel cas on ne va pas faire des échographies à un stage encore intermédiaire de la grossesse pour s’assurer que le « bébé va bien ».

    Dans notre société, on constate une omniprésence du raisonnement « ça me convient donc c’est bien dans l’absolu », qui entraîne la confusion entre désir et droit que vous soulignez. On parle tous les jours de libertés. On ne parle presque jamais de responsabilité.

    Dans votre article, vous décrivez très bien la dérive qui s’est produite entre la loi Veil et son objectif, et le recours actuel à l’avortement comme banal moyen de contrôle des naissances. Il a fallu très peu de temps entre la dépénalisation et l’instauration d’un climat de pression à l’égard des femmes qui portent un enfant handicappé ou un enfant non désiré. Cette tendance sera très difficile à inverser. Mais elle me fait penser à un autre sujet d’actualité, l’euthanasie : imaginez qu’on légalise demain l’euthanasie pour les malades en phase terminale et les handicappés graves suite à un accident. Il n’y aura qu’un pas entre une loi permettant à certaines personnes désespérées d’abréger leurs souffrances à leur demande, et l’instaurantion d’un climat de pression sociale pour que ces gens-là « partent ». ça choque certains que j’écrive cela ? C’est exactement ce qu’il s’est passé avec l’avortement. Que ceux qui contesteront cette comparaison s’enlèvent leurs oeillères.

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  13. Merci pour cet article, quel reconfort de vous lire et de voir que certaines personnes continuent de reflechir.

  14. Bonjour,
    Votre article résume bien le point de vue légitime de l’opposition à l’avortement.
    Je voulais juste vous dire, que malgré tout le respect que j’ai envers votre position. Je me demande est- ce qu’on peut réellement parler d’une vie lorsque qu’on la démarre dans un environnement de secours. Une atmosphère qui est fabriqué pour apaiser une présence non désirer? Parce qu’il est immorale de ne pas vouloir etre une mauvaise mère ou d’abandonné son bébé.
    Je vous suis par rapport à l’abus de l’ivg sur des cas aussi particuliers que ceux qui sont réellement  »justifié ». Je ne proclame pas l’avortement comme solution est encore moins comme un droit comme vous l’avez exprimé.
    Je défends son existence, en pesant la gravité de ce qu’il constitu. Parce que personne ne vit juste, personne ne veut etre un simple être biologique qui survit parce que c’est ce qui est juste.
    Voilà rapidement, ce que je continue à penser malgré le bon sens de vos arguments.

  15. Bravo! tout es dis dans cet article. Comment peut-on tuer son propre bébé et tenter de retomber enceinte 2 ans après?
    Les femmes qui se font avortées cherchent trop à se déculpabilise avec des arguments bidons mais en réalité rien n’excuse leur geste (sauf si grave maladie et que le fœtus n’est pas viable hors utérus et/ou risque de mortalité chez la mère)
    Problème de contraception? oubli de pilule ou mauvaise association avec un autre médicament diminuant ainsi l’efficacité de la pilule? pilule inadapté? il me semble pourtant qu’il existe des notices dans les boîtes de pilules et elles ne sont pas fais pour les chiens! et les préservatifs,les implants, les stérilets? ça sert à quoi?les gynéco ça existent aussi afin de trouver la contraception qui nous convient au mieux! si grossesse malgré la contraception alors acceptation du bébé! et si vous n’éprouvez aucun sentiment pour ce petit être alors faites le adopter! mais vous n’avez aucun droit de vie ou de mort sur lui… vous avez merdé, il est la, trop tard il faut en assumer les conséquences.

    Personnellement je suis tombé enceinte (actuellement je suis à 1 mois et demi) sous pilule car je n’étais pas très réglo sur la prise. Ce bébé n’était pas désiré mais malgré tout je ne peut m’empêcher d’éprouver beaucoup d’amour à son égard malgré que pour certaine ce ne soit qu’un « amas de cellules »….

  16. Je viens de lire l’article et survoler les commentaires.

    Quand vous dîtes qu’un bébé né à 21 semaines est rendu « en parfaite santé à ses parents », excusez-moi du peu mais quelle connerie! J’ai été confrontée à quelques cas cliniques et les enfants prématurés comportent souvent des troubles majeurs. Leur « handicap » est proportionnel à leur prématurité. Notre technologie est incapable de recouvrer les conditions naturelles de l’utérus. Rien que l’apesanteur est un facteur stressant histologiquement.

    Vous dîtes que l’avortement est un meurtre, car le zygote est un être humain dès « la nidation ». Il me paraît congru de conclure que le contraception est une atteinte à la vie. Pourquoi la limite serait-elle la rencontre de deux gamètes? La contraception empêche la continuation naturelle de la vie. Mon argument me semble finalement bancal.

    Puis, quid de la contraception même? Pourquoi n’y a-t-il pas de contraception masculine? Peut-être vous rendriez-vous compte que ce n’est pas une science sûre: beaucoup (évidemment « beaucoup » est relativement imprécis), beaucoup d’avortements surviennent par inefficience, non du contraceptif lui-même, mais de sa posologie. Les femmes n’ont qu’à faire plus attention! Les hommes, n’ont qu’à faire plus attention. Ou prendre en charge toute cette logistique. Vous verriez alors que ce n’est pas si facile.

    Vous parlez de l’avortement lors de certaines situations dramatiques. Quid du danger médical? Quel être choisir entre la mère et l’enfant lorsque les deux sont menacés? quand un viol donne une grossesse, le foetus ne l’a pas choisi, mais la mère non plus. Suffit-il que l’enfant soit adopté? Cette solution idéale semble bien aléatoire. S’il y a abandon et pas d’adoption, l’enfant sera-t-il vraiment heureux à la DASS? Si la mère l’élève, aura-t-elle assez de force mentale pour ne pas faire d’amalgame entre cette tragédie et son enfant? Ad hominem par moi, une fille issue d’un viol conjugal (ciel! il ne s’agit donc pas d’un viol) s’est toujours sentie coupable. Le viol entraîne massivement la honte.

    Vous citez la cas de la trisomie 21. Bien sûr, des parents en peuvent être heureux! Mais la majorité? (Mon bon sens me serine qu’il s’agit plus d’angoisse pour son enfant que de joie, mais le bon sens est traître). Qu’en est-il donc des enfants si massivement atteints cérébralement qu’on a du mal à discerner un début de conscience? Je ne dis pas qu’ils n’en ont pas, que le foetus n’en a pas. Voyez-vous, je ne le sais pas et ne se saurai sûrement jamais. Bien sûr, il a le droit à la vie. Mais une vie de quoi? De dépendance totale à l’autre? De non-communication parfois? D’état végétatif?

    Vous parlez également de choix. Mais quel choix? Celui d’être une mère célibataire et mineure à la charge de la collectivité? (Argument économique que vous avancez comme pendant des pro-avortements pour limiter la dépense publique dans la prise en charge de la trisomie 21). Finalement, tout est cas d’exception.

    Quand les femmes veulent l’avortement comme un droit, il ne s’agit pas d’en abuser. rencontrez des femmes avortées: elles vous diront l’horreur et la culpabilité ressentie, la pression sociétale à le cacher, la souvenance marquée au fer rouge.

    Voilà, quelques questions qui, j’espère, seront pertinentes. Je ne dirai qu’une chose pour conclure: tout est toujours plus compliqué qu’il n’y paraît. Prenez le débat sur l’éducation des sourds: oralisation ou langue des signes? L’une est très limitées, un cauchemar à apprendre, n’assure pas un support pour la cognition. L’autre est une vraie langue mais cantonne l’usage à la population signante. Combiner les eux? C’est très difficile. Où se trouve la bonne solution? Un avis tranché, comme dans le traitement abortif, me semble difficile.

    Finalement la logique est parfois ténue et ne propose pas de chemin éclairé.

    • En effet ce débat houleux, encore aujourd’hui, ne cesse de déchaîner les passions. Je salue d’avance votre commentaire, bien que dans le fond nos idées divergent radicalement, tout simplement parce que vous posez LES questions. L’avortement est de nos ours une sujet quasi tabou, rien (surtout l’Etat) ni personne ne semble pouvoir le remettre en cause.

      Alors que c’est là que tout devrai se jouer : comment un débat peut il être constructif s’il n’est pas public? Ne dit on pas de l’éthique, issue de longs débats, qu’elle est l’antithèse de la morale? Par voie de conséquence, elle DOIT être revue et révisée le plus régulièrement possible, et le législateur doit s’évertuer à mettre en place des lois qui y correspondent ! Le long silence qui plane autour de ce sujet devrait sortir du domaines des associations pro ou contre avortement et enfin être traité ailleurs que sur la place publique, et autrement que par des rixes.

      En sommes, nous posons des questions mais personne n’est là pour les entendre. Et pendant ce temps, la roue de l’avortement tourne, tourne… Les premières victimes restent les enfants (on ne me fera pas dire foetus qui est un terme strictement médical), et leur mort ne doit plus être permise.

      « Holà du calme le réactionnaire! » me dira t on. Mais les « réactionnaires » ont démontrés qu’ils sont loin d’être une minorité, regardons les manifestations autour du mariage « pour tous ». Si je dois vivre dans une démocratie, que celle ci soit logique, qu’elle n’obéisse plus aux passions d’un autre temps, qui ont bien démontrées leur inefficacités. Jamais la femme n’a été autant perçue comme un objet qu’aujourd’hui.

      Très bon article au demeurant.

  17. Bonjour,

    Votre argument central «Que, quoi qu’on en dise et quelle que soit la légitime compassion dont on peut faire preuve à l’égard de femmes qui avortent, l’IVG est la suppression d’une vie[1]. C’est un acte intrinsèquement immoral et toujours injustifiable.» est très discutable.

    Tout d’abord, il faudrait préciser ce que vous entendez par «une vie». Ce terme est ambigu et sème la confusion. Désigne-t-il tout organisme vivant ? Dans ce cas les conséquences de votre précepte moral seraient absurdes : il serait immoral de tuer des plantes pour les manger. Désigne-t-il un être sensible doté d’une conscience de soi ? Dans ce cas le foetus n’en est pas un, du moins pas dans les premiers mois de la grossesse, car son système nerveux n’est pas encore assez développé. (J’aimerais d’ailleurs savoir d’où vous tirez l’information selon laquelle un foetus commence à ressentir la douleur à partir de 8 semaines…vous jetterai un coup d’oeil aux deux liens en bas de mon commentaire.) Finalement, si le terme «vie» réfère à un organisme appartenant à l’espèce Homo Sapiens, cela pose d’autres problèmes importants. En quoi l’appartenance à une espèce (et pas à une autre) confère-t-elle en soi le droit à la vie ? Est-ce qu’un être humain plongé dans un coma profond et irréversible a le même droit à la vie qu’un être humain adulte conscient ? Accorder un statut particulier et sacré à la vie de tous les membres de notre espèce pour la seule raison qu’ils font partie de cette espèce n’est pas vraiment défendable rationnellement. Il s’agit plutôt d’un précepte s’inscrivant dans la vision anthropocentriste de l’univers issue de dogmes religieux.

    La vie en elle-même ne confère aucuns droits. Il est plus juste de la considérer comme le support de certaines facultés qui, elles, donnent certains droits aux êtres qui les possèdent. Ainsi, la faculté de ressentir la douleur confère à un être le droit de ne pas être maltraité physiquement. C’est pourquoi il est moralement problématique de faire souffrir la plupart des animaux, mais qu’il n’y a rien de mal à déraciner une plante. La faculté d’avoir une conscience de soi et de se représenter dans l’avenir confère certainement le droit de ne pas être tué. Or, le foetus ne possédant vraisemblablement pas une telle faculté, l’avortement n’est pas immoral. Un foetus (au moins dans les premiers mois de son développement) n’a pas une valeur morale plus grande qu’une plante ou qu’un caillou.

    http://www.larousse.fr/encyclopedie/medical/fœtus/13170

    http://www.radio-canada.ca/nouvelles/science/2010/06/25/002-foetus-douleur-avortement.shtml

    P.S. Votre article serait plus crédible sans des commentaires tels que «exception faite de la minorité militante et féministe qui ne comprend rien à rien —comme toujours avec les féministes, serai-je tenté d’ajouter—».

    • Merci pour votre commentaire ! Pour votre argumentation sur l’ambuigité du terme « vie », je vous renvoie à l’article où j’exprime cette critique : Puisque la capacité d’un développement pleinement humain est donnée dès la première cellule embryonnaire, qu’elle est inhérente au génome, il est absurde de dire que le moi ontologique commence après neuf mois (avec le moi légal) ou pendant la phase fœtale (avec le moi psychologique) ou s’interrompt si l’être est momentanément frappé d’incapacité. La difficulté est alors de justifier que le respect soit dû à toute forme de vie humaine et pas à la vie animale (un gnou ou un dindon est tout aussi « vivant » qu’un « légume » humain). L’Église catholique répond à cette objection par la place particulière accordée par Dieu à l’homme [Homme supérieur à l’animal] dans la création. »

      Par ailleurs, j’aime beaucoup votre argumentation sur « la vie comme le support de certaines facultés qui, elles, donnent certains droits aux êtres qui les possèdent. ». Je ne suis pas d’accord, mais j’y réfléchirai et je reviendrai avec vous en discuter. C’est une question passionnante. Je pense qu’il y a là un débat profond de philosophie.

      Pour la question de la douleur, j’ai fait quelques recherches rapides et il semble que je me trompait en effet, mais vous aussi : http://www.informationhospitaliere.com/actualite-3402-foetus-sent-deja-douleur-qu-il-seize-semaines.html

      je vais rectifier en l’attente de meilleures informations.

      Enfin vous avez raison sur votre dernier paragraphe, j’ai enlevé ces passages un peu pamphlet sans intérêt de la nouvelle version.

      bien à vous

    • « Ainsi, la faculté de ressentir la douleur confère à un être le droit de ne pas être maltraité physiquement. C’est pourquoi il est moralement problématique de faire souffrir la plupart des animaux, mais qu’il n’y a rien de mal à déraciner une plante. La faculté d’avoir une conscience de soi et de se représenter dans l’avenir confère certainement le droit de ne pas être tué. Or, le foetus ne possédant vraisemblablement pas une telle faculté, l’avortement n’est pas immoral. Un foetus (au moins dans les premiers mois de son développement) n’a pas une valeur morale plus grande qu’une plante ou qu’un caillou. »

      En y réfléchissant rapidement, le problème de votre position ontologique me semble résider dans son côté « spécialisant » : à chaque faculté naturelle serait associée un droit spécifique (ex. douleur = droit de ne pas souffrir), alors que je m’efforce de penser les choses de façon plus globale. Car, si je vous suit en caricaturant (un peu), un insensible à la douleur, mettons par accident, peut à bon droit être exécuté. Ou un inconscient (quelqu’un qui dort, quelqu’un qui est dans le coma). Plus sûrement devez-vous penser qu’il faut un ensemble de caractéristiques, telles que conscience + douleur + … etc. Mais alors on buttera toujours sur la liste exacte et précise, sensée définir l’humanité. Car comme le foetus est un être en évolution, certains éléments sont présents dans la liste à une certaine date et pas à une autre ? Comment alors accepter moralement l’avortement à deux dates différentes ? C’est une question importante à laquelle vous ne répondez pas.

      D’où ma tentative de penser en termes plus globaux, comme « être en devenir » : ce qui est à considérer est la potentialité (le foetus non dans son état actuel mais dans son état futur) plus que ce qui est immanent. Or du sperme, seul, n’a aucune potentialité. Contrairement au zygote fécondé.

      Et une fois encore, cela invite au respect de tous les animaux, mais si l’on admet un anthropocentrisme minimum (auquel personnellement j’adhère), la soumission des non homo sapiens à ces derniers reste légitime.

    • Pour etre franc , je suis tombe vite fait sur l’article donc je n’ai pas tout lu … Texte bien ecris et les commantaires tres pertinants mais je pense qu’on ait sur un debat sans fin comme plein d’autres … Le meurtre sans douleur mais meurtre quand même ou la douleur humaine ? Seulement , ce n’est que le fond du debat , si l’avortement est interdit que se passe t’-il ? Il va se passer les même chose qu’il y a 50 ans : avortement clandestins . Si l’avortement est le fait de supprimer la vie alors même chose pour la capote et la pillule ! Accouchement: 2 em plus grosse douleures qu’on peut ressentir ( etre brule vif et la premiere ) , soyons nous pas un peu sadique en obligant a une femme a subire ca ? Debat infini … Enfin , si la capote , la pillule et l’avortement sont interdits , il y aura surpopulation . L’avortement est donc un debat tres complexe voir sans fin et donc je pense qu’il faut l’autoriser car je suis pour ou contre , mais juste parce que si il est interdit , les avortements clandestins exploseront … Voilà j’ai fini ^^

  18. voila pourquoi il faut réfléchir si ceux qui sont pour se posaient la question .. a savoir que ….si leurs parents les avaient envoyés dans les toilettes ils ne seraient pas la pour en discuter …….bonsoir les gros bras à courte vue comme disait Einstein la bêtise humaine est incommensurable

  19. Peut-on être contre l’avortement mais pour le droit à avorter? Je pose que OUI.
    Ne peut-on pas considérer que c’est une mauvaise chose d’avorter, mais ne pas en imposer l’interdiction à quelqu’un qui penserait différemment? (car il s’agit bien de « pensée » et non de démonstration scientifique dure sur ce qu’est la vie, la vie humaine, l’âme, etc…)
    N’est-il pas un principe que nous devons considérer comme sacré qui est que nous n’avons aucun droit d’interdire quoi que ce soit à autrui sans qu’il y ait une bonne raison pour le faire, c’est-à-dire une raison qui ne vaille pas simplement pour moi, à titre d’option personnelle, confessionnelle par exemple, mais qui puisse et doive valoir aussi pour tous?

    A titre personnel je suis contre l’avortement, mais il est évident que ma position est basée sur mes opinions personnelles (le débat sur l’avortement est un dialogue un peu sans fin car sur la base de critères non-objectifs) et je veux y rallier le plus de monde possible, par le dialogue, mais pourquoi devrais-je vouloir IMPOSER mes vues aux autres?

    De plus, de fait, l’avortement a ceci de commun avec la drogue, que si on l’interdit, il est quand même pratiqué dans des réseaux souterrains et avec des pratiques risquées. Vouloir interdire ce qui ne peut pas être interdit n’est t-il donc pas une position idéologique bornée (puisque refusant l’évidence qu’on ne peut l’empêcher) ?

    3,5 milliards en 1970 ; 7 milliards en 2014 ; quand on sera 14 milliards en 2050 alors que la planète ne peut pas nourrir autant de bouches, le discours sur le « laisser-naitre » ne se remettra t-il pas lui-même automatiquement en cause?

    Pour d’aucuns, la cause d’une perçue « décadence » de la société américaine dans les années 30 était l’alcool… Qui a pendant un temps d’ailleurs été en conséquence interdit (la prohibition). En rétrospective, nous savons très bien que d’une part, l’alcool lui-même n’a jamais été LA cause de la décadence, c’est son utilisation. D’autre part, l’interdire n’a JAMAIS empêché sa consommation…
    L’alcool servait donc de BOUC EMISSAIRE aux problèmes de la société
    Si un homme décide de boire de l’alcool plus que de raison, est-ce parce qu’il y a accès? ou est-ce parce qu’il est malheureux, qu’il est désocialisé, qu’il manque d’amour peut-être, que le cadre sociétal dans lequel il vit crée les conditions de son malheur?

    De même le droit à l’avortement n’est-il pas un bouc émissaire pour ceux qui souhaitent son interdiction? si l’on peut considérer que certaines femmes perdent la notion de la valeur de la vie, qu’elles sont désorientées, qu’elles font le choix d’avorter, est-ce parce qu’elles ont le droit d’avorter? ou est-ce parce qu’elle sont dans un bain social qui les amène à vivre un sexualité sans borne, à vivre en surface, à ne pas se poser trop de questions? N’est-ce pas parce que leurs « désir » est tué par une société de consommation libidinale?
    Là sont les questions et les remises en questions.

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