En finir avec la compétitivité (1/2)

Résumé de l’épisode précédent : pourquoi le déficit commercial ne signifie rien

Dans l’article précédent, j’ai expliqué, reprenant des arguments économiques courants, pourquoi un déficit commercial (importer plus qu’on exporte) ne signifie rien. Il ne s’agit pas tant de dire qu’un tel déficit n’est pas « grave » (si tant est que ce mot puisse avoir une signification précise) que d’expliquer pourquoi, hors contexte, il est ininterprétable, et donc ne signifie pas grand-chose. Les Etats-Unis sont en déficit commercial depuis fort longtemps et cela ne les empêche pas d’être toujours la première puissance économique mondiale.

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Un déficit commercial accru peut signifier tout et son contraire. En l’espèce, le déficit de la France est lié à des raisons structurelles sur lesquelles on ne peut pas grand-chose (prix élevé des importations énergétiques, montée en puissance des économies émergentes exportatrices, euro fort). Il est aussi lié au fait que les Français investissent beaucoup à l’étranger (presque 900 milliards d’euros en 2012), et reçoivent de ces investissements des revenus (143 milliards en 2012) qui, rapatriés (en partie) en France, permettent aux Français de consommer des produits importés. Ce qui est plutôt une bonne nouvelle. Il ne faut pas ignorer le problème que peut représenter un creusement du déficit dû à une difficulté des entreprises exportatrices françaises à gagner des parts de marché. Mais il ne faut pas non plus, comme on le fait trop souvent, exagérer l’impact du commerce international sur les économies résidentes, en oubliant qu’il existe un vaste secteur protégé, largement tertiarisé, représentant la majorité des emplois et de la production nationale. En oubliant surtout que les performances économiques d’un pays dépendent principalement de variables structurelles comme le taux de productivité de la main d’œuvre, et n’ont pas grand-chose à avoir avec la répartition des clients entre demande intérieure et demande étrangère.

Ce qui m’amène à parler de la compétitivité. Car s’il y a bien un discours franco-français aussi répandu que nuisible, c’est celui sur la compétitivité de la France. A croire, comme le pensait d’ailleurs l’excellent Jean-Marc Daniel, que le discours économique français est piégé entre deux extrêmes, tout aussi caricaturaux l’un que l’autre.

A ma gauche, un keynésianisme poussiéreux

A ma gauche, une vision appauvrie du keynésianisme, selon lequel il suffirait de creuser sans cesse les déficits, notamment publics, pour « soutenir la demande » et créer de la croissance, incidemment de l’emploi. C’est une version appauvrie du keynésianisme, car John Maynard Keynes n’a jamais prétendu qu’il fallait creuser les déficits publics en tout temps, mais qu’on pouvait les utiliser dans certaines circonstances particulières : sous-emploi des facteurs de production, anticipations négatives des entrepreneurs qui rendent l’investissement privé insuffisant. Traduction : en 2009, quand le PIB français chute de plus de 3%, que l’inflation est nulle, que le chômage gagne deux points en un an, avec un recul de près de 1,5% de l’emploi intérieur salarié sur l’année (correspondant à plus de 360 000 emplois perdus), la relance est nécessaire pour éviter qu’une chute plus grave du PIB n’entraîne une hausse plus importante du chômage. Voilà la leçon de Keynes.

Sauf que les déficits publics français ne datent pas de 2009 mais de…1974, dernière année où les Administrations Publiques françaises (APU) ont enregistré un excédent des recettes sur les dépenses. Autrement dit, là où Keynes aurait recommandé d’engranger des excédents en période de croissance, et de les utiliser en laissant filer les déficits en cas de crise, la puissance publique s’est endettée au-delà du raisonnable, en temps de croissance comme en tant de crise, et ce depuis plus de quarante ans.

C’est oublier aussi les nombreuses limites de la relance keynésienne, pointées par les économistes au fil des années, où l’endettement apparaît comme la face émergée de l’iceberg : effet d’éviction dans certains secteurs (là où il y a concurrence entre le public et le privé : un emploi public crée détruit un emploi privé équivalent), contrainte extérieure qui rend une relance isolée inefficace (toute relance devant être coordonnée au niveau européen, sinon international), inefficacité si les agents, pessimistes, anticipent des hausses d’impôts et réagissent à la hausse de la dépense publique en augmentant leur taux d’épargne (équivalence ricardienne).

Empiriquement, Jean-Marc Daniel souligne que les résultats des politiques keynésiennes entreprises depuis la crise sont très modestes, eut égard aux dépenses colossales réalisées : « Aux Etats-Unis, le creusement colossal des déficits sur la dernière période n’a impulsé qu’une croissance dérisoire de l’économie, preuve que le système ne répond plus. Outre-Atlantique, alors que le déficit budgétaire s’est creusé à plus de 10 % du PIB, le taux de croissance n’a toujours pas permis de retrouver le niveau d’emploi antérieur à la crise. » Car il ne sert à rien de relancer la demande si les entreprises ne sont pas en état de produire efficacement : on ne fera que relancer l’inflation.

Que dire enfin des politiques monétaires d’inspiration keynésiennes, pratiquées massivement par la FED, et dont les risques inflationnistes sont plutôt dangereux ? (voir cet article de « Thomas Renault », Pourquoi la hausse de la base monétaire n’entraîne pas (pour le moment) d’inflation ?)

A ma droite, la « recherche de la compétitivité »

Dans ces conditions, la tentation est forte, à ma droite, d’appeler à une vigoureuse « politique de l’offre », centrée sur la production et les entreprises. Mais, comme l’écrit fort justement Alexandre Delaigue, « deux erreurs ne font pas une vérité ». Autrement dit, ce n’est pas parce que le camp d’en face exagère qu’il faut en faire autant ; les inanités de l’adversaire ne rendent pas –par miracle– les inanités d’en face plus réalistes.

Parmi les outils d’une « politique de l’offre » figure en effet, et en bonne place, la recherche de la compétitivité. De la nécessité d’être compétitifs, chroniqueurs, journalistes, politiciens, nous en resservent jusqu’à l’indigestion, de gauche à droite, et dans une belle unanimité. Les seuls à qui on ne demande pas leur avis sont les économistes sérieux (ceux qui ne s’expriment pas sur les plateaux télé, donc), et on a bien tort. Car, la compétitivité, qu’est-ce que c’est ?

Définir la compétitivité d’un pays : mission impossible ?

Être compétitif, pour une entreprise, c’est se maintenir durablement dans un environnement concurrentiel. Cela peut se faire soit en vendant moins cher que les autres (on parlera de compétitivité-prix), soit en fabriquant des biens ou des services de meilleure qualité ou jugés tels, de façon à ce que le prix n’ait pas d’importance (compétitivité hors-prix). On notera que jusqu’ici, la compétitivité est une notion individuelle : elle peut s’appliquer à une entreprise isolée, éventuellement à un groupe d’entreprises, mais certainement pas à un marché (on ne dit pas qu’un marché est compétitif), à un secteur…ou à un pays ?

Il faut se demander de quoi l’on parle. La compétitivité de la France, est-ce la compétitivité du territoire français ? Cela désignerait la capacité de ce territoire à se maintenir durablement dans un environnement concurrentiel. Autrement dit, la capacité du territoire français à attirer des entreprises, en fonction de l’environnement légal, fiscal, du marché du travail, des infrastructures, etc. Dans cette approche, on représente la mondialisation mettant différents territoires en concurrence, et le plus compétitif attire davantage d’entreprises, et l’emporte. On peut dans ce cas parler sans trop de difficultés de compétitivité de la France (entendue au sens de compétitivité du territoire français), encore que, nous le verrons dans l’article suivant, cela ne présage en rien que les mesures prises pour favoriser cette compétitivité seront efficaces.

Cependant, le plus souvent les chroniqueurs médiatiques, quand ils parlent de compétitivité de la France, veulent plutôt parler de la compétitivité nationale, c’est-à-dire celle des entreprises françaises. Peut-on définir la compétitivité d’un pays comme celle de ses entreprises ? Cela paraît simple, mais ça ne l’est pas, rappelle Alexandre Delaigue : « Supposez que Renault invente un modèle de voiture révolutionnaire, qui le conduit à devenir premier producteur européen mais cause la faillite de Peugeot : la compétitivité française a-t-elle augmenté ou diminué ? »

On peut bien sûr prendre une entreprise, un de ses produits, et comparer les prix à l’exportation de ce produit avec les prix à l’exportation du même produit, fabriqué par un concurrent étranger. Mais pourra-t-on assimiler le résultat à la « compétitivité de la France ? » Rien n’est moins sûr.

Un pays n’est pas une entreprise

 C’est que la compétitivité comprise par nos commentateurs repose sur une vision complètement fausse et dépassée du commerce international, contestée par la plupart des économistes. Cette vision est grosso-modo la suivante : le commerce international est une grande bataille de firmes homogènes en termes de nationalité et de territoires, dans laquelle pour s’en sortir, les pays doivent exporter le plus possible, à grands coups de subventions aux industries exportatrices nationales.

Or, que nous disent les économistes, au premier rang desquels Krugman, prix Nobel 2008 ? Qu’un pays n’est pas une entreprise. Les entreprises doivent être compétitives, car pour survivre elles dépendent de leur chiffre d’affaires, donc de la quantité de produits vendus. Une firme qui n’est pas compétitive dans son secteur ne vend plus, et finit par disparaître. Comme les firmes ne vendent pas leurs produits principalement à leurs salariés, leur survie dépend d’agents extérieurs à la firme, de la demande extérieure, et donc de leur capacité à être compétitives.

Rien à voir avec un pays. D’abord parce qu’un pays vend la majorité de la production nationale…à lui-même, c’est-à-dire aux consommateurs résidents. Ce qui fait que les consommateurs étrangers ne jouent qu’un faible rôle dans la capacité du pays à obtenir de bonnes performances économiques. Ce qui compte, c’est la productivité résidente, le chômage résident, l’inflation résidente, la croissance résidente : « le niveau de vie d’un pays dépend presque entièrement de ses performances économiques domestiques, et non de sa performance relative aux autres pays », affirme Krugman.

Les pays ne sont pas concurrents !

De plus, les firmes sont des concurrentes directes. Nike et Reebok se partageant globalement le même marché, les bonnes performances de Reebok sont un problème pour Nike, et inversement. « Le succès de l’un tend à se faire au détriment de l’autre », explique Krugman. Qu’en est-il des pays ? Certes, les principaux pays industrialisés vendent des produits qui peuvent se concurrencer. Mais ils sont aussi les principaux marchés d’exportations et de fourniture de biens d’importations des autres. Un succès économique d’un pays A, loin de nuire à un pays B, l’aide en lui fournissant à la fois des biens d’importations moins chers, et un marché plus important où exporter ses produits. Si un groupe de pays européens, avec qui la France réalise plus de 60% de ses échanges, parvient à augmenter son taux de croissance et à réduire son chômage, nul doute que les exportateurs français se réjouiront de pouvoir, de ce fait, y exporter davantage. « Le fait que les marges des entreprises allemandes ou de tout autre pays soient supérieures aux marges des entreprises françaises (qui, au passage, augmentent), c’est tant mieux pour les entreprises allemandes ; mais comme l’Allemagne est le principal partenaire économique de la France, cela peut très bien être favorable à la conjoncture française. » (Delaigue).

Les impasses du « made in quelque part »

De plus, la vision nationaliste du commerce international suppose que l’on peut facilement identifier la nationalité d’un produit (le discours du « made in France », dont la resucée la plus médiatique est le « patriotisme économique » de l’inénarrable Montebourg). Ce qui est faux. Figurez-vous que les firmes multinationales sont… multinationales. Ainsi, la « compétitivité » de la France dépend des bonnes performances de firmes allemandes ou américaines qui produisent sur le territoire français. A l’inverse, la « compétitivité » des principaux pays exportateurs, comme la Chine, est liée pour une bonne part à l’activité sur place de firmes occidentales, qui rapatrient une partie des revenus ainsi générés dans leur pays d’origine (creusant ainsi le déficit commercial, quelle horreur que ces revenus qui nous permettent de consommer sans produire). Par ailleurs, pour produire un bien sur un territoire donné, les firmes importent des composants situés sur d’autres territoires, et produits par d’autres firmes, qui importent, etc. Ce qu’on appelle la division internationale des processus productifs, que tout lycéen de 16 ans en filière ES connaît, soit dit sans malveillance à l’endroit des chroniqueurs grassement payés et des politiciens devant lesquels ils s’aplatissent.

Ce qui compte, ce n’est donc pas d’exporter ou d’importer plus ou moins, mais de bien se placer dans la chaine de production, pour capter ce qui génère le plus valeur ajoutée (c’est en général là où la main d’œuvre qualifiée est la plus nécessaire). L’exemple canonique est celui de l’iPhone (voir notamment cet article d’Olivier Bouba-Olga), assemblé en Chine et exporté massivement aux États-Unis. Si l’on s’en tient aux chiffres du commerce extérieur, le déficit commercial des États-Unis vis-à-vis de la Chine pour ce seul produit avoisine les 2000 millions de dollars en 2009. Imaginez-donc un peu ça : des Américains dépensent des millions en recherche et développement pour concevoir un produit, délocalisent la production en Chine et finissent par acheter leurs propres produits aux usines chinoises, qui spolient ainsi l’effort américain !

Mais en réalité il n’en est rien. Pour assembler le smartphone, les usines chinoises importent en effet la plupart des composants : du Japon (où l’écran est fabriqué), de Corée du Sud ou encore d’Allemagne, voire… des États-Unis. Quand une usine chinoise facture 100$ l’appareil, elle n’en récupère en réalité que…4$, qui est le prix de l’assemblage. Le reste va aux pays qui fabriquent les composants les plus chers : 36$ pour le Japon, par exemple. Au final, la majeure partie de la valeur ajoutée est captée ailleurs qu’en Chine, et c’est Apple qui se taille la part du lion, puisqu’en vendant ses produits 500$ environ, l’entreprise dégage une marge de 400%. Ce qui rapporte, et Apple l’a bien compris, c’est le marketing, le design, la création du produit, toutes choses élaborées en Californie par les ingénieurs et marketeurs américains du groupe, beaucoup plus que l’assemblage sur les chaines de production. Se placer dans la chaine de VA, on vous dit !

Tout ça pour écrire que si les États-Unis, sous la pression de quelques politiques aussi intelligents que les nôtres, intéressés à la compétitivité américaine, mettaient en place des mesures protectionnistes sur l’iPhone, ils ne pénaliseraient pas d’abord la Chine, mais le Japon, l’Allemagne, la Corée… et eux-mêmes, dans la mesure où une partie des composants importés en Chine de l’iPhone font vivre des entreprises américaines.

Le « made in France » est donc une impasse, car ça ne veut pas dire grand-chose dans la mesure où personne, et certainement pas le gouvernement, ne dispose de l’information permettant d’identifier à coup sûr les productions les plus riches en emplois résidents, la division internationale des processus productifs rendant le calcul très complexe. Sans parler du fait que, quand bien même on identifierait les productions franco-françaises, rien ne dit que les consommateurs patriotes, prêts à payer plus pour de tels produits, ne compensent pas la perte de pouvoir d’achat induite en réduisant leur consommation d’autres produits, avec un effet incertain sur l’emploi. Sans parler de la demande captive que constitue une clientèle attachée au « made in France », qui constitue un désincitant à s’améliorer, etc.

« Ce serait bien que les politiques français, écrit Bouba-Olga, à l’échelle nationale comme à l’échelle régionale, s’emparent de ces chiffres et modifient leurs politiques : plutôt que de prôner à longueur de discours le Made in France et de mettre en place des observatoires des relocalisations qui ne serviront strictement à rien, ils devraient prendre acte de cette fragmentation des processus productifs et s’interroger sur le positionnement des entreprises françaises dans les chaînes de valeur ajoutée déployées à l’échelle mondiale. Quels sont nos avantages comparatifs ? Comment les renforcer ? Comment se rendre indispensable sur certains créneaux, afin de pérenniser ces avantages ? Dans le même sens, je leur conseille d’analyser l’ensemble des secteurs, de regarder d’un œil neuf le secteur des services, de sortir de leur obsession pour l’industrie. Je sais : c’est pas gagné…»

13 réflexions sur “En finir avec la compétitivité (1/2)

  1. Vous dites que la compétitivité est une notion qui ne s’applique pas à un marché, à un secteur ou à un pays.
    Il me semble pourtant qu’en dehors des efforts qu’une entreprise peut faire pour augmenter sa compétitivité relative à celle de ses concurrents, il existe pour elle un environnement légal et fiscal qui participe à créer de la compétitivité ou à la détruire. Ainsi diminuer les charges et cotisations permet de gagner immédiatement de la compétitivité prix.
    Cet environnement s’appliquant de façon uniforme à l’ensemble des entreprises d’un secteur ou d’un pays fait que la compétitivité est bien une notion pouvant être étendue à un secteur ou un pays.

    Vous tentez ensuite de démontrer qu’il n’y a pas de lien entre compétitivité et richesse nationales en comparant la Chine et l’Espagne. Cet argument est tout à fait indigne de votre intelligence.
    En effet, pour que la comparaison soit valable, il aurait fallu opérer « toutes choses égales par ailleurs ». Ce qui n’est pas le cas. L’Espagne a accumulé de la richesse au cours des siècles et s’est transformée en société de services.
    La Chine est un pays émergent et sa compétitivité lui assure non pas une richesse équivalente à celle de l’Espagne mais un taux de croissance 10 fois supérieur. C’est cette croissance qui lui permettra à moyen terme de combler son retard en termes de richesse par rapport aux pays occidentaux. Ce qu’il faut retenir est que c’est la croissance qui mesure l’augmentation de la richesse, et non pas la compétitivité.

    Vous affirmez également que  » le niveau de vie d’un pays dépend presque entièrement de ses performances économiques domestiques, et non de sa performance relative aux autres pays  » puisque « un pays vend la majorité de la production nationale…à lui-même, c’est-à-dire aux consommateurs résidents ».
    Encore faut-il qu’il ait une production nationale ! Et pour cela il faudrait que les entreprises nationales soient compétitives, car justement, comme vous le citez juste avant : « pour survivre elles dépendent de leur chiffre d’affaires, donc de la quantité de produits vendus. Une firme qui n’est pas compétitive dans son secteur ne vend plus, et finit par disparaître. Comme les firmes ne vendent pas leurs produits principalement à leurs salariés, leur survie dépend d’agents extérieurs à la firme, de la demande extérieure, et donc de leur capacité à être compétitives. »
    Une entreprise compétitive s’assure des parts de marché qui lui permettent d’augmenter ses marges en volume mais aussi et surtout en prix (décroissance du coût marginal). Ces parts de marché peuvent être domestiques ou à l’export, les unes favorisant les autres. L’entreprise qui augmente ses parts de marché et donc ses volumes de production est une entreprise qui embauche et qui allège donc le poids du chômage pour la collectivité. Ce poids qui n’est plus à la charge du pays permet d’alléger les charges, sur les consommateurs et/ou les entreprises, et ces dernières peuvent ainsi gagner en compétitivité. Et ainsi de suite.

    Favoriser la consommation des ménages serait une erreur dramatique dans une situation de déficit du commerce extérieur car la consommation marginale se ferait alors sur des produits d’importation et non pas sur des productions locales et n’aurait donc aucun effet sur l’emploi et sur la compétitivité.

  2. Bonjour, vous ne m’avez pas compris. Je n’ai jamais prétendu que la notion de compétitivité n’était pas importante, mais qu’elle ne s’appliquait pas à un pays. Elle s’applique par contre très bien aux entreprises ! Vous vous trompez quand vous dites que les entreprises nationales doivent être compétitives. Ce ne sont pas les entreprises nationales qui doivent être compétitives, mais les entreprises résidentes, celles qui produisent en France quelle que soit leur nationalité, et ça n’a rien à voir avec une hypothétique « compétitivité de la France ».

    • Si vous relisez mon commentaire, vous verrez que nous divergeons sur la notion de compétitivité appliquée à un pays. Pour ma part, elle s’applique autant à un pays qu’à une entreprise dans la mesure où les conditions de la compétitivité dépendent de l’environnement légal et fiscal. Autrement dit, plus un pays augmente les prélèvements sur ses entreprises (ou tout autre type de contrainte), plus ce pays détériore la compétitivité de l’ensemble de ses entreprises. Globalement donc, on dira que le pays perd en compétitivité, même s’il s’agit en fait d’un abus de langage puisque ce n’est pas vraiment le pays qui perd en compétitivité mais uniquement les entreprises.

      Pour le distinguo entre entreprises nationales et/ou résidentes, je suis d’accord. Sans doute encore un abus de langage de ma part car j’ai utilisé le terme « national » pour désigner celles des entreprises qui sont installées et produisent en France.

    • Toute la question est là. Ce que vous appelez « abus de langage » révèle pour moi une erreur d’analyse. Personne ne conteste qu’avec des prélèvements trop élevés, la contrainte fiscale peut détériorer la compétitivité des entreprises. Donc, vous avez raison de dire que « les conditions de la compétitivité dépendent de l’environnement légal et fiscal ». Ce que je conteste (encore une fois), c’est de parler de « compétitivité de la France ». On peut parler de la compétitivité des entreprises produisant sur un territoire (et dépendante, en partie, de l’environnement fiscal, si l’on veut). On peut encore dire que certains pays ont des politiques et des environnements plus propices à la compétitivité des entreprises résidentes que d’autres. Mais on ne peut pas assimiler cela à la compétitivité de la France (ou d’un autre pays), et il ne s’agit pas d’une simple question de vocabulaire. Car ne pas pouvoir parler de compétitivité d’un pays implique plusieurs choses :
      – Favoriser la compétitivité des entreprises résidentes ne garantira pas, à coup sûr, d’effets positifs sur le pays dans son ensemble (c’est l’exemple de Peugeot qui, rendu compétitive, met Renault sur la paille, ou encore le déplacement des effets positifs : si un pays diminue son coût du travail pour la compétitivité mais que ce faisant, il créé des pertes chez ses voisins qui n’en font pas autant, ses exportations diminueront) ;
      – Favoriser les productions nationales (le « made in France ») ne garantit pas non plus d’effets positifs, compte tenu de la DIPP.

      A la limite, l’idée de compétitivité d’un territoire me semble plus pertinente que l’idée de compétitivité d’une nation.

    • Que pensez-vous d’ailleurs de cette distinction ? Compétitivité d’un territoire, OK ; compétitivité d’une nation, non.

  3. Non, décidemment, nous ne nous rejoindrons pas sur cette notion de compétitivité appliquée à un pays. Et je suis perplexe quant à votre compétitivité de territoire. Car qu’est-ce qu’une nation sinon un territoire ?

  4. Si, une nation est avant tout un territoire. Ca n’est pas que ça, mais c’est avant tout un territoire. Le seul exemple de nation qui ne soit pas liée à un territoire est celui du peuple juif. Mais même dans ce cas et comme dans celui de toutes les diasporas, les membres portent en eux la nostalgie du territoire quitté. Et s’il faut encore vous en convaincre, il n’est que de prendre l’exemple du droit du sol qui rattache la nationalité d’une personne à son lieu de naissance et donc au territoire.

    Vous semblez ensuite définir le point de notre désaccord comme une confusion entre nationalité des entreprises et lieu où elles produisent. Pour ma part, je vous en remercie, je ne fais aucune confusion. D’ailleurs, je ne crois pas avoir parlé de nationalité des entreprises. J’ai uniquement parlé de la compétitivité des entreprises d’un pays, qui ont à appliquer les normes légales et fiscales imposées par ce pays. Que je sache, ces normes s’appliquent bien à TOUTES les entreprises qui produisent dans le pays. A l’inverse, les filiales étrangères d’entreprises françaises ne sont pas assujetties aux normes françaises. On ne peut d’ailleurs pas parler d’entreprises nationales mais bien plutôt de multinationales.

    Je répète donc que la compétitivité des entreprises françaises (qui sont et produisent en France) étant soumise à tout un contexte règlementaire et même culturel, défini au niveau national, il est possible par extension, de parler de compétitivité de la France.
    Cette compétitivité dépend de la pression fiscale, des contraintes règlementaires, de la qualification de la main d’œuvre (a priori française, puisque produisant en France), etc.

    • Je vous répète une dernier fois mon point de vue. Soit l’on admet que la compétitivité de la France, c’est la compétitivité du territoire français, entendue comme compétitivité de l’environnement fiscal (et social, infrastructurel…) français. On peut dans ce cas parler de compétitivité d’un pays. (sans justifier pour autant toutes les mesures stupides que l’on prend en son nom). Dans ce cas, notre discussion n’a pas lieu d’être puisque nous sommes d’accord (au moins sur la notion, pas forcément sur les solutions). Si c’est cela que, depuis le début, vous entendez par compétitivité, je n’y vois rien à redire.

      Soit, en revanche, on entend la compétitivité de la France en l’assimilant à la compétitivité des entreprises françaises, et je ne suis évidemment plus d’accord, pour toutes les raisons évoquées. L’environnement légal du territoire français joue sur la compétitivité de toutes les entreprises résidentes, pas seulement les françaises. Que veut dire d’ailleurs « entreprise française » ? Produisant sur le territoire français ou à capital dominant français (nationalité des actionnaires) ? Si, comme on l’admet généralement, c’est la seconde réponse, alors la compétitivité de la France n’a rien à voir avec la compétitivité des entreprises françaises.

      Dans mon article, c’est d’abord à la notion vague de compétitivité appliquée, sans plus de précisions dans le débat public, à un pays que je m’en prends. D’autant plus qu’elle est souvent assimilée à celle des entreprises françaises, assortie d’une bonne dose de nationalisme, de fétichisme industriel et de mercantilisme belliqueux.

      Je clos cette discussion qui s’enlise, merci d’avoir exprimé votre point de vue, me permettant ainsi d’approfondir mes propres analyses.

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