Dieu existe-t-il ? (1/7)

Avant-propos

J’entame une nouvelle série d’articles qui a pour but de discuter de l’existence de Dieu. Comme à mon habitude, j’entends ici traiter d’une question qui n’a rien d’original. La question de l’existence de Dieu est disputée de toute éternité, et même l’emploi de ce mot ne parvient pas à masquer l’euphémisme.

Je regrette cependant qu’en France, discuter sereinement de cette question soit si difficile. On éprouve souvent un vague mal à l’aise lorsque cette question est abordée, que ce soit dans les médias ou dans une conversation de café, en tous cas dès qu’il y a plus de deux personnes, ce qui décuple la possibilité de la honte. Méconnaissant ce qu’est la laïcité, nous avons tendance à penser que les affaires religieuses doivent être réservées à la sphère privée, voire intime. En matière religieuse, nous sommes démesurément prudents voire suspicieux, toujours prêt à dégainer contre un endoctrinement quelconque.

L’esprit français serait louable s’il illustrait un rationalisme particulier. Pourtant, on peut douter que ce rationalisme existe. En France comme ailleurs, et peut être plus qu’ailleurs, prospèrent diverses théories du complot, horoscopes, superstitions variées qui n’ont rien de rationnel. La France, c’est donc ce pays où Thierry Meyssan, Dieudonné ou Alain Soral ont un vif succès mais où parler de Dieu est souvent suspecté d’irrationalité.

Dans d’autres pays, pourtant modernes (comme aux États-Unis), on parle beaucoup plus aisément de la question de Dieu. Ce n’est pas seulement que, là-bas, davantage d’individus croient en un Dieu. Sans doute la trace protestante a-t-elle plus profondément marqué le monde anglo-saxon, qui n’est pas passé par des violents affrontements religieux comme en a connu la France. Mais il y a plus. Dans le monde anglo-saxon, même les scientifiques évoquent plus facilement ces questions, écrivent des livres sur le sujet, et l’on continue de penser que la question de Dieu est une question intéressante, qui mérite qu’on s’y attarde. En témoignent les nombreux débats autour de livres aussi médiatisés que The God Delusion  (2006), du biologiste britannique Richard Dawkins, A Brief History Of Time  (1988) et The Grand Design (2010), de son compatriote physicien Stephen Hawking, ou encore The langage of God (2006), du généticien américain Francis Collins, ces livres discutant tous[1] de la question divine avec les raisonnements et les outils de la science actuelle. En France, ces sujets sont assez peu médiatisés, sauf, peut être, lorsque les frères Bogdanov sortent un nouveau livre…

Bien sûr, la situation américaine a des limites, comme le fait que le débat y est régulièrement pollué par les créationnistes et les fondamentalistes. Mais elle a le mérite de mettre en avant toutes les hypothèses. Étudier toutes les hypothèses lorsque l’on approche une question, y compris celle qui nous semble au premier abord ridicule –en l’espèce l’existence de Dieu– n’est-ce pas d’ailleurs l’option la plus rationnelle ?

J’entends donc traiter d’une question banale en usant, comme j’essaie toujours de le faire, du plus de raison possible. Je reste ainsi fidèle à l’incipit de mon blog, une citation de Charles Péguy : « Je plains tout jeune homme qui ne s’est pas passionné pour ou contre la liberté, pour ou contre le déterminisme, pour ou contre l’idéalisme, pour ou contre la morale de Kant ». Je ne prétends pas être neutre. Neutre signifie une absence d’engagement ou de jugement de valeur par rapport à un sujet quelconque. Et rien n’est moins neutre que Dieu, car nous avons tous à ce sujet une histoire et un engagement particulier (croyant, athée ou indifférent, influencé par nos parents). Cependant, sans prétendre à une neutralité inexistante, on peut traiter d’un sujet avec un bon degré d’objectivité si l’on utilise des arguments raisonnables, rationnels, contestables. Etre objectif en ce sens, c’est développer une argumentation basée sur la Raison et non sur les désirs, valeurs, besoins ou sentiments subjectifs que nous projetterions sur l’objet d’étude. Aussi savoir si un chercheur est neutre n’a pas d’importance si ses travaux prouvent qu’il est objectif. Et ses travaux sont objectifs dans la mesure où ce qu’il dit est fondé sur une argumentation rigoureuse.

On peut fort heureusement être personnellement antinazi et écrire de bons livres sur le nazisme. J’entends donc étudier la question de l’existence de Dieu en m’abstenant le plus possible d’une déformation partisane, ou d’usages de présupposés dogmatiques. Si vous ne pensez pas cela possible, ou si vous croyez que toute discussion sur Dieu est vouée au subjectivisme irrationnel, merci de lire la suite, et de vous forger votre propre opinion.

Je m’appuierai dans cette recherche sur un certain nombre d’ouvrages lus récemment ou moins récemment, notamment Dieu sans barbe, du philosophe Paul Clavier (2003) ; De la génétique à Dieu (2010), du biologiste Francis S. Collins ; Dieu et la science en question (2010), du philosophe Bertrand Souchard ; Une brève histoire du temps (1988) et Y-a-t-il un grand architecte dans l’Univers ? (2010) du physicien Stephen Hawking, ainsi que diverses conférences et vidéos notamment du physicien et philosophe des sciences Étienne Klein.


[1] Avec des positions très variées : Dawkings défend vigoureusement l’athéisme, Collins est croyant et Hawking a évolué dans ses positions. En 1988 il tient une position proche du déisme, écrivant notamment « qu’il serait très difficile d’expliquer que l’univers n’aurait dû commencer que de cette façon, à moins que ce ne soit l’acte d’un Dieu désireux de créer des êtres comme nous ». Dans son dernier ouvrage, cependant, sa position tend à se rapprocher de l’athéisme en estimant que l’intervention d’un Créateur n’est pas nécessaire pour expliquer l’origine du monde.

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