Dieu existe-t-il ? (5/7)

De l’origine de l’ordre : l’hypothèse créationniste

Après avoir constaté que le monde était un amas de chaos sur un lit d’ordre, nous pouvons nous pencher sur l’origine de tout cela. On retrouve ici encore trois hypothèses concurrentes :

  • La première option, celle généralement retenue par tout scientifique qui cherche à « écarter l’hypothèse de Dieu »[1], est celle du hasard absolu. Par absolu j’entends que l’Univers, et tout ce qui existe, ne peut être qu’issu à 100% du hasard si Dieu n’existe pas.
  • La seconde, créationniste, postule que le hasard n’existe pas. Tout ce qui vit dépend de l’existence d’un Dieu Créateur, non seulement à l’origine du monde mais encore de toutes les formes de vie. Des variantes plus modernes et subtiles, généralement regroupées sous le terme « intelligent design » (Dessein intelligent) et s’appuyant sur les limites de la théorie darwinienne et les problèmes qu’elle pose (notamment l’explication de la complexité), affirment que Dieu agit ou a agi à travers toutes les lois de la création : reproduction et sélection des espèces par exemple.
  • La troisième mélange hasard et nécessité, Dieu et les lois de l’Univers. Seul Dieu pourrait expliquer l’origine de l’Univers ; cependant, les mécanismes naturels découverts par la science pourraient quant à eux expliquer l’apparition et le développement de la vie, sans intervention d’un Créateur. A la limite, Dieu pourrait avoir « lancé » le processus, puis l’avoir laissé agir à partir des lois (notamment la sélection naturelle) qu’il avait lui-même créée. Selon le degré d’intervention divine, cette approche sera plus proche du déisme (croyance en un Dieu-architecte, horloger de l’Univers mais qui n’intervient pas) ou du théisme (croyance en un Dieu personnel qui s’intéresse aux hommes).

Nous essaierons de discuter brièvement ces trois hypothèses, en commençant par la plus simple à réfuter : l’option créationniste.

L’hypothèse créationniste postule qu’il n’y a pas de hasard dans l’histoire de la vie. Dieu intervient à tout moment. Si l’on suit une lecture littérale de la Genèse, la Terre aurait donc moins de dix mille ans, toutes les espèces auraient été créées en même temps, etc. Dans sa variante plus moderne –ou plus subtile, comme on veut– dite du « dessein intelligent », la lecture de la Bible n’est pas aussi littérale, et l’idée d’évolution est acceptée (et en particulier de macroévolution, impliquant l’apparition et la disparition d’espèces). On considère néanmoins que l’intervention divine a été requise pour toutes les étapes de celle-ci. Sans Dieu, disent en substance les partisans du dessein intelligent, un organe aussi fantastique de complexité que l’œil n’aurait pas pu apparaître.

L’hypothèse créationniste, que ce soit dans sa version forte ou dans sa version faible, pose de redoutables difficultés. Les lister toutes est impossible. Dire que la Terre a moins de dix mille ans va évidemment à l’encontre de la datation de toutes les roches et sédiments obtenus depuis que l’on sait que certains isotopes radioactifs –uranium, potassium– se dégradent à une certaine vitesse, ce qui permet de dire que la Terre a environ 4,5 milliards d’années.

Concernant l’évolution, l’hypothèse créationniste au sens fort est incapable aussi d’expliquer l’existence des dinosaures et d’espèces humaines différentes de la nôtre –Homme de Neandertal, Homme de Florès, Australopithèque, etc. Et comment expliquer la persistance d’un organe inutile comme l’appendice chez l’homme si toutes les espèces ont été créées ? Pourquoi avons-nous des dents de sagesse si nous n’avons pas évolué ? La liste est imperfections de la nature est longue, et constitue un argument très fort en faveur de l’évolution.

Même dans sa version faible, subtile, l’hypothèse créationniste n’est pas satisfaisante. Francis Collins estime à juste titre qu’elle est théologiquement faible, revenant à faire de Dieu un dieu « bouche-trou » pour combler les lacunes actuelles de la science. Or, la biologie explique de mieux en mieux comment des organismes monocellulaires peuvent se complexifier, comment l’ADN se code et se réplique, comment les gènes se transmettent, etc. La science peut expliquer aujourd’hui pourquoi un organe complexe peut apparaître à partir d’un organe simple, suite à une longue série de modifications légères, étalée sur plusieurs dizaines de millions d’années. Elle expliquera cela encore mieux demain.

Francis Collins cite à raison saint Augustin, qu’on ne peut pas soupçonner d’être athée et qui écrivait, plus de mille ans avant que quiconque n’ait la moindre raison de se montrer contrit au sujet de Darwin, dans un texte qui s’intitule explicitement De la Genèse au sens littéral : « Si l’Écriture nous offre des vérités obscures, hors de notre portée, et qui, sans ébranler la fermeté de notre foi, prêtent à plusieurs interprétations, gardons-nous d’adopter une opinion et de nous y engager assez aveuglément pour succomber, quand un examen approfondi nous en démontre la fausseté ; (…) Le ciel, la terre et les autres éléments, les révolutions, la grandeur et les distancés des astres, les éclipses du soleil et de la lune, le mouvement périodique de l’année et des saisons ; les propriétés des animaux, des plantes et des minéraux, sont l’objet de connaissances précises, qu’on peut acquérir, sans être chrétien, par le raisonnement ou l’expérience. Or, rien ne serait plus honteux, plus déplorable et plus dangereux que la situation d’un chrétien, qui traitant de ces matières, devant les infidèles, comme s’il leur exposait les vérités chrétiennes, débiterait tant d’absurdités, qu’en le voyant avancer des erreurs grosses comme des montagnes, ils pourraient à peine s’empêcher de rire ». Plus loin, Augustin se montre précurseur du NOMA en estimant que la Genèse est d’abord un texte qui nous éclaire sur la nature de Dieu et nous donne des clés pour le salut, et non un traité de physique, et en affirmant que toute interprétation littérale de la Bible, qui serait acceptable un jour, court le risque d’être réfutée par la science un autre jour. Il était en cela prophétique.

La science vient donc nous rappeler que la constatation d’une chose ou d’un être complexe ne suffit pas à prouver l’intervention d’un Créateur, en ce qui concerne l’origine de la vie tout du moins.


[1] Les amateurs auront reconnus la célèbre formule de Laplace. Physicien français du 19ème déterministe, il répondit à Napoléon qui lui demandait où était Dieu dans sa théorie : « Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ».

Une réflexion sur “Dieu existe-t-il ? (5/7)

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