Décroissance ? (3/4)

De la consommation

A ce qui a été évoqué précédemment, les décroissants pourraient répondre que notre mode de vie est devenu intenable à cause de la hausse de notre consommation ou de notre production (PIB). Nous sommes peut être plus efficaces et plus soucieux d’environnement, mais nous consommons bien plus quantitativement, ce qui annule (et même davantage) l’effet positif des constats précédents. On emploie le terme « effet rebond » : si une nouvelle télé est moins gourmande en électricité, mais qu’on en vend deux fois plus que l’ancien modèle, il n’y a pas de gains en matière énergétique. Le PIB mondial actuel est, à l’unité, 40% moins intense en carbone que celui de 1970, mais il est 200% plus élevé en volume.

Là encore cependant, il ne faut pas aller trop vite en besogne. Les Français de 2010 consomment peut être, en euros constants, bien davantage par habitant que les Français de 1950. Cependant, il ne faut pas oublier qu’une grande part de la consommation est la consommation de produits non stockables, à savoir des services. C’est un travers décroissant que de considérer la consommation ou la production comme la simple accumulation continue d’objets, ou de biens matériels. La croissance serait alors « toujours plus » : de chaussures, de DVD, de voiture, de pantalons, de high-tech, etc. Évidemment, le journal La décroissance peut alors s’en donner à cœur joie dans le shopping-bashing : « l’objet inutile du mois », « l’horreur de Noël », etc.

C’est oublier que 70% de la valeur ajoutée française est une production de services ! Coiffeur, cinéma, médecin, artiste, barman, garagiste, enseignant, ingénieur, technicien, analyste, … la caractéristique de nos sociétés modernes, c’est la production de services, c’est-à-dire de produits non-stockables qui sont produits et consommés en même temps et demandent une importante qualification de la main d’œuvre. Rien qu’en 2012, 78,9% de la valeur ajoutée Française était issue du secteur tertiaire, donc 22,7% du secteur non marchand. On est loin d’une vision « productiviste » où l’économie ne serait qu’une vaste usine à produire à la chaîne des jouets en plastique. L’aspect « quantitatif » existe (acheter une nouvelle voiture ou une nouvelle télé), mais consommer en 2014, c’est d’abord consommer du temps et du travail qualifié, c’est-à-dire des services. Bien sûr, les services nécessitent aussi des biens (le coiffeur a besoin d’une machine pour laver les cheveux, par exemple) et de l’énergie, mais c’est secondaire par rapport à la valeur ajoutée réelle du service qui ne repose pas sur quelque chose de tangible. Ce qu’il faut comparer, c’est la richesse créée en euros (donc la valeur ajoutée) et la quantité de « matière » ou d’énergie utilisée pour la créer. Dans le cas d’un service, la richesse créée repose avant tout sur la compétence du travailleur et non sur les éventuels biens matériels qu’il utilise. Un cours ou un conseil d’avocat ne produit pas de la richesse principalement grâce au Dalloz ou au tableau, mais grâce aux cerveaux des travailleurs concernés.

Prétendre que la croissance, c’est produire « toujours plus » en faisant des comparaisons absurdes avec la taille des nénuphars, c’est être complètement à côté de la plaque dans la mesure où les économistes ne cessent de répéter que le cœur de la croissance à long terme, c’est la recombinaison des ressources, le progrès technique, le partage et la diffusion des idées, les gains de productivité, les externalités positives…et qu’en conséquence la majeure partie de notre système productif et de consommation repose sur des services pas forcément matériels –et c’est d’autant plus vrai avec le développement de l’économie numérique. Pour le dire simplement, nous dépensons beaucoup plus à payer des types pour qu’ils fassent quelque chose pour nous, plutôt qu’à accumuler des objets.

Conclusion sur l’aspect positif

En résumé, on voit ce qui sépare économistes et décroissants. D’un côté, une vision pessimiste sur l’avenir des ressources énergétiques, qui a des arguments tout à fait valables mais qui reste en débat ; de l’autre, une vision plutôt optimiste qui ne nie pas la menace de l’épuisement des ressources mais la tempère par les mécanismes économiques régulateurs et la non-connaissance des techniques du futur. Passons à l’aspect normatif.

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