Pronostics pour 2017

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Premier tour :

1.Alain Juppé : entre 25 et 30%.

Il est largement en tête des sondages pour ce qui concerne la primaire de la droite. Il a une longue expérience politique et (apparemment, je n’ai pas été vérifier) un bon bilan à la tête Bordeaux, ce qui est autre chose que Neuilly. A l’opposé de Sarzkoy, Juppé incarne la stabilité, la sérénité. Il attirera à lui  tous ceux qui sont plutôt à droite mais avaient voté François Hollande par déception de Sarkozy ; les milieux économiques, les entreprises et les ménages moyens à aisés, lassés de la forte pression fiscale exercée sous le mandat de Hollande, qui fait aujourd’hui de la France le premier pays de l’OCDE en termes de pression fiscale (plus de 45% du PIB) ; en règle générale, tous les sociaux-démocrates de droite et du centre-droit qui veulent un Président crédible, différent à la fois d’un Sarkozy-hystérique et d’un Hollande-mou. Ce qui devrait faire pas mal de monde.

A condition que… il gagne la primaire, bien sûr. Il y a tellement de candidats qu’il est toujours difficile de savoir ce qui va se passer.

A mon avis, Nicolas Sarkozy n’est pas en mesure de l’emporter. A l’UMP, il a toujours un fan-club important, mais pour la majorité des Français, il a déjà eu sa chance. Son bilan est très moyen sur le plan économique  et la crise n’est pas un argument suffisant ; sa stratégie de vampirisation du FN avec la thématique identité + immigration jusqu’à l’obsession a fait fuir les sociaux-démocrates de droite qui ne veulent rien avoir à faire avec Marine Le Pen ; la gauche le déteste car elle juge qu’il a été un Président pour les riches. Même si le bouclier fiscal est loin d’être un bon résumé de sa politique fiscale, on retient surtout cela, et ajouté à quelques erreurs de communication –Yatch de Bolloré…— il est clair que Sarkozy est passé complètement à côté de la réduction des inégalités, thème dont il ne parle jamais alors que la majorité des Français y est sensible. A quoi il faut ajouter les nombreuses casseroles judiciaires qu’il traîne. Et je ne parle pas de sa personnalité très clivante… sans doute le point le plus important. Encore une fois, il ne s’agit que d’anecdotes, mais le “casse toi pov’ con” est resté un marqueur de ce Président incapable de se maîtriser.

Qui d’autre pourrait battre Juppé lors des primaires ? Seuls Fillon et Le Maire me semblent pouvoir tirer leur épingle du jeu. Je pense que Fillon a plus d’expérience politique à faire valoir et peut apparaître comme un concurrent sérieux à Juppé, avec un programme moins libéral, plus gaulliste. Cela dit, ce qu’il a commencé à annoncer semble au contraire plus libéral encore que ce que propose Juppé. Quoi qu’il en soit, Fillon souffre d’un manque de charisme ( quelqu’un l’a déjà vu plaisanter ?) et on va lui reprocher à juste titre d’être resté 5 ans (!) le Premier Ministre invisible de Sarkozy pour au final s’opposer à lui. Pourquoi être resté ? Pour  Bruno Le Maire, j’avoue mon ignorance à son sujet. Il perce mais est-ce suffisant face à des poids lourds comme Fillon et Juppé ? De quels soutiens dispose-t-il ? Son expérience politique sera sans doute insuffisante pour passer devant. Il est moins connu. Aucun des autres –nombreux– n’a la moindre chance : soit ils sont inconnus, soit ils ne sont que des versions soft du FN, comme Coppé ou Morano.

2.Marine Le Pen : entre 20 et 25%.

La stratégie de dédiabolisation continue de fonctionner à merveille. Marine Le Pen a relégué au second plan les thématiques sociétales traditionnelles du FN (avortement, mariage homosexuel, identité française…) pour se centrer sur le recouvrement de la souveraineté nationale de la France : sortie de l’euro, lutte contre la mondialisation euro-libérale, etc. Dans le même temps, elle a évacué les dimensions les plus polémiques du parti, à savoir ce vieux mélange entre antisémitisme et intégrisme catholique, incarné par des journaux comme Rivarol. Elle a gardé évidemment la question migratoire au cœur du discours frontiste, mais en la reliant davantage avec les questions économiques –l’immigration étant présenté comme la conséquence néfaste de la libéralisation économique imposée par Bruxelles—plutôt qu’identitaires (les racines chrétiennes de la France, etc.). Enfin, elle a fortement gauchisé le discours économique du FN, défendant le rôle de l’Etat, le statut des fonctionnaires, prenant même parfois des accents mélenchonistes. Voir à ce sujet les interventions récentes de Florian Philippot au sujet de loi Travail ! Son discours accuse le gouvernement plutôt que la CGT, critique violemment la loi Travail et en fait la conséquence du “diktat de Bruxelles”. Le FN va récolter les fruits de l’incapacité de Hollande, de la montée du chômage, du mécontentement de la population suite à la persistance des grèves, blocages, violences des centres-villes, etc. Et bien évidemment ceux de la peur du terrorisme islamique, qu’il a déjà commencé à récolter.

A condition que… Marine Le Pen réussisse à vaincre les résistances sur sa droite. Le conflit violent avec son père est un témoignage évident que sa stratégie n’est pas accepté par une partie du FN, ceux qui précisément veulent un FN traditionnel, plus libéral économiquement, plus centré sur l’identité française, sur la famille, etc. On a aujourd’hui ce clivage entre le “FN du sud”, celui de Marion Maréchal Le Pen, très populaire dans ces régions à forte immigration maghrébine où la question identitaire est jugée essentielle, et celui de sa tante, qui parle davantage aux ouvriers désindustrialisés du Nord de la France. Pour exemple, notez que Marion Maréchal a participé au rassemblement “Oz ta droite” de Robert Ménard, qui veut précisément réactiver les thèmes de l’extrême-droite traditionnelle, à commencer par l’identité nationale. Marine Le Pen n’y participe pas.

3. Jean-Luc Mélenchon : entre 15 et 20%

Jean-Luc Mélenchon a toujours une solide base électorale dans le pays. C’est une personnalité forte, avec des idées claires, une bonne expérience politique, cultivé et habile dans les débats publics. Cette base ne peut que se renforcer de tous les gens de gauche déçus de Hollande, ceux qui avaient voté pour le candidat de la taxe à 75%, “ennemi de la finance”. Cette partie de la gauche attendait d’Hollande une politique  plus à gauche sur le plan économique et la question des inégalités. Ils se sentent trahis par le pacte de responsabilité, la nomination de Valls et de Macron, la loi Travail, entre autres. Ils vont certainement se rallier à Mélenchon : qui d’autre ? A ce contingent j’ajouterai tous ceux qui, de gauche ou de droite, se sentent trahis par l’abus du 49-3 et souhaiteraient faire évoluer la Vème République, ce que Mélenchon est le seul à proposer. Tout cela me laisse à penser que ce dernier peut nettement augmenter son score en 2017.

A condition que…Mélenchon règle ses problèmes avec les journalistes et avec le PCF. On ne peut pas gagner une élection sans un minimum de bienveillance de la part des médias. Or Mélenchon est une personnalité clivante –encore plus que Sarkozy à mon avis— parfois violent dans ses diatribes. Cela plait à une partie de la gauche de la gauche qui aime à pourfendre “l’oligarchie médiatique”, mais ne lui permet pas de rallier une majorité de Français qui attend un candidat déterminé, certes, mais serein et prêt au dialogue. Jean-Luc Mélenchon s’est depuis longtemps attiré la défiance des journalistes par sa tendance à s’emporter en accusant de tous les maux le système médiatique et en particulier les journalistes ; il l’a encore montré récemment sur le plateau de “Des paroles et des actes”, à peine capable de parler sur un ton posé pendant les 2h de débat, alternant accusations, posture incantatoire et refus de répondre aux questions qu’on lui pose. Évidemment, le système médiatique le lui rend bien, mais tous les candidats, surtout aux bords extrêmes du spectre politique, doivent composer avec des médias parfois hostiles. C’est à eux de convaincre ; Mélenchon peut-il y arriver ? J’en doute.

D’autre part, il faut qu’il règle ses problèmes avec le PCF, comme Marine Le Pen doit le faire avec la droite nationaliste. Jean-Luc Mélenchon n’est pas communiste, il est issu du Parti socialiste, rappelons-le. Certes, il a des idées proches du PCF actuel, mais on sait qu’il y a aussi des oppositions fortes entre Pierre Laurent et lui. En 2012 le PCF n’a soutenu Mélenchon que du bout des lèvres, et c’était en soi un évènement que le parti communiste ne présente pas son propre candidat –la première fois de la Vème République, en fait. Il est essentiel pour Mélenchon que le même scénario se reproduise, car il aura déjà des pertes de voix en raison de la candidature des gauchistes habituels : NPA, LO. Cela implique de régler certaines questions avec les communistes : le nucléaire par exemple, qui oppose Mélenchon (défavorable) au PCF (favorable).

Dernier point : Mélenchon devra éclaircir son programme économique sur la question de l’euro. Il ne l’évoque jamais. Or, la plupart des économistes à gauche de la gauche ou souverainistes –Sapir, Lordon— estiment désormais qu’un programme économique tel que celui du Front de gauche est absolument inapplicable dans le cadre européen. Mélenchon prétend pouvoir infléchir la politique européenne allemande, ce qui est assez prétentieux pour ne pas dire risible. Hollande a prétendu faire la même chose en 2012, et on connaît la suite. Tous les souverainistes de droite et même de gauche auront donc tôt fait de lui reprocher son incohérence : défendre un programme radicalement antilibéral tout en restant dans l’euro et l’UE, conçue précisément pour être libérale.

  1. François Hollande : entre 10 et 15%.

Il apparait de plus en plus évident que François Hollande va se présenter. C’est le Président le plus impopulaire de la Vème République, alors pourquoi le pronostiquer en quatrième position ? eh bien, j’ai l’impression que la situation n’a pas beaucoup évolué depuis mon article de 2014. Du côté de la gauche sociale-démocrate, Hollande incarne paradoxalement la seule alternative crédible. Si l’embellie sur le chômage se confirme, Hollande pourra s’en attribuer la paternité, bien que cela soit surtout lié à la reprise américaine et au faible prix du pétrole. D’autant qu’il a fait du chômage une condition de sa recandidature. J’ai le sentiment que la question n’est même pas tant de son bilan que de ses adversaires crédibles. Actuellement, personne ne semble se dégager contre Hollande. Emmanuel Macron monte en puissance mais semble clairement trop jeune et trop inconnu pour être capable de le renverser dans un avenir proche. De plus, sa (récente) popularité est peut être due à un effet de nouveauté  et à une prise de parole très libre en mode “libéral décomplexé”, car ses idées  n’ont rien d’originales. Elles se distinguent surtout par leur imprécision et leur manque d’incision politique. Quand on se dit “ni de gauche, ni de droite”, c’est généralement qu’on est de droite.

La principale inconnue reste Manuel Valls. S’il se présente contre Hollande, il le battra certainement. S’il en irrite beaucoup par son côté autocrate macho, j’ai l’impression que c’est aussi ce qui plait, tant cela l’oppose à un François Hollande jugé mou, faible, ambigu, indécis en permanence, ayant mis deux ans à se décider sur sa ligne politique. Quant à ses idées, elles s’inscrivent dans la droite ligne d’un Républicain à droite de la gauche (ou à gauche de la droite…), avec une politique en faveur des entreprises mais aussi une action sur les inégalités, un discours intraitable sur la laïcité, la défense des services publics, un brin de gaullisme dans sa façon de voir l’Etat.

Mais Valls se présentera-t-il ? Il est jeune, il peut choisir d’attendre encore. Cela dépend des rapports de force en interne au PS, de la façon dont il juge ses chances, des soutiens dont il dispose. En fait, du mode de sélection du candidat du PS. Est-ce que Hollande va s’imposer naturellement et aucune primaire ne sera organisée, dans le but de ne pas diviser davantage une majorité déjà éclatée ? Cela semblerait étonnant, mais dans ce cas, Hollande aurait le champ libre. Est-ce qu’une primaire sera organisée ? Valls, Macron et d’autres (Aubry ?) pourraient alors lui mettre de sérieux bâtons dans les roues.

Hollande reste pour moi une variable inconnue. Ce n’est certainement pas un grand homme d’Etat mais je ne doute pas de son intelligence tacticienne. Il ne laisse certainement pas son propre ministre de l’économie le défier ainsi en permanence sans avoir une idée derrière la tête. Il peut encore défendre son bilan : face aux électeurs de droite, il pourrait s’appuyer sur l’embellie économique (si elle se confirme, point essentiel), sur ses réformes en direction des entreprises –loi Travail, pacte de responsabilité—et face à la gauche, sur ses dépenses dans l’Education nationale, ses gestes en direction des fonctionnaires, sa réforme de l’école et bien entendu le mariage homosexuel. Il est donc capable de rester en course. Mais son impopularité est telle à l’heure actuelle –à peine plus de 15% d’opinions favorables, un record absolu !—qu’il semble tout de même très difficile qu’il soit au second tour.

5. Les autres

Les écologistes, déjà structurellement faibles dans le paysage politique français, n’existent quasiment plus en tant que parti, à force de divisions entre ceux qui voulaient participer au gouvernement Hollande et les autres. L’affaire Baupin n’a pas arrangé leur image, et ils ont d’ailleurs perdu leur groupe parlementaire à l’Assemblée. Au final, ils vont nous gratifier de je ne sais quel candidat insignifiant –Cécile Duflot est la seule à peu près connue…—qui fera, comme d’habitude, un score dérisoire.

François Bayrou a été incapable de capitaliser sur son excellent score de 2007. Cela continue de m’étonner. Comment le comprendre ? Très opposé à Sarkozy, il a voulu tirer le centre sur sa gauche, ce qui n’a pas fonctionné. Y-a-t-il eu de graves erreurs de gestion en interne qui expliquèrent ces défections en cascades, peu de temps après la fondation du Modem ? L’écart béant entre son score de 2007 –près de 20% !— et celui de 2012 –9%, plus de deux fois moins ! est révélateur. J’ai du mal à expliquer précisément ce gouffre, mais la faute en revient entièrement à Bayrou lui-même. Il n’a pas su prendre des positions suffisamment déterminées pouvant le classer sur l’échelle gauche-droite, ce qui est indispensable en France où le centre n’a pas une forte légitimité politique parce “qu’on ne sait pas bien ce qu’ils pensent”. Rien n’est plus faux que l’idée de la disparition du clivage gauche-droite, les Français savent très bien se positionner quand on leur demande et dans ce contexte, le centre a du mal à tirer son épingle du jeu. Le score historique de 2007 apparaît comme une anomalie liée à la conjonction de deux candidats très clivants, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, dont la personnalité et les idées crispaient beaucoup d’électeurs jusque dans leur propre camp. De plus, l’hostilité à l’égard de l’Union Européenne grandit et le Modem est le parti le plus proeuropéen de l’échiquier politique, ce qui ajoute peut être de l’incompréhension. Enfin, Bayrou est apparu trop discret, pas assez déterminé, pas assez exposé médiatiquement. Depuis le début du quinquennat de Hollande on ne l’a d’ailleurs quasiment pas entendu. Va-t-il seulement se représenter ?

Je ne vois pas l’intérêt d’évoquer les autres, qui feront au maximum 3%, ou n’obtiendront pas les 500 signatures.

Second tour :

Évidemment, si le premier tour ressemble à ce que je viens de décrire, c’est Juppé qui l’emporterait.

Marine Le Pen peut monter suffisamment pour passer au second tour, mais je doute qu’elle ait la base électorale pour l’emporter dans une Présidentielle. Certes, la base électorale du FN a beaucoup grossi, mais une partie (combien ? bonne question) de cette base reste encore un vote protestataire que les électeurs choisissent uniquement au premier tour, sans adhérer pour autant aux thématiques frontistes.  Le rejet du FN comme islamophobe, raciste, extrémiste, etc. reste encore très présent, ce qui est d’ailleurs justifié en partie, malgré toutes les évolutions entreprises par la nouvelle Présidente. Les libéraux, les pro-européens, la gauche libertaire, l’extrême-gauche, les écologistes, les modérés sociaux-démocrates rejetteront le FN. Même si le parti évolue encore pour gommer les aspects les plus polémiques de son discours, l’image d’un parti ne peut pas évoluer aussi vite, d’autant que celle du FN a déjà beaucoup évolué depuis l’éviction de Jean-Marie Le Pen, pestiféré des médias. Il n’y a donc, fort heureusement, aucun chance que Marine Le Pen soit la Présidente en 2017.

Jean-Luc Mélenchon est dans la même position, à l’autre extrémité du spectre politique. Son aura lui permet de monter, mais pas de gagner. Tout simplement parce que son programme est toujours à gauche de la gauche, ce qui signifie forte hausse de la fiscalité, mesures autoritaires en matière de protections des frontières, hausse des dépenses publiques dans tous les domaines et notamment dans le domaine social, forte hausse du SMIC, titularisations massives dans la fonction publique, etc. Voire, s’il s’énerve un peu, nationalisation des banques, interdiction des licenciements, … Sans parler de ses positions radicales sur l’école privée –il est toujours favorable à sa disparition, ou de son laïcisme qui frôle l’athéisme d’Etat. Disons-le clairement : Mélenchon n’a rien renié de son admiration pour le chavisme, et pour savoir ce que ça donne, il suffit de jeter un œil au Venezuela. Jamais les milieux économiques ne voteront pour un tel programme, pas plus que les sociaux-démocrates de gauche et de droite qui n’apprécient pas les accents autoritaires de Mélenchon –quand il passe en mode marxiste. Sa personnalité peu ouverte au dialogue en dehors de son camp le dessert complètement. Comme Marine Le Pen, je pense qu’il va faire un meilleure score qu’en 2012, mais il n’a aucune chance de l’emporter, ce dont évidemment je me réjouis.

Conclusion

Cette brève analyse n’apporte finalement pas beaucoup de surprise. Dire aujourd’hui que Juppé a de bonnes chances d’être notre futur président n’est pas une grande prise de risque. Je dois dire que personnellement cela ne me réjouis guère.

D’abord parce que Alain Juppé a 70 ans et qu’il était déjà ministre en 1986….soit il y a 30 ans ! Une victoire de Juppé illustrerait de manière tragique la sclérose de la politique française : on prend les mêmes et on recommence. Il n’y a qu’en France qu’un candidat (en l’occurrence une candidate, Arlette Laguiller) peut se présenter cinq fois à la présidentielle, faire moins de 5% à chaque fois, et continuer de s’y présenter. Les États-Unis ont une démocratie qui présente bien des limites mais l’idéologie du winner a un grand avantage en politique : lorsqu’on a perdu une élection présidentielle, on ne s’y représente pas. Pas de place pour les loosers. Du coup, le renouvèlement des élites politiques semble plus rapide aux États-Unis. OK, Juppé a de l’expérience, mais 70 ans, quand même, …. trente ans de plus que la moyenne d’âge des Français !

Au-delà, le programme esquissé par Alain Juppé semble assez décevant en nous ressassant les vieilles lubies de la droite “la plus bête du monde”, et en passant à côté de sujets bien plus importants. Ainsi, il a évoqué des baisses d’impôts massives. Pourquoi pas, mais pas n’importe comment, pas dans n’importe quelle proportion, pas n’importe quel impôt.  La réforme fiscale est une priorité, mais doit être traitée avec sérénité, par une refonte large et ambitieuse de notre système, visant d’abord à la simplification, à la clarification, à l’augmentation de la progressivité, à la diminution des niches fiscales et des taux d’imposition, sans être excessif et promettre aux Français “X milliards d’impôts en moins”. Vu la tonalité des propositions de Juppé, j’ai un doute sur sa capacité à réaliser une telle réforme. Je m’attends plus à un patchwork de mesures d’allègements ciblés, coûteux, ajoutant de la complexité, pour un résultat économique modéré à nul. C’était à peu près le résultat de la défiscalisation des heures supplémentaires par Sarkozy : coût élevé, effet nul tant la mesure avait été affecté d’effets d’aubaine.

Juppé a également évoqué, sans aucune surprise, des réformes sur les 35h, la compétitivité, et plus de libéralisation du marché du travail. Aucun de ces sujets n’est considéré comme une priorité par les économistes sérieux, y compris libéraux, y compris de droite. Les Français soutiennent très largement le principe des 35h, tout simplement parce que travailler 35h au lieu de 40, c’est bénéfique pour la vie sociale et familiale. Le travail ne doit pas suroccuper notre temps, et il n’est pas besoin d’être de gauche pour dire cela. Si je prenais quelques accents évolutionnistes façon Marx, je dirais même que c’est le sens de l’Histoire. Même s’il y a beaucoup de débats économiques sur les 35h –je n’y reviendrais pas—la plupart des économistes s’accordent à dire que notre productivité nous permet ce temps de travail ; de toute façon peu de gens travaillent réellement 35h. Il n’y a donc aucune urgence à réformer sur ce sujet très polémique et dont le bénéfice économique attendu est minime.

Quant à la compétitivité, ce n’est pas une question, c’est la productivité qui en est une. Et il y a beaucoup de choses à faire sur le sujet, aucune n’ayant été évoqué par Juppé. La droite se contente de recycler la vieille proposition de diminution des “charges”. Sans doute fallait-il le faire il y a quelques années car la France est l’un des pays de l’OCDE où elles sont le plus élevées, ce qui pèse sur le coût du travail. Mais le lien entre coût du travail et emploi est loin d’être automatique et on ne peut pas attendre de telles mesures un impact massif sur le chômage. D’autant  qu’il a y a déjà tellement de mesures dans ce sens qu’un employeur embauchant aujourd’hui quelqu’un au SMIC paye en réalité très peu de cotisations sociales. Enfin, ça coûte extrêmement cher à la Sécurité sociale, ce que l’Etat doit au final compenser par plus d’impôts, comme la TVA (dite “sociale”). Dans ce cas, on ne fait qu’opérer un transfert des inactifs, qui consomment sans travailler –étudiants, retraités—vers les actifs. Ce n’est pas une politique d’avenir.

La libéralisation du marché du travail, quant à elle, est déjà bien avancée, on n’a pas besoin de grand chose en plus. Arrêtons les clichés : licencier en France est beaucoup plus facile qu’on le dit, mais il est vrai que les coûts restent incertains du fait de la large marge de manœuvre des juges prud’hommaux, qui donnent raison dans 80% des cas aux salariés. Dans ce contexte la barémisation prévue par le projet de loi Travail initial me semblait une bonne chose. Pour le reste, il y a longtemps que la France n’est plus un pays sclérosé par un code du Travail qui serait la principale restriction à l’embauche, comme le temps où il fallait l’autorisation du Préfet pour licencier quelqu’un. Je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire sur le marché du travail, mais il semble aujourd’hui bien plus nécessaire de réformer le marchés des biens et des services, d’agir sur la concurrence dans un certain nombre de secteurs, sur l’accès au crédit, la mobilité géographique, la formation continue. Toutes ces pistes sont plus promptes à avoir un effet sur le chômage structurel français que celles, classiques et un peu caricaturales, qu’a évoqué Juppé.

Malgré tout, Juppé n’est pas encore président. Mon pronostic reste dépendant de quelques inconnues essentielles : la stratégie de Valls, l’évolution de la situation économique et donc le bilan de Hollande, la montée d’éventuels rivaux socialistes, le résultat de la primaire à droite. A quoi on peut ajouter quelques variables de dernière minute qui peuvent avoir de l’importance : un dérapage de Marine Le Pen, une évolution de Mélenchon sur un point de son programme, un Macron qui commencerait à avoir de l’intelligence politique, …

2 réflexions sur “Pronostics pour 2017

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