L’art des limites (1/3)

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Il faudra mourir, que je lui dis encore, plus copieusement qu’un chien et on mettra mille minutes à crever et chaque minute sera neuve quand même et bordée d’assez d’angoisse pour vous faire oublier mille fois tout ce qu’on aurait pu avoir de plaisir à faire l’amour pendant mille ans auparavant… Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit

Dans Le cercle des poètes disparus, l’énigmatique M.Keating commence son premier cours de lettres d’une façon étrange. Au lieu de l’austère salle de classe et son tableau de craie, il invite les élèves dans la salle des trophées. Voici que se tiennent là une vingtaine de jeunes garçons, plein de santé et de force, issus de ces riches familles qui ont pu les envoyer dans la meilleure des écoles, la prestigieuse académie Welton, d’où ils seront promis aux meilleures carrières, aux meilleurs postes, aux plus hautes fonctions dans la société américaine. Et que leur dit M. Keating ? Leur fait-il un éloge du mérite et de l’effort, de la réussite, de la célébrité, de la compétence et du savoir ? Non. Il les invite à contempler les photos de leurs camarades….morts. Ceux-là même qui, quelques générations plus tôt, les ont précédé à Welton. Ceux qui avaient la même fougue de la jeunesse, les mêmes rêves, la même énergie, les mêmes hautes ambitions, et les mêmes capacités de les atteindre. Et qui nourrissent aujourd’hui les vers.

Nous sommes finis

Si dans toute l’Histoire se trouve une seule vérité, c’est bien celle-ci. Beaux, moches, grands ou petits, quels que soient la pureté de nos intentions et la beauté de nos idéaux, que notre vie soit une ode à l’humanité ou que nous flétrissions sous le poids d’un passé dégoûtant, peu importe la qualité de nos réalisations techniques ou artistiques, notre destin commun est identique : nous mangerons les pissenlits par la racine. Je n’évoque pas là une abstraction théorique, une nouvelle idée qui prétendrait expliquer les derniers instants. Ce n’est même pas un concept. C’est quelque chose de très concret : tu vas mourir. Demain, ou dans trente ans. Mais tu mourras, dans un temps et un lieu déterminé. En ce moment-là, même très entouré, tu seras seul face à la mort, puisque ce sera la tienne et seulement la tienne.

Le dernier acte est sanglant, quelque soit belle que soit la comédie en tout le reste. On jette enfin de la terre sur la tête, et en voilà pour jamais. Pascal

Il faut lire les mots de quelques grands hommes au chevet de leur mort. Sur son lit d’agonie, le grand industriel italien Rizzoli s’écrie : “Mais je ne peux pas mourir ! Je suis l’homme le plus riche d’Europe !”. Balzac croit avoir encore le temps d’écrire un livre. Voltaire cherche un dernier bon mot. Berlioz se regrette déjà. Le poète Philippe Desportes se lamente : “J’ai 30 000 livres de rente, et je meurs !” Voilà quatre siècles que le brillant lettré nourrit la terre.

De temps à autre un homme se dresse en ce monde,

Etale sa fortune et proclame : c’est moi !

Sa gloire vit l’espace d’un rêve fêlé,

Déjà la mort se dresse et proclame : c’est moi !

Omar Khayyam

…Surtout vu d’en haut

Si on prend un peu de hauteur, on ne s’arrache pas pour autant à la finitude. C’est que, même d’un point de vue très général, nous ne vivons pas longtemps. Cent ans, mon Dieu, cent ans ! Le moindre stalagmite de la première grotte un peu souterraine venue a plus d’années que le monde depuis Ménès. Que sont nos dix mille ans d’histoire à l’échelle du mouvement des continents et des planètes ? L’arbre le plus vieux du monde, un pin qui pousse en Californie, a été évalué en 2010 à 4842 ans. Il est né alors que l’écriture n’existait pas en Europe, et pousse encore aujourd’hui à l’époque des iPhones 7. Et la Terre a 4,6 milliards d’années ! Parlons-en, d’ailleurs. Un point bleu pâle, perdu dans l’Univers. Commentant une photo de Voyager 1, prise à six milliards de kilomètres de la planète, l’astronome Carl Sagan dépeint magnifiquement ce sentiment de finitude.

« Regardez encore ce petit point. C’est ici. C’est notre foyer. C’est nous. Sur lui se trouvent tous ceux que vous aimez, tous ceux que vous connaissez, tous ceux dont vous avez entendu parler, tous les êtres humains qui aient jamais vécu. Toute la somme de nos joies et de nos souffrances, des milliers de religions aux convictions assurées, d’idéologies et de doctrines économiques, tous les chasseurs et cueilleurs, tous les héros et tous les lâches, tous les créateurs et destructeurs de civilisations, tous les rois et tous les paysans, tous les jeunes couples d’amoureux, tous les pères et mères, tous les enfants plein d’espoir, les inventeurs et les explorateurs, tous les professeurs de morale, tous les politiciens corrompus, toutes les “superstars”, tous les “guides suprêmes”, tous les saints et pécheurs de l’histoire de notre espèce ont vécu ici, sur ce grain de poussière suspendu dans un rayon de soleil.

La Terre est une toute petite scène dans une vaste arène cosmique. Songez aux fleuves de sang déversés par tous ces généraux et ces empereurs afin que nimbés de triomphe et de gloire, ils puissent devenir les maîtres temporaires d’une fraction d’un point. Songez aux cruautés sans fin imposées par les habitants d’un recoin de ce pixel sur d’indistincts habitants d’un autre recoin. Comme ils peinent à s’entendre, comme ils sont prompts à s’entretuer, comme leurs haines sont ferventes. Nos postures, notre propre importance imaginée, l’illusion que nous avons quelque position privilégiée dans l’univers, sont mis en question par ce point de lumière pâle. Notre planète est une infime tache solitaire enveloppée par la grande nuit cosmique. (….) »

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Face à l’angoisse de la mort…

Nous sommes donc finis, et nous allons mourir. Tous les hommes ayant atteint l’âge de raison le savent, bien sûr. Mais cela reste, pour la plupart d’entre eux, quelque chose d’assez abstrait. D’assez lointain. La conscience vient, et grandit avec l’âge. Un vieil homme de 90 ans a très conscience de sa fin prochaine : son temps est écoulé. Pour lui, la mort n’est pas une abstraction intellectuelle. Quid d’un jeune adolescent ? Ce n’est pas pareil. D’où la leçon du professeur Keating :  que vas-tu faire, jeune garçon, puisque tu vas mourir ? On peut y voir là une perspective angoissante. Quelques élèves ne comprennent pas, et trouvent le propos morbide.

L’angoisse s’explique avec la double signification du mot fin : en grec, la fin c’est le but (télos) ou le bout (eschaton), l’objectif ou l’achèvement. La fin de ma vie, c’est son achèvement par la mort, mais c’est aussi le but que je peux lui donner. Cette double signification, c’est le philosophe Fabrice Hadjadj qui en parle le mieux, dans Réussir sa mort (2005) :

Trouver une fin à sa vie n’a pas le même sens que mettre fin à ses jours. Dans le premier sens, la fin de la vie est la béatitude ; dans le second, la fin de la vie est la mort. Et c’est sous ce double horizon que nous avons à appréhender toute chose. Comment concilier deux fins si adverses ? Comment parvenir au happy ending ? D’un côté, je veux être heureux ; de l’autre, je sais que je dois mourir. Plus je désire un bonheur parfait, plus la mort m’apparaît comme un scandale.

Lorsqu’à la conscience de l’homme apparaît la perspective de la mort, une tension se fait donc jour. D’un côté, je recherche le bonheur et la satisfaction de ma vie ; de l’autre, cette vie n’aura qu’un temps, et tout ce que j’aurais été —peu importe quoi— disparaîtra avec moi. De là, trois grandes réactions possibles visant à relâcher cette tension.

1. Le cynisme

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Il y a plusieurs formes de cynisme, mais toutes convergent au même constat désespéré : la vie n’a aucun sens, puisqu’elle va au néant. Pourquoi en faire quoi ce soit ? Pourquoi jouer le jeu de rôle social, des conventions, des règles, des normes, des lois, de la politesse, de l’art, des grandes réalisations, de l’amour ou de la haine, puisque tout finit à terre, inéluctablement ? A quoi bon faire des enfants (ils mourront) ou bâtir une maison (elle s’écroulera) ? Jean-Paul Sartre a bien perçu cette angoisse première, même si l’activisme politique lui permit temporairement d’y d’échapper ; Albert Camus l’a magistralement illustré : l’Etranger est comme étranger à sa propre existence, il refuse de jouer un jeu quel qu’il soit, il se contente de sentir. Sa vie est évidemment absurde, mais c’est parce que derrière elle, toute vie l’est fondamentalement. Le philosophe Emil Cioran est encore plus direct : “Espérer, c’est démentir l’avenir”. Lui aussi s’est contenté toute sa vie de sentir, rejetant tous les divertissements modernes, se réfugiant dans l’ascèse bouddhiste. Après avoir écrit en 1973 De l’inconvénient d’être né, il projeta de se suicider mais mourra finalement de maladie, en 1995.

On trouve encore cette forme de cynisme chez diverses variétés de nos contemporains, qui marquent toute tentative de quelque chose du sceau de la vacuité. A quoi bon ? soupirent les jeunes fumeurs de cannabis, assoupis sur leur canapé. A quoi bon ? ricanent les misanthropes blasés. A quoi bon ? ajoutent encore ceux qui, en parfaite santé, vont se jeter demain sous un train. Encore ces cyniques sont-ils de gentils sires ! Ils n’emmerdent personne. D’autres qu’eux peuvent considérer que puisque tout est en voie de destruction, autant accélérer la chute du monde. C’est le cynisme brutal, ultra-individualiste ou même violent : je fais littéralement ce que je veux  à l’instant où je décide que je le veux, et peu importe les conséquences : après moi, il n’y a rien.

2. L’hédonisme

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Une autre façon de faire avec l’angoisse de la mort est d’en anesthésier la conscience. Nous ne pouvons pas éliminer la mort, mais nous pouvons faire comme si elle n’existait pas. C’est au fond le but du divertissement tel que le concevait Pascal : une sorte de fuite en avant devant l’angoisse de la mort, une trompe-l’ennui désespéré, toutes les misères humaines dérivant de cette fondamentale incapacité à s’asseoir seul dans une pièce silencieuse et à sentir pleinement la finitude sa propre existence. Nous nous vautrons alors dans un hédonisme gras, dont le capitalisme a depuis longtemps déjà récupéré les maximes : consomme, consomme tout, toi, les choses et les autres, jouis, jouis maintenant, jouis tout de suite puisque tous, vous mourrez ! Il nous faut plus de cinéma, de musique, de jouets en plastique, de voyages en avions, de nouveauté high-tech, de projets, de vitesse et de bruit. C’est le mauvais carpe diem. 

Cueille le jour, comprenez : achète ce nouveau gadget en promotion absolument nécessaire à ton existence, n’éteins pas en toi la pulsion consommatrice, fais cette découverte, ne songe pas à ton découvert. Fabrice Hadjadj

Il n’y a d’ailleurs pas d’opposition flagrante entre cynisme et hédonisme. Nous pouvons passer successivement ou alternativement de l’un à l’autre, même au cours d’une seule journée.  Hadjadj le pense : “Tomber dans l’optimisme aveugle ou dans la lucidité cynique. Se contenter des plaisirs de ce monde, avec ses petits moyens ; mépriser tout plaisir comme voué à l’extermination. Bâtir un bonheur illusoire, bestial ou bourgeois, dans l’oubli de la mort ; ne rien bâtir, blasé ou brutal, dans l’oubli du bonheur. Souvent nous passons de l’un à l’autre au cours de la même journée. Ni l’un ni l’autre n’offrant une vision complète, nous faisons basculer notre bandeau de borgne tantôt sur l’œil gauche, tantôt sur l’œil droit, et c’est l’euphorie débraillé suivie du brusque abattement.”

3. Maîtriser la mort

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En 1945, beaucoup ont compris que quelque chose avait changé. Les Américains venaient de larguer une première bombe atomique sur Hiroshima, puis une deuxième sur Nagasaki, trois jours plus tard. On comprit que l’humanité disposait des moyens techniques de se supprimer elle-même. Nous avions franchi une première limite, jusque-là inimaginable : la possibilité de notre propre extinction. Dans son message de capitulation du 14 août 1945, l’empereur Hirohito était clairvoyant : “Si nous devions continuer à nous battre, il n’en résultait pas seulement l’effondrement et l’anéantissement total de la nation japonaise, mais cela mènerait à l’extinction totale de la civilisation humaine”. Cela dit, nul n’était besoin d’attendre 1945 pour l’entrapercevoir. Dans l’ordre de la mort, la technique avait depuis longtemps fait des progrès redoutables. Déjà, l’invention de la poudre sonnait la fin des antiques batailles. Le Moyen-âge, que l’on caricature avec paresse comme le temps des brutalités barbares, n’a jamais engendré de grands massacres. Qui sait que c’est avec moins de 7000 hommes que Guillaume le Conquérant s’empare de l’Angleterre, au XIème siècle ? Trois siècles plus tard, la bataille d’Azincourt, l’une des plus sanglantes du Moyen-âge occidental, ne met aux prises qu’une vingtaine de milliers de soldats, et entraîne la mort de quelques milliers d’entre eux.  Les rois “absolutistes” de l’Ancien régime n’ont jamais pu mobiliser une société entière dans la guerre. Elle était réservée à un corps limité : les mercenaires et les nobles. La seule bataille de la Somme et ses 800 000 morts, lors de cette nouvelle –et très républicaine– boucherie techno-industrielle que fut la première guerre mondiale, fut plus sanglante que toutes les guerres de Louis XIV, pourtant pas le moins belliqueux des rois de France.

La fin de la seconde guerre mondiale inaugura –malgré la guerre froide– une ère de prospérité et de paix sans précédent en Occident. L’économie de guerre des États-Unis se transforma en une économie de paix augmentée de toutes les avancées de l’économie de guerre, principalement la mécanisation –pour faire des tanks– et la chimie –pour faire des bombes. La mondialisation diffusa cette économie partout, si bien qu’on trouve aujourd’hui du Coca-cola dans le Sahel. Vint l’agriculture industrielle, donc la tertiarisation, la consommation de masse, et avec l’avènement de l’informatique, la communication de masse.  En Occident (et même, d’ailleurs, en URSS), les prolétaires que Marx rêvait en révolutionnaires devinrent massivement les petit-bourgeois qu’il vomissait, recherchant, bien plus que la Révolution, des gains de pouvoir d’achat. Au plan intellectuel, les grandes idéologies furent progressivement délaissées. La politique se dépassionna, jusqu’à se transformer, dans la plupart des pays du monde, en un duel entre le centre-gauche et le centre-droit. Même la petite épopée soixante-huitarde n’entraîna rien de bien radical : pour la partie ouvrière, des hausses de salaires ; pour la partie étudiante et culturelle, une progression du libertarisme sexuel et des idéologies individualistes ; pour la partie politique, une victoire écrasante des Gaullistes à l’Assemblée. En pratique, les principaux leaders de cette période (Cohn-Bendit, Joffrin, …) cessèrent rapidement d’être révolutionnaires et devinrent presque tous des sociaux-libéraux bon teint, trente ou quarante ans plus tard. D’ailleurs, la plupart des pays occidentaux étaient désormais gouvernés par des démocraties libérales, et les “droits de l’homme” y avaient fait de grands progrès. Techniquement, chimie et mécanisation furent mis au service d’une humanité mieux nourrie, mieux soignée, mieux éduquée ; la productivité décolla, le revenu par habitant aussi. Dans les années 1990, après la chute de l’URSS, on pouvait penser que l’humanité était parvenu à un stade de sagesse avancée : la technique qu’elle aurait pu utiliser pour se détruire, elle l’avait utilisée positivement. En quelques décennies, l’espérance de vie moyenne en Europe avait doublé.

Quel rapport peut-il y avoir entre la destruction de Nagasaki par une bombe nucléaire américaine et le doublement de l’espérance de vie européenne, soixante ans plus tard ? Le rapport, c’est le progrès technique. Et ce progrès a profondément modifié la façon dont nous pouvons penser à notre mort. Le progrès nous laisse apercevoir une troisième voie  : plutôt que de geindre cyniquement ou de se réfugier dans un hédonisme à la petite semaine, ne faudrait-il pas plutôt chercher à maîtriser la mort elle-même ? La technique peut le promettre, chaque jour davantage, et anesthésier radicalement —au sens propre— ce sentiment de finitude. Bien sûr, nous mourons toujours, mais beaucoup moins. La médecine ne fait plus souffrir, a déchiffré notre code génétique, soigne toutes sortes de maladies, remplace des organes malades par des organes sains. Avec l’euthanasie sans douleur, vendu pour quelques dizaines d’euros en kits dans quelques pays très avancés, vous pouvez déjà choisir le moment de votre mort, c’est-à-dire le temps qui vous est imparti. Ce que vous pouvez pour vous, vous le pouvez pour les autres : un enfant à venir est handicapé, et vous voulez lui éviter l’angoisse de naître et de connaître à son tour une finitude d’autant plus grande que son corps n’est pas parfait ? Il y a l’avortement, efficace et indolore. Télévision, jeux vidéo, cinéma, musique digitale, vidéo 3D, parc d’attractions, tourisme de masse : nous inventons des techniques plus sophistiquées les unes que les autres pour nous divertir. La technique a émancipé l’agriculture des contingences climatiques : on peut faire pousser (presque) n’importe quoi, n’importe quand, n’importe où. Grâce à la pilule, la sexualité est délivrée de ses fâcheuses conséquences. On peut prendre son pied sans penser à rien (au passage, la pilule a fait bien plus pour la libéralisation des mœurs que toutes les protestations de nos chers soixante-huitards : ce n’est pas une révolution culturelle, c’est une révolution technique). La technique, toujours –à commencer par le conteneur– nous permet d’acheter n’importe quel produit de n’importe quel endroit de la planète. Produit “manufacturé”, d’ailleurs, c’est-à-dire composé d’un assemblage d’autres produits, eux-mêmes manufacturés et provenant d’autres régions du monde, et ainsi de suite. Nous sommes bien incapables de savoir qui l’a fabriqué, et comment. Ici, le technicisme rejoint l’hédonisme.

La finitude inhérente à l’être humain n’a certes pas disparue : elle ne disparaîtra jamais. Mais la technique l’a repoussé, en a diminué la conscience plus efficacement que tous les litres d’absinthe que Verlaine a pu s’envoyer dans tous les recoins fumeux de Paris. Pour demain, la technique peut promettre encore davantage, repousser plus encore les limites de la mort en la maîtrisant davantage. Neuroscience, biotechnologie, recodage de l’ADN, développement des techniques de procréation médicalement assistée (y compris la gestation pour autrui), chirurgie esthétique facile et moins coûteuse, cryoconservation, intelligence artificielle augmentée, Big Data, prothésisme, puces électroniques, …poursuivront la quête d’un être humain augmenté, dont les limites seraient sans cesse repoussées.

Chercher autre chose…

Cynisme lucide, hédonisme gras, technicisme impérieux : aucune de ces trois réponses ne me satisfait pleinement. Aucune ne peut être facilement rejetée en bloc  : il faut savoir appréhender la pertinence de chacune de ces réactions avant d’en saisir les limites. Dans la partie suivante, nous nous attacherons donc à montrer l’intérêt de chacune de ces réactions, mais surtout les impasses auxquelles elles conduisent inévitablement. Le technicisme étant la réaction contemporaine par excellence, c’est lui que nous regarderons particulièrement. Face à la mort, il nous faudrait, je crois, autre chose. Nous chercherons.

 

2 réflexions sur “L’art des limites (1/3)

  1. cela me rappelle les odes les plus nihiliste de L’Ecclésiaste ou les hadiths qui traite de zuhd tous du moins c accorde a dire qu il faut se tourner vers ce qui est éternel dieu et oublié le monde d ici bas
    la problématique c est que c est plus de l ordre théologique que philosophique et semble condamner l athée a une vie absurde ( quoi que l étranger de camus va dans ce sens ) et je doute q une vie ( n importe quel vie ) puisse être absurde
    mais bon qui sait ? peux être j ai tort peux être qu il ya des vie absurde dieu sait mieux

  2. Pingback: L’art des limites (2/3) – Des hauts et débats

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