Note de lecture : Le danger sociologique

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L’ouvrage et les auteurs

Etienne Géhin est présenté sur la couverture comme un (ex) maître de conférences en sociologie. Avant cela, je n’avais jamais entendu parler de lui ; Gérald Bronner, en revanche, est plus connu du grand public, notamment pour ses analyses de la radicalisation et des théories du complot. Il a acquis récemment une notoriété médiatique relativement importante pour un sociologue.

Le contenu du livre

Le livre est un véritable plaidoyer pour la sociologie analytique, aussi appelée individualiste, ou encore compréhensive. Même s’il constitue une charge contre la sociologie holiste (ou structuraliste, ou culturaliste), le ton adopté n’a rien d’un pamphlet, comme certains médias l’ont prétendu (Le Monde, Les Inrocks). Il est plutôt constructif et adopte résolument une posture scientifique (la liste des références est assez fournie).

Une approche ouverte des phénomènes sociaux

Le point le plus positif du livre, c’est l’approche pluridisciplinaire assumée. Elle est particulièrement réjouissante. Le livre puise abondamment dans les sciences cognitives (psychologie et neurosciences) et fait parfois appel à quelques raisonnements économiques. Cela est réjouissant parce qu’un authentique esprit scientifique doit s’attacher à remettre sans cesse sur le métier la seule question fondamentale des sciences de l’homme : comment expliquer le comportement humain ?

Comment aujourd’hui peut-on se tenir par principe à une seule approche (expliquer le social par le social, cf. Durkheim), expliquer tous les phénomènes avec seulement un ou deux concepts et adopter une posture de cloisonnement disciplinaire ?  Plusieurs approches (et donc plusieurs sciences) peuvent être fructueuses et complémentaires pour expliquer le comportement humain. La posture de cloisonnement disciplinaire et ses querelles de chapelle est donc particulièrement insupportable tant elle dessert la quête scientifique. Comment un sociologue n’ayant qu’une vague formation économique peut-il encore ressortir le vieux cliché de “l’homo oeconomicus” froid et calculateur, sans aucune connaissance des multiples travaux existant depuis des décennies dans le domaine de la psychoéconomie, de la théorie des jeux, qui ont longuement nuancé, précisé, approfondi le modèle classique de la rationalité ? C’est une simple question de décence intellectuelle : quand on ne sait pas, on se tait. Ici, le « danger sociologique » dénoncé par Bronner et Géhin est clairement le danger idéologique : au nom de certains principes, de certaines valeurs ou d’une position épistémologique relativiste (la vérité objective ne serait que la reproduction historique du discours dominant), la sociologie perd en scientificité.  Le livre évoque à  ce sujet  (pour la critiquer) la pétition signée par certains chercheurs contre l’introduction à l’école de cours sur les théories du complot contre la « volonté de normalisation et l’injonction d’enseigner à tous comment penser droit ».

Autre exemple, la défiance de principe d’une large partie des sociologues envers les sciences de la nature parce qu’utiliser des raisonnements issus des neurosciences serait “naturaliser” le comportement humain, donc constituerait une régression intellectuelle par rapport à une sociologie se devant d’être conçue pour expliquer que “tout est construit”. L’enjeu ici est tout à fait politique : si “tout est construit”, tout peut être déconstruit (et reconstruit), donc sauver le progressisme nécessiterait de lutter contre la “naturalisation” des comportements humains, ce qui serait le travail propre de la sociologie. Bronner et Géhin ont parfaitement raison de souligner qu’en plus d’être une posture de principe, cette position confond hâtivement déterminisme génétique et support biologique. Nos comportements prennent indubitablement leur source dans notre organisme, à commencer par le siège des décisions, le cerveau ; de fait, il est tout à fait réducteur de prétendre expliquer le comportement humain sans comprendre le corps humain, par qui s’opèrent toutes les décisions humaines. Pour le dire autrement, toute action et toute pensée a des fondements matériels. Pour autant, cela ne veut pas dire que ces fondements matériels induisent une hérédité génétique, comme si l’on pouvait par exemple trouver le « gène de l’homosexualité ». Ma pensée vient de mon cerveau : en ce sens, je suis le produit d’un ensemble de ressources organiques. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tous mes comportements sont hérités : biologique et inné sont deux choses différentes. On peut donc parfaitement sauver le progressisme tout en acceptant la biologie. De toute façon, la biologie existe, et elle a une notoriété scientifique bien plus importante que la sociologie : qu’ont donc à gagner les sociologues en ignorant des travaux souvent considérés comme plus objectifs que les leurs, à part une décrédibilisation supplémentaire ?

Un exemple avec le concept d’habitus

Prenons le concept bourdieusien d’habitus, discuté dans le livre. Le terme grec signifie “manière d’être” et correspond à l’ensemble des dispositions durables acquises par la socialisation. Bourdieu comparait l’habitus a un programme informatique et jugeait qu’il expliquait les manières de voir, de penser, de faire, les goûts et les couleurs (cf. La Distinction, 1979), etc. L’habitus politique des individus peut par exemple expliquer pourquoi, si seuls les catholiques pratiquants avaient voté au premier tour de la présidentielle 2017, François Fillon aurait été élu dès le premier tour. Tout en critiquant le concept, Bronner et Géhin estiment qu’on peut le garder si on l’associe aux sciences cognitives en présentant l’habitus comme un ensemble de routines mentales acquises et ancrées dans le cerveau. On sait en effet que le cerveau est plastique. Un chauffeur de taxi va donc développer certaines aires comme celle du repérage dans l’espace. L’habitus correspondrait ainsi à des habitudes durablement acquises et matériellement intégrées sous forme de réseaux de neurones. L’intérêt de cette association est de sauver un concept intéressant et qui a indéniablement un pouvoir explicatif, mais à qui certains sociologues ont eu tendance à faire dire tout et n’importe quoi, sans qu’on puisse dire exactement à quoi correspond l’habitus, Bourdieu en ayant lui-même donné des définitions variées et souvent floues.

A l’ère de l’épigénétique, la vieille distinction acquis/inné semble dépassée. L’habitus est fondamentalement acquis, car il est transmis et modelé continûment par la socialisation dans des groupes sociaux divers, c’est-à-dire dans une culture  ; mais il est aussi inné au sens où il se matérialise par des réseaux de neurones spécifiques, des routines de pensée avec un fondement neural.

Quel niveau de détail analytique ?

Le Danger sociologique constitue un plaidoyer pour la sociologie individualiste ce qui renvoie aussi au choix du niveau de détail dans l’analyse. S’ils font appel à beaucoup de travaux psychologiques, Bronner et Géhin admettent que trop près de l’individu, la sociologie n’est plus qu’une succursale de la psychologie, et perd son caractère propre d’explication des phénomènes sociaux, donc collectifs.

Cependant, trop loin de l’individu et le sociologue aura tendance, selon Bronner et Géhin, à déformer la réalité par  l’utilisation excessive des statistiques macrosociologiques. Reprenons l’exemple du vote catholique (cet exemple n’est pas dans le livre, mais je trouve qu’il est assez parlant pour la discussion méthodologique). On peut prédire assez facilement, au niveau macrosociologique, le choix des catholiques pratiquants à partir des statistiques de la science politique et des analyses basées sur l’habitus catholique. Pour autant, dire que le capital culturel des catholiques pratiquants est tel que Fillon l’aurait emporté au premier tour si eux seuls avaient voté ne rend pas raison de toutes les opérations mentales qu’un catholique pratiquant réalise avant de se décider. En observant le résultat final (la majorité des catholiques pratiquants ont voté Fillon, donc Fillon est le choix des catholiques), le sociologue agrège une myriade de microdécisions individuelles, d’opérations mentales diverses et parfois contradictoires. Deux individus catholiques peuvent voter Fillon mais fort différemment : après avoir longuement hésité ou sans hésitation, avec enthousiasme ou avec défiance, par défaut ou par adhésion, par rejet ou par principe, etc. La phrase “l’électoral catholique vote Fillon” agrège artificiellement une myriade de microdécisions individuelles comme s’il y avait une entité abstraite, “le” catholique, ayant “un” habitus qui le fait voter Fillon.

Ainsi, Bronner et Géhin critiquent notamment Durkheim quand il développe l’idée qu’il existe des structures indépendantes des individus qui ont comme une existence propre. Ils s’inscrivent ici dans la tradition nominaliste (Hayek est plusieurs fois cité) : les agrégations (“l’Etat”, “la religion”, “la classe”, “la culture”, “la paysannerie”…) ne sont que des regroupement pratiques pour l’étude ou le langage, mais ne désigne pas des réalités ontologiques. Cela ne signifie pas pour autant que le tout n’est que la somme des parties individuelles, dans une phraséologie un peu libérale-naïve, car les agrégations individuelles peuvent donner des résultats collectifs non voulus par les acteurs. Ainsi d’un ensemble d’épargnants qui courent à la banque pour retirer leurs avoirs, précipitant la faillite de la banque.

Je dois dire que je partage assez l’analyse des auteurs sur ce point. La tentation est toujours forte, pour le sociologue, d’attribuer des pouvoirs causaux à des entités jamais clairement définies (“le corps social”, “l’électorat”, …) et que personne n’a observé empiriquement. Si les données macrosociologiques sont indispensables, les sociologues en tirent parfois des conclusions excessives qui ne rendent pas raison des choix individuels et in fine qui n’expliquent pas suffisamment bien les phénomènes sociaux. Observer les effets des structures sur les individus et les structures elles-mêmes n’est pas la même chose. De ce point de vue, le livre constitue aussi un plaidoyer pour la sociologie expérimentale ; rien n’est plus nuisible à la sociologie que l’excès de conceptualisation qui étouffe le travail empirique. C’est particulièrement vrai à l’ère du BigData 2.0, comme le soulignent les auteurs à la fin du livre :

L’apparition d’Internet et, notamment, celle du web 2.0 permet aux chercheurs de recueillir de nouvelles traces de l’activité sociale qui demeuraient auparavant plus ou moins invisibles. Les sciences sociales, comme toutes les disciplines scientifiques, cherchent à recueillir et à interpréter des traces laissées dans le réel, et qui sont décelables par des dispositifs méthodologiques (analyse d’archives, entretiens, enquêtes quantitatives, observations, etc.). La disponibilité de ces traces est donc la condition nécessaire – mais non suffisante – du succès de l’entreprise scientifique en général. L’accroissement de cette disponibilité pourrait être une formidable opportunité pour la sociologie, mais ce que l’on observe présentement est plutôt le développement exponentiel de publications qui relèvent de la web science (Hendler et al. 2008) ou de la new science of networks (Watts, 2004). Ces nouvelles approches sont essentiellement le fait des informaticiens, des physiciens ou des mathématiciens. Un regard statistique sur ces nombreuses publications montre que les sociologues n’en sont pas souvent les auteurs, alors que les objets sur lesquels portent ces articles (mouvements d’opinion, croyances, rumeurs, activisme) relevaient habituellement de leurs compétences.

Comprendre les phénomènes sociaux, c’est comprendre les choix des individus, même agrégés en collectifs : Bronner et Géhin assument une filiation wébérienne qui a l’avantage de ne pas juger à l’avance des décisions individuelles. Ce qui nous paraît absurde (se suicider à l’aide d’une bombe, par exemple) n’est peut être pas irrationnel pour tel ou tel sujet. Il est plus scientifique de comprendre les logiques individuelles plutôt que de supposer qu’il existerait des entités mystérieuses (“le” groupe, “l’Etat”, “la” religion…) qui gouverneraient les individus comme des pantins. Surconceptualisée et trop loin de la décision individuelle, la sociologie se transforme alors en une mauvaise prose de philosophie militante, car « élaborer une théorie sociologique très compliquée, abusant du name-droping et du concept-droping, c’est-à-dire créer un écran de fumée, n’est pas difficile » (Nicolas Walzer). C’était d’ailleurs le cas de Bourdieu à la fin de sa vie. Qui plus que lui a fait usage de la violence symbolique en produisant des textes inutilement complexes, avec un vocabulaire volontairement abscons, à peine lisible ? Qu’on pense par exemple à la définition de l’habitus qu’il donne en 1980 :

Les conditionnements associés à une classe particulière de conditions d’existence produisent des habitus, systèmes de dispositions durables et transposables, structures structurées prédisposées à fonctionner comme structures structurantes, c’est-à-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée consciente de fins et la maîtrise  expresse des opérations nécessaires pour les atteindre, objectivement réglées et régulières sans être en rien le produit de l’obéissance à des règles, et, étant tout cela, collectivement orchestrées sans être le produit de l’action organisatrice d’un chef d’orchestre.

Quelques remarques critiques

A la page 177, on trouve cette phrase : « Nous ne faisons que nous interroger sur la fiction intellectuelle la plus efficace pour rendre compte des phénomènes qui intéressent la sociologie ». Le terme “fiction intellectuelle” est particulièrement intéressant car il rappelle que toute analyse scientifique de la réalité doit s’appuyer sur un modèle ; tout modèle est simplificateur. La seule question qui vaille est de savoir si le modèle est suffisamment réaliste et donc suffisamment prédictif par rapport à la réalité du phénomène traité.

Or, à ce niveau, le livre est un peu décevant. En effet, même s’ils s’en défendent, Bronner et Géhin semble souvent essayer de sauver par principe le concept d’acteur autonome et de libre-arbitre, sans que cela soit toujours rigoureusement justifié. Certains passages donnent l’impression d’assister à une guerre de valeurs plutôt qu’à une guerre des méthodes, pourtant défendue par les auteurs. Je pense par exemple aux passages sur la déviance et où les exemples cités (le capitaine du Costa Concordia) ne semblent pas très convaincants. Dire qu’il existe des écarts à la norme et une distance par rapport aux rôles sociaux (tout rôle social est interprété, disait Goffman) ne signifie pas ipso facto que l’acteur autonome existe. Certes, le fait que Francesco Schettino se soit comporté à l’exact opposé de ce que son rôle social prescrivait de lui à cet instant prouve que tout ne peut pas être prédit dans une situation donnée. Mais les sociologues mêmes structuralistes n’ont jamais nié qu’un même habitus permettait de faire face à des situations différentes (et d’adopter une certaine gamme d’actions), ni Bourdieu, encore moins Lahire (abondamment critiqué par Bronner et Géhin) qui a développé le concept “d’Homme pluriel”.

Je cite par exemple Bourdieu en 1978, c’est moi qui souligne :

Principe d’une autonomie réelle par rapport aux déterminations immédiates par la « situation », l’habitus n’est pas pour autant une sorte d’essence anhistorique dont l’existence ne serait que le développement, bref un destin une fois pour toutes défini. Les ajustements qui sont sans cesse imposés par les nécessités de l’adaptation à des situations nouvelles et imprévues, peuvent déterminer des transformations durables de l’habitus, mais qui demeurent dans certaines limites : entre autres raisons parce que l’habitus définit la perception de la situation qui le détermine. (…) Et de fait, l’habitus est un capital, mais qui, étant incorporé, se présente sous les dehors de l’innéité. Mais pourquoi ne pas avoir dit habitude ? L’habitude est considérée spontanément comme répétitive, mécanique, automatique, plutôt reproductive que productrice. Or, je voulais insister sur l’idée que l’habitus est quelque chose de puissamment générateur. L’habitus est, pour aller vite, un produit des conditionnements qui tend à reproduire la logique objective des conditionnements mais en lui faisant subir une transformation ; c’est une espèce de machine transformatrice qui fait que nous « reproduisons » les conditions sociales de notre propre production, mais d’une façon relativement imprévisible, d’une façon telle qu’on ne peut pas passer simplement et mécaniquement de la connaissance des conditions de production à la connaissance des produits.

On peut très bien sauver le structuralisme et la déviance en disant, comme Lahire, que l’individu est pris dans des structures différentes et parfois contradictoires (socialisation contradictoire) et que, dès lors, “son stock de dispositions, d’habitudes ou de capacités ne sera pas unifié. Il aura en conséquence des pratiques hétérogènes ou contradictoires, variant selon le contexte social. C’est ce que l’on observe souvent lors de l’entrée en couple ou de l’apparition du premier enfant. Certaines femmes, qui avaient adopté le style de vie d’une femme « moderne » et « émancipée », retrouvent à cette occasion ce rôle traditionnel de la femme au foyer dont elles avaient incorporé les habitudes sans toujours s’en rendre compte. La même personne se trouve ainsi porteuse d’au moins deux schémas d’action domestique. En fonction du mode d’interaction instauré avec le conjoint, l’un des deux schémas est activé et l’autre mis en veille” (cf. Lahire, 2010). Écrire que 83% des individus ne commettent pas de délits à St Denis contre 92% à Annecy, ce qui constitue au fond une différence mineure, ne permet pas pour autant de mettre à bas l’affirmation selon laquelle les structures sociales sont des facteurs de délinquance, c’est-à-dire que la culture des individus à St Denis et celle à Annecy, fort différente, structure les comportements individuels dans une situation donnée.

Pour en revenir à la biologie, on sait aujourd’hui qu’une grande partie de nos opérations mentales sont inconscientes (notre cerveau travaille sans que cela soit le fruit d’un choix mental délibéré). Le cerveau est soumis à certains automatismes. Certains d’entre eux sont parfaitement inévitables et universels (les illusions d’optique, les rêves, le fait d’être droitier ou gaucher, les réflexes…). D’autres varient selon les individus, mais sont très difficiles à contrôler pour eux (le vertige, par exemple). Le fonctionnement même du cerveau, étudié par les neurosciences, suggère que de nombreuses réactions ne parviennent pas à notre conscience. Il est difficile d’éviter les biais cognitifs. Votre cerveau verra passer une image subliminale, mais pas vous. Une partie de vos pensées vous échappent. Curieux paradoxe, pourtant au cœur de l’architecture cérébrale des êtres humains : pendant que vous êtes occupés à penser un (et souvent, un seul) objet mental, votre cerveau continu de réaliser de nombreuses opérations. Quelle est la part de vos opérations cérébrales qui échappent à votre conscience ? Il ne s’agit pas de donner une réponse en pourcentage, mais en l’état actuel des connaissances neuroscientifiques, on peut répondre qu’il y a bien plus d’inconscient que de conscient. Cela peut avoir de réelles conséquences pénales : d’après l’AFIS (lien supra), en 1995, un officier de police de Boston, Kenneth Conley, avait été accusé de faux témoignage pour avoir déclaré ne pas avoir vu une agression violente, survenue pendant qu’il poursuivait un suspect. En 2011, Chabris et Simons montrèrent, par une série d’expériences menées avec leurs étudiants et reproduisant cette situation, qu’il était possible que Conley n’ait réellement pas vu la bagarre, parce que son attention était concentrée sur une autre tâche. Le policier fut alors réintégré dans ses fonctions.

Faut-il en conclure que l’individu n’est pas autonome ? J’ai le sentiment que l’opposition des concepts (conscient/inconscient, autonome/hétéronome, libre-arbitre/déterminisme) est parfois un peu artificielle dans le livre. Bourdieu prenait souvent la métaphore du piano : l’individu a tellement travaillé ses gammes (ie. incorporé un habitus) qu’il joue de manière non consciente au sens où il ne réfléchit pas avant de jouer mais ça n’est pas pour autant un automate déterminé par on ne sait quelle machine.  Encore une fois, dire que nous avons une base neurale qui travaille en permanence en dehors de notre accès conscient ne signifie pas que nous n’avons pas de choix à faire, et que la sociologie ne peut pas étudier ces choix. En biologie, l’existence même du cerveau signifie que nos contenus mentaux sont déterminés par la chimie cérébrale. Cette chimie cérébrale détermine le cadre dans lequel s’opère les opérations mentales. Cela n’enlève en rien la possibilité d’actions conscientes et volontaire. Suis-je  moins libre parce que je n’ai pas choisi la loi de la gravitation, le poids des atomes ou les caractéristiques de mes gènes ? La loi de la gravitation s’impose à moi comme à tous les autres : ce n’est pas une loi que je puisse violer. On n’obéit pas aux lois de la nature comme on obéit au code de la route : le terme « obéir » est impropre car les lois de la nature sont en réalité des modèles décrivant la façon dont les phénomènes naturels influencent mes actions, le cadre dans lequel s’exerce ma volonté. Violer une loi de la nature en ce sens signifierait en réalité que la loi ne décrit pas aussi bien nos actions qu’on le pensait : la « loi » est fausse et on la change.

Le concept de libre-arbitre ne peut donc pas s’appliquer à ce qu’on appelle les « lois de la nature ». Je n’ai pas choisi d’avoir un ADN, mais ce n’est pas une caractéristique que je peux changer. Il n’y a pas d’alternatives. Les lois de la génétiques sont une description de la façon dont les parents transmettent (par exemple) la couleur de leur peau à leurs enfants, un cadre scientifique explicatif, et jusqu’à preuve du contraire il n’en est pas autrement. Dire que je ne suis pas libre parce que je ne peux pas agir sur ce cadre est une mauvaise conception de la liberté, une conception idéaliste, réifiée, selon laquelle la liberté est un pur concept, quelque chose d’immatériel qui s’exerce dans un cadre indéterminé. Si chacun pouvait « choisir » la vitesse de la lumière, cela signifierait qu’il n’y a pas de vitesse de la lumière, donc pas de cadre dans lequel j’exerce ma volonté, qui permette de lui donner une réalité tangible.

Au final, la charge de Bronner et Géhin contre la sociologie structuraliste (et Lahire en particulier) m’a paru excessive. Quand les sociologues choisissent un modèle explicatif structuraliste, ils ne prétendent pas pour autant que l’individu n’a aucun choix à faire, qu’il n’est qu’un pantin articulé. Lahire écrivait d’ailleurs en 2010 (je souligne) :

On peut donc faire l’hypothèse de l’incorporation, par chaque acteur, d’une multiplicité de schèmes d’action ou d’habitudes. Ce stock de modèles, plus ou moins étendu selon les personnes, s’organise en répertoires, que l’individu activera en fonction de la situation. (…) On a tendance à considérer, dans une société différenciée, l’homogénéité des dispositions de l’acteur comme la situation modale et la plus fréquente. Il nous semble qu’en réalité cette situation est la plus improbable et la plus exceptionnelle. Il est beaucoup plus courant en effet d’observer des individus porteurs d’habitudes disparates et opposées. L’homme pluriel est la règle plutôt que l’exception. (…) Tant que la sociologie se contentait d’évoquer l’acteur individuel à propos d’un champ de pratiques singulier, elle pouvait faire l’économie de l’étude des logiques sociales individualisées. Mais dès lors que l’on privilégie l’individu (non comme atome et base de toute analyse sociologique mais comme le produit complexe de multiples processus de socialisation), il n’est plus possible de se satisfaire des modèles d’action utilisés jusque-là. La sociologie psychologique, qui entend saisir l’individu sur des scènes et dans des contextes différents, prend à bras-le-corps la question de la réalité sociale sous sa forme individualisée et intériorisée.

Un paragraphe que ne renieraient sans doute pas Bronner et Géhin.

Conclusion

Je serai bref, car je ferais la même conclusion que Nicolas Walzer : on peut souhaiter qu’il naisse un débat serein et passionnant de cet ouvrage, plutôt que les querelles d’égos et de courants auxquels les sociologues nous ont trop souvent habitués.

Note de lecture : la Facture des idées reçues

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Voici un livre que j’ai lu sur les conseils d’une collègue. Il est écrit par un trader passionné d’économie et de politique (à priori plutôt négatif pour moi), mais ressemble à un ouvrage de vulgarisation dans la veine des « freakonomics« . Rappelons l’idée générale de cette approche de l’économie : prendre un sujet, même sans rapport avec les thèmes classiques, comme les drogues, la consommation de viande ou les limites de vitesse, et faire une analyse coûts/bénéfices pour montrer qu’on pourrait faire autrement (ie. beaucoup mieux) avec une autre approche du problème, et éviter ainsi « la facture des idées reçues ». Voici quelques idées retenues : Lire la suite

Réflexions sur le statut ontologique du zygote (2/3)

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III. Avant-propos épistémologique

Nous avons la certitude scientifique qu’un zygote est un être vivant de l’espèce homo sapiens. Par être vivant de l’espèce Homo sapiens, on veut simplement signifier un organisme avec une existence (être) appartenant au monde vivant (vivant) et en particulier à l’espèce animale Homo sapiens. Il s’agit d’un individu de cet espèce, comme la larve de chenille de Machaon est un individu de l’espèce des insectes lépidoptères de la famille des Papilionidae. Individu s’entend ici au sens d’échantillon. Mais comment doit-on considérer cet individu ?  Est-il une personne ? Si oui, pourquoi ? Si non, quand le devient-il ? Et qu’est-il ? C’est à ces questions très complexes que cherche à répondre Pascal Ide. Rappelons pour la forme que Pascal Ide est médecin, philosophe et théologien. Il a un doctorat dans ces trois domaines. Lire la suite

Réflexions sur le statut ontologique du zygote (1/3)

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Voilà sept ans, j’ai écrit un article intitulé “Pourquoi je suis contre l’avortement”. Des hauts et débats est avant tout un blog d’économie, et pourtant cet article est toujours le plus visité sur ce blog avec près de 40 000 visites. Cependant, comme la plupart des articles écrits à l’aube de ce blog, je ne suis pas complètement satisfait du résultat. Je n’y ai pas tant exprimé une position particulière que critiqué certaines opinions communes au sujet de l’avortement. Résultat, c’est insuffisant : il y a des digressions inutiles, certaines phrases sont caricaturales, l’argumentation n’est pas toujours rigoureuse. Je veux donc reprendre ici la question de façon plus rigoureuse, et en développant un point en particulier, en m’aidant notamment d’un livre que j’ai lu récemment : Le zygote est-il une personne humaine ? du philosophe Pascal Ide (2003). L’approche que j’entends mener ici se distingue donc de celle de 2010 : elle est essentiellement philosophique.

Le statut ontologique du zygote : un débat central

Bien qu’avec le recul je trouve mon ancien article sous-argumenté, j’ai au moins rappelé une chose : le débat philosophique central est le statut ontologique du zygote. Est-ce une personne humaine à part entière ? un simple amas de cellules ? un matériau biologique ? quelque chose d’indéterminé ? un individu ? un individu potentiel ? quand, et comment faire la distinction ?

Cette question est spéculative : elle peut donc sembler éloignée des préoccupations des médecins ou des femmes souhaitant réaliser une IVG, et elle n’a qu’un lien indirect avec la législation sur l’avortement. Elle n’en demeure pas moins centrale.  Selon que l’on considère un ovocyte fécondé comme une personne à part entière ou comme un amas de cellule, ou comme quelque chose entre les deux, la position que l’on aura sur l’avortement sera forcément différente. Certes, il est possible d’être favorable à la loi Veil même après avoir rationnellement conclu que le zygote est une personne humaine, car le droit, la morale et l’ontologie sont des choses différentes, comme je l’ai souvent rappelé sur ce blog ; inversement, on peut s’opposer à la recherche sur les embryons au nom d’un principe éthique de respect dû à l’embryon sans pour autant considérer celui-ci comme une personne humaine à part entière, car “reconnaître une personne est un acte autant éthique que scientifique” (Pascal Ide) ; mais dans tous les cas, le débat sur le statut ontologique de l’embryon est central.

I. Le zygote est-il un être vivant ?

Un être vivant a par définition une existence (être) et une vie (vivant), ce qui signifie qu’il évolue. Son existence est bornée chronologiquement : il naît puis il meurt. C’est une tautologie, mais la première caractéristique d’un être vivant est d’être mortel. Entre ces deux temps fondamentaux, il grandit (se développe) et se transforme d’une façon ou d’une autre.

D’autre part, un être vivant interagit avec son environnement, notamment en puisant dans celui-ci sa capacité de survivre. Il s’agit du métabolisme, fonction spécifique des êtres vivants qui inclut par exemple la respiration, la nutrition quel que soit son mode, etc. Un être vivant qui n’a pas l’environnement adéquat (température, oxygénation de l’air, eau…) meurt. Le métabolisme est l’ensemble des réactions chimiques qui permettent à un être vivant de se maintenir en vie et de se développer.

Enfin, un être vivant peut donner naissance à d’autres êtres vivants : c’est la reproduction, qu’elle soit végétale ou sexuée. Ce critère semble être le moins significatif des trois dans la mesure où les êtres hybrides (par exemple un mulet) sont stériles par nature et sont quand même des êtres vivants.

Le monde non-vivant n’est concerné par aucun de ces trois principes : il n’est pas mortel, son existence n’est pas bornée chronologiquement ; il n’interagit pas avec son environnement en puisant de l’énergie dans celui-ci ; il ne se reproduit pas de façon autonome, ne peut pas donner naissance à d’autres entités. On peut penser par exemple au règne minéral. Notons qu’il y a un débat au sujet des virus mais l’opinion commune est que, sauf exceptions, ce ne sont pas des organismes vivants : même s’ils ont une existence (ils peuvent être détruits), ils n’ont pas de métabolisme propre, ils doivent utiliser celui d’une cellule-hôte : par eux-mêmes, ils ne peuvent ni stocker de l’énergie, ni en fabriquer, ni en utiliser, ni se reproduire. On peut comparer les virus à des simples chaînes-types d’ADN qui deviendraient dangereuses en infectant des cellules. Mais ces chaînes sont complètement inertes en dehors d’une cellule-hôte, d’où l’exclusion de la plupart des virus au monde du vivant.

Revenons au zygote. Un zygote est un ovocyte femelle fécondé par un spermatozoïde mâle. Le terme zygote vient du grec et signifie joint, attelé. On peut parler indifféremment d’œuf, de cellule-œuf, ou d’œuf fécondé. Le terme s’applique à tout être vivant mais on l’utilisera évidemment ici pour le seul être humain, c’est-à-dire le zygote de l’espèce Homo sapiens. Le zygote est le tout premier stade de l’embryon, que l’on appellera plus tard fœtus (vers 9 semaines). La phase embryonnaire correspond à la formation des organes, la phase fœtale à leur développement. Environ quatre heures après la pénétration du spermatozoïde dans l’ovocyte, un zygote observé au microscope électronique ressemble à cela :

(Source Fiv.fr)

D’un point de vue biologique, c’est un organisme unicellulaire eucaryote (sa cellule possède un vrai noyau, d’où le terme eu = vrai, bien et caryote = noyau) et diploïde (son ADN est organisé en paires de chromosomes). Est-ce un être vivant ? Cela ne fait aucun doute. Premièrement, il est mortel, puisque on estime qu’entre 50 et 70% des zygotes n’aboutiront pas à une grossesse viable (avortements spontanés). Deuxièmement, il se développe par division cellulaire. Au bout de cinq à sept jours, on parle de blastocyste, qui possède déjà près de 100 cellules. Troisièmement il interagit avec son environnement, à savoir le corps de sa mère d’où il puise son énergie et les conditions nécessaires à sa survie (température par exemple). En revanche, un zygote ne peut pas donner naissance à d’autres êtres vivants. Etant donné que le zygote possède les deux caractéristiques les plus importantes sur les trois, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un être vivant.

II. Le zygote est-il un être humain ?

Un être humain est une espèce particulière du groupe très large qu’on a précédemment appelé “être vivant”. Savoir si le zygote est un être humain revient à savoir, en première intention, s’il appartient à l’espèce Homo sapiens. Homo sapiens étant un animal, on doit commencer par se demander si le zygote est un animal ou s’il appartient à la vie végétative. Pour cela, rappelons quelques grandes différences entre animal et végétal :

  • au niveau de la mobilité : elle nulle chez les végétaux, jamais nulle chez les animaux ;

  • au niveau du système nerveux : la quasi-totalité des animaux possède un système nerveux ou, à tout le moins, un système sensitif (même rudimentaire dans le cas des invertébrés), contrairement aux végétaux ;

  • au niveau de la nutrition : les végétaux sont autotrophes, c’est-à-dire qu’ils sont capables de se développer en utilisant uniquement de la matière inerte (inorganique) : le carbone contenu dans l’air, l’eau et l’azote contenus dans la terre, ou d’autres sels minéraux. L’énergie utilisée pour ce processus est l’énergie solaire : captée par les feuilles, elle utilise les minéraux et l’eau contenu dans la terre pour transformer le carbone de l’air en oxygène, afin de produire des glucides qui servent à la croissance de la plante : le processus est appelé photosynthèse. Inversement, les animaux sont hétérotrophes (heteros  = autre et trophê = nourriture) : pour se développer, ils prélèvent des molécules dans leur environnement à partir d’autres organismes, c’est-à-dire à partir de matière organique (issue d’êtres vivants) : ce peut être des végétaux (herbivores, dont les granivores et les xylophages qui se nourrissent de bois), des animaux morts (nécrophages), et enfin des animaux vivants (parasites et prédateurs dont l’homme est le plus important). Ce fonctionnement animal nécessite un système digestif complexe, c’est-à-dire des organes dédiés à la digestion : là encore les animaux se distinguent car les végétaux n’ont pas de système digestif (même les plantes carnivores n’ont ni tube digestif ni estomac).

  • au niveau de la respiration : pour fabriquer des glucides, les animaux utilisent l’oxygène comme comburant et non pas le dioxyde de carbone.

  • au niveau cellulaire : les structures cellulaires fondamentales sont identiques chez les végétaux et les animaux (noyau, chromosomes, cytoplasme) : ils sont tous eurcaryotes, ce qui les distingue des bactéries qui sont procaryotes (littéralement, “qui n’ont pas un vrai noyau”). Cependant, les cellules végétales ont, en plus d’une membrane, une paroi composée d’un glucide appelé cellulose (très épaisse dans le cas du bois), alors que les cellules animales n’ont pas de parois, seulement une membrane. Les cellules végétales possèdent aussi des organelles qui n’existent pas dans les cellules animales, comme les plastes (organelles qui sont à la base de la fonction chlorophylienne).

A l’aune de ces critères, l’embryon au stade de zygote appartient clairement au règne animal puisqu’il a presque toutes les caractéristiques propres au taxon Animalia : il est mobile lorsqu’il se déplace des trompes de Fallope vers l’utérus ; il se nourrit de matière vivante (en l’occurrence, les molécules apportées par sa mère via le placenta) ; il respire de l’oxygène (toujours grâce au placenta) ; enfin, sa structure cellulaire est celle des animaux : pas de parois, pas de plastes. La seule caractéristique animale dont il est dépourvu, vu son stade de développement, est le système nerveux.

(Source : fertilitylabinsider.com)

Sur cette image, on voit clairement la membrane fermant l’accès aux autres spermatozoïdes (également visibles) ainsi que les deux pronuclei (petits cercles au centre du zygote), qui sont les deux noyaux de l’ovocyte et du spermatozoïde : au bout de quatre heures environ ils vont fusionner, ce qui signifie la réunion des deux ADN parentaux et la naissance d’un nouvel ADN.

Le zygote appartient-il à l’espèce Homo sapiens ? C’est certain puisqu’il est le fruit de la rencontre entre un spermatozoïde (gamète mâle) et un ovocyte (gamète femelle) de cette espèce. Son ADN l’atteste :  un zygote possède déjà toute l’information génétique de l’être humain qu’il deviendra, aucune information supplémentaire n’est ajoutée au cours de la grossesse. L’ADN est essentiel car c’est ce qui constitue le zygote en tant que zygote : tant que le gamète mâle et le gamète femelle n’ont pas fusionné leurs ADN, on a bien une cellule, mais elle n’est pas vraiment individualisée puisque elle contient un mélange disjoint d’ADN mâle et femelle. A l’instant où ces ADN fusionnent (entre trois à six heures après la pénétration du spermatozoïde dans l’ovule), on a un nouvel organisme unicellulaire opérationnel : le zygote1.  Cet organisme est tout aussi vivant que le spermatozoïde et l’ovocyte qui lui ont donné naissance, mais il est quelque chose de plus (de nouveau) puisque dès cet instant il a un développement et une autonomie propre, dirigé par son génome. Par rapport aux gamètes, le zygote se développe tout seul par division cellulaire.

L’ADN qui permet tout cela est contenu dans le noyau cellulaire du zygote, sous forme de séquences (les gènes), à l’intérieur des chromosomes, au nombre de 46, allant toujours par paires : 23 proviennent du spermatozoïde mâle et 23 de l’ovocyte femelle. On peut comparer ce code génétique au code informatique d’un logiciel : il dirige le développement et la croissance de l’embryon depuis la fécondation jusqu’à la naissance. Par exemple, le sexe du futur bébé est déterminé dès la fécondation en fonction du chromosome sexuel dont le spermatozoïde mâle était porteur : s’il était porteur d’un chromosome Y, alors l’ADN du zygote possède un chromosome X (issu de l’ovocyte) et un chromosome Y et on aura un garçon ; si le spermatozoïde était porteur d’un chromosome X, alors le zygote possède deux chromosomes X et on aura une fille. De nombreux autres traits du futur bébé sont déjà déterminés à ce stade, comme la couleur des cheveux, la taille, la forme du nez, la présence de tâches de rousseur, le groupe sanguin, etc. Le zygote contient déjà toutes ces informations et l’être humain qui viendra au monde les gardera jusqu’à sa mort. Au cours de la division cellulaire, elles seront dupliquées des millions de fois pour former les milliards de cellule qui composeront les tissus du futur bébé. Pour filer la métaphore numérique, la réplication de l’ADN est comparable au démarrage d’un ordinateur : le processeur lit les instructions numériques en binaire et procède à des milliards de calculs successifs pour passer d’un écran noir à votre superbe papier peint Windows de la même façon que l’ADN est “lu” pour construire progressivement le corps de l’embryon jusqu’à aboutir à un être humain complet. La moindre erreur de séquençage, et c’est la maladie génétique.

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1 On parle généralement de zygote durant le court laps de temps où les deux informations chromosomiques parentales n’ont pas encore fusionnées bien que les deux pronuclei soient déjà dans la même cellule.

Réformer la France #7 : le permis à 10h

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En plus d’interdire les frais de présentation au permis, la loi Macron de 2015 a introduit la possibilité de passer le permis en voiture automatique et de l’obtenir en seulement 13h de conduite, laissant inchangé le seuil obligatoire de 20h de conduite pour le permis B en conduite manuelle. Cette possibilité est intéressante mais ajoute de la complexité inutile, car le titulaire d’un permis BEA ne peut conduire que des véhicules à boite automatique, et doit repasser une épreuve de boite manuelle douze mois plus tard. Lire la suite