Et si on (re)parlait de la laïcité ?

Sans titre

La récente initiative de Vincent Peillon, ministre de l’Éducation Nationale, d’afficher dans toutes les écoles de France une « charte de la laïcité » a relancé les sempiternels débats sur cette question, les plus bavards étant, comme trop souvent, ceux qui s’y entendent le moins.

C’est donc l’occasion de reparler  de ce sujet si passionné en France.

Un peu d’Histoire

Commençons par rappeler l’évidence : la laïcité n’a été inventée ni par la France, ni évidemment en 1905. Elle est le fruit d’une Histoire séculaire qui n’est pas étrangère à l’avènement du christianisme. Étymologiquement le terme laïc vient du latin laicus qui signifie « commun, ordinaire, qui est du peuple » lui-même issu du grec laikos signifiant « du peuple ». Le terme laïc ne se trouve pas dans la Bible, mais apparaît très tôt dans l’histoire du christianisme, distinguant ceux qui sont consacrés à Dieu par une cérémonie d’ordination spécifique (les clercs), et qui sont généralement célibataires –même si l’obligation officielle du célibat pour les clercs intervient plus tard, au premier Concile de Latran en 1123– et les autres, « du peuple », appelés laïcs. D’après l’Encyclopédie Universalis, « La distinction entre clerc et laïc apparaît clairement d’abord dans la première lettre [du pape] Clément en 95 environ. Elle s’approfondira durant les premiers siècles et dans la chrétienté sacrale du Moyen Âge. Les laïcs sont des membres à part entière du peuple de Dieu ; ils sont des fidèles du Christ, dont le Code de droit canonique pour l’Église latine (1983) et celui des canons pour l’Église d’Orient (1990) ont établi les devoirs et les droits propres aux chrétiens. »

Cette distinction entre clerc et laïc peut s’épanouir dans le christianisme parce qu’elle prend racine dans la parole du Christ : « rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Mc 12 :17), parole qui fut systématiquement interprétée dans l’Église comme une invitation à séparer le temporel du spirituel, le religieux du politique. Ainsi Saint Paul invite-t-il à plusieurs reprises les fidèles à respecter les gouvernants : « Fils bien-aimé, rappelle à tous qu’ils doivent être soumis aux gouvernants et aux autorités, qu’ils doivent leur obéir et être prêts à faire tout ce qui est bien ; qu’ils n’insultent personne, ne soient pas batailleurs, mais pleins de sérénité, faisant preuve d’une douceur constante à l’égard de tous les hommes (Lettre à Tite, chapitre 3) », ce qui est une façon d’appeler les fidèles à être laïques, même si le mot n’est évidemment pas utilisé. Aussi le droit canon est-il très clair sur le sujet : « Il est interdit aux clercs de remplir les charges publiques qui comportent une participation à l’exercice du pouvoir civil. (…) Ils ne prendront pas une part active dans les partis politiques ni dans la direction des associations syndicales, à moins que, au jugement de l’autorité ecclésiastique compétente, la défense des droits de l’Église ou la promotion du bien commun ne le requièrent. » (Livre II, titre III, chapitre III).

Cela ne veut pas dire, évidemment, que la laïcité a toujours été effective de l’Antiquité jusqu’à nous. Comme le rappelle Eolas,  « dans les sociétés antiques, la religion est au cœur de la société. Le culte des dieux et des ancêtres est le ciment social, et tout manquement à ce culte est très mal vu (voire un crime) car la survie de la société (la Cité, la tribu, la République) dépendant du culte des dieux, y manquer met toute la société en danger. » Avec l’avènement du christianisme régnant (autorisé par Constantin en 313, religion officielle de l’Empire en 382 avec Théodose), les choses ne changent pas fondamentalement. « Dans un premier temps, continue Eolas, le christianisme va reposer sur la distinction entre le spirituel et le temporel, ou théorie des deux glaives (qui comme vous le verrez est l’ancêtre de la laïcité). À l’Empereur le pouvoir temporel, la charge des corps, à l’Église la charge des âmes. Elle ne s’immiscera pas dans l’exercice du pouvoir temporel, hormis pour conseiller d’Empereur et le rappeler à l’ordre s’il s’éloigne des enseignements de Dieu. Tout allait pour le mieux dans le meilleurs des empires jusqu’en 476 où l’Empire disparut. » Parenthèse : si l’Église ne s’immisçait pas directement dans le pouvoir temporel,  jusqu’au 6ème siècle au moins, l’empereur, lui, s’immisçait directement et régulièrement dans les questions théologiques,  convoquant les conciles, signant les canons, excommuniant les hérétiques, etc. C’était aussi pour des raisons politiques d’unité de l’empire et d’exercice de l’autorité : un schisme religieux à Alexandrie sur une question comme la nature du Christ pouvant avoir des conséquences très concrètes -par exemple, sur l’approvisionnement en blé de Rome.

L’anarchie politique qui naît de la dislocation de l’Empire romain d’Occident entraîne une longue période d’immixtion réciproque entre religieux et politique, tantôt faites d’alliances, tantôt de querelles plus ou moins violentes, à la faveur des différents pouvoirs en place ou bien de l’Église, suivant les périodes. De l’Empire Romain Germanique à celui de Napoléon en passant par le schisme anglican d’Henri VIII et le sac de Rome en 1527 par les armées de Charles Quint, les puissances opposées à l’Église ne manquèrent pas, ni plus que les sujets de conflits.

La question de la désignation des évêques divisa particulièrement, d’abord entre les empereurs germaniques et le pape, puis entre les rois français et le pape. Citons pour exemple la “pénitence de Canossa” en 1077, célèbre épisode et « moment clé du conflit médiéval entre la papauté et le souverain germanique, au cours duquel l’empereur Henri IV vint s’agenouiller devant le pape Grégoire VII afin que ce dernier levât l’excommunication prononcée contre [lui] »  (Wikipédia), excommunication qui avait le fâcheux inconvénient de délier les vassaux de l’empereur de leurs serments. Ce qui n’empêcha pas Henri IV, trois ans plus tard, de déposer tout de même Grégoire VII et de faire élire un pape plus docile, Clément III. Deux siècles plus tard, en 1303,  lors de l’“Attentat d’Anagni”, Philippe IV le Bel tente de faire enlever le pape Boniface VIII lors d’un conflit qui porte cette fois sur la taxation des biens d’Église. Il faut dire qu’un an plus tôt, Boniface avait eu la bonne idée de proclamer la bulle pontificale Unam Sanctam, qui déclare entre autres que l’Église a la suprématie sur l’État, que « le glaive [temporel] doit être subordonné au glaive [spirituel], et l’autorité temporelle à l’autorité spirituelle. » Et qu’en conséquence, toute créature humaine doit se soumettre au souverain pontife pour obtenir le Salut.

Cette querelle se terminera rien de moins que dans le Grand Schisme d’Occident en 1378, avec la naissance du gallicanisme et la division de la papauté en deux obédiences, l’une située en Avignon et soumise aux rois de France, l’autre à Rome, et soutenue par les ennemis de la France (à commencer par l’Angleterre, on est en pleine guerre de Cent Ans). Le gallicanisme est à la fois un courant politique qui promeut une organisation de l’Église catholique en France en autonomie par rapport au pape, notamment sur la nomination des évêques ; c’est en même temps un courant théologique influencé par le jansénisme. La forte implantation du gallicanisme dans le clergé français favorisera l’adoption de la Constitution civile du clergé après 1789, où, en échange d’un serment à la Constitution, les prêtres français deviennent quasiment fonctionnaires d’État. Le Concordat de 1801, encore en vigueur dans le Haut-Rhin, le Bas-Rhin et la Moselle, est calqué sur ce modèle : les prêtres et les évêques y sont payés par l’État (environ 3500€ pour un évêque en 2012, contre 1500€ maximum ailleurs en France).

Dans toute cette Histoire, il apparaît que l’Église eut à s’organiser et à se battre pour gagner son autonomie temporelle face aux puissances européennes, avec une armée et un territoire à elle, ainsi qu’une organisation répliquée du modèle romain, explique Eolas : « une pyramide hiérarchisée avec les évêques dans chaque diocèse (qui est à l’origine une division de la province romaine), équivalent des vicaires, les archevêques au niveau de la Province (équivalent du Gouverneur), avec au sommet le Pape, équivalent de l’Empereur. Aujourd’hui encore, le Pape exerce seul le pouvoir législatif dans la Cité du Vatican. »

Qu’est-ce donc que la laïcité ?

Ce que nous apprend l’Histoire, c’est donc que la laïcité est l’objet d’un conflit séculaire entre les Églises et l’État et porte d’abord sur le pouvoir politique. La fameuse loi de 1905 commence ainsi par un titre : Loi portant séparation des Églises et de l’État. Eolas insiste sur le pluriel : la loi veut séparer l’État de toute les Églises et ne vise pas l’Église catholique en particulier, même si, dans les faits, c’est bien sûr le catholicisme qui (à l’époque) monopolise les débats.

Le premier principe de la laïcité est donc la séparation du pouvoir politique et du pouvoir religieux. Cela implique que l’État n’ait pas de religion officielle et ne promeuve pas une religion en particulier. L’État est neutre à l’égard des religions : par conséquent les fonctionnaires (qui représentent l’État) doivent être neutres dans l’exercice de leur fonction, c’est-à-dire ne pas manifester leurs opinions religieuses, politiques ou philosophiques (ce qui ne signifie évidemment pas qu’ils n’ont pas le droit d’en avoir). C’est le sens de l’article 2 de la loi : La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Le terme La République inclut les représentants de la République que sont les fonctionnaires et les élus. On prendra soin de noter la dimension exclusive de l’article 2, qui sépare vie publique et vie privée des représentants de la République. Les fonctionnaires ne doivent pas manifester leurs opinions religieuses dans l’exercice de leurs fonctions. De Gaulle était catholique, mais lorsqu’il assistait à une cérémonie religieuse en tant que chef d’État, il veillait à ne pas communier pour ne pas manifester son opinion religieuse. En tant que personne privée il se comportait évidemment différemment.

Le second principe est tout aussi fondamental : c’est la reconnaissance de la liberté de culte. Suivant l’article 10 de la DDHC de 1789 : Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. La loi de 1905 le reconnaît dès son premier article : La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. Et parce qu’avoir le droit d’avoir une opinion sans avoir celui de l’exprimer n’est pas la liberté, l’article 11 de la DDHC souligne que La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. Tout ceci étant évidemment repris dans l’article premier de la Constitution française de 1958, qui stipule que La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale (…) Elle respecte toutes les croyances.

Par conséquent, non seulement la laïcité assure la liberté de culte, mais l’État doit se donner les moyens de la garantir. La liberté ainsi entendue n’est donc pas seulement une liberté négative (faites ce que vous voulez tant que vous ne troublez par l’ordre public, mais nous ne ferons rien de plus pour vous) mais aussi une liberté positive (la République vous protège contre les atteintes à votre liberté de culte). « Ainsi, explique Eolas, une procession sur la voie publique est légale, mais encore la République doit assurer la sécurité et l’ordre de cette procession, en fermant la rue à la circulation, et installant les déviations nécessaires. De même que la force publique doit écarter toute manifestation visant à empêcher l’exercice d’un culte, comme l’irruption d’une foule au milieu d’un office ».

On comprend donc que séparation des Églises et de l’État et liberté de culte vont de pair.  C’est aussi pour cela que juste après avoir déclaré supprimer tous les budgets consacrés aux cultes, l’article 2 de la loi de 1905 introduit immédiatement une exception et déclare que «  pourront toutefois être inscrites auxdits budgets les dépenses relatives à des services d’aumônerie et destinées à assurer le libre exercice des cultes dans les établissements publics tels que lycées, collèges, écoles, hospices, asiles et prisons. » De là viennent les mercredis après-midi dans les écoles, libérés pour le catéchisme, ou encore la mise à disposition de salles, y compris dans les écoles publiques, pour assurer un éventuel service d’aumônerie. Ou encore, après avoir interdit « d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblèmes religieux sur les monuments publics ou quelque emplacement public que ce soit » l’article 28 de la loi de 1905 introduit de même une exception, car il est ajouté : « à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires ainsi que des musées ou expositions ».

De là aussi la protection du patrimoine culturel, qu’il soit chrétien (ce qui est majoritairement le cas en Occident) ou musulman, juif, etc. Le patrimoine culturel (architectural, artistique, etc.) légué par les religions au fil des siècle a une valeur indéniable. Ce patrimoine doit être protégé par l’État, non seulement à titre culturel mais encore pour garantir la liberté de culte.

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Une réécriture pastiche de la loi de 1905 par Eolas, après les remarques de JP. Chevènement appelant l’islam à être « discret ».

L’État français, qui est laïc, ne pourra jamais donner de l’argent au diocèse de Paris ou financer la construction d’une église ou d’une mosquée, car ce serait un financement direct des cultes, contraire à la laïcité. Mais c’est une chose différente que de permettre à des chrétiens de se réunir dans une salle communale, de donner des subventions publics à un journal comme La Croix (soumis aux mêmes règles que les autres), ou encore de financer les écoles privées catholiques sous contrat, dans la mesure où elles s’engagent à respecter les mêmes programmes, doivent accepter tous les élèves (pas seulement les catholiques) et enfin que seuls les professeurs, qui sont des laïcs, sont payés par l’État (et non les responsables d’aumônerie) : tout ceci participe au libre exercice des cultes et n’est pas du tout contraire à la laïcité. Il est vrai que tout n’est pas toujours aussi simple. Par exemple, une crèche sur la place publique, est-ce un financement public de culte ou une manifestation culturelle ? Selon la réponse, on pourra y voir une atteinte à la laïcité ou non.

La laïcité présente finalement trois aspects, explique le sociologue et historien  Jean Baubérot. L’État est sécularisé, la liberté de croyance et de culte est entière, enfin les croyances (religieuses ou non, comprenant les opinions politiques) sont égales entre elles. Ainsi la laïcité signifie la neutralité de l’État, au service des droits de l’homme et de la liberté de conscience.

En ce sens, la laïcité est une vraie libération. En garantissant le libre exercice des cultes, l’État protège les cultes minoritaires, potentiellement opprimées (pensons au protestantisme, il n’y a pas si longtemps). Il garantit le droit de changer de religion. Il protège donc la liberté de conscience, élève la liberté en laissant fondamentalement à chaque citoyen le droit de “croire ou de ne pas croire”, d’avoir une religion ou de n’en pas avoir, d’adhérer à n’importe quelle conception religieuse, pourvu qu’elle ne trouble pas l’ordre public établi par la loi. On peut donc dire sans lyrisme que la laïcité est un vrai progrès humain et universel, par rapport à ce qu’étaient (à ce que sont) les sociétés religieuses ou théocratiques, ou la liberté religieuse était (est) réprimée de droit ou de fait, où la liberté de conscience n’est guère assurée, où la raison est bannie au nom de la foi. En confiant à un personnel exclusivement laïc le soin de l’enseignement dans les écoles publiques, la loi Goblet de 1886 favorise aussi cette liberté de conscience. Aujourd’hui, le personnel enseignant est laïc partout, y compris dans la quasi-totalité des écoles privées confessionnelles (qui sont à 98% catholiques en France).  Comprise comme la neutralité de l’État au service du respect commun et de la libre conscience, la laïcité ne peut donc être que plébiscitée.

…Sauf par quelques fanatiques. Car depuis 1905 les temps ont changé.

Les dérives du laïcisme

Il faut d’abord noter que comme tout principe à visée universel, le principe de séparation des Églises et de l’État peut être compris de diverses manières. Nous avons vu que précisément, c’est avant tout un principe juridique et administratif. La laïcité selon l’article 2 de 1905 impose que l’État n’ait pas de religion officielle et traite toutes les religions de manière égale, ni plus, ni moins. Il faut donc bien distinguer cet aspect juridique de l’aspect culturel de la question. C’est souvent ce point qui fait débat, alors même qu’il est très marginal du point des principes établis en 1905. C’est sans doute parce que la France cumule un patrimoine culturel et religieux éminemment chrétien catholique (comme presque tous les pays d’Europe de l’Ouest) avec une histoire religieuse particulièrement tumultueuse, compte tenu des suites de la Révolution, qui y fut plus précoce qu’ailleurs. La France est plus sécularisée que de nombreux pays comparables, où le Président jure sur la Bible (États-Unis), dont les hymnes (Angleterre), le nom de partis politiques majeurs (Allemagne), ou encore la devise (États-Unis)  ont des références explicitement chrétiennes.

De cette tension française (patrimoine religieux vs société sécularisée) naît la confrontation entre, d’un côté, les partisans d’une laïcité radicale, qui ne veulent de la laïcité retenir que la sécularisation de l’État en oubliant l’autre principe inséparable (la liberté religieuse), et qui entendent, contre l’esprit de 1905, séculariser la société elle-même ; de l’autre, des nostalgiques d’un société explicitement religieuse qui attendent encore une politique et une société chrétienne avec les valeurs bibliques pour référence ultime, souhaitant par exemple que l’Europe reconnaisse officiellement des « racines chrétiennes ».

A chaque fois, il s’agit pourtant d’une interprétation culturelle discutable de 1905, qui déplace le débat juridique (prérogatives respectives de l’État et de l’Église) sur le terrain culturel (athéisme vs cléricalisme). C’est faire fausse route ! en 1905, l’État n’a pas décidé (il n’en avait d’ailleurs pas le pouvoir) de retirer l’influence culturelle de l’Église dans la société ou d’interdire à des ministres des cultes d’exprimer leurs opinions. Il a au contraire garanti et protégé la liberté religieuse, dans la limite de l’ordre public établi par la loi. Et l’ordre public établi par la loi, ce n’est pas l’athéisme ou des convictions anti-islam. Les prières de rue ne sont réprimables que si elles troublent l’ordre public et constituent des manifestations non déclarées. « La vue d’une kippa ou d’un hidjab ne trouble pas l’ordre public, même si elle vous trouble vous, rappelle Eolas ;  dans ce cas ce n’est pas la religion le problème mais votre intolérance. »

Ainsi, contre le laïcisme qui constitue une dérive de la laïcité, il faut (ré)affirmer que les religions et leurs représentants ont parfaitement le droit d’exprimer leur avis sur n’importe quelle loi votée ou en cours de vote. Lorsque l’État vote des lois, des débats ont lieu, et toutes les références utiles à ces débats sont convoquées : philosophiques, politiques, morales et évidemment religieuses. Tant qu’un religieux n’exerce pas le pouvoir, en quoi est-ce contraire à la laïcité ? Pour prendre un célèbre exemple, Christine Boutin prenait plusieurs risques en sortant une Bible à l’Assemblée nationale lors des débats sur le Pacs : celui de choquer, d’agacer, d’étonner, ou d’être ridicule. Mais pas, à priori, celui d’enfreindre la laïcité, à moins que l’on considérasse qu’un député sortant (furtivement) une Bible de son sac à main constituât une promotion officielle de la religion catholique par la République, ce dont on peut largement douter vu la position politique et le poids électoral de Mme Boutin à cette époque (et encore aujourd’hui).

Il est même tout à fait normal, et démocratiquement sain, que des valeurs issues des religions (à commencer par le troisième terme de notre devise, que la République n’a certainement pas inventé, étant entendu que pour être frères, il faut un Père…) influencent l’élaboration des lois, tant qu’elles sont débattues selon le processus démocratique normal et qu’elles n’ont pas pour finalité de favoriser l’une ou l’autre des croyances.

Laïcité versus islam ?

Le laïcisme a connu un regain face à la montée, au fil du 20ème siècle, d’un islam radical, importé dans les sociétés occidentales via l’immigration. Beaucoup de citoyens et incidemment beaucoup de décideurs politiques, de gauche à droite et surtout de l’extrême-gauche à l’extrême-droite, défendent une laïcité militante et belliqueuse. Certains par conviction (cas des militants d’extrême-gauche antireligieux), d’autres par islamophobie (cas de l’extrême-droite), ou pour d’autres raisons.

Cela a commencé en France en 1989 avec l’affaire des voiles de Creil. Dixit Eolas, une fois encore : « En septembre 1989, trois lycéennes d’un établissement de Creil se sont présentées revêtues du hijab. (…) La direction de l’établissement refusa de les recevoir si elles n’enlevaient pas ce foulard, elles refusèrent, au nom de leur foi. Controverse nationale, les uns disant que le libre exercice du culte leur permettait de porter ce voile qu’aucune loi n’interdisait, les autres disant que la laïcité s’opposait à ce qu’un voile islamique fût porté dans une école républicaine (…)  Le ministre de l’éducation nationale a donc saisi le Conseil d’État pour avis, espérant obtenir de la plus haute juridiction administrative sa bénédiction pour excommunier les élèves. Perdu. Dans un avis du 27 novembre 1989, le Conseil d’État rappelle l’évidence : l’obligation de neutralité ne s’applique qu’aux agents, et en aucun cas aux usagers du service public, protégés par l’article 1er de la loi de 1905. Notez au passage qu’il ne s’applique pas aussi strictement aux élus qu’aux agents ! (cf. ici) . La seule limite est l’ordre public (pas de provocation, de pression, de prosélytisme ou de propagande), et les obligations légales auxquelles sont tenus les élèves, notamment celle d’assiduité. Le port du foulard ne doit pas empêcher de suivre des cours, et bien sûr des motifs religieux ne permettent pas de refuser telle partie de l’enseignement, sinon, des sanctions disciplinaires sont encourues. Lisez tout l’avis, il est très clair. Enfin, pas tant que ça, puisque les tenants de la ligne dure ont vu dans le mot “ostentatoire” leur Salut : le hidjab étant ostentatoire, il était selon eux licite de l’interdire (alors même que le Conseil d’État ne mettait dans ce mot qu’un moyen pour atteindre une fin illicite : la provocation, la pression, la propagande et le prosélytisme). »

Cela ne découragea pas Chirac de faire voter une loi, en 2004, encadrant (c’est-à-dire interdisant) le port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics. Puis Sarkozy d’en rajouter une couche avec la loi, en 2010, sur la dissimulation du visage dans l’espace public, visant clairement l’islam. Les socialistes ne seront pas en reste : sitôt au pouvoir, les sénateurs proposent d’adopter une loi prétendant appliquer le principe de laïcité aux assistantes maternelles accueillant des enfants à domicile, au prétexte que « les parents peuvent vouloir une nounou qui soit « neutre » sur le plan religieux ». Le tout avec les applaudissement des nouveaux fanatiques de la laïcité, qui entendent fouler  l’un des droits naturels les plus élémentaires pour se protéger qui de “l’islamisation rampante”, qui des “hordes musulmanes”, etc. Un discours qui serait en général honni s’il n’était pas régulièrement soutenu par des personnalités “républicaines de gauche” qui pensent ainsi faire progresser les valeurs de la République.

Tout ceci avec, évidemment, un insuccès total. L’islam radical est loin de reculer et l’extrême-droite progresse à chaque élection. Dixit Jean Baubérot : « La laïcité, et ce jusqu’à aujourd’hui, est censée permettre de vivre, dans la paix sociale, des rapports différents à la sécularisation selon qu’on soit proche ou distancié de la religion dans son cœur doctrinal, rituel etc. La laïcité n’a donc pas à imposer aux gens de se séculariser car cela devient une atteinte à leur liberté de conscience. Or, actuellement, on confond laïcité et sécularisation, et le Haut Conseil à l’Intégration le revendique d’ailleurs fièrement puisqu’il déclare que « dans une société sécularisée il n’est pas possible de faire ceci ou cela ». Cela est totalement anormal, ce n’est plus de la laïcité mais quelque chose qui comporte des éléments d’un athéisme d’État. On veut donc forcer certaines populations à se séculariser, ce qui d’une part est totalement inefficace puisque l’histoire montre que chaque fois qu’on a voulu porter atteinte à la liberté de religion on a produit des raidissements chez les gens, et d’autre part cela est une mécompréhension totale de l’intention de laïcité, et va même à l’encontre de la loi de 1905. »

En historien, il ajoute : « En 1905, le catholicisme dominant était ce que les historiens appellent un catholicisme intransigeant. Or la loi de 1905 n’a pas du tout dit que le catholicisme devait se « républicaniser », devenir un catholicisme modéré, libéral etc. Il a simplement été stipulé que le catholicisme n’était plus la religion officielle en France, et que chacun devait vivre sa foi comme il l’entendait, dans le respect des autres et de la tolérance civile. L’évolution de la religion dépendait donc de la compréhension de chacun et d’un processus interne de l’Église catholique, et ce n’est pas la République qui décidait de quoi que ce soit. La meilleure preuve c’est que l’État a refusé d’interdire le port de la soutane dans l’espace public, et ce sont les prêtres eux-mêmes qui ont, pour la plupart, après Vatican II, abandonné la soutane. La République n’a donc rien imposé. »

« Les laïcistes construisent [donc] selon lui une sorte de laïcité intolérante et identitaire en privilégiant le seul critère de sécularisation, qui est pourtant un terme théologique. Certes, une laïcité sans sécularisation serait une sorte d’œcuménisme, non une vraie laïcité. Mais une laïcité sans liberté religieuse serait une sorte d’athéisme officiel, contraire à la liberté de conscience au nom de l’émancipation. » (André Marescaux).

La charte Peillon

La charte de la laïcité de Vincent Peillon a raison : refuser de participer à un cours ou à une partie du programme d’un cours au nom de valeurs religieuses est contraire à la laïcité, dans la mesure où l’école se construit autour de savoirs universels. Opposer la raison à la religion, outre se tromper lourdement du point de vue théologique, c’est rendre impossible la coexistence pacifique d’athées, d’agnostiques et de croyants, en particulier à l’école où cette coexistence n’est possible que si les savoirs enseignés sont réciproquement reconnus. Or la coexistence pacifique de communautés aux valeurs différentes est précisément l’un des buts et l’un des fruits de la laïcité.

Il est également exact, comme le déclare l’article 4 de la charte, que La laïcité permet l’exercice de la citoyenneté, en conciliant  la liberté de chacun avec l’égalité et la fraternité de tous dans le souci de l’intérêt général. Il est encore exact, selon les articles 6 et 7, que La laïcité de l’École offre aux élèves les conditions pour forger leur personnalité, exercer leur libre arbitre et faire l’apprentissage de la citoyenneté. Elle les protège de tout prosélytisme et de toute pression qui les empêcheraient de faire leurs propres choix. (…) [Elle] assure aux élèves l’accès à une culture commune et partagée. Il est juste enfin d’affirmer que Les enseignements sont laïques. Afin de garantir aux élèves l’ouverture la plus objective possible à la diversité des visions du monde ainsi qu’à l’étendue et à la précision des savoirs, aucun sujet n’est a priori exclu du questionnement scientifique et pédagogique. Aucun élève ne peut invoquer une conviction religieuse ou politique pour contester à un enseignant le droit de traiter une question au programme.

Cette initiative est donc bienvenue, même si sa portée est avant tout symbolique, et ne règlera probablement rien dans les établissements où ce genre de question est très sensible et pose de nombreux problèmes difficiles. Outre les cas médiatiques d’élèves musulmans refusant d’entendre parler de la Shoah, il existe des problèmes du côté catholique, lorsque l’École se pique d’enseigner autre chose que des savoirs universels et le strict nécessaire de la morale laïque et du sens civique auquel appelait la célèbre lettre de Jules Ferry aux instituteurs en 1883, cherchant avant tout à protéger la conscience de l’enfant. Par exemple, en enseignant une certaine morale sexuelle, parfois contraire à ce que les parents désirent transmettre à leurs enfants (du type protèges-toi et fais ce que tu veux), l’École quitte son domaine, celui des savoirs universels, pour entrer dans un champ nettement plus subjectif, dépassant ses prérogatives et oubliant que les premiers éducateurs d’un enfant sont ses parents. Dès lors, il me semble qu’il n’est pas anti-laïque de refuser, le cas échéant, de tels enseignements, d’autant que ce ne sont pas, en général, des enseignements au programme.

Il ne faut par ailleurs pas oublier :

  • Que la laïcité, ce n’est pas plus la promotion de l’athéisme ou de l’agnosticisme que d’une quelconque religion ;
  • Que la laïcité, c’est encore moins la restriction de l’expression des convictions religieuses à la sphère privée, hormis pour les agents publics en exercice, en tant qu’ils représentent l’État ;
  • Qu’on a déjà assez massacré la laïcité depuis 1989. Le texte de 1905 est un texte équilibré, de compromis, qui renvoie dos-à-dos anticléricaux fanatiques et religieux antirépublicains. Depuis, les lois successives adoptées sur le sujet, en particulier celle de Chirac, qui franchit un pas dramatiquement décisif en étendant l’obligation de neutralité aux élèves, c’est-à-dire aux usagers, et non plus aux seuls fonctionnaires, ont brisé ce compromis en cédant aux pression des laïcistes. Comme le propose ironiquement Le Chafouin, les lubies laïcardes nous pousseront bientôt à débaptiser nos villes (saint Étienne…), nos expressions (un silence religieux, pleurer comme une Madeleine, devoir une fière chandelle…), changer nos jours fériés, le calcul des années, raser nos calvaires (et pourquoi pas nos cathédrales ?), etc., etc… A ce niveau, ce n’est plus de l’idéologie, c’est du totalitarisme…
On peut d’ailleurs regretter que la charte de Peillon ne contienne aucune mention positive de la religion. Un article du type « les religions sont porteuses de valeurs humaines et morales compatibles avec celles de la République » eut été bienvenue, évitant de donner l’impression qu’il faut cantonner l’expression religieuse à la sphère privée, plus généralement en montrant que la coexistence de convictions différentes est possible et peut même concourir au bien commun. Ce mépris du religieux, qui va souvent –y compris chez les décideurs politiques– avec une grande inculture religieuse et théologique, est pénible.

Sans doute n’existe-il pas de moyens simples de parvenir à faire coexister dans une même société des religions dont beaucoup comportent des éléments extrémistes, minoritaires mais néanmoins problématiques, et des athées, parfois également extrémistes, ainsi qu’une grande masse d’agnostiques indifférents. Cependant, si le cléricalisme et ses erreurs est derrière nous, le laïcisme qui ne traduit qu’une peur (parfois déraisonnable) de l’islam n’est pas la solution, il n’obtient d’ailleurs aucun résultat. Les communistes ont essayé de brimer la religion chrétienne pendant 70 ans. Aujourd’hui, le communisme est mort en Russie, mais les églises orthodoxes fleurissent partout. La laïcité anti-islam n’obtiendra pas davantage de résultats.

13 réflexions sur “Et si on (re)parlait de la laïcité ?

  1. L’éloge de la charte de Vincent Peillon me semble un peu surfaite. L’article 6 et 7 sous-entendent qu’il y a d’un côté l’affreux prosélytisme du religieux, de l’autre les bonheurs parfait de l’athéisme (j’exagère un peu, enfin, je sous-entend quoi !), le seul à même de permettre l’ouverture d’esprit. Les vrais athées sont pourtant rarement des gens très tolérants.

    « Exercer leur libre arbitre » etc…en soi c’est joli, mais comment ne pas y sous-entendre (je sais que je suis parano, mais enfin !) les douces suggestions du mystique Peillon pour qui  » il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel… « . Soyons fous, arrachons le gamin à toutes ces racines, religieuses en priorité, pour lui enseigner le libre-arbitre façon Peillon : l’homme nouveau qui se prend pour Dieu. On sait très bien que Peillon rêve d’anéantir précisément « une vision du monde » pour imposer une autre, échanger un déterminisme de culture catholique, pour un déterministe pénétré de gnosticisme.

    Sans parler des perles qui n’ont rien à voir du genre « La laïcité garantie l’égalité entre les garçons et les filles » dans l’article 9, rendant le tout un peu magmatique. Ils ont oublié l’article 53 « La laïcité assure qu’il fait beau au mois d’août ».

    En soi, qu’une saine laïcité permette de vivre-ensemble avec ceux qui ne sont pas d’accord, je veux bien, mais que l’Etat s’en serve insidieusement comme moyen de propagande, non.

    • Je comprends que l’inspiration de Vincent Peillon soit plus les francs-maçons que la doctrine sociale ! Et que sa vision du monde n’est pas celle des catholiques. Cela étant, plutôt que de chercher à percevoir l’intention réelle ou supposée qui se cache derrière le texte, pourquoi ne pas s’en tenir au texte ? Il est plutôt modéré dans son genre. Et oui, parfois l’école doit arracher l’élève à ses déterminismes, familiaux, ethniques, sociaux et intellectuels ! C’est ce qu’on appelle l’émancipation et ça n’a jamais impliqué le reniement de ses racines (même si ça l’est en pratique pour certains laïcistes, encore une fois je ne le nie pas).

  2. Pour être un brin provocant, j’ajouterai qu’arracher « l’élève » à ses déterminismes familiaux, ethniques, sociaux et intellectuels, c’est ce qu’à passer son temps à faire le Christ…
    Quant au passage sur l’égalité fille-garçons dans le texte, elle n’est pas nécessairement stupide. Dans un contexte d’islam radical où l’infériorité féminisme est légitimée religieusement, la laïcité en impliquant des règles communes au-delà des appartenances religieuses, implique le rejet de ce type de discrimination. Et oui, elle « repose sur une culture du respect et de la compréhension de l’autre » !

  3. En effet le Christ a bien fait son boulot. Mais avec cette Charte on parle de troquer un prosélytisme pour un autre. Pourquoi ne pas s’en tenir à la lettre du texte ? Parce-que la lettre sans l’esprit n’est qu’une suite de mots sans intérêt. On sait bien que cette charte n’est pas innocente. C’est du laïcisme (dont tu parles très bien) habillé avec de bons sentiments. Je répète que l’idée d’une Charte de la laïcité est souhaitable, du moment qu’elle n’est pas un instrument de propagande contre la religion. D’ailleurs, l’idée d’un article supplémentaire traitant des valeurs positives de la religion est plutôt bonne, cela rait permi de lever toute ambiguïté.

    L’article sur l’égalité garçon-fille ne convient pas à mon sens, car ce n’est pas du ressort de la laïcité, c’est du ressort des bonnes règles de vie en société. Il faut que les choses soient à leur place. Il eut été plus convenable qu’un tel article soit présent dans une charte du vivre-ensemble ou quelque-chose du genre et pose mieux les choses « Les garçons et les filles sont égaux en dignité et doivent de ce fait être traités de la même façon à l’école ».

  4. Bonjour !

    Merci pour ce blogue et pour ce fort intéressant article sur la laïcité.
    Je partage l’idée que la laïcité, sur ses principes(quand ils ne sont pas dévoyés par un laïcisme de mauvais alois ou par des laïcards) « nous protège tous ».

    Néanmoins, je partage les remarques d’Ambroise Savatier.

    Si l’on met bout à bout ce qui est présenté comme un « progrès », soit 1)la volonté(politique)de faire en sorte que chaque élève puisse « s’émanciper », avec pour postulat : « pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel, pour après faire un choix ». Or, « les parents qui voudront transmettre leurs valeurs, leur religion ou leurs traditions à leurs enfants se heurteront donc à un projet qui vise à refonder la société via l’école, tout comme le projet Taubira qui refonde la filiation via le mariage… », comme le souligne la blogueuse « zardovoz », qui est aussi mère, dans l’un de ses billets publié le 08/05/13 et que nous avons commenté ici : http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/06/04/si-les-fils-sont-des-fleches-les-parents-sont-des-arcsstables/

    D’autre part, 2), il ya aussi l’ « ‘Ère numérique », que Vincent Peillon veut faire entrer dans l’école-ou plutôt « faire entrer l’école dans l’ère du numérique »(http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/06/27/plus-rien-ne-semble-
    evident-apres-le-mariage-lecriture-le-savoir/ )

    Le rapport entre les deux(et j’en oubli peut-être) ? Le problème de la transmission, et, d’une certaine manière(soulevée par A. Savatier), un « prosélytisme à la place d’un autre », ou une charte qui se ferait le véhicule d’une idéologie qui ne dirait pas son nom.

    Sur ce, bon WE à chacun et bonne continuation !

    « Pep’s »

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